‹ Histoire de la civilisation française (volume 4)Chapitre 5 sur 116 · I. DiTisions de la Gaule · texte numérisé non relu

I. DiTisions de la Gaule

La Gaole et les Gaulois. — A Tépoque où Jules César entra dans notre pays pour le conquérir, en l'an 5S avant J.-C, on appelait Gaule la région comprise entre l'Océan, le Rhin, les Alpes, la Méditerranée et les Pyrénées. On donnait à tous ses habitants le nom commun de Gaulois.

La Gaole romaine et les Tilles fl^reeqoes. — A peu près la sixième partie de la Gaule, c'est-à-dire les pays situés entre les Alpes, la Méditerranée, la haute Garonne et le point où s'élève aujourd'hui Lyon, était déjà soumise aux Romains. Us l'appelaient ProTinoe Narbonnaise ou simplement la Province : d'où le nom moderne de Provence,

La Gaule romaine ou la Province était habitée : 1® par des peuples indigènes ; 2» par des Grecs; 3* par des Romains et d'autres Italiens.

Les peuples indigènes étaient, soit des Celtes, comme les Allobroges (Savoie et Dauphiné), soit des Ligures, comme les Salyes, des environs de Marseille.

Les Grecs étaient arrivés en Province vers Tan 600 avant J.-C. : ils étaient originaires de la ville de Phocéfe en Asie Mineure. Ils avaient fondé des villes dont les noms étaient grecs et se sont conservés depuis, avec de légères modifications. C'étaient Agathe Tychè ou la « Bonne fortune »

6AULB IllDéPBEfDAlITB •

. Agde) ; Nicaea ou « lar Victoire » (Nice) ; Aniipoliê ou « la Cité en face de Nice » (Antibes). Us habitaient encore Areiate (Arles) et Massilia (Marseille), dont le nom gaulois signifie « le mas (ou la maison) des Salyes », |>arce que e^st sur le territoire de ce peuple que s'éleva Marseille.

Marseille, même sous la domination romaine, était une république presque indépendante, administrée par un sénat. Le sénat était rassemblée des chefs de famille les plus riches ; il formait une aristocratie de commerçants, d'armateurs et de banquiers. Le peuple se trouvait donc absolument exclu du gouvernement.

A Marseille, tout était grec. La base de l'éducation pour la jeunesse, c'étaient les exercices grecs de la gymnastique et l'étude des poèmes grecs par excellence : ïlUade et Y Odyssée *. Les divinités étaient grecques : on adorait surtout Apollon, dieu du soleil, Artémis ou Diane, sa sœur, déesse de la lune, Pallas ou Minerve, déesse de la sagesse.

Marseille vivait donc à part du reste de la Gaule et même de la Gaule romaine. Cependant elle avait en Gaule une énorme importance. Elle paraît avoir fait connaître à nos ancêtres l'alphabet grec et l'usage de la monnaie. Le por* de Marseille exportait les produits de la Gaule, importait en Gaule les produits de l'Italie, de l'Espagne, de l'Afrique, de la Grèce, de l'Orient.

Ces Grecs de Marseille et de la Province ont fini par se confondre avec les Français du midi; mais, sur certains points, à Arles, par exemple, ils ont conservé le type grec. t^A:-. \}

Les Romains avaient apporté dans le reste de la Province leur langue, qui était le latin, et leurs institutions. Ils s'étaient établis en grand nombre dans les anciennes villes gauloises de Tolosa (Toulouse), Nemamus (Nîmes), Avenio (Avignon), Aurasio (Orange), Yienna (Vienne), | Geneva (Genève) et [surtout jfarho (Narbonne),^ qu'ils appelaient

1. V Iliade raconte les eombats des anciens Grecs autoar de là cité d*Ilion ou de Troie; VOdysiée raconte les ayenlures maritimes d'Odyssens on; Ulysse, roi de la petite ile grecque d'Ilhaque. Ces deux poèmes sont attribués à Homère, un ehanteur aveugle qui aurait vécu vers le x* siècle «▼ant J.-C.

iO CIVILISATION FRANÇAISE

Narbo Martius parce qu'ils Tavaient consacré à Mars, leur dieu de la guerre. Narbonne devint le chef-lieu de la Narbonnaise.

