‹ Histoire de la civilisation française (volume 4)Chapitre 8 sur 116 · GAULE ROMAINS · texte numérisé non relu

GAULE ROMAINS

ment les Rèmes et les Ëdues, qui ont trahi la cause natlonale, et qui comprend aussi Marseille et les Camutes. La seconde est celle des peuples libres ou autotwmes^ au nombre de douze, qui conservent leurs anciennes lois, comme les Arvemes ou les Bituriges. La dernière est celle des sujets ou tributaires, dans laquelle on relègue toutes les autres nations, surtout celles qui se sont distinguées par lc»^s*^ostilité contre Rome. Ces nations étaient soumises av* iribut, dont les autres étaient exemptes.

Certain eâ villes jouissaient du droit romain, parce qu'elles étaient habitées par des colons envoyés de Rome, anciens soldats, paysans, artisans italiens, comme Narbonne, Lyon, Arles, Fréjus, Béziers, Orange. D'autres se contentaient du droit latirij comme Aix, Avignon, Garpentras, Carcassonne, Nimes, Toulouse, Vienne.

11 n'y avait donc en Gaule ni un peuple, ni une ville qui eût les mêmes droits que son voisin. Par là, on les amenait à se regarder avec jalousie, à rechercher la faveur des conquérants, aOn d'être promus dans une catégorie plus favorisée. De même, parmi les habitants, il y en avait de privilégiés : tel Gaulois d'une cité sujette, autonome ou fédérée, avait les droits civils des Romains, sans avoir les droits politiques; tel autre avait même les droits politiques, c^est-à'dire la possibilité d'arriver aux grandes charges de l'État. Ces divisions, savamment entretenues, rendaient la Gaule si facile à gouverner que, cent ans après la conquête, cette vaste région était gardée par trois Bdlle soldats : tout le reste des troupes romaines vivait dans des camps sur la frontière du Rhin.

Bientôt il ne parut même pas utile de maintenir ces divisions. Le troisième successeur d'Auguste, l'empereur Claude, accorda aux notables (en latin primores) de la Gaule chevelue, qui jouissaient déjà des droits civils, la jouissance des droits politiques réservés aux Romains. Il prononça sur la fusion des deux peuples un discours dont un fragment nous a été conservé sur une table de bronze. Enfm, au nie siècle, l'empereur Caracalla, qui était né à Lyon, compléta l'assimilation des Gaulois aux Romains : il décréta que tous les habitants de TEmpire auraient les mêmes droits et subiraient les mêmes charges.

Nouveaux neofes d«ft ' villes. — Les cités gauloises avaient ordinairement pour chef-lieu Fancienne capitale de la nation ; mais, quand une ville est mal notée par les conquérants, elle est dé^adée pour faire place à un autre chef-lieu : tel fût le sort de Bratuspantium, chez les Belloyaks, qui avait osé résister à Cé^ar, et de Gergovie, chez les Arvernes, sous les murs de laquelle il avait éprouvé une défaite.

Les noms des capitales anciennes ou des chefe-lieux nouveaux sont devenus méconnaissables : on leur a donné le nom de Jules, ou de César, ou d'Auguste *.

Pour faire une concurrence à Marseille, dont César avait eu à se plaindre, on a créé sur la Méditerranée un nouveau port. Forum Julii ou « le marché de Jules », qui est devenu Fréjus.

La plus importante des créations d'Auguste, c'est celle de Lyon oU Lugduntfm, la « colline des corbeaux » ou « la colline de Ltig », fondée au confluent de la Saône et du Rhône, et qui donna son nom à tonte la Celtique.

Voies romaines. — Lyon est le point de départ de quatre grandes voies romaines construites par Agrippa, le ministre d'Auguste, qui, à travers les forêts éclaircies et les marais coitiblês, aboutissent aux quatre frontières de la Gaule : la Méditerranée (Marseille), le Rhin (Mayence, et de Mayence à Leyde), la Manche (Boulogne) et l'Océan (Brest). Une cinquième grande voie partant de Marseille, par Narbonne, gagne Bordeaux. Sur ces grandes voies d'Agrippa s'embrancheront toutes ces voies romaines dont

