‹ Histoire de la civilisation française (volume 4)Chapitre 4 sur 116 · CHAPITRE PREMIER TEMPS PRIMITIFS · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER TEMPS PRIMITIFS

Les rmees fMAilea. — Sur le sol qui a été plus tard la Gaule et qui est devenu la France, il a existé d*abord des races d'hommes qu'on appelle races préhistoriques, c'est-à-dire « antérieures à toute histoire ». Les plus anciennes sont appelées raoes fossiles : on trouve leurs ossements mêlés à ceux d*animaux dont les espèces sont 4lepuis longtemps disparues.

Ces hommes ont vécu à une époque où la configuration du sol et le climat de notre pays n'étaient pas tels que nous les voyons aujourd'hui. A l'époque que les géologues appellent quaternaire, le climat de la France actuelle semble avoir été plus chaud qu'aujourd'hui, et cependant certaines régions étaient très froides, car les glaciers des Alpes s'étendaient beaucoup plus qu'aujourd'hui. Aussi

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On reconnaît leurs tombes à cette particularité que les ossements humains sont calcinés : ces hommes n'enterraient donc pas leurs morts comme les populations de Fâge quaternaire ; ils les brûlaient.

Le trait caractéristique de cette civilisation, c'est qu'à la pierre éclatée succède^ dans la confection des armes, la pierre polie. Aussi, cette période s'appelle-t-elle l'âgpe de la pierre polie. Avec une patience ou une habileté plus grande, à force de frotter les pierres l'une contre l'autre, l'homme parvient à leur donner une forme plus régulière, un tranchant mieux affilé. Dans les andouiUers de cerf, il creuse des douilles qui permettent de fixer ces pierres à des bâtons; il rend plus meurtrières les flèches de silex en les barbelant. Avec les bois durs, avec la corne de renne ou de cerf, avec les os de poisson, il fabrique aussi des hameçons et des harpons pour pêcher, des aiguilles pour coudre, et quantité d'autres outils.

L'âge de la pierre polie nous montre les industries naissantes. Dans quelque éclaircie de forêt, l'homme sème du froment, de l'orge, des pois, du millet. Il en fait, non du pain, mais une espèce de galette. Il continue à chasser l'aurochs, le moufflon, le bouquetin, le sanglier ; mais il a domestiqué certains congénères de ces animaux : le bœuf, le mouton, la chèvre, le porc. Il possède le cheval, son plus précieux auxiliaire pour la guerre, la chasse et l'agriculture. Contre le loup ou le renard, il a trouvé un allié dans un animal de la même famille : c'est le chien, encore à moitié sauvage, mais qui s'apprivoise peu à peu, s'habitue à vivre dans le voisinage de l'homme, à le suivre à la chasse et à garder ses troupeaux. L'homme se bâtit des huttes, fabrique des poteries moins grossières; il a appris à tisser la laine, le lin, même les écorces de certains arbres, et à s'en faire des vêtements commodes.

Cité» laeiislres. — Dans ces temps primitifs, il a existé des populations qui vivaient dans les cités lacustres espèces de villages établis sur les lacs. Il y a trente années environ qu'on a commencé à découvrir, en Suisse et en Savoie, les restes des pilotis qui ont supporté ces villages et, en outre, des fragments de poterie, des armes, des ustensiles de pèche. Les hommes d'autrefois, pour échapper

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aax bétes féroces ou à des tribus ennemies, cherchaient donc an refoge sur les lacs, qui étaient alors bien plus nombreux qu'aujourd'hui. A une certaine distance du rivage , ils enfonçaient des pilotis dans l'eau ; sur ces pilotis, ils établissaient une plate-forme en madriers, et sur cette plate-forme construisaient leurs cabanes. Un pont de bois permettait de communiquer avec le rivage : on le retirait à rapproche de la nuit ou eu cas de danger. On avait d'ailleurs sous la main une nourriture assun^e; il suffisait de soulever une planche et de descendre un panier dans les flots pour le retirer plein de poissons. ■•mmieato aiésalichl^ves. — Très anciennement aussi se sont élevés sur notre sol les monuments qu'on appelait autrefois druidiques. Gomme il est reconnu aujourd'hui qu'ils n'ont aucun rapport avec la religion des Druides, on les appelle simplement mégalithiques, ce qui signifie : « construits de grandes pierres ».

Les monuments mégalithiques se retrouvent non seulement en France, mais dans presque tous les pays du monde, là même où l'on n'a jamais entendu parler des Druides, comme en Afrique, dans l'Inde et en Amérique. Ceux de notre pays sont l'œuvre de populations primitives qui connaissaient déjà la pierre polie, plus anciennes certainement que les Gaulois.

