‹ Histoire de la civilisation française (volume 4)Chapitre 59 sur 116 · LE COMMERCE · texte numérisé non relu

LE COMMERCE

et la Flandre, toutes deux en relations continues aTec r Angle terre. Les marchands préféraient la voie fluviale à la route de terre, comme moins coûteuse et surtout commeplus sûre.

Marehaiids de Teav. — La « marchandise de Teau », ou la « hanse » parisienne, corporation des marchands qui trafiquaient sur la Seine, remonte peut-être aux anciens « nautes » parisiens. 11 en est question, dès 1121, dans un acte de Louis YI. Elle avait le monopole de tous les transports par eau entre Paris et Mantes. Elle avait trois ports à Paris : l'un à la Grève, l'autre appelé port Popin, le troisième près du Louvre. Elle était plus puissante que les boulangers, les bouchers et même que les six-corps : tous les métiers dépendaient d'elle à cause des transports. Son chef^ le prévôt des marchands, est devenu le maire de Paris; ses armoiries, le navire qui « flotte et n'est pas submergé »^ sont encore aujourd'hui les armes de la Ville.

Elle eut à lutter contre des compagnies rivales ; l'une,, de marchands bourguignons, sur la haute Marne et la haute Seine, que favorisait le comte d'Auxerre; l'autre, demarchands normands, sur la basse Seine, que soutenait la puissante commune de Rouen. Les Bourguignons avaient dû se résigner à laisser les Parisiens naviguer sur leurseaux, sans pouvoir obtenir eux-mêmes de passer par Paris^ Les Normands furent plus résistants : ils ne permirent à aucun vaisseau parisien de dépasser Mantes. En 1272, ils défoncèrent les tonneaux de vin d'un bourgeois parisien, nommé Raoul. Les rois favorisèrent tantôt Paris, en supprimant la compagnie normande, tantôt Rouen, en la rétablissant. Charles VII mit fin au conflit en abolissant les privilèges^ des deux compagnies, et en autorisant les Rouennais à remonter, les Parisiens à descendre la Seine. La hanse parisienne subsista cependant, déchue de toute impor* tance, jusqu'à Louis XIV, qui l'abolit en 1672.

Entraves av eommerce intérieur t péaf^es* bri^ands^ — Au x« et au xi« siècle, on voyageait peu. L'abbé de Ciuny en Bourgogne s'efirayait à l'idée d'un voyage à Saint-Maur, près Paris, dans une <c contrée étrangère et inconnue ». Personne n'entretenait les routes; les pontsromains tombés en ruine n'étaient plus remplacés que-

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par des ponts de bois, souvent en mauvais état, ou par 4ie simples bacs. En beaucoup d'endroits, il fallait passer les rivières à gué, et les noyades étaient fréquentes.

En outre, à la frontière de chaque province, de chaque ^igneurie, de chaque fief, il fallait payer de» droits d'entrée et de sortie; il fallait payer pour passer les ponts et fiiire lever les barrières des routes. Jusqu'en 1344, les voitures de <( chasse-marées », qui transportaient le poissoD de imer à Paris, étaient rançonnées par les religieux de Saiftt- Julien de Beauvais : les jours de maigre, ils faisaient déba)l«r tous les paniers, choisissaient les meilleures pièces, causaient de longs retards, si bien que le reste arrivait gàtè^ à Paris. D'autres seigneurs, voulant faire abstinence agréablement et à bon marché, les imitaient.

Outre les exigences plus ou moins légitimes des seigneurs, il y avait les risques de pillage par les brigands, les serfs évadés, les chevaliers félons, embusqués au pas- 5age des montagnes, installés dans les ruines des châteaux ■abandonnés. Les seigneurs, qui percevaient des droits so«is prétexte qu^ls assuraient par leurs sauf-conduits la sécurité des marchands, ne répondaient pas d'eux dès que la nuit était tombée. En 1265, un marchand est volé et assasisiné près d'Arras; ses associés s'adressent au oomte d'Artois pour obtenir indemnité ; le comte répond qu'il n'est tenu à indemnité que pour les objets volés entre le lever ^t le coucher du soleil.