1. Ainsi Garpentras porte à cette /âpoqae le nom de Julia Carpentoraeta; Apt, d'Apta Julia; Aix, de Julia Augusta; Valence, de Julia Valentia^ Bézie'rs.de Julia Baetterra;\B. capitale des Andegaves^Bt /u/toma^itf, « plaine ^e Jules » ; celle des Bellovaks est CoAtaromaguêy « plaine de César ». L'ile» do Jersey s'appelle Caetarea. Il y a VAugusta des Ausk, V Augusta des Tré> Tires, VA u^us^a des Soissonnais, Augustoritum ou « le gué d Auguste » chez les l.'emoviks. Mais pres(]ue partout le nom de 'rantoien- peuple a fini par prévaloir sur les noms de Jules, de César ou d'Auguste : ainsi Juliomagu» est redevenu Angers, à cause des Andegaves dont elle était la capitale ; Caegaromagus c>>t redevenu Beauvais, c'est-à-dire la ville dés Bellovaks ; les Augusta des Ausk, des Trévires, .des Soissonnais, des. Lemoviks. sont redevenues Auch, Trêves, Soisanna, Limoges. La langue du peuple n'a donc pas consacré Insurpation impériale. Pourtant Augustodunum, « la colline d'Auguste », chef-lieu des Édues, est restée Autun, et Oenabum, appelé Aurêliana^ du nom de l'empereur Aurélien, est resté Orléans.

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00 retrouve tant de vestiges dans notre pays, toutes jalonnées, de mille pas en mille pas, par des bcmes mUUaim monumentales.

PMtea. — Sur les voies romaines qui sillonnèrent la Gaule, les empereurs avaient organisé un service de postes, arec des relais où Ton changeait de chevaux et de voitures, pour le transport des dépêches, des agents impériaux et des chefs militaires.

Ainsi le réseau des voies romaines et les lignes de postes assurent partout Tunité de Faction administrative et militaire.

La Gaale «aie ••■» «■ «•«verate afcaaiw» reaiperear àt Wmmme. — Sous la domination romaine, la Gaule a, pour la première fois, une loi commune et un maître commun.

EQe n'est pas arrivée à l'unité ; elle est seulement entrée dans une unité plus grande, celle de Fimmense empire romain. Le souverain de la Gaule, c'est en même temps « le .maître du monde ». Sa résidence est hors de Gaule, à Rome, dans a la ville éternelle >>•

11 réalise un idéal si élevé de souveraineté que, pendant dix-huit cents ans, les peuples en resteront éblouis et que les princes en rêveront.

Le souverain de Rome est comme l'incarnation du peuple romain, du peuple-roi. U est le peuple fait homme. Tous les pouvoirs qu'avait le peuple tout entier, au temps de la République, sont passés en lui. Gomme le peuple, il est auguste, c'est-à-dire sacré. Gomme la volonté du peuple,, sa volonté a force de loi : il est la loi yiyante, suivant l'expression des jurisconsultes. Autrefois celui qui attentait à la sÀreté du peuple était coupable de lèse-miOeaté; ce crime est aujourd'hui le crime de quiconque s'attaque au prince, car en lui est la majesté du peuple.

Le souverain de Rome porte le titre d'tmperator, d'où nous avons fait empereur, parce qu'il a le commandement de toutes les armées. Si un de ses lieutenants remporte une victoire en Asie et en Afrique, c'est lui qui est censé l'iEivoir remportée; bien qu'il n'ait pas quitté Rome, c'est lui qui ceint la couronne de lauriers et qui se décerne les honneurs pompeux du triomphe.

Il est sooTerain pontife, c'est-à-dire le chef de la religion

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nationale, le suprême intermédiaire entre le peuple et les dieux : ce sont ses prières et ses sacrifices qui assurent aux Romains la protection divine, qui fixent la déesse de la Victoire sur leurs étendards et qui assurent Féternité dt' TEmpire. S'attaquer à lui, ce n'est pas seulement un crime, c'est un sacrilège. Si sainte est sa personne que, de son vivant, il est presque un dieu. Quand le souverain a expiré, on ajoute à son nom celui de divin, car il est allé s'asseoir parmi les dieux protecteurs de Rome; on célèbre son apothéose^ c'estrà-dire sa transformation en divinité. L'empereur Vespasien, se sentant mourir, disait, raillant cette superstition : « Je sens que je deviens dieu. »

Le titre de l'empereur, c'était « le prince », ou tout simplement l'Auguste ou le César. De là l'épithète d'Auguste, que prennent aujourd'hui les souverains, et le titre de Kaiser qui, en allemand, veut dire empereur. Pendant longtemps les Césars romains, par un reste de l'ancienne simplicité républicaine, ont pour insigne le manteau rouge des généraux. A partir du iii« siècle, ils empruntent aux despotes de l'Asie la couronne, le sceptre et le trône; ils exigent qu'on se prosterne devant eux et n'admettent que les grands de l'En^pire à leur baiser les pieds.