Ces monuments étant aujourd'hui plus nombreux en Bretagne que dans le reste de la France, on leur a conservé souvent leurs noms bretons. On distingue parmi eux : i» les peuivans (en breton, piliers de pierre) ou menAtrs, qui sont des pierres allongées, plantées debout et qui ont par fois seize mètres de hauteur; 2® les crom-lechs, formés de peuivans plantés en cercle; 3° les alignements, formés de peuivans plantés en lignes parallèles : le plus célèbre des alignements est celui de la lande de Garnac, dans le Morbihan, qui occupe une étendue de trois kilomètres et qui, encore il y a quelques années, avant que les paysans n'eussent commencé à les exploiter comme une carrière, se composaient de 4000 blocs ; 4® les pierres branlantes, grandes tables de pierre, posées en équilibre sur quelque pointe de rocher : leur positioii est si bien calculée que nulle force humaine ne peut les déplacer, mais qu'un enfant

peut les mettre en branle ; 5** les dolmens (en breton : tables •de pierre), formés d'une pierre horizontale portée sur deux ou plusieurs roches verticales; 6° les allées couvertes j formées d'une succession de dolmens, qui constituent ainsi comme un long couloir, aboutissant parfois à une «spèce de salle.

On a ignoré longtemps dans quel but les constructeurs de ces mytérieux monuments * ont dressé ces blocs énormes. Il paraît établi que ce sont, comme les Bretons les appellent, des pierres de souvenir, c'est-à-dire des monuments funéraires, tombeaux de chefs puissants. Ces monuments nous apprennent donc : 1<» que ces peuples inconnus honoraient la mémoire de leurs morts, qu'ils avaient ■certaines idées religieuses, et que probablement ils croyaient k une autre vie ; 2° qu'ils avaient des chefs très obéis, dont la volonté despotique pouvait mettre en mouvement des milliers de bras pour leur bâtir ces tombes qu'ils entendaient habiter un jour; 3° qu'ils avaient certaines connaissances en mécanique, car autrement comment auraient-ils pu transporter et dresser ces lourdes pierres? On ignore encore par quels procédés ils ont pu accomplir un travail qui étonne nos ingénieurs. On constate seulement que tous ces monuments sont faits de pierres absolument brutes. L'âge mégalithique n'offre plus aucun vestige de représentations artistiques.

Les raees historiques. — Enfin, arrivent d'Orient nos vrais ancêtres. D'abord, vers les x® et ix« siècles avant notre ère, les Celtes, race pacifique, qui semblent avoir introduit dans notre pays les métaux, c'est-à-dire le bronze et le fer, et qui occupèrent l'ouest et le centre de la Gaule, se superposant ainsi, peut-être sans combat et par la seule

1. A ces pierres se rattachent des légendes. Les paysans bretons racontent qne les blocs alignés de Carnac sont un régiment de soldats païens, ■envoyés à la poursuite de saint Cornély, et que eelui-ci a changés en pierres. A Pinols, dans la Haute- Loire, un peulvan passe pour être la quenouille que les fées viennent filer à Theure de minuit. La pierre branlante des environs de Blois tournerait sur elle-même pendant la nuit de Noël. D^aotres ont reçu du peuple des noms étranges : la pierre qui vire, la chaire aux diables, le» roches aux fée;*, le palais des géants. Ailleurs, les paysans croient qu'elles sont hantées par des fées ou des- nains qui, par les clairs de lune, viennent danser autour d'elles.

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supériorité de leur civilisation, aux hommes de la pierre polie. Ils furent suivis, vers les vii* et vi« siècles avant notre «re, par les Gaulois proprement dits, race essentiellement verrière et conquérante, reconnaissables à leurs grandes épées de fer sans pointe : ils subjuguèrent leurs devanciers «t donnèrent leur nom à tout le pays. Enfin, dans le nord de la Gaule, apparurent les Belges, qui avaient pour armes distinctives des épées courtes et pointues. L'â^e historique sur notre sol fut donc aussi l'âge des mAtanz.

méswMé. — Ainsi notre pays a été habité bien des milliers d*aunées avant que les historiens des nations civilisées de l'antiquité, c*est-à-dire ceux des Grecs et des Romains, eussent songé à parler de lui. D*abord parurent les races fossiles, qui ne connaissaient d'autres armes que la pierre éclatée, d'autres habitations que les cavernes, d'autre occupation que la chasse, d'autres animaux apprivoisés que le renne. Puis les races sans nom, probablement venues d'Orient, auxquelles on doit les armes en pierre polie, la domestication des animaux utiles, les premiers rudiments d'agriculture, les premières idées religieuses, la première .organisation politique, les cités lacustres et les monuments mégalithiques, enfin la substitution de la vie sédentaire à la vie errante. Puis les races historiques, également venues de l'Orient, qui ont introduit dans notre pays les armes de métal.

Les races primitives n ont pas disparu complètement de notre sol; elles ont dû se mêler à celles qui sont survenues depuis. Qui sait si même les hommes 4e Tàge de la pierre éclatée, qui chassaient au rhinocéros et à l'ours blanc, n'ont pas laissé une postérité, et s'il n'y a pas des Français qui ont dans les veines le sang des troglodytes?

Ouvrages a consulter : Lubbock, L'homme mréhistorique et Les oriifùies de la civilisation. -• Lehon, L'homme fossile. — Evans, Les âges •de la pierre et L'âqe du bronze. — Ed. Tylor, La eiviluation pnmitioe.

— E. Desor : Les Palafittes ou eonséructions lacustres du lae de Neu-

chdtel. — De Nadaillac, Les premiers hommes. — Girard de Hialle, Nos ancêtres. — D*Arbois de Jubatoville, Les premiers habitants de l'Europe, — Mortillet, Antiquité de Vhomme.

-^ Alexandre Bertrand, La Gaule avant les Gaulois,

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