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nation gauloise avait son milieu sacré où se réunissaient les Druides du pays, soit pour célébrer leur culte, soit pour tenir leurs assises judiciaires, soit pour délibérer sur les affaires politiques ou religieuses.
L'ordre sacerdotal jouissait de grands privilèges : les Druides ne payaient point d'impôts et n'étaient pas tenus d'aller à la guerre. Ils avaient leur place dans les conseils où se décidaient les affaires publiques.
Ils étaient les juges civils, prononçaient sur les héritages et sur les limites des propriétés. Us étaient aussi les juges criminels et infligeaient des châtiments sévères. Dans la recherche des crimes, ils avaient recours au jugement de Dieu : l'accusé était obligé de courir pieds nus sur un brasier, qu'on appelait le feu de la paix. S'il se brûlait, il était réputé coupable ; sinon, il était innocent.
Le prestige de la religion était indispensable pour que les nobles orgueilleux pussent être contraints à restituer le bien volé ou à expier leurs meurtres. Sans les Druides^ il n'y aurait pas eu en Gaule de justice. Contre les récalcitrants, ils disposaient d'une arme toute spirituelle, mais d'une puissance irrésistible.
« Les Druides, raconte César, si un particulier ou un homme public l'efuse de souscrire à leur sentence, lui interdisent l'accès des sacrifices : ce qui est chez eux la peine la plus grave. Ceux qui en sont frappés sont mis au rang des impies et des scélérats; tout le monde s'éloigne d'eux, fuit leur rencontre et leur entretien, de peur que leur contact ne devienne funeste; aucune action en justice ne leur est ouverte et ils sont exclus de tous les honneurs. »
N'est-ce pas déjà l'excommunication, si redoutable aux mains du clergé chrétien pendant le moyen âge?
Les rites terribles qui, dans l'horreur des forêts sauvages, accompagnaient le culte des Druides, redoublaient encore le respect qui les environnait. Tandis que les Romains avaient renoncé depuis longtemps aux sacrifices huimains, les Druides, qui avaient trouvé ces sacrifices en usage chez les peuplades gauloises, continuaient à immoler des hommes ; dans leurs entrailles et leurs cœurs palpitants, ils consultaient l'avenir. Quelquefois ils crucifiaient les victimes aux chênes de la forêt ou les
entassaient dans d'immenses mannequins d'osier, auxquels ils mettaient le feu. Les victimes étaient ordinairement les criminels que les Druides avaient condamnés pour homicide, vol ou brigandage; quand les criminels faisaient défaut, on prenait des innocents ; souvent des croyants s'offraient spontanément à l'immolation, convaincus par la prédication des Druides qu'ils allaient entrer dans un monde meilleur.
Ovales, Dmidesses. — Au-dessous des Druides, il j avait un sacerdoce d'un ordre inférieur : les ovates ou cubages, qui sont peut-être les prêtres de religions gauloises plus anciennes. Les Druides leur abandonnèrent dédaigneusement, tout en continuant à les surveiller, l'éducation religieuse du peuple, se réservant surtout celle de la noblesse.
On ne sait s'il faut rattacher au druidisme les collèges de femmes qu'on nous signale sur certains points de la Gaule : comme les prêtresses de l'île de Sein, située à la pointe de Bretagne, qui prédisaient l'avenir et apaisaient les tempêtes; celles de l'île de Groix, dont le nom signifie en breton « île des sorcières » ; celles du mont Belen, près de Garnac, qui pouvaient changer les hommes en bêtes ; celles de l'île des Namnètes, à l'embouchure de la Loire, qui mettaient en pièces quiconque osait aborder chez elles.