Rien ne venait entraver le pouvoir de l'empereur. Sa. souveraine volonté était servie par des moyens irrésis*tibles : une hiérarchie de fonctionnaires révocables à. volonté, une nombreuse armée permanente, un trésor alimenté par des impôts réguliers.

Un pouvoir si absolu, entre les mains de bons empereurs, comme Titus, Trajan, Antonin, Marc-Aurèle, assurait du moins le repos des nations; il mettait fin aux. anciennes guerres entre les peuples; il faisait régner sur terre et sur mer le bienfait de la paix romaine.

IL État social et religion.

P«palatloii de la lÂmaie. — Le pays qui fut autrefois l«t Gaule et qui se partage aujourd'hui entre la France, la, Belgique, la Hollande, le Luxembourg, la Bavière et la.! Prusse rhénanes, compte actuellement près de cinquante—

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deux millions d'habitants. On estime qa*à Tépoque romaine il était peuplé d'environ douze millions d'hommes.

État socUa s arifltMratle, ■«taUe*. — Nous retrouvons, sous la domination romaine, la plupart des classes sociales que nous avons vues sous la Gaule indépendante» mais . singulièrement modifiées.

Une partie de l'ancienne aristocratie gauloise, celle qui s'est ralliée aux Romains, est devenue la noblesse gallo-romaine.

Parmi les nobles, les plus puissants et les plus riches se sont fait admettre dans le sénat de Rome et dans les hautes dignités de l'Empire. Ds forment la grande aristocratie, celle des famillet sénatorialet, portent le titre de patrons ou patriciens de leur cité, mais se désintéressent ordinairement des affaires du pays.

Les autres, moins heureux, se contentent de briguer rhonneur d'entrer dans la curie ou sénat de leur cité : ils portent le titre de curialet ou décurions et sont des not€Lbles de province.

aaases mkmjewmem. — > Ceux-ci ont bientôt à compter avec des couches nouvelles, avec des hommes de la plèbe, qui, enrichis par l'industrie et le commerce, deviennent, eux aussi, des notables et héritent de l'influence que possédaient autrefois les seuls chevaliers. Ils ont laissé de nombreux monuments funéraires, avec des inscriptions et des basreliefs, qui témoignent de leur luxe. Sur ces monuments figurent les ancêtres du tiers-état français : le maçon avec sa truelle, le forgeron avec son marteau, le sabotier à son établi, le marchand de pommes criant ses pommes, le peintre en bâtiment avec son pinceau, le charcutier, le drapier, le foulon, le tailleur d'habits, le potier, le libraire, le vétérinaire, le pharmacien, le médecin, le professeur de belles-lettres, dans leur échoppe, leur boutique ou leur offîcine. Un marchand de vin est assis fièrement, en costume de travail, ayant à l^ôté de lui sa femme, parée de ses plus beaux atours. Ces bourgeois, dans leurs épitaphes, se glorifient souvent des titres de membres de la curie, magistrats municipaux, patrons ou trésoriers de leurs corporations. C'est toute une classe moyenne qui grandit sous les lois de Rome.

La population libre comprend donc quatre classes : i? les

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séaateurs ou pjatriciens ; 2° les curiales ou décurions ; 3o les propriétaires, qui ne sont pas membres de la curie; 4» les artisans et marchands, qui forment le peuple ou la plèbe.

. Esclaves et affranchis. -^ Les esclaves sont devenus très nombreux. Chaque propriétaire a sa familia urbana^ ou les esclaves qui le servent à la ville, et sa familia rustica, ou les esclaves qu*il emploie aux champs.

. L'esclave, au moyen de certaines formalités, peut être affranchi; mais il reste le client du maître qui devient son patron.

