‹ Histoire de la civilisation française (volume 3)Chapitre 96 sur 185 · IV. Paris · texte numérisé non relu

IV. Paris

Aeerolssement et embellissemeiita de Paris. — Le

progrès de Tactivité et de la richesse nationale commençait à réaliser, dans Paris, ce que Napoléon n*ayait cru pouvoir accomplir qu'en dépouillant le monde entier à son profit. Paris se développait rapidement : en 1816, il comptait 710 000 habitants; en 1826, 800 000; en 1836, 909 000; en 1846, plus d'un miUion (1 053 000).

Sous la Restauration, ont été jetés sur la Seine les ponts des Invalides, d*Arcole, de rArchevêché, ont été dressées la statue de Louis XIII (place Royale) par Gortot et Dupaty, celle de Louis XIV (place des Victoires) par Bosio, celle de Henri lY, fondue en 1818 avec le bronze des statues de Napoléon et de Desaix, par Lemot. On a inauguré Téclairage au gaz, le service des omnibus et l'institution des sergents de ville ^ dû au préfet de police DebeUejme.

Sous la Monarchie de Juillet, Paris dut beaucoup au préfet de la Seine, Rambuteau. C'est alors qu'on a construit les ponts Louis-Philippe et du Carrousel, percé la rue Rambuteau, aménagé la place de la Concorde avec Tobélisque de Louqsor et les statues des huit villes de France ; élevé la Colonne de Juillet, terminé l'Arc de l'Étoile, restauré les deux merveilles de l'art ogival, Notre-Dame et la Sainte-Chapelle; achevé la Madeleine, le Panthéon, le Palais-Bourbon, les palais du quai d'Orsay; bâti l'École des Beaux-Arts, l'École de médecine, l'École normale de la rue d'Ulm; aménagé les places Louvois et Saiat-Sulpice, celle-ci avec la belle fontaine de Visconti *.

Enfin Thiers et Guizot ont donné à la capitale son mur d'enceinte et ses forts détachés (1841), que la presse opposante d'alors dénonça comme autant.de bastilles que le despotisme armait contre Paris.

Aspect de la eapltale. — Cependant le Paris d'alors est

1. LoaU-Philippe, qa'on accusait d'avarice parce qu'il était éeoDome, préleva sur sa liste civile trente millions pour la restauration des ch&teauz de Versailles, Fontainebleau, Pau, qu'il n'habita point cependant et qu'il ouvrit largement au public. Sur les mêmes fonds, il fit ériger, parmi les ruines de Carthage (Tunisie), aux lieux ou était mort saint Louis, une cha- ^eUi9 commémorative

bien loin encore d'avoir la physionomie de celui d'aujourd'hui i.

Dans le centre de Paris, les voies les plus larges étaient toujours les rues Saint-Denis et Saint-Martin. Il n'y avait alors ni avenue de TOpèra, ni rue Turhigo, ni rue de Turenne, ni boulevard Saint-Germain, ni rue des Écoles, ni boulevard d'Enfer. Les quartiers opulents qui se sont formés sur le parcours des boulevards Malesherbes, Haussmann, Pereire, avenues de Villiers, de Courcelles, sur le parcours des grandes voies qui s^étoilent autour de l'Arc de triomphe; les quartiers populeux et ouvriers qui se sont formés sur le parcours des boulevards du nord et des boulevards du sud, n'existaient pas encore. Paris ne comptait alors que douze arrondissements au lieu de vingt, les huit autres ayant été formés depuis par la réunion de communes suburbaines : ce qu'on appelait alors la banlieue. Quand les vaudevillistes du temps voulaient s'amuser aux dépens d'unions illégitimes, ils les traitaient de « mariages contractés à la mairie du X]II« arrondissement ».

lies boulevards qui vont de la Madeleine à la porte Saint-Martin, notamment celui des Italiens, qu'on appelait alors boulevard de Gand (d'où le nom de gandins pour désigner les élégants qui s'y promenaient), étaient encore bien peu vivants au début de la Restauration : de vieux Parisiens se souviennent d'avoir attaché leurs chevaux aux arbres du boulevard pour aller faire leurs visites dans les maisons. Cette promenade s'anima dans les années suivantes, et alors naquit la race des boulevardiers.