Les bardes. — Les bardes ne se rattachaient au sacerdoce que parce que leurs chants accompagnaient les sacrifices; mais ils formaient une corporation laïque. Ils fréquentaient surtout les palais des grands, assistant à leurs festins, sollicitant leurs largesses, célébrant sur la rote, espèce de harpe, la noblesse de leur hôte, les exploits de ses ancêtres et la gloire de sa nation. Avec leurs chants qu'on appelait bardits, ils excitaient l'ardeur des guerriers pendant le combat, souvent aussi calmaient leurs fureurs et les empêchaient de s'entr'égorger dans les festins. Leur personne était inviolable : ils portaient les défis aux chefs de l'armée ennemie, arrêtaient les criminels, protégeaient les malheureux qui n'avaient pas de patron. Si sacrée était leur mission que l'esclave qui se faisait recevoir barde était par cela même affranchi. Chaque nation gauloise avait ses bardes. 11 parait que, comme ceux d'Irlande, ils se réunis-
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saient dans des assemblées où ils disputaient le prix du chant. Aucune des poésies des bardes gaulois ne nous a été conservée, et Ton ne peut s*en faire quelque idée que par celles des bardes dlrlande.
Ainsi, nous trouvons en Gaule un peuple réduit à la condition de serfs de la glèbe ; une noblesse militaire qui fonde sa puissance sur de nombreux clients et qui a réduit la royauté à l'impuissance ; un clergé de célibataires, exempt des impôts et du service militaire, ayant ses séminaires, ses lieux de retraite et ses pèlerinages, se réunissant en des conciles généraux et provinciaux, tournant contre ses adversaires Tarme formidable de Texcommunicalion; enfin des espèces de troubadours, charmant les loisirs des grands, faisant les fonctions de hérauts d'armes, inviolables même sur le champ de bataille. Ne sont-ce pas là autant de traits qui font ressembler Tancienne société gauloise à la société française du moyen âge féodal?
RelilIpioD. — Dans la religion des Gaulois, il faut distinguer la religion préchée par les Druides et celle du peuple.
Les Druides avaient introduit en Gaule la croyance à rimmortalité de l'âme. Ils avaient si profondément inculqué à nos ancêtres le dogme de Tautre vie que les Gaulois étaient pour les Romains « le peuple qui ne craint pas la mort ».
Les Druides enseignaient aussi à leurs initiés la croyance à un Dieu unique; mais, comme le peuple était trop grossier pour s'élever à cette idée, les Druides lui laissaient adorer des dieux qui étaient comme des dérivations de cet être suprême. Il y en eut en Gaule plus d*un cent : assez souvent ces dieux se groupèrent par triades ou trinités. Quelquefois une seule statue suffisait pour trois dieux, mais alors on lui donnait trois têtes. On mettait aussi les dieux en ménage, leur donnant une femme ou un fils. De nombreux monuments représentent des déesses-méres ayant sur leurs genoux, comme nos madones, un petit enfant. C'est surtout quand la puissance des Druides fut brisée et lorsque le peuple recouvra la liberté de représenter les dieux comme il l'entendait, c'est-à-dire à l'époque romaine, que les dieux se multiplièrent et que se multiplièrent aussi leurs statues.
Les principaux de nos dieux gaulois étaient : Belen, dieu du soleil; Belisana, sa sœur,. déesse de la lune, ou encore la lune elle-même, la lune-mère ; Ltigr *, inventeur des arts, vainqueur du serpent ; Atusmert, qui semble être le même que Lug et auquel on associa la déesse Rosmerta; OgminSy qu'on représentait avec des chaînes d'or qui partaient de sa bouche et qui retenaient ses auditeurs sous le charme de son éloquence. C'était là le groupe des dieux solaires, dieux de la lumière et de la vie, bienveillants aux humains» Tentâtes, qui conduisait aux enfers les âmes des morts; Tarann, dieu du tonnerre ; Ezus, « l'effrayant », Fhôte inconnu qui remplissait d'une religieuse horreur les forêtssacrées, formaient la triade des dieux de la mort, dieux terribles, qu'on ne pouvait apaiser qu'avec des sacrifices^ humains. Camulus était le dieu de la guerre. Cei^annos et Tarvos Trigaranus étaient des divinités au front cornu om en forme de taureau. Epona^ qu'on représentait sous la figure d'une femme assise sur une jument vigoureuse, était la protectrice des chevaux^ Borvo (d'où le nom de Bourbon) et la déesse Damona, Grannus et la déesse Slronaj présidaient aux eaux thermales, Laheren aux eaux courantes. Les Gaulois adoraient encore Arduimx, Vogese^ Pennina, divinités de l'Ardenne, des Vosges, des Alpes- Pennines. Ils avaient divinisé Kirk, le vent du mistral,. Icauna^ qui était la rivière de l'Yonne, Sequana^ qui était la Seine, et un grand nombre de sources, comme la source JHvona à Bordeaux. Certaines villes avaient leur génie protecteur : ainsi Nîmes avait le dieu Nemamus, Besançon avait la déesse Vesuntio, En Auvergne, on offrait des sacrifices au « génie des Arvernes ».
