‹ Histoire de la civilisation française (volume 3)Chapitre 94 sur 185 · IV. Le commerce et le crédit · texte numérisé non relu

IV. Le commerce et le crédit

hom lois «nr les céréalen. — Sous Tancien régime et tous la Révolution, on se préoccupait surtout d'assurer notre approvisionnement en grains : on permettait toujours Timportntion des céréales, on en détendait quelquefois Texporiation. Tel est encore le sens de la/ot de 484 A, A partir dt« 4810, on s'est préoccupé surtout d'empêcher l'invasion do!^ blés étrangers, afm de maintenir les grains à des prix trN quMls assurent aux propriétaires et aux fermiers un bc^uéflce très élevé. Ainsi, en 1814, la loi était en faveur doB consommateurs; en 1819, elle fut en faveur du producteur. Elle fit enchérir le prix du pain et aggrava les disettes causées par les mauvaises récoltes.

Cette loi de 4849 établissait une échelle mobile; c'esth-dire qu'elle taxait les blés étrangers plus ou moins lourdement, suivant que les prix des blés indigènes étaient en baisse ou en hausse. On voulait que Thectolitre de blé ne coûtât pas plus de vingt-trois francs et pas moins de seize francs. Dans certains cas, on prohibait absolument l'importation.

La loi de 4832 supprima les prohibitions, mais conserva un droit d'entrée qui s'élevait de 1 fr. 50 par hectolitre, chaque fois que le prix à l'intérieur s'abaissait de 1 franc. Ce système était maintenu avec une extrême rigueur. Le peuple lui attribuait, dans les années de disette, comme en 1847, la cherté du pain. A cette époque, des émeutes éclatèrent en plusieurs endroits, et notamment la fameuse émeute de Buzançais (Indre), qui amena une sévère répression et trois exécutions à mort.

Cette loi, qualifiée de provisoire, dura jusqu'en 1861.

L.e système douanier. — Autrefois, par rétablissement des lignes de douanes, on se proposait un double but : assurer un revenu au Trésor et protéger nos industries en frappant de taxes plus ou moins lourdes les produits de Tétranger, quelquefois même en les prohibant absolument.

L'intérêt étroit du manufacturier français était que les produits étrangers fussent taxés si fortement qu'une fois entrés en France ils coûtassent plus cher que les produits nationaux. L'intérêt du consommateur français est tout autre : il consiste à acheter les meilleurs produits possibles au meilleur marché possible.

Jusqu'à une époque très récente, les gouvernements et les Chambres prenaient le parti du producteur contre le consommateur. Gomme le traité de 1786 avec l'Angleterre avait été déchiré par la Révolution et n'avait pas été rétabli par la Restauration, on prohibait absolument l'entrée de certains produits. Il était défendu de faire entrer en France les cotons filés d'Angleterre, les cachemires de l'Inde, les cuirs de Russie, les rhums et tafias étrangers, les dentelles et la plupart des articles d'horlogerie.

On mettait des droits énormes sur les autres produits étrangers, afin que le consommateur français, s'il persistait à les préférer, dût les acheter beaucoup plus cher que les produits français de qualité égale ou inférieure.

Les nations étrangères suivaient le même système. Les Anglais, par exemple, dont on taxait lourdement les tissus de coton, les fers, les aciers, usaient de représailles en mettant des droits aussi lourds sur les vins et alcools de France, les articles de Paris, etc. Ils prohibaient les soieries de Lyon.

Ainsi non seulement, chez nous, on sacrifiait le consommateur au producteur, mais, parmi les producteurs, on sacrifiait le viticulteur de Bordeaux, le fabricant de soieries lyonnaises, les industries parisiennes, au désir de protéger énergiquement les filateurs et tisseurs de Rouen, de LiÛe, de Mulhouse.

Malgré les prédications des économistes, les Chambres de Louis-Philippe furent presque aussi décidément protectionnistes que celles de la Restauration.

Cependant le progrès des transactions, quoique lent, ne

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fat pas moins réeL Entre les années 4827 et 1847, les im portations s'élevèrent de 414 à 955 millions; les exporta lions, de 507 à 720 millions.

]> crédit. — Les institutions de crédit se développent, mais lentement, bien plus timidement qu'en Angleterre. Dès Tépoque de la Restauration, la classe des financiers prend de Fimportance. L'un d'eux, omrBABD. pendant la guerre d'Espagne, remplaça à lui seul l'intendance désorganisée, nourrit l'armée firançaise, fit abonder les yivres aux points qu'dle traversait et, pour vaincre la méfiance des paysans espagnols, faisait étaler sur un manteau de soldat un monceau d'or, promettant le triple de la valeur au premier qui amènerait un bœuf, le double au second, et ainsi de suite. Ce fut lui qui, à coups de millions, mieux que le duc d'Angouléme à coups de canon, amena le goavemement révolutionnaire de Cadix à transiger, à remettre le roi d'Espagne en liberté, à nous livrer la place. Plus tard, LAFFiTTB soutient de son crédit financier la candidature de Louis-Pbilippe, et, à son tour, dans un moment d'embarras, trouve un appui dans son riche client.

La Banque de France était en pleine prospérité; mais elle avait des rivales dans celles de Rouen, Lyon, le Havre, Lille, Toulouse, Orléans, Marseille, Nantes, Bordeaux. Celles-ci émettaient des billets qui ne pouvaient être payés qu'au comptoir qui les avait émis : ce qui limitait leur circulation ^

Les caisses d'épargne, qui datent de la Restauration, étaient au nombre de 13 seulement en 1820, de 159 en 1837. Les lois de 4834 (juin) et 4837 (mars) facilitent leur extension.

Les sociétés financières et industrielles se multiplient, et, en même temps que le crédit, naissent les abus du crédit : l'agiotage et l'exploitaticm des actionnaires naïfs. Dans la comédie intitulée c l'Auberge des Adrets >, on voit que Robert-Macaire, son compère Bertrand, la bonne dupe Gogo, sont des types déjà populaires

OuvRAfiBS ▲ coHSCLTEa. — Voydx la bibliogr. da chap. xxxiu.

1. Cet état de choses prit fia par les décrets da goMvernemeat provisoire de ISiS, qui réunirent ces banques provinciales à îa Banque de FYan::e.

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