Colons. — Les Romains tendirent, comme nous le faisons en Algérie, à supprimer la propriété collective des tribus. Ils établirent la propriété individuelle, et, dès l'époque de César et d'Auguste, ils firent commencer le cadastre de la Gaule. Seulement, ils ne reconnurent pour propriétaires que ceux au profit de qui la terre était cultivée ; ceux au contraire qui .cultivaient pour ceux-là perdirent leurs droits à l'ancienne propriété commune. Les lois romaines les obligèreAt même à travailler pour les propriétaires. Us furent comme des fermiers et prirent le nom de « colons » *.

Bien que le colon ne puisse plus disposer de sa personne, les lois romaines établissent une distinction profonde entre le colon et Tesdave.

Le colon, sauf qu'il est attaché à la terre qu'il cultive, est un homme libre. Il est un citoyen. Il peut devenir propriétaire, intenter une action en justice, prêter serment devant les tribunaux, être enrôlé dans l'armée : l'esclave ne le peut pas. Le colon contracte un vrai mariage, a une vraie femme, de vrais enfants : l'esclave ne peut contracter mariage; sa femme et ses enfants ne sont point considérés comme légitimes; ils sont, comme lui, la chose du maître.

Le colon, attaché' à la glèbe, trouve dans cette servitude même une garantie; si la terre est vendue à un autre

- 1^ Le colon était tena envers son midtre de redeTances en argent ou en nature (obsequia) et de corvées (operae) : elles étaient fixées par la coutume du domaine {consuetudo praeUi) . S*il se mariait hors du domaine, il payait an droit de mariage {eommodum nupHarum), C'est d^à presque le régime dn moyen âge féodal.

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maître, il n*en est point séparé, pas plus qu'on ne peut le séparer de sa femme et de ses enfants. On n'a pas de ce$ scrupules pour lesciave : on vend l'homme sans la terre» le mari sans la femme, le père sans les enfants. Le colon etres<daTe sont tous deux une propriété : mais l'esclave est un bien meuble ; le colon est un bien immeuble.

Si le colon déserte, la terre reste inculte, le propriétaire perd son revenu; il ne peut pas payer Timpdt à l'État. Aussi la loi, surtout dans les derniers siècles, a*t-eUe resserré les entraves du colon : il lui est défendu de s'enfuir sur la terre d'un autre maître, de se réfugier dans une ville, de se faire inscrire dans une corporation d'artisans, de s'enrôler dans les légions, s'il n'y est appela comme recrue, de se faire ordonner prêtre, d'entrer dans un mo-. nastère. Le colon fugitif est ramené d« force, les fers aux pieds, à son champ.

Les colons formaient l'immense majorité d^ populations rurales de la Gaule. Pourtant elles comprenaient aussi des esclaves. Souvent le propriétaire d'un domaine en faisait deux parts : il laissait aux colons les portions les plus éloignées; il confiait à des -esclaves, venus de tous les points du monde, les portions les plus rapprpchées. Les jardiniers, vignerons, palefreniers, bergers, porchers, ceux qui travaillaient au moulin, à la boulangerie, au pressoir, au tissage et autres industries agricoles, étaient ordinairement des esclaves : les laboureurs étaient ordinairement des colons.

Parmi les travailleurs des champs, il y avait encore : {0 des prisonniers de guerre que les empereurs ramenèrent en grand nombre des frontières germaines, et qu'ils établissaient sur les terres désertes, sous le nom de lètes : les uns devenaient des colons^ les autres restaient libres, sous la condition de faire un service militaire; 2^ des soldats romains qui, en quittant le service, obtenaient de l'empereur une concession de terres, y fondaient une culture et s'y créaient une famille. Cette concession s'appelait un bénéfice : en échange^ le vétéran élevait ses fils en vue du service militaire. Ces bénéfices annoncent déjà les fiefs militaires de l'époque féodale.

Relii^oii s fusion des religions gauloise et romaine. —

La conquête romaine avait brisé l'organisation sacerdotale de la Gaule. Gomme les lois impériales prohibaient toute association qu'elles n'autorisaient pas, l'ordre des Druides fut poursuivi comme congrégation non autorisée. Auguste interdit les rites de la religion druidique aux Gaulois devenus citoyens romains. Il défendit absolument les sacrifices humains : les Druides purent continuer seulement à tirer un peu de sang aux victimes qui s'oflraient volontairement. Ses successeurs furent plus rigoureux et proscrivirent décidément les Druides. De ceux-ci, les plus convaincus se réfugièrent dans les Iles Britanniques; les autre» trouvèrent place dans la nouvelle organisation religieuse, devinrent prêtres des nouveaux dieux ; d'autres restèrent en secret les instituteurs des jeunes nobles, et leur enseignement faisait concurrence à celui que les Romains organisaient dans leurs écoles de Lyon, de Marseille ou d'Autun ; d'autres enfin ne furent plus que de simples sorciers, devins ou magiciens, qui prédisaient l'avenir aux gens crédules ou, en se cachant, pratiquaient leur mystérieuse médecine.

