I. Ck>xnxnent la Gaule est devenue romaine
La Caole après hi eoBqoête. — Pendant la conquête de César (58-50 avant Jésus-Christ), des Gaulois, par centaines de mille, furent tués, vendus comme esclaves, ou forcés d'émigrer; le reste se soumit.
Après la conquête, César se montra plus doux aux vaincus. Il n'imposa à la Gaule qu'un tribut d'environ sept millions de notre monnaie, sous le nom honorable de solde militaire. Il s'en servit pour payer les soldats gaulois qu'il enrôla dans son armée, notamment dans la célèbre légion de P Alouette \ Il admit dans le sénat de Rome un certain nombre de chefs gaulois.
Fosion des Gaolols et des Romalas. — Sous les successeurs de César, l'assimilation commence à se faire entre le peuple conquérant et le peuple conquis. Les Gaulois tendent à devenir des Romains : on les appelle Oallo- Romains. Les Rèmes prétendent descendre de Rémus, frère de Romulus, fondateur de Rome.
C'est surtout dans l'aristocratie gauloise qu'on délaisse les usages nationaux pour adopter ceux des vainqueurs. Les chefs parlent la langue latine. Us ne s'appellent plus Dumnorix, Ambiorix, Orgétorix : les ennemis même de Rome portent des noms romains : comme Claudius Civilis,
1. Ainsi nommée parce qae les soldats aTaient sar lear casqne l'alouette, an oiaeaa de leur pays.
30 CIVILISATION FBANÇAISE
le chef batave; Julius Sacrovir, le chef édue; Julius Florus, le chef belge; Julius Tutor et Julius Classicus, deux chefs trévires; Julius Sabinus, le chef lingon. De préférence, on donne aux jeunes nobles pour prénom celui de Julius, qui est celui de César. Julius Sabinus assurait même que, grâce à une faute de sa bisaïeule, il avait dans les veines le sang du conquérant.
Les nobles gaulois abandonnent les campagnes pour venir, comme c'était Tusage de l'aristocratie romaine, s'établir dans les villes. Aux huttes de bois et d'argile succèdent des palais à colonnes, surmontés déterrasses à balustrades, dallés de marbre, pavés de mosaïques, peuplés de statues, égayés de jardins et de jets d'eau, ornés de bains, de bibliothèques, de galeries de tableaux. A la simplicité des ancêtres, qui se contentaient de meubles de bois et d'un petit nombre de serviteurs, succède un luxe effréné de mobilier et de domesticité, une armée d'esclaves, valets de chambre, coiffeurs, cuisiniers, couturiers, qu'on a achetés sur tous les bazars de l'Europe et de l'Asie. On néglige les bardes, qui chantaient la gloire des aïeux, pour s'entourer de musiciens, de comédiens, de danseuses d'Italie.
Les ancêtres étaient fiers de leur longue chevelure et se rasaient le menton : leurs descendants portent les cheveux eourts et la barbe frisée, comme les Romains. On renonce aux braies, à la saie, aux galoches, si commodes dans ce climat, et l'on va jambes nues, chaussé de cothurnes ou de sandales, enveloppé dans les plis immenses de la toge romaine. Les femmes nobles ne sortent plus qu'en litière, portées sur les épaules d'esclaves nègre?, escortées de toute une horde de serviteurs et de servantes, étalant le luxe de leurs broderies italiennes, de leurs camées, de leurs colliers et de leurs bracelets latins, la tête couverte du bonnet phrygien ou la chevelure serrée par des bandelettes, attentives à toutes les variations et à tous les caprices de la mode romaine.
Les nobles répudient leur lien de parenté avec les travailleurs des champs, leur lien de fraternité avec leurs ambactes. Ils n'ont plus la même langue, le même costume,, les mêmes idées, les mêmes espérances, les mêmes regrets que le peuple. L'ambition du noble dépasse les
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limites de son dan et les frontières même de la Gaule : «on réfe, c*«st d'être appelé à Rome et d'entrer dans le sénat.
