GAULE FRANQUE : POUVOIR ROYAL
naires révocables à volonté : il y faut renoncer. Déjà Qolaire II est obligé de jurer au « maire du palais » Warnachaire que jamais il ne lui enlèvera son emploi. Aussi les maires de palais, qui sont les plus puissants de tous les dignitaires, s'éternisent dans leur charge, s'y succèdent de père en fils. Bien plus, ils tiennent les princes en tutelle et les réduisent au rôle de « rois fainéants ». Les comtes, qui sont les agents ordinaires du roi dans les provinces, tendent aussi à devenir héréditaires.
Aux H^roYiBgiens BveeèdeBt les Caroliai^eBs. — Deux grands désastres, à soixante-quatorze ans d'intervalle, ruinèrent toute espérance de restauration romaine. D'abord, en 013, la chute de Brunehaut qui, en Austrasie même, avait essayé de fonder un gouvernement régulier, avait construit ou réparé des routes, élevé des monuments, bâti des églises et des monastères, protégé les missionnaires envoyés par le pape; puis la bataille de Testry (087) où la Neustrie fut vaincue par l' Austrasie, les Francs de l'ouest par ceux de l'est , la race mérovingienne par celle des Pépin, le parti royal par le parti des grands.
Une nouvelle famille gouverne les pays francs, d'abord au nom des derniers Mérovingiens, tombés à l'état de rois fainéants. Les Carolingiens doivent à leur situation de ducs des Francs austrasiens la mairie du palais, d'abord en Austrasie, puis en Neustrie. Les institutions reprennent un caractère tout germanique ; les « mais » se réunissent de nouveau. Seulement, ils ne sont plus l'assemblée générale des hommes libres, mais un concihabule de grands chefs. La date de leur convocation est un peu retardée et on les appelle des champs de mai. Alors Pépin d'Héristal, Charles Martel, comme ducs des Francs, Pépin le Bref, Charlemagne, comme rois des Francs, se succèdent au pouvoir.
Cankctère plus germain da pouvoir de Ciiarieniagiie. — Bien que Charlqmagne ait été couronné empereur par le pape (800), bien qu'une série d'empereurs francs procèdent de lui, bien qu'il ait été salué en cette qualité par les souverains de Constantinople et les khalifes des Arabes, bien que « l'Empereur grand » tienne une telle place dans les souvenirs du moyen âge, son pouvoir ne ressemble nullement à celui des Césars romains. 11 fut peut-être moins
près de Tidéal impérial que ne ravaient été les premiers Mérovingiens. Plus encore que ceux-ci, il fut un roi à la mode germanique. Son titre d'empereur, il le fit toujours accompagner dans ses actes par celui de roi des Francs. Il ne parut que deux fois dans le costume impérial romain et se contenta de l'habillement simple et guerrier des chefs germains.
Ce qui fait précisément la hauteur du génie de Charlemagne , c'est que les grandes choses qu'il accomplit, il les accomplit avec des moyens qui ne différaient pas de ceux dont disposèrent les Mérovingiens. Pas plus qu'eux, il n'eut d'armée permanente, ni de trésor et d'impôts publics, ni de hiérarchie de fonctionnaires, ni de sujets dans le sens propre du mot. Comme eux, il eut à compter avec l'esprit d'insubordination des peuples conquis, avec une oligarchie avide, avec les champs de mai, avec les privilèges des évêques. Cependant il parut réaliser si complètement l'idée qu'on se faisait d'un empereur et d'un roi que son nom a eu la même fortune que celui de César; tandis que césar est devenu synonyme d'empereur, le nom du grand Karl a été synonyme de roi dans l'Europe orientale (korol, en langue slave, signifie roi). C'est de lui que les empereurs d'Allemagne et ceux d'Autriche, que Charles-Quint et même Napoléon I«f, se sont considérés comme les successeurs et les héritiers.
Il fut bien moins empereur de son vivant qu'il ne l'a été dans la mémoire des peuples. Il ne donna rien au faste et aux apparences. Son secret de gouvernement fut de bien employer les ressources que lui laissaient les usages germains. 11 ménagea les revenus de son domaine et édicta des instructions détaillées sur la manière de cultiver ses champs, d'élever son bétail, de soigner les jardins et la basse-cour de ses « villae ». Tant qu'il vécut, il exigea directement le serment de tous ses sujets. Il empêcha les simples hommes libres, qui étaient la force de ses armées, de tomber entièrement sous le joug des grands. Il empêcha les détenteurs de ses « bénéfices » de les accaparer comme un patrimoine. Il empêcha les nobles qu'il revêtait des fonctions de gouverneurs, ducs, comtes, de rendre ces dignités héréditaires dans leur famille. Il empêcha les évêques de posséder les
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terres du royaume en se dérobant aux obligations militaires; il transforma, au contraire, ceux-ci en représentants de l'autorité impériale, obtint d'eux des services que les Mérovingiens n'avaient pas su en tirer, et en fit des agents plus dociles que ses comtes. C'est ainsi qu'il trouva l'argent et les hommes nécessaires pour conquérir l'Italie, enlever le nord de l'Espagne aux Arabes, dompter les Saxons, tenir l'Allemagne dans l'obéissance, terrifier les Slaves de TElbe, exterminer les Avars du Danube, éloigner de ses côtes les pirates sarrasins et normands, remplir son rôle de protecteur du pape et d'empereur d'Occident.