La masse du peuple se souciait bien moins des grand» dieux officiels que de ses petites divinités locales : elle rendait un culte à des rochers, à des arbres, à des buissons, à des rivières, à des lacs, à des sources qui passaient pour guérir. Le christianisme vint facilement à bout des grandsdieux, tandis que, pendant des siècles, il devait lutter en vain contre ce paganisme populaire, plus ancien que le
1. Lug est surtout un dieu irlandais; mais on trouve des traces de sod> culte en Gaule.
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(Iruîdisme et plus durable que lui. Ainsi, au vi« siècle encore, les paysans de la Lozère rendaient un culte au lac Hélanus, qui était consacré à la lune : dans ses eaux ils jetaient des étoffes, des toisons de brebis, du fromage, du pain, de la cire.
Les Druides attribuaient des vertus divines à un certain Dombre de plantes, telles que la jusquiame, la sélage, le samolus, la verveine, qui ont réellement des propriété» médicinales. Ils honoraient surtout le gui du chéno, qu'ils cueillaient en grande solennité le sixième jour de la dernière lune d'hiver, avec des faucilles d'or, et qu'ils regardaient comme la plante qui « guérit tous les maux >». Ils faisaient aussi des amulettes avec l'ambre et fabriquaient un talisman appelé « œuf de serpent ».
Fêtes i^aaloises. — Les grandes fêtes des Gaulois correspondent à certaines que nous célébrons encore aujourd'hui. A l'époque de notre Noël, c'est-à-dire au solstice d'hiver, on allumait, la nuit, des feux sur les montagnes, en l'honneur du dieu du soleil, et on se livrait aux danses et aux festins.
Dans la nuit du le' au 2 novembre, on célébrait la fél«* du feu nouveau : tous les feux étaient éteints dans toute la Celtique pour être ensuite rallumés à la flamme de l'autel. C'était aussi la fête des défunts : cette nuit-là, le dieu Teutatès procédait au « jugement des morts » : il conduisait les uns dans « l'abime ténébreux », les autres j dans « le cercle du bonheur ». /
La fête de la cueillette du gui était aussi la fête de l'année ^ nouvelle : on s'invitait à des festins et l'on échangeait des étrennes.
Au solstice d'été, c'est-à-dire en juin, on célébrait une autre fête en l'honneur de Belen : des feux étaient encore allumés sur les montagnes : on plantait des arbres ornés de fleurs et de rubans et l'on s'offrait mutuellement des œufs. \
A l'époque des moissons, les prêtres parcouraient les \ champs en invoquant la protection des dieux sur la récolte : . c'est une des origines des Rogations , instituées par rÉglise chrétienne au v« siècle.
m. Mœurs et coutumes; armée, agriculture, industrie, commerce.