Les rivières ont leurs pirates comme les routes leurs brigands : mais ils so^t plus faciles à poursuivre et à punir. Ici la protection seigneuriale est plus effioace; mais les péages sont tout aussi lourds, et leur perception aiussi vexatoire. Au xni« siècle, on exigeait, sur tout bateau, la « montée de la Marne f*, dont le taux était à la discrétion du péager; « le rivage de Seine », pour toute marchandise débarquée sur la Seine; le « liage », qui était de quatre livres pour tout bateau de vin, etc. Tous les autres fleuves de France étaient sujets aux mêmes exactions.

V^ra|n^9 étk c#iMiieree hitértevr. — Du xn* au xiv* siècle, la situation s'améliore. Les grands seigneurs ont pris la haute main sur les petits, les rois sur les grands seigneurs. Des conftpéries de frèrea pontifes construisent en onze ans

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^1177-1189) le pont d'Avigaon, en quarante-quatre ftM( 1265- 1309) le pont Saint-Esprit, et, dans le courant du xti* tiècie, le Petit^Pont de Paris* Les seigneurs, les monastères les nUes en construisent également. Les droits et péages lendent à être perçus d'une façon régulière. Les compagnies prinlégiées, oomme la hanse de Paris, les compagnies normande et bourguignonne, la batellerie d'Orléans, la jurande de Bordeaux, les diverses batelleries du Rlidnetse sont armées sur les cours d'eau et ont condu des traités avec les seigneurs riverains. Les marchands étrangers,- qui jus- ^'fldors étaient repoussés ou exploités sans merci, trouvent un peu de sécurité. Philippe le Bel accorde des privilèges aux Portagais, Charles V aux Espagnols, aux Italiens, aux Allemands. On les exempte de tout impôt sauf un cens 4 payer au seigneur, et, en cas de guerre, une taxe spéciale à payer au roi.* On les affranchit de toute autre juridiction <^e de la justice royalel Beaucoup d'Italiens s'établissent 4ehet nous et initient nos compatriotes aux secrets du oom- ^meroe italien ^

• Oharles Y conçoit le projet, irréalisable pour l'époque, de -réunir par un canal la Seine et la Loire. Quand la royauté 'triomphe définitivement, Charles VU abolit les péages illicites et affeote des fonds pour l'entretien des routes. ' Il y a vraiment une reprise des affoires, car le luxe a tflni par pénétrer dans les châteaux des grands, dans la maison du riche bourgeois. La châtelaine veut des étoffes :de soie, des fourrures précieuses, des bijoux ; le seigneur .rédame de belles armes, des chevaux arabes, des chiens et •des fiittcons de race, des vins généreux, des meubles sculptés, de la vaisselle d'or et d'argent, de riches tapisseries. Le bourgeois conserve à sa demeure un extérieur simple et sévère, mais étale i l'intérieur un luxe solide.

Les folr«». -— Avec la facilité et la fréquence des oomm^unications, les foires aujourd'hui n'ont plus de raison d'être. Au moyen âge, elles étaient le grand moyen d'échanges. La

1. Ils se franoisent à tel point que les Calcati, les Macci, les Tadelioi, les l^gazzi, les Rapondi, les Ouadagnabene, les Perozzi, les Kreseobaldi, toas eiigînairtîs d'Ititie, detienûent le» Cbàuch tt, les Mâches, les Tadeltae, lis •Figasse, iee Raponde, les OaigiiebieQ, les Perruche, les FréqueDbaus.

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plus ancienne et la plus célèbre était celle du Lendit, qui se tenait sur la terre de Tabbaye de Saint-Denis, Elle remontait à répoque franque, mais avait été renouvelée au xii« siècle. Elle commençait le il juin, à la Saint-Barnabe, et durait quinze jours. Chaque ville de France y avait sa place désignée, et chaque métier y dressait ses boutiques. Une foule immense s'y pressait, non seulement pour acheter, mais pour banqueter, regarder les baladins, écouter les ménestrels. Le recteur de Paris s'y rendait en procession, suivi de tous les professeurs, de tous les écoliers et de tous les serviteurs et suppôts de l'Université, et les marchands de parchemin ne pouvaient vendre au public que lorsque l'Université avait fait ses provisions. Les écoliers s'y livraient ensuite à de folles orgies et souvent battaient les bourgeois. Cette foire disparut pendant la guerre de Cent ans et ne fut rétablie qu'en 1444 par Charles VII.

