‹ Histoire de la civilisation française (volume 4)Chapitre 25 sur 116 · RÉ6UB FÉODAL : LE PEUPLE · texte numérisé non relu

RÉ6UB FÉODAL : LE PEUPLE

caltiTe comme son « héritage ». C'est le seigneur qui en est le propriétaire légal, mais le serf en a cette demi-propriété qu'on appelle l'usufruit. S'il ne peut la vendre, il peut la transmettre à ses enfants. De plus, ce qui lui reste de ses profits après les redevances payées lui appartient : il peut le vendre, donner, partager entre ses enfants. L'usage, qui fait la loi, l'y autorise.

Pourtant la condition du serf porte la trace visible encore de l'ancien esclavage.

11 est mainmor table. Son bien dépend encore si complètement du seigneur que, lors de son décès, s'il n'a pas d'enfants vivant avec lui en ménage, celui-ci s'empare de tous ses meubles, de tout son argent, au détriment de tous autres héritiers, car le mainmortable n'est légalement propriétaire de rien.

L'usage finit par admettre qu'un vilain franc pût rompre le lien qui l'attachait à la glèbe en faisant abandon de la terre au seigneur : il devenait alors libre de toute obligation envers lui. Par là, le vilain franc se trouva dans une condition meilleure que le colon romain, à qui les lois impériales interdisaient d'abandonner sa culture. Le serf lui-même put renoncer à sa servitude en renonçant à sa terre : seulement, tandis que le franc devenait libre immédiatement, le serf ne le devenait qu'au bout d'un an et un jour si, pendant ce temps, le seigneur n'avait pas réussi à le rattacher à la glèbe. Ainsi le serf a presque secoué la servitude qui s'attachait à la personne : elle ne s'attache plus qu'à la terre.

Sans doute, le franc ou le serf ne se résignaient à abandonner leur terre que poussés à bout par l'oppression ; car, sans la terre, ils n'avaient aucun moyen d'existence. D'ailleurs ils ne pouvaient guère quitter une seigneurie que pour tomber dans une autre seigneurie, puisque nulle terre n'était sans seigneur. L'homme sans terre et sans seigneur, l'homme sans feu ni lieu, l'homme sans aveu, était livré à toutes les rigueurs des lois contre les étrangers et les vagabonds. Cependant, c'était un progrès que de pouvoir échanger une servitude trop dure contre une servitude que Ton supposait plus douce : c'était un frein aux exactions du seigneur que la crainte de voir abandonner son domaine»

à une époque où la terre n'avait de valeur qu'autant qu'elle avait son « vêtement » de travailleurs.

Ainsi, non seulement le vilain franc était plus libre que le colon de l'empire romain ; mais la condition du vilain serf, père d'une famille légitime, propriétaire de son gain personnel, usufruitier perpétuel de sa terre, libre de changer de maître, était, sans comparaison possible, meilleure que celle de l'esclave romain.

Le village à l'époque féodale. — Le nom d'un village est presque toujours emprunté à quelque particularité géographique, topographique ou historique *. Ou bien ce nom était celui du saint de la paroisse ou du monastère voisin 2. Ou encore ce nom rappelait celui de quelque ancien propriétaire *. Les villages les plus récemment fondés s'appelaient Villeneuve ou la Neuve- Ville ; les villages libres ou récemment affranchis s'appelaient Villefranche,, Ancyle-Franc, etc.

Les villages ayant été presque toujours, à l'origine, une exploitation seigneuriale, leur territoire occupe l'emplacement de cette propriété. Ce territoire s'appelle le finag^. Le village est attaché à la glèbe du finage. Il ne peut pas plus disparaître que le finage lui-même. Voilà pourquoi on a beau brûler les villages, ils se reforment toujours : ne faut-il pas des hommes pour cultiver cette terre?

Différentes elasses de terres oa manses. — A l'époqueféodale, voici ce qu'on pouvait observer sur le finage d'un

1. Les noms d'Aix, Aigues-vives, Bains, Fontaine, Fontenay, sont dus aa voisinage d'eaux courantes ou thermales; Condé, Gondat, Gonflans, au confluent de deux rivières; Salins, Lons-le-Saulnier, à des gisements de sel; Ferrières, Ferras, Argentan, à des gisements métalliques; la Moite, la Côte, Mont, Beaumont, Apremont, à quelque hauteur; Val, la Combe, à quelque dépression de terrain ; la Chênaie, la Fresnaie, la Châtaigneraie,, la Saulsaye, à des bois, à des arbres; THermitage, l'Hospice, le Moutiers, la Chapelle, la Celle, au voisinage de quelque saint édifice; Château, ChAtillon, Castel, Bastide, Ferté, Garde, Bellegarde, au voisinage de quelque château ; Collonges, Collongues, Coulanges, Cologne, au fait que le villag^ea été originairement peuplé de colons de l'époque romaine, etc.

2. Saint-Paul, Saint- Jacques ; et aussi Dombasle, Domremy, Dammartin^ Dompierre, Dammarie, c'est-à-dire saint Basile, saint Remy, saint Martin, saint Pierre, sainte Marie.

3. Auquel s'ajoutait la terminaison en « court » {curtiSt maison de maître)^ en « ville » ou « villers » (villa) : ainsi Audincourt, Liancourt, Martainville, Romainville, Rambervillers,

Page 1