Les Romains avaient pour principe de respecter les religions des peuples vaincus; leur paganisme pratiquait la tolérance envers les autres paganismes. Dans les dieux de la Grèce, de la Syrie, de l'Egypte, ils prétendaient reconnaître les dieux qu'eux-mêmes adoraient; sous Auguste, on éleva à Rome un temple appelé le Panthéon, c'est-àdire « le temple de tous les dieux ». Les Romains se con— tentaient d'une analogie quelconque entre leurs dieux et les dieux indigènes. Aussi n'hésitèrent-ils pas à reconnaître, dans notre Belen, leur Apollon, dieu du soleil; dan» notre Bélisana, la sage Minerve; dans notre Gamulus, Mars, dieu de la guerre; dans Arduina, Diane, déesse des. forêts et de la chasse. Leur dieu Mercure fut assimilè^ tantôt à Tentâtes, parce qu'il conduisait aux enfers les âmes des morts, tantôt à Lug ou Atusmert, parce qu*il était l'inventeur des arts. Leur Jupiter était tantôt Ësus, parce qu'il était, comme lui, un dieu suprême, tantôt Tarann, parce quMl était, comme lui, dieu du tonnerre» Kirk devint aussitôt leur Éole, dieu des vents, et sou» Auguste, on lui éleva un temple dans Narbonne. Un mo—

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nnment curieux de cette fusion des dieux gaulois et romains, c'est Tantel des Hautes ou mariniers de la Seine, qu'on a retrouYé sous le chœur de Notre-Dame de Paris. Sur l'une de ses faces, il représente Ésus et, sur l'autre, Jupiter : pour les conquérants, c'était la même divinité en deux personnes et sous deux costumes diflérents, la saie gauloise ou la toge romaine.

Hus tard les Gaulois adorèrent des dieux que les Romains avaient importés d'Orient : Isis, la grande déesse d'Egypte, et Apollon-Mithra, dieu persan.

Enfin les Gaulois furent admis, comme les Romains, à adorer les empereurs. A Lyon, à l'endroit où se trouve aujourd'hui la place des Terreaux, s'élevait Tautel d Auguste et de Rome, entouré de soixante statues représentant soixante cités de la Gaule. Les chefs de laristocratie gauloise devinrent flamines ou prêtres d'Auguste. Eu outre, dans chaque ville, il y eut des augustales, à la fois magistrats et prêtres; chargés de pourvoir à l'entretien des rues et au culte des dieux lares^ ou divinités locales, parmi lesquels figuraient les statuettes d'Auguste et de sa femme Livie. C'était une manière d'associer plus étroitement le petit peuple à cette religion nouvelle des empereurs.

Tandis que les Druides ne connaissaient d'autres sanctuaires que les forêts de chênes et ne croyaient pas que la divinité pût être enfermée entre des murailles, les Gallo- Romains eurent moins de scrupules. Partout s'élevèrent des temples magnifiques : dans le Gapitole de Toulouse, à Jupiter; dans Aix, à Cybèle, la mère des dieux; dans Limoges, à Jupiter et Isis; dans Poitiers, à Janus, le dieu à la double face; dans Périgueux, à Vénus; dans Auch, à Apollon; dans quantité de villes, à l'empereur Auguste et à sa femme Livie.

Des collèges de prêtres se formèrent : les flamines consacrés à Jupiter et à Auguste, à raison d'un par cité, les augustales, les pontifes des différents dieux, les vestales, chargées de l'entretien du feu sacré. Pour connaître l'avenir, des augures observèrent le vol et le chant des oiseaux, des antspices fouillèrent les entrailles des victimes, des guindéeemvirs interrogèrent les mystérieux livres sibyllins. Les

frères arvales, par une pratique importée de Rome, mais qui rappelait un rite gaulois, pour appeler la bénédiction des dieux sur les biens de la terre, promenèrent dans les champs leurs « rogations ».