Aspect de la Gaule : les forêts, les villes. — Sur le sol
gaulois s'étendaient alors d'immenses forêts, peuplées d'arbres séculaires, encombrées des gigantesques troncs qui tombaient de vétusté, rendues impraticables par les ronces et les plantes grimpantes. Les fleuves, n'étant pas endigués, épanchaient au loin leurs eaux, formaient des lacs et des marécages immenses. Dans les fourrés, abondaient les bêtes sauvages, même l'ours, l'élan, l'aurochs, aujourd'hui disparus. Sur le bord des fleuves, les castors construisaient leurs demeures : le nom de la Bièvre, une rivière voisine de Paris, signifie « rivière des castors ». Dans les marais, pullulaient les cigognes, les butors, les hérons, les cygnes, les sangliers.
Les forêts étaient plus profondes et plus sauvages à mesure qu'on s'éloignait de la Province domaine, déjà couverte de villes opulentes, pour s'enfoncer dans le nord. Les. tribus devenaient aussi plus intraitables à mesure qu'on allait des bords de la Méditerranée vers la Belgique : taniiis que celles du midi commençaient à trafiquer avec les Romains, celles du nord, comme les Nerviens, ne voulaient recevoir aucun marchand étranger et prohibaient le vin et les étoffes d'Italie, afin de conserver intacte leur rude barbarie.
Dans le voisinage de la Province romaine, s'élevaient des villes gauloises où l'industrie et le trafic commençaient à se développer : comme Vesuntio (Besançon), Bibracte (Autun), Alésia, dont l'emplacement a donné lieu à tant de discussions. Sur la Loire, qui formait une des grandes voies commerciales, on trouvait Genabum (Orléans), que fréquentaient déjà les marchands italiens. Dans le bassin de la Seine, on remarquait Durocorter (Reims), Melodtmum (Melun), Lutetia (Paris). Dans le centre, Avancum (Bourges), la plus belle des vingt villes des Bituriges. Sur l'Océan, se rencontraient un certain nombre de petits ports gaulois qui commerçaient avec l'Espagne et les Iles Britanniques.
Au contraire, dans les régions les plus barbares de la
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Gaule, celles où n'arrivaient pas les marchands étrangers, les villes n'étaient que des oppida. Telles étaient les villes des Nerviens, des Bellovak, des Éburons et des tribus belges les plus belliqueuses.
lIaMtati«BS,aioMlier«e«at«Be.— La Gaule n'avait pas de routes, mais seulement des sentiers. A la campagne, comme dans la plupart des villes, on n'habitait pas des maisons, mais des huttes de bois ou de terre battue, avec ane porte, pas de fenêtre, et un trou, dans la toiture de chaume, pour laisser passer la fumée. Au-dessus de la porte on clouait, à côté des têtes de loups et de sangliers, les têtes des ennemis tués à la guerre *.
Chez les plus riches Gaulois, on trouvait bien des vases d'or et d'argent, mais pas de meubles : on couchait sur de la paille ou des peaux de bêtes ; pour manger, on s'asseyait sur des bottes de foin : on prenait à deux mains les morceaux de viande et on les dévorait à belles dents sans avoir besoin de couteaux ni de fourchettes.
Les hommes portaient des espèces de culottes ou pantalons appelés braies * ; une espèce de plaid écossais, aux couleurs voyantes, appelé sagum ou $aie; des chaussures appelées gallicœ ou gauloises^ d*où est venu notre mot de galoches. Le costume des femmes du peuple se composait essentiellement d'une chemise et d'une robe : celui des femmes nobles était plus compliqué et plus riche. Celles-ci se piquaient déjà de coquetterie : elles se lavaient avec de la bière pour avoir la peau blanche, se fardaient le visage avec de la craie, les joues avec du vermillon, les sourcils avec de la suie. Les hommes et les femmes de Faristocratie se lavaient les cheveux avec de l'eau de chaux pour les rendre rouges.