Le latin devient la lanmie des Ganlols. ^ Bientôt,
dans le peuple même, les anciens dialectes ligures, ibères, celtiques, belges, germaine, tendent à faire place au latin. Ce n'est pas le latin littéraire des grands écrivains, mais le latin rnstique que parlent les colons romains établis dans la campagne, les marchands et les artisans italiens accourus dans les Tilles, les esclaves de toute origine qui encombrent le {Valais des grands, les soldats qui traversent le pays pour aller guerroyer sur les frontières. Ce latin vuU gaire est la seule langue au moyen de laquelle Ibères, Ligures, Celtes, Belges, Germains, Romains, étrangers de tout pays, peuvent s'entendre.
Encore quelques générations et, dans les hameaux les plus reculés des Ardennes et des'Cévennes, c'est ce latin que parlera le paysan. Il le parlera à sa façon, en le déformant, en le corrompant ; mais ces déformations se produiront suivant certaines règles instinctives, toujours les mêmes, d'une précision gramtnaticaie, bien que variant suivant les races et suivant les provinces. ' De cie latin en décomposition. Uniront par sortir, au bout de quelques siècles, des dialectes provinciaux,. qu'on appellera langues romanes ou néo-latines.
La victoire du latin vulgaire, puis des dialectes qui en sont dérivés, finira par être si complète que, dans le dictionnaire français- d'aujourd'hui, on ne trouve pas un mot sur cent qui soit d'origine gauloise *. .
NonTelles divisions de la Ganle. -^ Le gouvernement romain n'a rien négligé pour dépayser les Gaulois dans leur propre pays. On ne reconnaît plus l'ancienne Aquitaine, Fancienne Celtique, l'ancienne Belgique. Auguste, le neveu et l'héritier de César, a étendu l'Aquitaine jusqu'à la Loire et y a englobé quatorze nations celtiques. La Celtique s'appelle maintenant la Lyonnaise. Dans la Belgique,
1. On peut citer les mots suivants, et encore nous ont-ils été lransaiii« «ons la forme laline : alouette^ pinson, bec; braie, saie; arpent ^ barre, W«in, çuat, bruyère y mame^ dune, lieue; cervoiae, brassettr; claie, banne (voiture en osier), elc.
32 GIVIUSATION FRANÇAISE
OÙ d'anciens peuples, comme les Ëburons, ont été presque entièrement exterminés par César, on a permis à des tribus germaniques de s'établir sur la rive gauche du Rhin : les Triboques en Alsace, les Némètes et les Yangions entre la Moselle et le Rhin, les Ubiens autour de « la colonie d'Agrippine », qui est devenue la ville de Cologne.
Des quatre grandes provinces entre lesquelles se trouve partagée la Gaule, c'est-à-dire la Province, l'Aquitaine, la Lyonnaise, la Belgique, la première est soumise à l'autorité du sénat de Rome; les trois autres, réunies sous le nom de Gaule Tramalpinej sont soumises à l'autorité de l'empereur.
Plus tard, de la Belgique on sépare deux provinces nouvelles, deux provinces toutes militaires, sur la rive gauche du Rhin : la Germanie supérieure avec Mayence; la Germanie inférieure avec Cologne.
Enfin, au début du iy« siècle, il y a dix-sept provinces : les quatre Lyonnaises, les deux Belgiques, les deux Germanies, les deux Aquitaines, les deux Narbonnaises, la Séquanie, la Viennoise, les Alpes Grées et Pennines, les Alpes Maritimes, la Novempopulanie.
Auguste a brisé les liens de confédération et de clientèle qui existaient de toute antiquités entre les nations gauloises. U n'y a plus de peuples-patrons, ni de peuplesclients. Souvent on a réuni plusieurs petits peuples jusqu'alors étrangers l'un à l'autre : ainsi les vingt petites nations de l'ancienne Aquitaine n'en forment plus que neuf : de là son nom nouveau de Novempopulanie, ou « pays des neuf peuples ».
Pour la Gaule tout entière (à l'exception de la Province), on compte maintenant, en chiffre officiel, soixante nations, qu'on appelle des cités. Le nom de dté sert à désigner à. la fois la capitale d'un peuple gaulois et tout le territoire de ce peuple. Une cité avait presque l'étendue d'un de nos départements. Elle se subdivisait en pagi ou « pays ».
Pour qu'il n'y ait plus entre ces soixante cités aucun intérêt commun, on les a partagées en trois catégories, suivant qu'on entend les traiter avec plus ou moins de faveur. La plus favorisée est celle des alliés ou fédérés du peuple romain, en tête de laquelle s'inscrivent naturelle—