‹ Histoire de la civilisation française (volume 4)Chapitre 78 sur 116 · L'ADMINISTRATION AU XVX« SIÈCLE · texte numérisé non relu

L'ADMINISTRATION AU XVX« SIÈCLE

marine, le second de la guerre, le troisième de la maison du roi, le quatrième des affaires intérieures ; mais les troubles du royaume firent ajourner cette réforme. Aux quatre, secrétaires d*État, il faut ajouter le chancelier, chargé de la justice, et le surintendant , préposé aux finances.

L'important, c'est que le roi avait des agents investis de toute sa puissance, entièrement soumis à sa volonté, obéis de tous et n'obéissant qu'à lui.

Les gonveniears de provinces. — Dans les provinces, les agents .du pouvoir royal offraient ce même caractère d'omnipotence et de docilité. François I" avait établi, d'abord dans les pays frontières, puis dans d'autres provinces, des gouverneurs investis principalement des attributions militaires. Un gouverneur avait sous ses ordres toute la force armée de la région, aussi bien les milices féodales ou municipales que les troupes du roi. Tous les autres agents , baillis , sénéchaux , prévôts , lui étaient subordonnés. Sa puissance était telle que le plus fier baron n'eût osé lui refuser l'entrée de son château. Le gouverneur, qui était toujours un noble de haut rang, tenait une sorte de cour, moins brillante que celle du roi, mais qui éclipsait toutes les petites cours féodales. Auprès des parlements, il représentait le roi. Il présidait, comme délégué du roi, les assemblées provinciales dans les pays où elles s'étaient conservées. Par lui, le roi était comme présent au centre de chacune de ses provinces. François 1er avait pris ses précautions pour que ces hauts fonctionnaires ne pussent tourner contre lui les pouvoirs presque royaux qu'il leur avait délégués : il voulait rendre impossible le renouvellement de l'usurpation commise autrefois par les ducs et les comtes de l'époque carolingienne. Les gouverneurs étaient révocables à volonté, et, pour montrer à quel point il entendait rester maître de leurs destinées, François Ie'',en 1542, suspendit les pouvoirs de tous les gouverneurs du royaume.

Commencemeiito des intendants. — Une institution d'un caractère plus moderne commence à se montrer. On attribue généralement à Richelieu la création des fameux «intendants », qui furent comme les préfets de la monarchie absolue. Or, bien avant les intendants de Richelieu, il y

avait des magistrats chargés de faire sentir au loin .Faction de la puissance royale sous le nom d'intendants de la justice y intendants de la justice et police, intendants de la justice ^ police et administration, etc. Us n'étaient alors chargés que de missions temporaires *.

Entre la date de la Saint-Barthélémy et celle de l'avènement de Henri IV, pendant les guerres civiles et l'affaiblissement du pouvoir, ces intendants disparaissent. Us sont remplacés par de simples « commissaires royaux », qui se présentent comme chargés de redresser les torts et de faire exécuter les réformes. Encore les États de Blois (1576) en demandent et en obtiennent la suppression. Les intendants reparaissent quand le pouvoir royal se relève, avec Henri IV et Richelieu.

Les présidianx s séparation de la robe et de i'épée. — Dans l'administration de la justice, un grand progrès s'accomplissait au xvi® siècle. Partout les juges seigneuriaux ou municipaux furent subordonnés aux juges du roi. Sous Henri H, on créa un nouveau degré de tribunaux, qu'on appela les « présidiaux » 2. Us formaient une juridiction intermédiaire entre les parlements et les anciens bailliages, sénéchaussées ou prévôtés. Ils correspondaient à peu près à nos tribunaux de première instance, qui forment le degré intermédiaire entre les cours d'appel et les les justices de paix. Ils jugeaient sans appel beaucoup d'affaires dont les parlements avaient été jusqu'alors accablés : ainsi, tous les procès civils dont l'objet ne dépassait pas 250 livres. Certains seigneurs avaient jusqu'alors refusé de reconnaître la supériorité des baillis et des sénéchaux ; ils prétendaient que les appels de leurs cours ne fussent

1. En 1551, dès le règne de Henri II, nous trouvons Jean Poile, intendant dans le Lyonnais, et en 1555, Pierre Panisse, président de la cour des aides en Montpellier, chargé de Vintendance de la justice de File de Corse. En 1565, sous Charles IX, Jacques Viole, conseiller au Parlement de Paris, est nommé intendant de la justice en Touraine. Certaines provinces, comme le Lyonnais, présentent, pendant le troisième quart du XVI* siècle, une suite non interrompue d'intendants.