Les foires de Champagne et de Brie étaient moins turbulentes; on y faisait plus d'affaires. Elles étaient le point de rencontre entre les marchands d'Italie et ceux de Flandre. Elles étaient au nombre de six par an : deux à Troyes, une à Provins, Lagny, Reims, Bar-sui>Aube. Interrompues pendant la guerre de Cent ans, elles furent reprises ensuite; mais, contrarié par les guerres, le commerce avait changé ses voies; les Italiens étaient entrés par mer en relations avec les Flamands. Dès lors les foires déclinèrent^ et, avec elles, la prospérité de la Champagne.

Dans le midi, les plus célèbres foires étaient celles de Beaucaire, qui subsistent encore, et celles de Lyon. A f^yon, il y en eut trois, sous Charles VII, et quatre, sous Louis XI. En 1454, Charles VU contirme les deux foires autorisées à Boisdeaux par Edouard III.

CJoiumerce de mer. — La mer, comme les rivières, avait ses pirates. En outre, sur les rivages de Bretagne, les seigneurs exerçaient le droit de « logan », c'est-à-dire le droit d'épave ou droit de bris, en vertu duquel ils s'appropriaient les débris de tout naufrage arrivé sur leurs côtes. Le seigneur de Léon se faisait ainsi un revenu de dix mille sous par an : il montrait une certaine roche comme étant « la pierre la plus précieuse de sa couronne ». Le droit de bris a existé sur certains points de

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la côte de Guyenne, à Mimizan, jusqu'au xv« siècle. Il y avait même des naufrageurs qui provoquaient des naufrages en allumant des feux trompeurs sur les falaises, eu attachant des fanaux aux cornes des vaches.

Cependant, du xu« au xni« siècle, la situation s'améliore aussi pour le commerce maritime.

Les Provençaux et les Languedociens trafiquaient depuis longtemps sur la Méditerranée, quand les Français du nord se risquèrent sur ses flots. Saint Louis, qui n'avait pas de port sur cette mer, acheta en 1246 à Tabbaye de Psalmodi celui d'Aigues-Mortes. 11 eut trente-huit naviressur la Méditerranée et quatre-vingts sur l'Océan. Narbonne et Marseille, à l'exemple des cités italiennes, entretiennent des consuls de commerce dans les principales villes de l'étranger.

Les rois essaient d'obtenir un peu de sécurité pour la navigation : Philippe- Auguste tente d'abolir le droit d'épave et de bris en Normandie; saint Louis obtient du duc de Bretagne qu'il y renonce pour lui-même et l'interdise à ses vassaux. Une ordonnance de 1315, sous Louis X, l'interdit formellement. Au xin« siècle, les « rôles d'Oléron »y pour l'Océan, le « Consulat de la mer », et les « Statuts de Marseille », pour la Méditerrannée, sont le premier essai d'un droit maritime. Les rôles d'Oléron punissent la piraterie; ils prononcent contre tout « naufrageur », paysan ou seigneur, la peine de mort : le coupable doit être brûlé avec sa maison.

Il s'est formé une grande compagnie de marchandsqu'on appelle la hanse de Londres, parce qu'elle a son siège en Angleterre, mais qui comprend, au xiii<> siècle, cinquante villes de France ou de Flandre et qui, dansles mers du nord, rivalise avec la hanse germanique (Hambourg, Brème, Lubeck, etc.).

Les grandes villes commerçantes de l'époque sont, dansle midi, Marseille S Avignon, Arles, Narbonne, Limoux,. Montpellier, Carcassonne. Elles trafiquent avec l'Italie, l'Espagne, l'Afrique du nord, l'Egypte, la Palestine, la Grèce.