Un proconsul romain, Sextius, 122 ans avant Jésus-€hrist, fonda une cité nouvelle : Aqtiœ Sextim ou « les eaux thermales de Sextius ». Elle s'appelle aujourd'hui Aiz.

La Gaaie Indépendante s les races et les lan^nnes. — C'est de la Gaule indépendante, appelée aussi par les Romains Gaule choTelue, que nous avons surtout à nous occuper.

Les géographes romains la divisaient en trois grandes régions : VAquitainef entre les Pyrénées et la Garonne; la €eltique, entre la Garonne au sud, la Seine et la Marne au nord; la Belgique, au nord de la Seine et de la Marne.

L'Aquitaine était peuplée par les Ibères *. Outre la Gaule méridionale, ils habitaient la presque totalité de l'Espagne, que les Romains appelaient Ibérie. Leur langue a donné naissance à la langue basque ou euskara, que l'on parle «ncore aujourd'hui au midi de l'Adour. Elle n'appartient pas à la famille des langues européennes, comme les autres idiomes de la Gaule; elle ne se rattache à aucune langue connue. De même, les mœurs des Ibères ne ressemblaient pas aux mœurs des autres Gaulois, et ils ne 5e mêlèrent jamais dans leurs guerres.

Parmi les descendants de ces Ibères, les uns ont conservé leur langue nationale et ce sont les Basques, qui se donnent à eux-mêmes le nom d'Euscaldunac ou « hommes à la main habile » ; les autres ont oublié cette langue pour apprendre celle de leurs voisins ; ce sont les Gascons, Mais Basque et Gascon, c'est le même mot avec un léger changement.

Dans la Celtique, habitaient les Celtes. Ils parlaient une langue qui, depuis, a fait place au latin, puis au français. Si on veut savoir quelle était cette langue, on peut s'en faire une idée par les langues dites celtiques qui sont parlées aujourd'hui en Ecosse, en Irlande, dans le pays de Galles et dans la Bretagne française.

1. On ne sait de quel pays ils étaient originaires : on suppose qu'ils étaient arrivés en Gaule, non pas de l'Orient, comme les autres peuples , mais du lilidi, peut-être de l'Afrique.

GAULE DIDÉPBICDAIITE II

La Belgique était habitiV par les Belges. Le» anciens Belges ne formaient pas une nation^ mais une collection de peuples. De ces peuples, les uns étaient des Celtes ', les autres étaient des Germains '.

DonCy il y avait déjà dans la Gaule des OemulDS, mais <l*une autre branche que les Allemands d*aujourd'hui. Aussi leurs descendants, Flamands et Hollandais, parlent des langues germaniques, mais ne parient pas l'allemand proprement dit.

Ainsi, dans la Gaule, on parlait au sud-ouest Tibère; au centre et au nord-ouest, le celte ou plus probablement une quinzaine de aialectes celliqucH; an nord-est, des langues germaniques. Ajoutons à tout (*^*la le latin et le ligure dans la Province romaine, et le ffii-c dans les cités pho- •céenfnes.

n n*y avait donc en Gaule ni unité de race, ni unité de langue.

Fas dCsBité poUlIqne s peaplen, emmfédéwmnîmmmf dlealèlee. — n n'y avait pas non plus d*unité politique. 1^ Gaule ne formait pas un État, n'avait pas une capitale, n*obéissait pas à un chef suprême.

Tant d'Ibères, que de Celtes ou de Germains, on comptait trois ou quatre cents peuples gaulois, au dire de certains géographes de Tantiquité; une centaine, suivant un autre calcul •.

Tous ces peuples se faisaient la guerre, oubliant que leur pays risquait à tout moment d'être envahi, soit par les Germains d'outre-Rhin, soit par les Romains.

1. Gomme les Calâtes (pays de G&ux), les Bellooaks (Beauvais), les Ambiani (Amiens), les Suesëioneg (Soissons), les Bénie* (Reims), les Leukê (Toul).

