‹ Histoire de la civilisation française (volume 3)Chapitre 92 sur 185 · II. L'agriculture · texte numérisé non relu

II. L'agriculture

Les résultats de la Révolatlon eonsaerés. — La restauration des Bourbons et les prédications du clergé avaient inquiété les acquéreurs de biens nationaux. Ces biens subissaient une dépréciation notable ; elle cessa quand les Chainbres eurent voté, en 1825, le milliard d'indemnité aux émigrés. Depuis le commencement du siècle jusqu'à la crise actuelle, les terres n'ont cessé de prendre de la valeur. Les forêts, qui étaient grevées d'anciens droits d'usage, ont été affranchies de ceux-ci par une multitude d'arrangements particuliers. Leur exploitation est devenue plus rationnelle, surtout depuis la fondation de l'École forestière. Les anciens propriétaires de forêts sont plus riches aujourd'hui, avec le quart de ce qu'ils possédaient avant la Révolution, qu'ils ne l'étaient en 1789.

Prostrés de l'agrlcaltare : méthodes» Instraments. —

A la culture routinière d'autrefois tendit à se substituer, en notre siècle, une agriculture raisonnée. Au système des jachères f qui laissait inculte chaque année le tiers des terres labourées, se substitua, en beaucoup de pays, celui de Vassolement, qui, en exigeant de la terre une récolte tous les ans, ne lui donne le repos dont elle a besoin que par la variété des cultures. Le paysan, enrichi, put développer rélève du bétail, qui lui assure plus de profit, qui a moins à craindre la concurrence du dehors, et qui fournit à la terre un engrais abondant.

A la charrue primitive se substitua bientôt la charrue perfectionnée de Mathieu de dombasle, dont Grange, Bonnet, Rozé, Vallerand, Valcourt, ont créé de nombreuses variétés. Au lieu du fléau, du van en osier, de la faulx; de la faucille, seuls connus du paysan d'autrefois, on eut la machine à battre, mise en mouvement, soit par des chevaux tournant dans un manège, soit par la vapeur, les vans mécaniques, les faucheuses et les moissonneuses mécaniques. Pour les domaines plus étendus, on commença à employer la charrue à vapeur, inventée par Fowler. On a eu des scarificateurs, des extirpateurSj des buttoirs^ des semoirs, des hache -paille. On a employé le rouleau pour étouffer les insectes et les larves qui, à l'approche du printemps, se rapprochent de la surface du sol; on doit à Dombasle un rouleau appelé squelette, La herse a été perfectionnée par Valcourt et l'Anglais Howard.

On a trouvé des méthodes et des appareils pour drainer les terrains humides ^ irrigue^ les terrains trop secs *.

InsUtutioiia et enseig^nements agricoles. -^ L'agriculture doit à la Monarchie de Juillet la loi de 4836

1. Dès 1652, le capitaine anglais Waller Blight avait déjà traité da drainage. En 1843, furent présentés à la Société royale d'agriculture de Londres les premiers tuyaux de drainage. Ces tuyaux furent perfectionnés en France par le manufaclarier Laurent. M. Poule a desséché le marais des Baux (Bonches-du-Rhône).

2. Les plus beaux travaux d'irrigation ont été exécutes dans les Ardennes, les départements lorrains, les Pyrénées, la Loire, le Puy-de-Dôme, le Doubi, 8aône-et-Loire, eto.

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(21 mai) SOT Jes chemins yicinaux, la loi de 4835 (29 avril) sur les irrigations *.

En 1830 fut créé le Ministère de F agriculture ; il avait alors dans ses attributions le commerce et les travaux publics, qui ont été confiés depuis à deux ministères spéciaux.

En 1831, le gouvernement institua un Comeil supérieur d^ agriculture, composé de propriétaires instruits, et qui eut pour mission d'encourager les améliorations et de propager les nouvelles méthodes.

Dans beaucoup de cantons, dès la Restauration, s'organisèrent les Cdwicei agricoles : ils provoquèrent des expositions annuelles de machines, d*animaux et d^autres produits; ils distribuèrent des récompenses aux agriculteurs, aux éleveurs, aux serviteurs agricoles. A un degré plus élevé, se fondèrent des Concours agricoles , dont le plus ancien est celui de Poissy (1844), avec des Expositions régionales.

Aux haras de Pompadour et du Pin (Orne), fondés par Louis XV, supprimés en 1790, rétablis par Napoléon, s'ajouta celui de Rosières (Meurthe), ouvert sous Louis XVDI, ceux de Saint-Gloud et de Meudon, ouverts sous Louis-Philippe.

Pfaieiciiltare. — Olivier de Serres ne fait-il pas rentrer paimi les travaux rustiques l'exploitation des cours d'eau? Or, la pisciciUture, c'est-à-dire l'élève artificielle des poissons, était déjà pratiquée depuis longtemps en d'autres pays lorsqu'elle était encore inconnue en France, où le dépeuplement des cours d'eau devait nous rendre plus intéressants ses procédés. J)eux pêcheurs des Vosges, remt et géhut, vers 1840, s'occupèrent de la fécondation et de l'édosion artificielle des œufs de truite, et commencèrent à attirer sur leurs succès l'attention publique.