1. Marseille avait déjà des navires assez grands poar transporter jusqu'à* 1000 passagers.

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Elles ont pour principaux concurrents sur la Méditerranée les républiques italiennes de Gènes, Pise, Venise, la dernière surtout qui s'est emparée de presque toutes les lies et de toutes les côtes de TAdriatique, de la mer ionienne, de TArchipel, et qui est devenue « seigneur d'un quart et demi de Tempire grec ». Elles importent en France des épioes {cannelle, poivre, girofle, muscade, gingembre), des mëdicatments, des teintures (vermiUon, indigo, noix de galle, etc.), de Tencens, des sucres, de la laque, des soies, des tapis d'Orient, des cotonnades d'Egypte, des mousselines de rinde. Elles exportent des draperies, des laines, des toiles, des métaux précieux, des armes, des vins, des huiles. Pendant un siècle et demi, la grande industrie de transport a •été celle des croisés et des pèlerins en Terre-Sainte? une branche considérable du commerce a été la traite des «sclaves musulmans ou schismatiques . En théorie, le musulman est toujours Fennemi du chrétien; en réalité, <5'est avec lui qu'on fait le plus grand trafic. Charles VI signe nn traité de commerce avec Tamerlan, khan des Mongols; <]harles VII entre* en relations avec le soudan d'Égypie, les rois de Caramanie, Tunis, Bougie, Fez, Oran.

Dans le nord, la draperie et d'autres industries sont florissantes à Paris et dans les villes voisines. Provins, Ëtampee, Beauvais, Bourges, Arras. Le commerce a pris une telle «mportance dans ces régions qu'il domine la politique : les Flamands sont les alliés naturels de PAn^eterre parce <ïu'ils achètent ses laines et qu'ils lui vendent» leurs draps; ils sont hostiles aux Français, parce que la draperie de France est une concurrence pour celle de Flandre.

Les ports de l'Océan sont ceux de Calais, Boulogne, l^ieppe, Fécamp, Harfleur, Rouen, Honûeur, Caen, Cherbourg, Saint*Malo, Vannes, Bedon, Nantes, Brouage, Oléron, la Rochelle, Bordeaux, Bayonoe >, qui trafiquent a'vec les Flandres, la Hollande, l'Angleterre, l'Allemagne, la Suède «t le Danemark, les Ëspagnes, le Portugal.

1. Piuaietire de ees ports oDt pttdn toute importance : eelui de Bravftge a été complètement ensablé ; il a disparu comme celui d'Aigues^Mortes. La Hochelie, qui, au x« siècle, n'était qu'un village, a commencé à s'acoroitre ^aand les ports Toisins de MontmeillaQ et GliAteKAUlon ont été rutoés par les guerres et par l'ensablement.

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et tterMattAi. — Les maiias de Rayonne se 4rrrent à la pèche de la baleine, qui alors abondait dans le golfe de Gascogne, et qu'on est obligé anjourd'hvi de relancer dans les mers du p61e. Il est proèable que, deur siècles avant la découverte de rAmérique par Christophe Colomb, ils connaissaient Terre-Neuve.

Nos hardis marins de Dieppe visitent les côtes du Sénégal «t de la Guinée pour chercher Ter et Tivoire. Vers iddo, ils fondent des établissements sur la Côte d'or et la Côte d'ivoire : le Petit4>aris, le Petit-Dieppe, la Mine. De 1402 À 1404, Jean de Béthencourt, gentilhomme normand, se rend maître des lies Canaries, en convertit les habitants au christianisme et y amène des colons normands.

