‹ Histoire de la civilisation française (volume 4)Chapitre 3 sur 116 · VI PREFACE · texte numérisé non relu

VI PREFACE

ment de nos lycées, une large part aux institutions et aux faits de civilisation. Le programme adopté dans les lycées de filles met au premier rang « l'histoire de la civilisation ».

Ce qui a sans doute empêché cette partie de l'histoire de prendre plus tôt la place qui lui revient dans notre enseignement, c'est que précisément c'est celle qui a mis le plus longtemps à se fixer. Elle est encore loin d'être définitive. Depuis les livres si célèbres de M. Guizot sur l'histoire de la civilisation, nos savants n'ont cessé d'explorer les archives et les bibliothèques, d'interpréter les chartes et les anciens registres. Tels résultats qui paraissaient admis ont été remis en question. Non seulement le brillant Essai de Voltaire donnerait lieu à une infinité de rectifications ; mais les ouvrages publiés dans la première moitié de ce siècle sont déjà sujets à revision, et même ceux qui ont paru il y a vingt ans ne restent pas debout tout entiers. Il se fait dans ces études un renouvellement incessant. Tandis que l'histoire des guerres et des traités, celle qu'on appelle quelquefois l'histoire ex^ terne, pourrait à la rigueur s'enseigner comme il y a cent ans, l'histoire interne, c'est-à-dire celle de la civilisation et des institutions, a dû être complètement refaite. Même aujourd'hui, la science est loin d'avoir dit son dernier mot sur les institutions de la royauté, les Parlements, les États généraux, le Conseil du roi, l'organisation militaire, les finances; encore bien moins sur la condition exacte des personnes et des terres aux différents âges, les faits de l'histoire littéraire, scientifique et artistique.

Toutefois, dès maintenant, il y a des traits généraux, des faits essentiels, qu'on doit tenir pour acquis. On peut donc essayer d'écrire une histoire, tout au moins élémentaire, de la civilisation française.

Le livre que je présente à la jeunesse de nos écoles

PEÉFACB TU

n'est donc pas une histoire des guerres, une hisloiro des rois. Il ne se propose pas de raconter cororoenl ou a gagné la bataille de Bouvines ou perdu celle de Poitiers, mais d'esquisser Thistoire de la nation elle* même, dans tous ses éléments; de montrer comment se sont formés l'aristocratie, le clergé, la bourgeoisie, le peuple des villes et des campagnes; comment, de la multitude des anciennes tribus gauloises ou des anciens états féodaux, est née une nation; comment, sur les débris des pouvoirs d'autrefois, s*est constitué un puissant État, avec tous les organes essentiels d*un État: une administration, une justice, une armée, une diplomatie, des finances; dans quel esprit et suivant quelles méthodes, aux différents âges, on a pratiqué chez nous Tagriculture, Findustrie, le commerce, cultivé les lettres, les sciences et les arts; en un mot, comment nos ancêtres ont vécu et par quels labeurs ils ont préparé la vie meilleure dont nous jouissons.

Ce livre n'est pas une œuvre d'érudition : je n'ai pas la prétention d'apporter des solutions nouvelles; je sais qu'il y a cent questions dans notre histoire, dont chacune userait une vie d'bomme. J'ai usé largement des travaux publiés jusqu'à ce jour. J'ai, dans des notes bibliographiques placées à la fin de chaque chapitre, cité mes autorités : pas toutes cependant, car j'ai voulu me borner aux livres indispensables et dresser, en quelque sorte, le catalogue d'une bibliothèque historique, à l'usage de nos lycées et écoles. Il a donc fallu négliger beaucoup de monographies, beaucoup d'articles de revues, auxquels cependant je suis fort redevable. Je n'ai pas cité, sauf une fois ou deux, de travaux étrangers, car je sais que le public auquel ce livre s'adresse ne lit pas encore couramment l'allemand ou l'anglais.

J'ai un peu plus insisté sur l'ancienne Gaule qu'on ne le fait habituellement : c'est que l'histoire de notre

vin PRÉFACE

pays ne commence pas à la victoire de Clovîs sur Syagrius ou à Tavènement d'Hugues Gapet. Les ancêtres des Français sont plus anciens que les Francs. Nous avons dans les veines le sang de ces peuples qui, dans les temps antiques, ont promené par le monde leurs bandes turbulentes, colonisé les Iles-Britanniques, une partie de l'Espagne, l'Italie du Nord, l'Allemagne de rOuest et le bassin du Danube; qui ont imposé le nom d'une tribu gauloise à la Bohème et à la Bavière et fondé une Gaule asiatique, la Galatie; qui, redoutés des Latins et des Grecs, ont rendu visite à Jupiter de Rome et à Apollon de Delphes. Quand les fils de Tentâtes perdent leur indépendance, commence une période de civilisation romaine que nous ne devons pas plus effacer de notre histoire que les sept années de résistance héroïque à la conquête. C'est une période de près de cinq siècles pendant laquelle ce pays a été le plus civilisé et le plus prospère de l'ancien monde, à tel point que la Gaule, au témoignage de Velleius Paterculus, versait au trésor romain autant d'argent que tout le reste de Tempire; pendant laquelle des historiens, des orateurs, des poètes, des artistes gaulois ont mérité une place parmi les grands hommes du monde antique^ et des empereurs de race celtique ont commandé aux légions. D'ailleurs l'étude des Gaulois montre la persistance, à travers les siècles, des traits caractéristiques de notre race ; l'étude des institutions romaines en Gaule est indispensable pour expliquer celles du moyen âge et même celles des temps modernes; et, enfin, nous ne voulons rien abandonner de notre vieille noblesse et de nos anciennes gloires.

DE LA

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