Leurs procédés furent suivis par berthot et detzem, deux ingénieurs du département du Haut-Rhin, qui fonderont, en iS^ifV établissement de pisciculture de Huningue, En 1852, GOSTE, professeur d'embryogénie au Collège de France, créera, pour le compte de l'État, dans la même localité.

1. Sur- les dndnagefl on n'a ea que plus tard une loi destinée à lever Iw obstacles apportés par l'article 640 da Gode cItU : c'est Is ht du 10 jum 1851

1814-1848. — LA TRANSFOEMATION ÉCONOMIQUE 483

un vaste établissement qui fournira des milliards de jeunes poissons anx <;o'Tirs d'eau et aux étangs de la France entière.

m. L'industrie.

Lés exp*«ttieiis Barâ^Bales. — Les expositions iwtiCH naks de l'industrie, inaugurées en 1798, par François de Neufchâteau, continuèrent, avec un nombre toujours croissant d'exposants, sous la Restauration et la Monarchie de Juillet. Eues se tinrent à des époques déterminées et revenaient tous les quatre ou cinq ans. Ces grandes revues de l'industrie française fournissaient des points de comparaison aux travailleurs, vulgarisaient les découvertes et les perfectionnements, répandaient sur toute l'étendue du territoire l'esprit d'initiative et le goût du beau. Les étrangers eux-mêmes profitaient de nos leçons.

L'exposition de 1819 compta 1662 exposants (seulement 240 de plus que celle de 1806); celle de 1823 en eut 1642; celle de 1827, 1696. Sous la Monarchie de Juillet, le nombre s'éleva, en 1834, à 2247; en 1829, à 3281; en 1844, à 3960.

^Industrie eoM la RestavnUioa. — De 1815 à 1830, la métallurgie fait chez nous quelque progrès. Les grandes usines, les hauts fourneaux à hautes cheminées commencent à se multiplier, modifiant d'une façon imprévue le paysage français. A l'exposition de 1819, vingt et un départements envoient de l'acier, maillet, en 1819, par un alliage de cuivre, de nickel et de zinc, obtient ce métal imitant l'argent, qui de son nom s'appelle le mailkchorL

Les mines de charbon des basons de Saint-Étienne, de la Sarre, du Nord, sont largement exploitées : les mines d'AnzÎQ font la fortune des Casimir Périer.

A Sarreguemines, Passy, Creil, on obtient une faïence perfectionnée. Paris, Bayeux, Limoges, Saint- Yrieix, Nevers, renouvellent leur fabrique de porcelaine. La cristallerie de Baccarat, fondée en 1822, celles de Saint-Quirin et Girey, acquièrent une célébrité européenne.

Dès 1828, il y a en France 585 usines pour le sucre de betterave.

A Lyon, depouilly amende la machine Jacquard. On y produit la soierie à bon marché par le mélange de la soie et du coton; on y fabrique le velours chiné, le gros de Naples. Saint-Ëtienne et Saint-Ghamond rivalisent avec Lyon pour la rubannerie et la peluche de soie.

Celle-ci nous vaut le chapeau à haute forme, gibus invente le chapeau mécanique qui porte son nom.

Paris et Nîmes fabriquent les châles brochés.

A Paris, la maison ternaux, avec des toisons de Eazan, des poils de chèvre du Thibet, fabrique les chdles cachemires, qui sont bientôt à la portée de toutes les bourses.

Rouen et Douai fournissent les tulles de coton, Saint- Quentin et Tarare des mousselines. Rouen produit, à un bon marché inou!, les indiennes. L'Alsace, avec ses 27 manufactures de toiles peintes, livre par an 527 000 pièces. La filature du" coton s'est tellement perfectionnée qu'au lieu de fil du numéro 80, comme sous l'Empire, on obtient des fils du numéro 291, c'est-à-dire de 294 000 mètres au demikilogramme.

DiDOT saint-léger a réexporté d'Angleterre (1815) une industrie toute française, inaugurée en 1799 à Ëssonnes, et abandonnée à cause des imperfections de la machinerie : celle du papier à la mécanique. En 1814, se fonde la papeterie d'Annonay. De 1826 à 1837, Louis piette fabrique du papier avec de la paille, du foin, des écorces, des joncs.

La bougie stéarique de M. Chevreul tend à devenir d'un usage général.

L'industrie des pianos et autres instruments de musique se développe à Paris *.

L'Industrie sons la Monarchie de Juillet. — L'industrie métallurgique, surexcitée par les commandes d'objets colossaux qu'on lui adresse, locomotives, chaudières, wagons, rails, grues, ponts de fer, décuple ses moyens d'action, s'arme de marteaux-pilons cyclopéens, de machines ingénieuses pour raboter, découper, river, tarauder, scier l'acier et le fer, comme on faisait auparavant du bois. Elle produit des socs de charrue, des faulx, des scies, des ressorts, des aiguilles, des toiles métalliques,

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