«iae^ac» Cmmr, — Sous Charles VU, Jacques Cœur est le type du bourgeois qui, grâce au commerce» s'est élevé 4 la richesse et la puissance. Le fait se rencontre fréquemment dans les républiques italiennes, où les marchands recrutaient l'aristocratie souveraine, comme à Venise et à Gênes, et s'élevèrent parfois à une puissance royale, comme les Médicis de Florence, négociants au xiv* siècle, gmnds-dttcs de Toscane au xvi° siècle. Il est bien plus rare chez nous, car le despotisme royal ou féodal jalousait ces parvenus^ convoitait leurs richesses et finissait par briser i^r essor *. *

Jacques GcBur, fils d'un pelletier de Bourges, lui-même ouvrier monnayeur en sa jeunesse, créa une si puissante maison de commerce qu'il posséda des établissements sur toutes les côtes de la Méditerranée, qu'il eut trois cents facteurs ou chefs de comptoirs à ses ordres, qu'il entretint des flottes pour trafiquer avec les Barbaresques, l'Egypte, l'Orient, qu'il put guerroyer à son compte contre les pirates et contre les infidèles, qu'il disputa aux Vénitiens et aux Clénois des branches de trafic qu'ils étaient seuls jusqu'alors à ex{doiter, qu'il fît des traités avec le Soudan d'Egypte et fut se porter médiateur entre lui et les Vénitiens ou les

1. Captant ÉtiMWe Maro«l, le célèbr» agitatevir du xiv* sièale, %8i nn ^iinïitor. Louis XI s'eatourMra d« conweiHers pns dân« te eommeroe et la ^OQrg«oM«f Pfofta Dt>riole, Lii<goii, las Briçoniiet, las frères Bufaau, OuiU laome de Varge, tons enrichis par le négoce.

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chevaliers de Rhodes. 11 se bâtit à Bourges ce palais, digne d'un roi, qu'on admire encore aujourd'hui. Il prêta de l'argent à Charles Vil et accepta le titre d' « argentier » de la couronne. Il possédait plus de dix millions de notre monnaie. Il était trop riche pour ne pas être envié du souverain, de ses courtisans, de ses chefs d'écorcheurs. On lui intenta un procès (1433) comme concussionnaire et empoisonneur d'Agnès Sorel; on lui fit un crime d'avoir vendu des armures au Soudan d'Egypte et d'avoir exporté de France des métaux précieux. Il réussit à s'échapper de sa prison et, malgré la confiscation de tous ses biens en France, resta puissant sur la Méditerranée. Telle fut la reconnaissance de la royauté envers celui qui avait élevé si haut le commerce français qu' « il n'y avait en la mer d'Orient màt qui ne fût revêtu des fleurs de lys ».

Politique commerciale des rois, altération des monnaies , droit de prise, lois somptoaires. — Le commerce ne pouvait prendre en France l'essor qu'il prit dans les républiques indépendantes de l'Italie et de F Allemagne. La classe féodale pesait encore trop lourdement sur les marchands, ces affranchis d'hier. Elle les méprisait et les exploitait. A cette classe toute moderne, elle imposait son vieux droit féodal et ecclésiastique, son système barbare d'économie polilique. Les rois, malgré leurs velléités de protection sur les marchands, étaient eux-mêmes des féodaux. Us avaient de commun avec ceux-ci l'ignorance des lois qui président au développement de la richesse, et la convoitise aveugle de cette richesse. Ils usaient de leur autorité agrandie, non en rois, mais en barons. A peine ont-ils réussi à imposer leur monnaie dans presque tout le royaume, ils se hâtent de la falsifier, comme Philippe le Bel, ou de l'altérer par des changements incessants, commie Jean le Bon i. Pendant la guerre de Cent ans, on changea 108 fois la monnaie d'or et 179 fois la monnaie d'argeat* Comment le marchand et l'acheteur auraient-ils pu se

1. A l'avènement de celui-ci, le marc d'argent vaut cinq livres cinq sons ; à la fin de l^iâl, onze livres; en février 1352, quatre livres; en 1353, douze livres; en 1354, quatre livres quatre sous; en 1355, dix-huit livres; en 135£^, cent deux livres.

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reconnaître en ces brusques variations? Et, pour un profit médiocre du fisc, quelle ruine pour le commerce !

Il en est de même pour « le droit de prise », cet in^pôt inégal et vexatoire, ou plutôt ce brigandage. On le déclare aboli et on continue à le pratiquer. La cour en voyage, avec sa suite immense de gens et chevaux, passe comme une trombe sur les villes commerçantes, ràÛant sur les marchés vivres, fourrages, meubles, vaisselle, étoffes. Ce droit barbare du x« siècle reste au xiv« le droit royal.

