GAULE FRANQUE : POUTOIR ROYAL
Richard le Justicier. Sous Charles le Gros, naît le comté d'AuTergne arec Guillaume le Pieux ; sous Eudes, le comté d'Anjou avec Foulques le Roux ; sous Charles le Simple, le duché de Normandie avec le pirate RoUon. Le ix« siècle est a peine terminé, quatre-vingts ans se sont à peine écoulés depuis la mort de Charlemagno, que les divisions essentielles de la France féodale existent déjà.
Impoissaiiee de la royauté. — Il reste cependant au souverain quelque chose : ce sont les terres de son domaine, s'il ne les a pas encore toutes distribuées en bénéfices, et les sommes d'argent qui sont sa fortune particulière. Louis le Bègue, qui ne se contente pas d'être un roi, qui n'a pas renoncé à disputer la couronne impériale aux autres descendants de Charlemagne, achète pour ces vaines entreprises le concours de ses vassaux indociles en leur abandonnant une partie de son domaine et Fargent qu'il a reçu de son père. Ses successeurs, Louis 111 et Carloman, en sont tellement appauvris qu'ils peuvent à peine défendre leur petit royaume contre une poignée de pirates normands. Charles le Simple est déjà si faible qu'il ne peut mettre fin aux pillages des « hommes du Nord » qu'en^ leur abandonnant la Normandie (911).
Alors la personne même du roi, que ne suivent plus quequelques rares guerriers, est à la merci des audacieux. Un simple comte de Verra andois s'empare de Charles le Simple et le retient captif à Péronne. Hugues le Grand, duc de France, fait prisonnier Louis IV d'Outre-mer et ne lui rend la liberté qu'en échange de Laon, sa dernière ville. Touchantes sont les plaintes qu'adresse au concile de 948 le roi dépossédé : « Je n'avais plus que cette forteresse ; c'était le seul château où je pusse me retirer avec ma femme et mes enfants. Mais que pouvais-je faire? J'ai préféré ma vie à mon château et j'ai payé de Laon ma liberté. »
Son fils Lothaire est obligé de subir les volontés de ce puissant vassal. Hugues le Grand le maintient sous sa tutelle afin d'exploiter la dernière prérogative que possède encore la royauté ; car si le roi ne peut plus rien pour lui, il peut encore quelque chose pour autrui. Ce souverain, qui est dépourvu de toute puissance matérielle, jouit encore d'un grand prestige moral; et, si quelque part un
duché devient vacant, ce misérable prince peut en enrichir son oppresseur. C'est ainsi que Hugues le Grand trouve moyen de se faire attribuer par lui les duchés de Bourgogne et d'Aquitaine.
Le dernier roi du sang de Charlemagne est Louis V qu'on a surnommé le Fainéant; mais quelles ressources lui restait-il pour faire quelque chose ?
RéAumé. — Ainsi, la royauté carolingienne est restée essentiellement la même que la royauté mérovingienne. Celle-là fut puissante sous les Pépin et les Charlemagne comme celle-ci sous les Clovis, les Clotaire 1«' et les Dagobert. Elle était privée des mêmes moyens d'action, elle disposait des mêmes ressources, et elle a péri de la même façon, quand les grands se sont emparés des domaines, des charges et même de la personne du prince. Les derniers Mérovingiens finissent dans la tutelle des maires du palais carolingiens qui allaient fonder la seconde dynastie; les derniers Carolingiens Unissent dans la tutelle des ducs de France, qui allaient fonder la troisième dynastie.
De Clovis le Victorieux à Louis le Fainéant, en passant par Charlemagne, la royauté n'a pas changé de nature. C'est la même institution qui se perpétue pendant quatre siècles, qui se débat avec les mêmes difficultés, glorieuse quand elle arrive à les dompter momentanément, misérable quand elle succombe sous elles. Toujours elle a eu le même idéal devant les yeux : l'empereur de Rome. Ce n'est pas quand elle a voulu se modeler de plus près sur les institutions romaines qu'elle a le mieux réussi; c'est quand elle s'est résignée à demander aux institutions germaniques les moyens d'égaler la grandeur romaine. Mais, sans impôts, sans armée permanente, sans fonctionnaires révocables, on pouvait bien fonder l'empire : on ne pouvait maintenir ni l'empire, ni la royauté. Des institutions germaniques a pu sortir incidemment, par le génie d'un grand homme, la monarchie universelle d'Occident; mais ce qui en sortait logiquement, par le génie propre à ces institutions, c'était l'anarchie et le morcellement féodal.
Ol'vr\ges a GONSULTEn : Voir au chapitre suivant.