Armement. — Les guerriers, au moins les chevaliers,
1. Si c*étaient des tètes de chefe, on en prenait plus de soin : on les conservait embaumées dans des coffres de cèdre, ou bien on entourait le crâne d'une garniture d'or et l'on s'en servait comme de coupe dans les festins. Chez les Celtes d'Irlande, on conservait aussi les chevelures, ainsi que font aujourd'hui les Peaux-Rouges d'Amérique, ou encore les cervelles desséchées, qu'on suspendait en guise de parure au cou des chevanx.
2. Les braies surtout étonnaient les Romains qui allaient jambes nues : anasi désignaient-ils la Gaule méridionale sous le nom de Gallia braeeata ou Gaule pantalonnée.
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portaient un casque en bronze surmonté d'une crête ou d'une pointe, garni parfois de deux cornes de buffle ou d^ deux ailes d'oiseau dé proie, une Idûgue lance à pointe de bronze, de grands boucliers de bois garnis de bronze, pas d^ cuirasse, car ils se faisaient gloire de combattre 1^ poitrine découverte. Ils avaient de grandes épèes de fer, mai$ d'une très mauvaise trempe. Le costume militaire ét^it complété souvent par des colliers . d'or, des bracelets d'or, des agrafes d'or pour retenir le sagum. C'est ainsi que nous apparaît le chef gaulois dont la sépulture a été retrouvéedans une couche de craie à la Gorge-Meillet (HauterMarne) et figure aujourd'hui au musée de Saint-Germain. On peut y voir son squelette couché parmi les débris de son char de guerre : à côté de lui son casque de bronze, sa grande épée de fer, ses lances. Au-dessus de lui, le squelette d'uo de ses serviteurs, immolé pour lui tenir compagnie. .
A l'époque où César entra en Gaule, il y avait peu de temps que les Gaulois combattaient à cheval : auparavant ils allaient à la guerre sur des chars attelés de deux chevaux et montés par deux guerriers, dont l'un tenait les rênes et l'autre maniait l'épée ou la lance. Ainsi faisaient encore les Celtes de la Grande-Bretagne.
En guise de drapeau, les Gaulois suivaient à la guerre un sangUer de bronze fixé à une hampe. Des camWy longues trompettes de bronze, dont le pavillon figurait un mufle de bête, les animaient au combat»
Une armée gauloise ne se composait pas , comme les nôtres, de soldats disciplinés et obéissant à des officiers. Chaque noble arrivait au combat avec sa suite d'ambactes, ou guerriers d'élite, et de paysans plus ou moins bien équipés. Il attaquait sans attendre le signal et emmenait son monde quand il avait assez de la bataille. Aussi les plus nombreuses armées gauloises, malgré la bravoure téméraire des . guerriers, finissaient toujours par céder à la valeur disciplinée des soldats romains.
Souvent, après une victoire, les Gaulois tuaient tous les prisonniers, égorgaient jusqu'aux chevaux et aux bêtes de somme, brûlaient ou jetaient dans les rivières les bagages, les armes et les bijoux : c'était un sacrifice à leur dieu de la guerre.
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-^ Certaines nations ^tiioises pratiquaient assez bien ragricuiture. Elles coltivaient, en fait de céréales, le seigle et lavoine/ mais ne paraissent pas avoir semé le froment, qni n*aarait été introduit qu*à Tépoque romaine. Elles avaient imaginé des perfectionnements inconnus aux Italiens civilisés : la cbarrue à roues, les cribles en tissu de crin, les tonneaux de bois pour enfermer le vin, Tusage de la levure de bière comme ferment dans le pain, remploi de la marne et de la cbaux pour amender la terre. Les Séquanes étaient d'excellents éleveurs de porcs : ils exportaient leurs jambons jusqu'en Italie ; c'est même parce que les Ëdues entravaient leur commerce sur la Saône que la guerre éclata entre les deux peuples. On citait les vins blancs de Baetterra (Béziers), \es vins épais de Marseille, le vin de paille de la Drôme. Les fromages de Nîmes et des Gabales (Gévaudan) étaient recherchés dans tout le monde antique.