2. Comme les Nermene (Bainaat), les Éburom (Liège), les Ménapien»^ (Flandre), les Trécires (Trêves), les Mediomatrike (Metz), les Bataves (Hoiiande).

3. Les noms de ces peuples se sont conservés dans les noms des villes et des provinces de France : ainsi les Bèmes oui laissé leur nom à Reims, les Turwu à Tours et à la Toaraine, les Andegaves à Angers et à l'Anjou, les Pariêii à Paris, les Lemomks à Limoges et au Limousin, les Petrocorii à Périgueux et au Périgord, les Bituriges à Bourge» et au Berry, les Senones 4 Sens, les Trieaase» à Troyes. les Lingon» à Langres, les BeUotake à Beaavais, les Ambiani à Amiens, les Atrebates à Arras, les Suê98lonêi à Soissons, les JlieéUomatriks à MebE, etc.

i% CIVILISATION FRANÇAISE

Pourtant ils n'étaient pas absolument sans relation» entre eux.

Il semble que les principales nations de la Belgique aient formé une confédération : du moins, elles firent cause commune contre César, cinq ans avant le soulèvement général ordonné par Vercingétorix. Les nations de TArmo»rique (Bretagne) formèrent également, sous la direction des Vénètes (Vannes), une confédération qui prit les armes contre César.

Dans d'autres parties de la Gaule, nous voyons des peuples associés d'une manière permanente. Seulement ils ne traitaient pas entre eux sur le pied d'égalité. Il y avait des peuples patrons et des peuples clients : ceux-ci forcés d'obéir à ceux-là. Ainsi les Rèmes (Reims) avaient pour clients les Tricasses (Troyes). Les Édues (Bourgogne) avaient pour clients les Ségusiens (Lyonnais), les Ambarri (Bresse), les Aulerks (Jura), les Mandubiens (d'Alésia). Les Arvernes. (Auvergne) ont eu pour clients, dans leurs premières guerres contre les Romains, presque tous les peuples da la Celtique, depuis les Lemoviks (Limousin) jusqu'aux AUobroges (Savoie et Dauphiné).

Malheureusement les confédérations et les clientèles se combattaient entre elles. Elles en venaient à un tel point d'inimitié qu'elles appelaient l'étranger. Ainsi la confédération des Ëdues, en querelle avec celle des Arvernes,^ 121 ans avant J.-C, avait appelé les Romains : c'est ce qui permit à ceux-ci de se rendre maîtres de la Province. Les Séquanes (Franche-Comté), en lutte contre ces mêmes Édues, appelèrent Arioviste, un chef des Germains d'outre-Rhin qui opprima les uns et les autres et ne fut chassé que par César. Dans la guerre dte César contre la confédération belge, les Rèmes firent défection et lui livrèrent le plan des coalisés. Les Ibères ne prirent aucune part à la guerre de l'indépendance et attendirent, que les Romains vinssent les attaquer chez eux.

A aucun moment, pas même à l'appel de Vercingétorix,. la Gaule ne sut se réunir tout entière contre l'étranger.

GAULE UfDiPEHDAlITE la

U. État social et reUgion.

État soeial s les eaclaTes. — Les habitants de la Gaulese divisaient en quatre classes : les esclaves, le peuple, le» nobles, les prêtres.

Les esclaves étaient les prisonniers faits à la guerre». les criminels ou les débiteurs insolvables condamnés à être vendus. Les esclaves n'avaient aucun droit : ils étaient, non des personnes, mais des choses. Le maître pouvait disposer de son esclave comme de tout autreanimal domestique : le vendre, Testropier, le tuer. Les esclaves en Gaule étaient d'ailleurs peu nombreux, parceque le luxe était peu répandu et que les maîtres avaient besoin, non de serviteurs attachés à la personne, mais de travailleurs agricoles.

Le peuple des eampaf^es. — Il y avait des nations* gauloises où Tancienne population avait été asservie par des conquérants. Là, les vaincus formaient la plèbe, ou le peuple, et les vainqueurs l'aristocratie. Les premiers étaient attachés au sol et le cultivaient au profit de leurs maîtres..