2. Voici comment se fit cette création. Dans les bailliages les plus importants, le juge royal se faisait assister d'avocats ; ces assesseurs étaient devenus de véritables juges sous la présidence du bailli; Henri II les obligea à acheter leur charge qui devint alors vénale, et eux-mêmes, d'avocats-juges, devinrent conseillers au présidial.

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portés qu'aux parlements; les présidiaux s'élevèrent à la fois au-dessus des bailliages royaux et des justices seigneuriales; ils les mirent d'accord en se les subordonnant tous également.

A partir des ordonnances de Crémieux en 1536 et de Blois en 1576, la justice ne devait plus être rendue que par des hommes ayant obtenu des grades dans les facultés de droit. La séparation en tre les fonctions militaires ou administratives et les fonctions judiciaires était presque un fait accompli.

Vénalité des offices ladiciaires. — Pour le recrutement du personnel judiciaire, on hésita longtemps entre deux systèmes : celui de l'élection et celui de la vénalité. Ainsi, aux États généraux de Blois, en 1576, on tenta de faire élire les juges par les hommes de loi de leur ressort judiciaire. Le système de la « vénalité » finit par l'emporter : l'office de juge s'acquit à prix d'argent et devint une propriété dont on ne pouvait être dépouillé. Le juge, devenu propriétaire de sa charge, acquérait par là une certaine indépendance vis-à-vis du pouvoir; mais, comme sa charge lui avait coûté fort cher et que son traitement était médiocre, il était tenté de s'indemniser aux dépens des plaideurs. Les magistrats, suivant l'expression d'Hotman, achetaient la justice pour la débiter en détail, « comme les bouchers qui dépècent un bœuf pour le vendre par morceaux ».

La royauté trouvait son compte à favoriser la vénalité. Le roi créait sans cesse de nouveaux offices de justice qu'il vendait fort cher. En 1512, il fut convenu que les membres du Parlement ne siégeraient que six mois : ce qui permit de créer de nouveaux membres pour siéger les six autres mois. Quand une charge judiciaire était vendue par son propriétaire, le roi percevait le tiers du prix de vente. Seulement la vente n'avait son effet que si elle avait été opérée quarante jours avant la mort du vendeur. Si celui-ci mourait avant que les quarante jours ne fussent écoulés, le roi reprenait la charge. Henri IV supprima cette restriction : en 1604, sur les conseils d'un financier nommé Paulet, il décida que les juges auraient le droit absolu, sans avoir à se préoccuper du délai de quarante jours, de

transmettre leur charge par vente ou héritage, à la condition que chaque année ils acquitteraient une taxe égale au soixantième de la valeur de cette charge. C'est cette taxe qu'on appela la paillette.

Justice cTexception. — Le roi restait toujours le juge suprême du royaume : il pouvait toujours se substituer aux juges délégués par lui et suspendre momentanément leurs pouvoirs. C'est ce qu'il faisait lorsque, en vertu d'une lettre de jussion, il évoquait une cause pour la faire juger dans son grand Conseil; lorsque, en vertu d'une lettre de rémissioriy il pardonnait à quelque coupable justement condamné, ou encore lorsqu'il défendait aux tribunaux ordinaires déjuger telle cause criminelle, qu'il faisait alors examiner par une commission. Il arrêtait le cours de la justice, au civil, quand il voulait favoriser quelque grand seigneur ; au criminel, quand il voulait assurer la mort de quelque puissant rebelle ou l'impunité de quelque favori.

Progrès de la science inridlqne. — On s'inspira de plus en plus des principes du droit romain, que les grands jurisconsultes Alciat et Cujas enseignaient à l'école de Bourges. On acheva, sous Charles IX, de rédiger et d'imprimer les coutumes des provinces. Dès 1577, on en commença la revision pour en exclure les dispositions injustes ou barbares.

Sous Henri IV, Loyseau publiera ses savants Traités sur les oflîces, les seigneuries, etc. ; Pasquier, ses « Recherches sur la France »; Loysel, ses « Institutes coutumières ».

Au xv« siècle, le français avait remplacé le latin pour les causes civiles ; puis, il le remplaça pour les causes criminelles; à partir de 1539, les actes notariés doivent être rédigés en français.