Il y avait encore dans Paris des dédales inextricables de rues étroites, hautes, humides, parce que les rayons du soleil n'y pénétraient jamais : c'est dans un de ces pâtés de maisons, celui qui entourait le cloître Saint-Merry, que les insurgés purent deux fois se retrancher et tenir en échec

1. Dès 18S0, deux spéculateurs, Mignon et Hagerm&nn, présentent un plan de Paris où figure le quartier de l'Europe, avec une plaee centrale autour de laquelle rayonnent de larges rues portant les noms des capitales. Dès 1835, le plan de Perrot marque le prolongement de la me de RiToli, par la rue Saint- Antoine, jusqu'à la place de Bastille. Ces projets et bien d'autres n'ont été réalisés que sous le second Empire ou la troisième Répablique

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toutes les forces de la garde nationale et de Farmée de Paris. Un autre dédale continuait à occuper Tespace qui s'étend entre l'arc du Carrousel et l'ancien Louvre : il y avait là des ruelles, des masures, qui assiégeaient pour ainsi dire les Tuileries, et où les marchands de perroquets et autres oiseaux exotiques avaient dressé leurs échoppes.

Sous la Restauration, hien peu de rues à Paris avaient des trottoirs, car en 1830 il n'y en avait que 16 kilomètres. Sous la Monarchie de Juillet, il s'en fallait de beaucoup que toutes en eussent, bien que le nombre des kilomètres se fût élevé à 195. Ces trottoirs étaient souvent étroits et irréguliers. Dans les rues où ils manquaient, les passants ne pouvaient se protéger contre les voitures qu'en se collant aux murs et en ayant soin de se rapprocher des bornes qui s'accotaient aux maisons. Les maisons elles-mêmes étaient pour la plupart petites, étroites, quoique beaucoup eussent cinq ou six étages, avec des toitin^s de tuiles à forte inclinaison, et des gouttières qui venaient dégorger l'eau des pluies à la hauteur des mollets des passants. Aucune n'avait l'aspect colossal de nos immenses bâtisses à toitures d'ardoises. Les rues qui étaient pavées ne l'étaient que de blocs de calcaire assez irréguliers et mal assujettis, qui faisaient la joie des entrepreneurs de barricadés. Le macadam même, inventé par l'ingénieur écossais lohn Loudon Mac-Adam (mort en 1836), n'est employé à Paris que depuis 1849. On doit au préfet Rambuteau l'installation des colonnes qui portent son nom. Nous n'avions que très peu d'ègouts : en 1806, il y en avait 24 297 mètres : le gouvernement de Louis-Philippe, surtout pendant la préfecture de Rambuteau, porta ce chiffre à 78 675 mètres. C'est surtout sous le second Empire qu'a été construit le Paris souterrain ^ Les commodités des maisons étaient donc installées alors comme elles le sont encore dans les campagnes. Rien d'étonnant si le choléra de 1832 a fait tant de victimes.

Les rues, au lieu d'être bombées, comme aujourd'hui, pour assurer l'écoulement des eaux, étaient au contraire

1. Le développement des égouts, gr&oe surtout à l'ingénieur BsLSRAMBa atteignit alors 77S 846 mètres.

formées de deux plans inclinés vers le milieu de la rue, qui était occupé par le ruisseau. Le ruisseau de la rue du Bac, que Mme de Staël regrettait si fort même en face du splendide lac de Genève, restait encore visible pour les contemporains de Louis-Philippe. Par les fortes pluies, pour aller d'un côté de la rue à Tautre, il y avait donc un véritable torrent à traverser : des industriels d^occasion jetaient une planche par-dessus et, moyennant un sou, aidaient les promeneurs à passer à pied sec. Garle Vemet a représenté cette scène populaire dans une de ses estampes, avec cette légende : Passez^ payez. Dans le milieu de la rue, de distance en distance s'ouvrait une bouche d'égout recouverte d'une grille de fer, que souvent les lourdes voitures brisaient. Ailleurs la bouche d'égout se dressait comme l'entrée d'une cave, avec une herse qui ne touchait pas terre : si bien que des enfants, jouant au milieu de la rue, roulaient dans le précipice. Gette situation fut un peu améliorée par l'ingénieur partiot (1830-1837).