Le plus souvent, le peuple se trouvait asservi à une aristocratie, sans que celle-ci en eût fait la conquête. Pour se rendre compte de ce qui se passait alors en Gaule, il faut voir ce qui s'est fait, jusqu'à une époque très rapprochée de nous, chez certains peuples celtes qui ont conservé les vieux usages, comme les Écossais et les Irlandais. Là, tous les habitants d'une tribu étaient censés ne former qu'une seule famille : c'est ce que les Écossais appellent un clan.. Chaque clan avait à sa tête un chef : ce chef était censé être le père de la famille, et tous les habitants étaient censés être ses parents. En Ecosse, par exemple, quand le chef s'appelait Mac-Gregor, tous les habitants s'appelaient aussi Mac-Gregor. En Gaule, la terre appartenait, d'une manière indivise, au clan tout entier : seulement c'était le chef ou les plus riches habitants, ceux qui possédaient des bêtes de labour et des charrues, qui seuls en profitaient. Avec le temps, ils finirent par se considérer comme le& seuls propriétaires de cette terre, et regardèrent leurs soidisant parents comme des ouvriers agricoles forcés de tra-

vailler pour eux. Ils firent partager cette manière de voir aux étrangers : les Romains crurent que les chefs des €lans gaulois étaient les m^ûtres, à la fois, de la terre et des habitants.

Donc les travailleurs des champs avaient perdu leurliberté, soit parce que leur nation avait été conquise autrefois par une autre nation gauloise, soit parce que les principaux de la tribu usurpaient le bien commun. S'ils étaient forcés de travailler pour ceux-ci, ils n'étaient cependant pas des esclaves. Les chefs les considéraient comme des hommes libres, les traitaient avec égards. Eux-mêmes ne se sentaient pas trop humiliés de leur dépendance, surtout lorsqu'ils portaient le même nom que les chefs et qu'ils |)ouvaient se considérer comme étant de leur famille ; ils les suivaient à la guerre et partageaient leurs dangers; ils leur montraient un dévouement à toute épreuve, étaient fiers de leur noblesse, de leur luxe et de leur bravoure, reconnaissants de la protection dont ils les couvraient.

Au reste, dans cette société barbare et violente, les simples hommes libres, quand ils n'étaient pas euxmêmes très puissants, étaient obligés de recourir à la protection de plus puissant qu'eux.

« La plupart des hommes du peuple, dit Jules César, •écrasés sous le poids de leurs dettes, accablés d'impôts, ^xîposés aux injustices des grands, se reconnaissent esclaves ■<les nobles. »

Ces dettes, c'était vis-à-vis de quelque noble que l'homme •du peuple lès avait contractées, puisque les nobles seuls •étaient grands propriétaires et seuls étaient riches; ces impôts, c'étaient les nobles qui Ten surchargeaient, puisque, seuls, ils avaient part au gouvernement; ces injustices, c'étaient les nobles encore qui les commettaient. Ils le tenaient donc par tous les côtés, et il ne lui restait plus qu'à se soumettre et à choisir l'un d'eux pour son maître, afin qu'il le protégeât contre les autres. Il ne devenait pas nécessairement son esclave, comme le dit César; il devenait un client et le noble devenait son patron. Mais, serviteur ou client, il fallait qu'il renonçât à être tout à fait indépendant. Dans une telle société, il n'y avait pas de place pour les simples hommes libres.

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Le peaple des villes. — Il semble que la population des villes aurait dû être moins assujettie que celle des campagnes. Seulement les villes étaient peu nombreuses, cl, chez beaucoup de peuples, les premières qu'on ait connues forent bâties par les Romains. Les anciennes villes gauloises n'étaient le plus souvent que des oppida, forteresses construites de madriers et de pierres entremêlés, qui servaient de refuge en temps de guerre et n'étaient pas habitées en temps ordinaire. Seulement c'était là ou près de là que les guerriers s'assemblaient et que se tenaient les marchés. Ajoutons que l'industrie était peu développée. L'artisan, comme le laboureur, était donc exposé à contracter des dettes, à subir de lourds impôts, à souflVir les violences des grands, à rechercher leur protection.