n fallait une main aussi puissante que la sienne, une activité aussi incessante, l'énergie de sa volonté et le prestige de sa gloire pour dompter toutes ces forces rebelles, cette aristocratie et cet épiscopat ambitieux, qui, après lui, allaient briser l'Empire et inaugurer l'anarchie des temps féodaux. Cette tâche devait écraser ses faibles successeurs. Plus que lui ils s'attachèrent à leur titre d'empereur, mais Is tombèrent bientôt, comme puissance réelle, au-dessous des roitelets mérovingiens.
■orcellement de l'empire de Charleata^ae. — Louis le Débonnaire est impuissant à combattre les révoltes des grands, de ses propres fils. 11 se laisse imposer une pénitence publique par ces évêques, si dociles sous son père. Au début de son règne, il a pu exiger le serment de tous les hommes libres; mais il ne le pourrait plus à la fin de son règne, et personne ne le pourra plus après lui . Par là fimmense majorité des guerriers cessent d'être des sujets directs de l'empereur et ne lui obéissent plus que si les grands seigneurs qui les ont assujettis consentent euxmêmes à obéir. Or, ceux-ci n'y consentent plus ; ils gardent les terres et les fonctions qu'ils tiennent de l'empereur, mais ils réclament le droit de lui refuser leur épée. Les ducs, les comtes, les marquis impériaux, naguère simples agents du souverain, agissent comme s'ils étaient euxmêmes des souverains. Les duchés, les comtés, les marquisats, ne sont plus des provinces de la monarchie, mais des États presque indépendants.
Dans redit de Mersen (847), Charles le Chauve reconnaît, une fois de plus, que tout homme libre peut se choisir un
seigneur et que nul vassal du roi n'est tenu de le suivre à la guerre, sauf contre Tennemi étranger. Charles le Chauve, devenu empereur, rend le capitulaire de Kiersy, en 877 , par lequel il confirme, pour la durée de son voyage en Italie, à ses vassaux et, en cas de décès, à leurs enfants, la possession des bénéfices qu'ils tiennent de lui. Avant cet édit, rhérédiié des bénéfices existait, en fait, presque partout, et. depuis cet édit, le roi a conservé, en théorie, et même exercé très souvent le droit de les reprendre. Charles le Chauve, à Kiersy, est si loin de renoncer à ce droit qu'il stipule que les fils de ses vassaux devront attendre son investiture. L'édit de Kiersy ne marque donc pas, comme on l'a dit, une date dans notre histoire et n'a pas constitué en France le régime féodal. Il n'en est pas moins vrai que de la fin du ix« siècle semblent dater à la fois l'hérédité des bénéfices et l'hérédité des offices, sinon comme un droit, au moins comme un fait. Dès lors, le prince a beau porter le titre impérial, comme Charles le Chauve, réunir sur sa tête les trois couronnes de France, d'Allemagne et d'Italie, comme Charles le Gros; on peut dire qu'il n'a plus de sujets :. ni les hommes libres qu'il a autorisés à suivreles grands seigneurs, ni les grands seigneurs qu'il a autorisés à ne pas le suivre, ni ses propres agents.
En 862, en présence des incursions normandes, Charles le Chauve ordonne à ses comtes de fortifier les châteaux ; en 864, en présence de l'abus qu'on fait des châteaux, il ordonne de les démolir. Mais on n'obéit qu'au premier édit^ et la France tout entière se hérisse de forteresses, déjà, féodales.
L'empire de Charlemagne a commencé par se morceler en royaumes : France, Allemagne, Italie, etc. Les royaumes, à leur tour, se morcellent en duchés et en comtés. EIn France, dès le règne de Charlemagne, il y a un duché de Gascogne qui, ensuite, devient le duché héréditaire d'Aquitaine. Sous Louis le Débonnaire naissent, héréditaires dès le début, les comtés de Béam et de Bigorre, le duché ou royaume de Bretagne, avec Noménoé. Sous Charles le Chauve naissent le comté de Toulouse avec Raymond, le duché* de France avec Robert le Fort, le comté de Flandre avec Baudoin Bras de Fer, le duché de Bourgogne avec