Des industries se développaient çà et là. On exploitait les mines de fer chez les Bituriges (Berry) et les Petrocorii (Périgord), de plomb argentifère chez les Butènes (Bodez) et les Gabales, d'étain chez les Lemoviks (Limousin). On recueillait des paillettes d'or que le Tarn, l'Ariège, le Gardon, le Gèze, même la Garonne et le Bhône, et d'autres rivières, roulaient encore à cette époque. Les Bituriges fabriquaient des objets de fer et avaient découvert l'étamage ; les gens d'Alésia fabriquaient des bijoux d'or et d'argent, et avaient inventé le placage sur cuivre. Les Cadurks (Cahors) fabriquaient des tissus de lin,des toiles dechanvre et des poterios.
Les Vénètes (Vannes) et les Morins (Boulogne) avaient dos flottes qui tiraient de la Grande-Bretagne des esclaves, des chiens de chasse et de guerre, des cuirs, des pelleteries, de rétain, du cuivre : ils y portaient des poteries, du sel, du pastel (teinture bleue). Itius Portus et Gesoriacum (Boulogne), Gesocribate (Brest), Vindana (Vannes), Corbilo (Saint-Nazaire), Burdigala (Bordeaux) étaient alors de tout petits ports sur l'Océan. Le commerce de la Méditerranée se faisait surtout par la ville grecque de Marseille et la ville romaine de Narbonne : la Gaule exportait en Italie et en Orient des pierres précieuses, des bijoux, des vins; elle en recevait des étoffes et des armes.
Orii^alilé de la elvillsatlon gauloise. — Le père de famille gaulois avait droit de vie et de mort sur sa femme et ses enfants ; les chefs avaient plusieurs femmes, comme les barbares de FAsie; sur leur tombe, on immolait leurs femmes ainsi que leurs esclaves et ceux de leurs clients qui ne voulaient point leur survivre. En revanche, la femme n'était point achetée par le mari, comme cela se pratiquait chez d'autres barbares ; elle apportait une dot, ce qui était une garantie d'indépendance ; elle héritait de la moitié des biens acquis en commun pendant le mariage : c'est ce cpie nous appelons la communauté de biens. Le droit d'aînesse était inconnu : tous les enfants partageaient également ; s'il y avait une préférence, c'était en faveur du dernier-né, qui avait le droit de garder la maison paternelle : c'est ce droit qui s'est conservé au moyen âge, dans quelques cantons, sous le nom de droit de juveigneurie. Certaines des coutumes françaises du moyen âge et certaines dispositions de notre Gode civil actuel procèdent d'anciennes coutumes gauloises.
Ce fut un grand malheur pour nous, et aussi pour l'humanité tout entière, que cette civilisation, incomplète assurément, mais si curieuse et si originale, ait été détruite. La conquête de César nous a imposé la civilisation latine^ et il n'a pas été permis à nos ancêtres de montrer ce qu'ils auraient pu produire par leur génie propre en s'inspirant des progrès accomplis par leurs voisins.
Ouvrages a consulter : Henri Martin f Hist. de France. — BorHier et Charton, Hist. de France (illustrée). — Dareste, Hist. de France,
— Arlichelet, Hist. de France. — Âmédée Thierry, Hist. des Gaulois.
— De Valroger, Les Celtes, la Gaule celtique. — Ernest Desjardins, Géographie de la Gaule romaine. — GhallHinel, La France et les Français à travers les siècles (illustré). — b'Arboîs de Jubainville, Introduc-
tion à l'hist, de la littérature ceUiqve. — J. Quicherat, Mélanges d^ archéologie et d* histoire. — Longnon, Atlas historique de la France et Etudes sur les Pagi de la Gaule. — Gaston Boissier, Le Musée de Saint- Germain. — H. Gaidoz, Esquisse de la religion des Gaulois. — Gougny, Extraits des auteurs anciens cancer^ nant l'nist. et la géog. de la Gaule.
Visiter le Musée de Saint-Germain.