Par l'ordonnance de Villers-Cotterets, en 1539, il fut enjoint aux curés de tenir registre des baptêmes : c'est l'origine de nos registres de « l'état civil ».

Procédure criminelie. — Malheureusement, l'influence du droit romain, qui fut salutaire pour notre droit civil, s'exerça d'une manière de plus en plus fâcheuse dans notre droit criminel. Ce sont les codes des empereurs romains qui organisaient cette procédure secrète qui ôtait toute garantie aux accusés et qu'avait adoptée l'Inquisi-

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tian; qui prescrivaient remploi de la torture pour arracher aux accusés Taveu de leur culpabilité ou la révélation de leurs complices; qui édictaient des supplices raffinés, les mutilations, le bûcher, la roue, Fécartèlement. Toutes ces pratiques odieuses devinrent de tradition dans les tribunaux français. Damhoudère, un magistrat qui publia, en 1544, un livre intitulé « Pratique et manuel des causes criminelles », n'énumère pas moins de treize espèces de supplices. Il recommande, s'il y a un homme et une femme à torturer, de commencer par la femme; s'il y a un père et un fils, de commencer par le fils; « car, dit-il, le père craint plus pour son fils que pour lui-même ».

¥roeën de soreellerie an XVI* sièele. — Chose singulière, humiliante pour l'esprit humain, c'est quand le moyen âge est fini, quand Charron et Montaigne * écrivent ces livres tout empreints de scepticisme, en pleine lumière du xvie siècle, en pleine Renaissance *, que les persécutions contre les sorciers prennent le plus de violence.

Un magistrat, Nicolas Remy, qui avait étudié dans quatre universités, qui avait été vingt ans professeur de littérature et de droit, qui savait le latin, même le grec, et qui avait lu les meilleurs auteurs de l'antiquité, membre du conseil privé de Lorraine et juge dans les Vosges, publie en 1395 sa « Démonolâtrie » où il raconte les procès qu'il a suivis contre les sorciers. 11 se vante d'en avoir fait torturer et brûler plusieurs centaines. Ce n'est point un méchant homme : ce qu'il en fait, c'est par humanité, pour protéger le peuple contre les maléfices des sorciers, pour sauver, s'il se peut, l'àme des sorciers eux-mêmes. H n'est pas le seul à faire preuve de crédulité et de barbarie. En 1577, le parlement de Toulouse fait brûler quatre cents

1. Montaigne est d'avis que les sorciers ont plas besoin de remèdes que de châtiments; qae presque tout ce qu'on raconte d'eux n'est que pure conjecture : et, ajoute-t-il, « après tout, c'est mettre ses conjectures k bien haat prix qae d'en faire cuire un homme ».

2. Il est vrai que c'est aussi l'époque où les superstitions astrologiques sont en pleine vigueur. Michel de Notre-Dame, qui se faisait appeler NosTRADAMus, pubUc en 1555, ses Centuries ou Prophéties : elles ont un tel succès que Catherine de Médicis l'attire à la cour, lui fait tirer Thoroseope de ses fils, le comble de présents, et lui obtient l'office de médecin ordinaire de Charles IX. Ces prophéties ont été souvent rééditées depuis^ à Leyde, en 1650, à Amsterdam, en 1667, etc.

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sorciers. Bodin, jurisconsulte d'Angers, auteur de notre premier traité sur la politique, publie en i580 sa « Démonomanie » ; il déclare qu'il y a en France 1 800 000 sorciers; il voudrait les brûler tous; du moins il en brûle beaucoup. Boguet, en 1602, dans le Jura, Leloyer, en 160o, dans l'Anjou, Pierre de Lancre, en 1609, dans le Béarn *, riYalisent de cruauté.

Il s'était rencontré , même au moyen âge , des gens sensés pour protester contre cette folie, plus absurde chez les magistrats que chez les patients. Au xm« siècle, le médecin italien Pierre d'Albano avait nié la sorcellerie; il faillit être brûlé. En 1564, Jean de Wier, dans son livre sur les « Prestiges du démon », avait démontré jusqu'à l'évidence que les vrais sorciers étaient des hallucinés, qui méritaient la pitié et non la mort.

Pourtant en 1614, la maréchale d'Ancre, et, en 1634, Urbain Grandier furent encore brûlés comme sorciers; il est vrai que les haines politiques s'en mêlèrent. Ce sont les dernières exécutions qui aient eu lieu dans le royaume pour raison ou sous prétexte de sorcellerie.