I.'sristocrstle s les chevatters. — Le noble ou le chevalier {eques), comme l'appelle César, est donc le chef d'un clan, le possesseur d'un vaste territoire dont il a usurpé la propriété exclusive, le maître de nombreux paysans qui se croient ses parents et qui ne sont que ses serviteurs, le patron d'anciens hommes libres qui sont devenus ses clients. Parmi ses clients, les uns, artisans des villes, lui forment un parti dans la cité; les autres, sous le nom d'ambacteSf constituent sa bande guerrière, sont ses fidèles, ses dévoués, se regardent comme ses frères. Souvent ils sont liés à lui par un pacte de fraternité tellement étroit qu'ils vivent à sa table, l'accompagnent à la guerre, et, s'il meurt, se tuent sur son corps ou se brûlent sur son bûcher. On cite un chef aquitain, Adiatunn, qui combattit les Roinains à la tête de ses six cents fidèles.

Plusieurs de ces chefs sont tellement puissants que personne dans leur nation ne peut leur résister, et qu'ils se mettent au-dessus des lois. Ainsi un chef de l'Helvétie (Suisse), nommé Orgétorix, cité à comparaître en justice, s'y présenta à la tête d'une armée de dix mille hommes, composée de ses clients, de ses débiteurs et de ses esclaves.

Le nom de quelques-uns de ces chefs est caractéristique : il se termine en rix. Ri*, comme le mot latin rex, veut dire roi ou chef. Tels furent Orgétorix, Cingétorix, Ambiorix, Boiorix, Vercingétorix. On a retrouvé des monnaies gauloises qui portent le nom de ces rix.

Les r«is. — Pourtant peu de nations gauloises ont de véritables rois. Sur quarante-neuf chefs mentionnés par Jules César, neuf seulement portent le titre de roi; sur les soixante principales nations de la Gaule, six seulement ont conservé Tinstitution monarchique, et trois de ces six ne la conservent que parce que Jules César leur a imposé un roi.

L'institution monarchique était, à cette époque, en décadence : cent années auparavant, elle était beaucoup plus répandue dans les Gaules. Alors, les Arvernes, par exemple, obéissaient à de puissants et magnifiques monarques : Luern, qui, dans ses fêtes, remplissait de vin et de bière d'immenses citernes, régalait un peuple entier, et jetai I l'or à pleines mains aux poètes qui chantaient ses exploits ; Bituit, qui allait au combat sur un char d'argent, entouré de la meute de ses chiens de guerre. Depuis, ces mêmes Arvernes avaient aboli la monarchie et condamné à être brûlé vif le père de Vercingétorix, nommé Celtil, qui avait essayé de la rétablir. Les Séquanes avaient détrôné leur ancienne dynastie. Les Carnutes (Chartres) avaient fait de même, et ce fut César qui rendit le pouvoir à Tasget, descendant de leurs anciens rois.

Les sénats. — Ce n'était pas le peuple qui s'acharnait ainsi sur l'institution monarchique : c'était, au contraire, la noblesse qui ne voulait plus qu'un de ses m^ s'élevât au-dessus des autres.

Les nobles, qui s'étaient débarrassés des rois avaient exclu le peuple de toute participation aux publiques, constituèrent, dans presque toutes les gauloises, le gouvernement de l'oligrarchie, c'est-à-d grandes familles. Au chef-lieu de chaque nation, un sénat, ou conseil des anciens, composé des gran(| priétaires. Les nobles se montraient si jaloux les autres qu'ils avaient, en beaucoup d'endroits, déciJ deux membres de la même famille ne pourraien| partie du sénat.

Le sénat, c'était le conseil ordinaire où se tra affaires politiques. 11 y avait, en outre, le conseil se réunissait au moment d'entrer en campagne, une sorte de conseil de guerre, et où assistaient 1

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accompagnés de leurs clients en armes. Mais, dans le conseil armé comme dans le conseil ordinaire, on voit que les nobles étaient tout et que le peuple n*était rien.

n y avait d'ailleurs autant de constitutions différentes que de nations.