Sur plusieurs ponts de Paris, il y avait encore des péages. Le canal Saint-Martin était alors à ciel ouvert, et les malfaiteurs, la nuit, pouvaient y jeter leurs victimes.

Ge Paris, si peuplé dans un espace si resserré, n'avait pas un square où les habitants pussent aller respirer un peu d'air pur dans les fortes chaleurs de l'été.

On ne buvait guère, à Paris, que Teau de la Seine : les provinciaux, qui n'y étaient pas habitués comme les Parisiens, lui payaient toujours leur tribut par quelque indisposition, plus ou moins grave. Il n'était pas question alors, dans les maisons, d'avoir de Teau, pas plus que du gaz, à tous les étages : on n'avait que l'eau qu'on puisait dans les anciens puits ou à quelques bornes-fontaines, ou celle qu'apportaient dans les ménages les porteurs d'eau. De ceux-ci les plus fortunés avaient un cheval ou un âne attelé à un tonneau porté sur deux roues, et allaient de maison en maison. Tous les Parisiens d'un certain âge se rappellent avoir vu les braves Auvergnats *, car presque tous les por-

1. L* Auvergnat porteur d'eau, marchand de charbon et de margotins, fai» seur de commissions, était un type cher au roman, à la chanson, au vaa« deville du temps : voyez le Misanthrope et VAuverg^nat de M. Labiche.

teurs d'eau étaient originaires du Centre, monter au matin les escaliers avec deux seaux qu'un cercle de bois tenait écartés, et aller servir leurs pratiques. Un seau coûtait un sou ou deux, et ce n'était pas le moindre étonnement des provinciaux que de voir qu'à Paris « l'eau même coûtait quelque chose ».

Les halles et les marchés étaient peu nombreux : tout l'approvisionnement des petits ménages se faisait par 4'autres industriels, poussant devant eux leurs charrettes A bras. Us s'appelaient marchands des quatre saisons et ^avaient conservé la tradition des cris de l'ancien Paris.

Les devantures des boutiques, beaucoup moins nomi}reuses et luxueuses qu'aujourd'hui, ne se fermaient pas ia nuit avec des garnitures métalliques mues par un méca- >nisme ingénieux. Le boutiquier devait aller chercher, l'un après l'autre, les huit ou dix volets qui devaient protéger -sa devanture, les accrochait par en haut, les assujettissait par en bas, au moyen de clavettes. Il n'était pas rare, lors- •qu'il débouchait de l'étroite allée de la maison, avec son volet sur l'épaule, qu'il heurtât violemment le promeneur -sans méfiance. Les sous-sols des boutiques s'ouvraient au moyen de trappes, qui débouchaient au dehors : autre •danger pour le passant.

Encore à la fin du règne de Louis-Philippe, les deux procédés d'éclairage sont employés concurremment dans Paris : il y avait alors 2608 réverbères et 8600 lanternes À gaz.

OuvRAon A CONSULTER. '- Véron, Mémoiresvun bourgeois de Paris. — Victor Hugo, Choses vues.— ll\ppo\yt& •Castille, Les hommes et les mœurs sow le règne de Louis-Philippe. — Doudan, Lettres. — De Rémusat, Corre«^ pondanee. — Bardoux, La bourgeoisie française. — Imbert de Saint-Âmand, Im duchesse d'Angoulême et La duchesse de Berry. — Levasseur, Hist.

des classes ouvrières dqi)uis 1789. — Baudrillart, Hist. du luxe, t. IV. — Th. de Lajarte, Les curiosités de l'Opéra. — Reybaud, Jérôme Paiurot (roman). — L. Figuier, Hist. du mertveilieux dans les temps modernes. — OATBllée, Eist. de Paris. — Ch.

Lefeuve, Les anciennes maisons de Paris. — Hofbauer, Part» à travers les âges. — Max. du Camp, Paris, ses organes, ses fonctions et sa vie.

— Graud-Carteret, Les moeurs et la caricature en France.

Consulter les journaux de modei, Journal des Dames, le Costume parisien, le Bon genre, sous la Restauration; le Bon goût, la Psyché, le Journal des marchands tailleurs, le Panorama fashionaAle,le Professeur ou Journal raisonné des tailleurs, le Soleil, le Lion, YBlégant, la Pandore, la Nou' veauté,\e Goût nouveau. sous Louis- Philippe; — sans oublier le CAortvari.

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