Une autre entrave au commerce, ce sont les « lois somptuaires », ou lois contre le luxe, mesures inintelligentes qui, en réduisant la consommation, réduisaient du même coup la production. En 1224, Louis VIII interdit aux comtes et barons de donner par an plus de deux robes aux chevaliers et personnes de leur suite. En 1258, Philippe le Bel interdit aux bourgeois de porter « vair, ni gris, ni hermine » (espèce de fourrures), ni or, ni pierres précieuses. Les barons et les prélats ne pourront payer leurs robes plus de 25 sous Faune, etc. En 1302, il ordonne à tous d'envoyer à la monnaie la moitié de leur vaisselle d'or et, en 1303, défend aux orfèvres d'en fabriquer de nouvelle.

Absence de erédlt i peraéevtions eontre les Juifs, Lombards, Cahorsins. — Ce qui arrête surtout le développement du commerce, c'est que le crédit n'existe pas. Gom* ment existerait-il?

L'Église prohibe le prêt à intérêt : dès lors, la France ne peut avoir de banques municipales ou d'État, comme l'Italie, l'Allemagne et les Pays-Bas ; dès lors, il n'y a plus de prêteurs que les mécréants, c'est-à-dire les juifs, qui, n'ayant pas à craindre la concurrence des chrétiens, élèvent aussi haut qu'il leur plaît le taux de l'intérêt.

Or, quelle est la situation des juifs? Ils sont comme une colonie asiatique établie en France. Ils sont chez nous comme une nation étrangère, triplement étrangère, car ils ne sont ni des Français, ni des chrétiens, ni même des Européens.

Dans la rigueur du droit, ils sont esclaves du seigneur sur les terres duquel ils s'établissent; ce qu'ils possèdei^t doit aussi lui appartenir. Nous avons des actes par les-

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quds tel ou tel seigneur V9iid, lègue» doune 9on jut/, Sm» doute, en pratique, le droit est bien adouci, car le juif est placé sous la tutelle ou mainboumia du roi ou des grand» fëttdataires. Dans le nudi de la France, ils ont des com^ munantés florissantes,, et le cbef de leur communauté de Montpellier s'appelle le roi des juifs. Ils sont souyeni employés comme agents des seigneurs. Certains portent des nome français et francisent leurs prénoms hébraïques i par exemple , Josse pour Joseph.

La tolérance, queTËgliâe recommande à leur égard S se dément souvent. On les poursuit d'une haine aveugle; o& réédite contre eux des fables absurdes de sacrilèges et dMnfanticides, d'hosties jetées dans Teau bouiliaaie ou saignant sous le couteau, d'enfants chrétiens égorgés dao^ de mystérieuses cérémonies. Quand sévit la Peste naire* on les signale comme empoisonneurs des fontaines^ et le massacre s'étend sur toute la France* £n temps ordinaire, on les claquemure dans leurs juiveries; ou leur impose uik costume qui les signale aux insultes du plus misérable serf : le bonnet à corne et la rondelle jaune sur l'épaule* On les attircf. dans les châteaux des barons pour leur arracher leur or avec leurs dents. Ils ne demanderaient pas mieux que de cultiver la terre : en Boui^ogney ils se montrent excellents vignerons ; mais on leur interdit le séjour des campagnes. Dans les villes, on leur iaterdit tous les métiers exercés par les corporations, et les corporations, étant des confréries chrétiennes, refusent de lesaccueillir.

Ne pouvant être ni agriculteurs, ni industriels, ni commerçants, ils trafiquent de l'argent. L'argent est plus facile à cacher que les maisons, les terres, les marchandises ; il échappe plus aisément au pillage des petits, aux confiscations des grands. Le juif a vulgarisé, vers le xu*> siècle, la lettre de change. Si on envahit sa demeure, on ne trouve que du papier qui représente de l'argent, mais cet argent est chez quelque coreligionnaire d^Ëspagne ou de Pologne.

Juif, banquier, usurier sont synonymes : comment en serait*il autrement? S'ils prêtent de l'argent, ils ont une

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