Les flnance» x impôto, empriuits. — Les rois de France, malgré les leçons qu'ils auraient pu prendre des Italiens, n'entendaient toujours rien à l'économie politique. Depuis qu'ils étaient devenus assez puissants pour n'avoir plus besoin du consentement de personne, ils levaient l'impôt à volonté, se contentant de faire enregistrer par les parlements leurs édits de finance. Ils accrurent démesurément la taille, les aides, la gabelle et toutes les autres taxes. Henri II, en 1549, ajouta à la taille « le taillon ». Us multipliaient les emprunts : c'est alors qu'ils établirent les

1. Boguet a publié, eu 1606, le Discours sur les sorciers; Pierre de Laucre en 1612, le Tableau de l'Inconstance des Démons et des mauvais anges, ainsi qu'un autre traité, non moins absurde, en 1622. On brûle aussi en Allemagne, où le dominicain Nider déclarait qu'on a bien fait de brûler Jeanne Darc, où le dominicain Sprenger publie en 1484 son Marteau des sorcières, où Ton avait exécuté 600 malheureux dans l'évèché de Bambepg, 900 dans Tévéché de Wurtibourg, des milliers dans rarchevéohé de Trêves. On brûle en Espagne, où Del Rio publie en 1600 ses Recherches magiques. Gn brûle à Genève, où Tévéque, en 1515 seulement, fait exécuter 500 sorcières. On brûle en Italie, où se distingue, vers 1520, un moine d'Arezzo qui porte ce nom significatif : Orillandus. En Angleterre, le roi Jacques V, au commencement du xvii» siècle, fait imprimer sa Démonologie.

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« rentes perpétuelles sur l'Hôtel de Ville. » Le trésor, épuisé par le luxe de la cour, les prodigalités envers les dames et les seigneurs, les somptueux bâtiments, les dépenses croissantes de Tadministration, la solde des mercenaires étrangers, était toujours vide. Très souvent les opérations militaires furent arrêtées faute d'argent. Devant la Bicoque, en 1522, les mercenaires, furieux de n'être pas payés, se mutinèrent en demandant « argent, congé ou bataille ». On recourait alors aux plus détestables expédients, engageant l'avenir, tarissant les sources de la richesse publique, écrasant l'agriculteur , l'industriel et le commerçant. On multipliait les charges de cour, de justice, de finance, pour en faire trafic. On vendait des titres de noblesse. On vendait à de faux nobles l'exemption d'impôts, ce qui aggravait d'autant la charge des roturiers. On aliénait les domaines du roi, ce qui réduisait pour l'avenir ses revenus. En 1539, François !«*• établit la « loterie royale », spéculant ainsi sur la passion du jeu chez ses sujets. Il dépouiUa le tombeau de saint Martin, à Tours, de la grille d'argent qui l'entourait, sous prétexte de Vemprunter à ce bienheureux.

Louis Xï, en 1467, s'était arrogé, comme un droit royal, celui de créer dans chacune des corporations du royaume un maître qui, moyennant une somme payée au roi, était dispensé des épreuves et des redevances auxquelles les autres maîtres étaient soumis. Ses successeurs abusèrent de ce droit; ils créèrent, dans un but purement fiscal, quantité d'offices de maîtres, au mépris des privilèges des corporations. Henri II payait ses dettes à son graveur de la monnaie en créant des offices que celui-ci pouvait vendre à son profit. Henri III, pour faire une largesse à sa sœur, l'autorisa à créer deux offices de maîtres dans toutes les villes où elle avait fait et ferait son entrée. Comme les corporations s'empressaient de racheter ces offices pour les supprimer, ces créations n'étaient qu'une façon de rançonner les industriels.

L'armée du XVI« siècle. — A chaque guerre nouvelle, l'armée royale croissait en nombre. La principale force de la cavalerie,c'étaient toujours les compagnies d'ordonnance ou les gendarmes, qui se considéraient comme les successeurs

de l'ancienne chevalerie. À celte grosse cavalerie, on adjoignit les chevau-légers, créés sous Louis XII, et les dragùnSy organisés en 1558, et qui combattaient à pied et à cheval. On recruta en Dalmatie, en Albanie, en Grèce, une cavalerie légère qu'on appelait les estradiots, d'un mot grec (stratiotés) qui signifie « soldat ». On enrôla, sous le nom de reitreSy les cavaliers mercenaires d'Allemagne.