Chez les Ëdues et les Ausks (Auch), par exemple, il y avait un chef suprême : mais, de crainte qu*il n*usurpàt la royauté, on ne le maintenait en fonctions que pendant une année et il lui était interdit de sortir du territoire. On rappelait le vergobrei.

Ailleurs, on avait un chef militaire, mais nommé seulement pour la durée de la guerre.

Chez les Ëburons (Liège), le chef suprême était élu par le sénat et par le peuple tout entier, c'est-à-dire par tous les guerriers : c'est le seul exemple d'une nation gauloise ayant conservé des institutions démocratiques.

Cette domination presque absolue de l'oligarchie sur les nations gauloises parait avoir rencontré, au temps de César, certaines protestations dans le peuple, surtout dans celui des villes.

Il semble que le mouvement de résistance aux Romains ait coïncidé avec un mouvement démocratique. Le héros de l'indépendance nationale, Vercingétorix, est chassé de son pays par cette même aristocratie qui a fait brûler son père : il y est ramené par des guerriers que notre conquérant, Jules César, traite de « gens sans aveu », c'est-à-dire par des guerriers de la classe populaire, acclamé par eux « roi des Arvernes » et mis à la tête de la levée en masse contre les Romains.

Le dérivé : les Druides. — A côté de la noblesse, il y avait, dans une partie de la Gaule *, un autre ordre privilégié : les Druides ou prêtres. Ils n'étaient pas prêtres de père en fils, comme les Lévites de l'ancienne Judée. Us ne formaient pas une caste héréditaire et fermée : ils se* ^nt dans les autres classes de la société, mais 'ans la noblesse. Pour devenir un Druide, il fallait

lidefl étaient inconnus chez les Ibères, chez les peuples de la imaine et dans la plus grande partie de la Belgique : c'est donc iquement dans les Iles Britanniques et dans la Celtique qn'ils 'eur domination.

qu'un jeune homme eût passé quinze ou vingt années dans (les espèces de collèges ou de séminaires, qui se tenaient parfois dans la solitude des forêts et des rochers, ou dans les îles de TOcéan. Là, après avoir fait serment de garder le secret, le jeune adepte apprenait par cœur des centaines de milliers de vers qui renfermaient la doctrine druidique. Ceux-ci ne la confiaient pas à l'écriture, soit qu'ils ne voulussent pas exposer leurs secrets à être divulgués, soit pour exercer la mémoire de leurs disciples.

L'enseignement des Druides comprenait non seulement la religion, mais l'étude des astres, des nombres, des plantes, et aussi celle des lois. Les Druides n'étaient pas uniquement •«les prêtres et des magiciens, mais des médecins et des juges. Aussi les familles nobles envoyaient-elles leurs fils étudier quelques années chez eux, pour qu'ils les instruisent dans les sciences divines et humaines. Les Druides furent donc les instituteurs de presque toute la jeune ♦noblesse. '

Ils n'étaient pas astreints au célibat, mais, en général,' ils ne se mariaient pas. Ils vivaient le plus souvent dans la solitude, afin de maintenir leur prestige sur la multitude. Ils avaient adopté un costume destiné à lui en imposer : ils étaient vêtus d'une longue robe blanche et chaussés de sandales; ils portaient au cou des amulettes, à la main une baguette blanche qui servait à leurs opérations ma- ,giques.

Us s'étaient donné une organisation qui augmentait ieur puissance. Ils obéissaient à un chef suprême, le grand Druide, qui siégeait sur un trône de forme mystérieuse. Il était comme le souverain-pontife, le « primat des Gaules )>. Quand il mourait, les Druides de la Celtique entière se réunissaient en un concile pour procéder à l'élection de son successeur. L'élection n'allait pas toujours sans bataille, car les diverses nations de la Celtique rivalisaient pour qu'un des leurs fût élevé au siège î^uprême.

Outre ces assemblées électorales, les Druides tenaient tous les ans une assemblée générale dans le pays des Carnutes, en un lieu appelé « le milieu sacré», mais ^ont on n'a pu retrouver l'emplacement. On outre, chaque

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