Il n'y a pas de clergé romain. — Il y a bien dans la société gallo-romaine ' des collèges de prêtres, mais ils ne forment pas un ordre de l'État. Tout citoyen est prêtre à certain moment : dans chaque maison, le père de famille est prêtre et sacrifie aux dieux domestiques; le juge, au moment de juger, le général, au moment de combattre, adressé ses prières aux dieux. Cette absence d'une classe sacerdotale caractérise la Gaule romaine et la distingue profondément, à la fois, de la Gaule indépendante, qui avait ses Druides, et de la France féodale, qui aura son Église.

Calendrier et fêtesl — Les Romains ont introduit leur calendrier dans la Gaule. Leurs fêtes présentent parfois de grandes analogies avec celles defe Gaulois et se sont aisément confondues avec elles.

Ainsi leur fête des Kalendes, ou du 1" janvier, concorde à peu près avec la cueillette du gui : c'est le premier jour de Tan, et Ton échange également des étrennes. C'est encore l'époque des SatumaleSy fêtes bruyantes en l'honneur de Saturne, dans lesquelles on se travestit, et qui sont l'origine de notre carnaval. Le mois de janvier est aussi celui où les Romains tiraient les rois.

En février, on célèbre les Februa, sacrifices purificatoires, et les lupercaleSy fêtes en l'honneur du dieu Pan, signalées par leur licence. En mai, ce sont les fêtes de Maîa ou de Flore, déesse des fleurs et de la fécondité. En automne, à Foccasion des vendanges, en l'honneur de Bacchus, dieu du vin, ce sont les Bacchanales,

Funérailles. — Les funérailles romaines diffèrent peu des anciennes funérailles gauloises. A Rome comme dans l'ancienne Gaule, suivant le rite religieux qu'avait pratiqué le défunt, tantôt on Tenterre, tantôt on brûle son corps sur un bûcher. Avant l'incinération, le mort est exposé sur un lit de parade; on lui place dans la bouche une obole, afin qu'il puisse payer son passage à Charon, le sombre batelier du fleuve infernal. On se rend en cortège au bûcher ;

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dans le conToi figurent des pleureuses à gage, mais aussi des histrions ou bouffons, des joueurs de flûte, des danseuses, et surtout un mime, qui s*est costumé et grimé de manière à représenter absolument le défunt ; puis vient la ' foule des parents, amis, clients, esclaves afA*anchis par le testament. Le corps est brûlé dans un linceul d'amiante, substance incombustible, aHn qu'on puisse recueillir les cendres et les ossements calcinés. On les enferme dans une urne couronnée de fleurs et qu'on dépose dans une sorte de niche, au tombeau des ancêtres. Une inscription est consacrée « aux dieux mânes » du défunt, avec ce vœu : <r Que la terré soit légère à ton ombre ! »

Persistance da psffsslsaie wmmwâm. — Le paganisme romain a laissé, même dans nos mœurs et dans notre langue actuelle, des traces profondes.

La plupart des noms de mois rappellent encore aujourd'hui à quels dieux ou par quels rites ils étaient consacrés : Janvier est le mois de Janus; Mars, celui du dieu de la guerre; Mai, celui de Ma!a; Juillet, celui du « divin Jules », c'est-à-dire de César; Août, celui d'Auguste. Le nom de Février vient des Februa; Avril vient d'Aprilis, mot latin qui rappelle qu'il ouvrait l'année ; Juin rappelle la fête des Jumoi^es, c'est-à-dire de la jeunesse.

Les jours de la semaine ont des appellations encore plus caractéristiques : lundi, c'est le jour de la Lune; mardi, de Mars; mercredi, de Mercure; jeudi, de Jupiter; vendredi, de Vénus ; samedi, de Saturne. Dimanche est un mot» chrétien, qui vient de dies dominicay le jour du Seignevnr; mais longtemps il a été chez nous le Jour du soleil ; il Test encore en Angleterre, où il se dit sunday, et en Allemagne, où il se dit aonntag.

N'est-ce point par un reste d'habitudes païennes qu'en parlant des morts, nous disons : leurs cendres, leurs m&nes, leur ombre, et que nous sculptons encore des «irnes sur les monuments funèbres?

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