L'infanterie légère se recrutait principalement d'aventuriers gascons, les meilleurs marcheurs de l'Europe. La pesante infanterie se composait des lansquenets d'Allemagne et surtout des Suisses. La paix perpétuelle, conclue en 1515 avec les cantons suisses, assurait au roi de France un recrutement indéfini parmi ces populations belliqueuses et pauvres, qui s'armaient de longues piques et de lourdes épées à deux mains, et qu'excitaient au combat leurs trompes de bergers, le « taureau d'Uri » et la « vache d'Un ter walden ».

Armement des troupes. — L'armement des troupes fait à cette époque des progrès sérieux. L'arquebuse, si pesante et encore alourdie par sa fourche, était d'un usage incommode pour le cavalier. L'arquebuse, un peu allégée et débarrassée de cet appendice, devient le mousquet; il y a des mousquets à mèche et des mousquets à rouet, comme les] arquebuses. En 1572, Charles IX, ayant vu des mousquetaires espagnols qui escortaient le duc d'Albe lors de son voyage en France, ordonne de former dans notre cavalerie un corps semblable. Réduits à de moindres proportions, l'arquebuse ou le mousquet deviennent le pistolet, dont le nom vient de Pistoia, ville d'Italie r après le combat de Renty contre les reltres allemands, en 4554, on leur emprunte le pistolet, qui servira surtout aux cavaliers.

Progrès de Fartillerie. — L'artillerie, sous les grands maîtres Galiot de Genouillac (1512-1546) et Jean d'Estrées (1550-1559), se perfectionne également. A la fm du xv« siècle, les canons de bronze avaient décidément pris la place des canons de fer. En 1480, on commence à les garnir de tourillons : ce qui facilite le pointage dans le sens verticaL Les affûts ressemblent déjà à ceux d'aujourd'hui. La poudre devient plus efficace, depuis qu'au lieu de l'employer

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à rétat de poussier, on la tamise pour obtenir des grains égaux. Gomme elle brûle plus rapidement, on peut raocourcir les pièces : ce qui les allège d'autant.

En 1552, Henri II rend une ordonnance qui établit une certaine uniformité parmi les canons et réduit à six le nombre des calibres. Ce sont les u six calibres de l'artillerie de France » qui seront en usage jusqu a Louis XIII. Le plus grand conserve le nom de canon; puis viennent, par ordre de décroissance, la grande couleuvrine, la couleuvrine bâtarde, la couleuvrine moyenne, le faucon, le fauconneau. La plus grande de ces six pièces pesait 5 300 livres, la l^us petite 410 livres. Le canon était traîné par vingt et un chevaux, la grande couleuvrine par dix-sept, la couleuvrine moyenne par onze : ce qui s'explique par le mauvais état des routes, aussi bien que par le poids encore excessif des pièces. Par un usage singulier autant qu'incommode, tous ^es chevaux étaient attelés sur une seule ligne.

Les boulets rouges furent employés pour la première fois au siège de Dantzig par les Polonais, en 1577, et Finventioa se répandit promptement en Europe.

Le perfectionnement relatif de l'artillerie amène une transformation dans le système des places. Sur les milliers de forteresses que comptait la France au moyen âge, la plupart ont été abandonnées ou détruites. Pour celles qui servent à la défense du royaume, on ne vise plus à la hauteur des murs; on renonce aux tours altières; en revanche, le rempart se couvre de talus gazonnés, la ligne d'enceinte se brise de façon à former des saillies, appe> lées bastionSf qui permettent de croiser les feux. Toutefois, ce n'est pas encore le système de Vauban, car les bastions sont arrondis comme les tours d'autrefois : ils ressemblent à des tours qu'on aurait rasées au niveau du rempart.

De même, les moyens d'attaque ont changé. Les tours roulantes d'autrefois ne résisteraient plus à l'artillerie de la place. Elle tient l'assiégeant à distance, et celui-ci doit ouvrir des tranchées, couvrir ses batteries d'ouvrages en terre et en gabionnage. S'il creuse des mines, c'est pour aller placer sous les murs de la place une masse énorme de poudre dont la déflagration les fera sauter. C'est ua

ingénieur espagnol, Pierre de Navarre, qui, en 1503, fait sauter la première mine, quand ses compatriotes assiégérent les Français dans les forts de Naples : passé ensuite au service de François I«r, il nous a initiés à l'art du mineur. En 1558, le duc de Guise fait usage des mines au siège de Thionville et cette place, une des plus fortes de l'Europe, capitule sans attendre l'explosion.

Les lén^ions provinciales. — Reprenant l'idée qu'avait ébauchée Charles VII par la création des francs-archers, François le' essaya, en 1624, de constituer une infanterie nationale, afin de n'être pas entièrement à la merci des mercenaires étrangers. Il recruta parmi les paysans sept légions provinciales, chacune de 6000 hommes, dont 1200 arquebusiers, les autres piquiers et hallebardiers. La légion portait le nom des provinces où elle avait été levée. On emprunta aux Romains, en même temps que ce nom de légion, les noms de cohortes et de centurieSy pour indiquer les subdivisions de ce corps. Le légionnaire était exempt de la taille et recevait une solde en temps de guerre. Il était armé d'un corselet de fer et d'une pique ou d'une arquebuse. U avait droit à un anneau d'or s'il se distinguait par quelque action d'éclat. Il pouvait s'élever jusqu'au grade de lieutenant, ou chef de cinq cents hommes. On créa pour commander ces troupes la charge de colonel général de V infanterie. C'est pour elles que du Bellay rédigea sa fameuse « Discipline militaire ». Étant donné le faible effectif des armées de l'époque, ces 42 000 hommes constituaient une force imposante. Un ambassadeur vénitien explique pourquoi cette tentative ne réussit pas : « Les gentilshommes de France se sont plusieurs fois plaints à Sa Majesté de ce qu'en mettant les armes aux mains des paysans et en les affranchissant des anciennes charges , elle les avait rendus désobéissants et rétifs, en sorte que les paysans, dans peu de temps, deviendraient gentilshommes et les nobles deviendraient vilains ». Le roi prêta l'oreille à ces plaintes, et, dès lors, les rangs des légions s'éclaircirent. Le peuple de France n'était pas encore assez complètement émancipé pour qu'on pût créer une grande armée nationale.

Des débris des légions provinciales, en même temps que

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des vieilles bandes de routiers, Henri II forma les premiers régimentlB qu'ait eus la France : les quatre régiments de Picardie, Champagne,, Navarre et Piémont, si célèbres dans les guerres de la monarchie et qui, jusqu'à la Révolution française, ont figuré en tête de notre infanterie. Chacun d'eux comprenait trois bataillons et avait un effectif de 2000 hommes environ.

La marine. — François 1er posséda ce que ses prédécesseurs n'avaient jamais eu : une marine royale. Il avait deux flottes : l'une sur la Méditerranée, composée de galères que des forçats enchaînés faisaient avancer à force de rames, et qui avait pour chef le général des galères ou amiral du Levant ; l'autre sur l'Océan, composée de vaisseaux à voiles et que commandait ïamiral du Ponant, c'est-à-dire du couchant. Le baron de la Garde, sur la Méditerranée, l'amiral d'Annebaut sur l'Océan, tinrent en échec les forces navales de l'Espagne et de l'Angleterre. A l'embouchure de la Seine, François le' créa, en 1537, un nouveau port auquel il donna son nom : Franciscopolis ou Ville Françoise, et' appelé plus tard le Havre. Il n'y a pas encore bien longtemps qu'on voyait au Havre la « tour de François I^r », qui alors défendait l'entrée du port. Sous le fils et les petits-fils de ce roi, malgré les efforts de Coligny, les guerres de religion allaient amener l'abandon de la marine et des entreprises coloniales.

Prospérité publique : richesse et puissance du tiers état. — Les soixante premières années du xvi« siècle ne furent pas seulement signalées par l'éclat des arts et des lettres, par le progrès rapide de la puissance royale, mais aussi par le développement de la prospérité générale. Le rétablissement de la sécurité à l'intérieur, après la fin des guerres anglaises et bourguignonnes, avait déjà favorisé la reprise du travail. Les guerres avaient lieu maintenant hors des frontières et n'inquiétaient plus les habitants: L'introduction d'un luxe nouveau dans les hautes classes suscita l'activité des classes industrielles. Les relations plus fréquentes avec l'Italie, les Pays-Bas, l'Angleterre, donnèrent au commerce une impulsion jusqu'alors inouïe. L'abondance nouvelle de l'or et de l'argent facilita les transactions.

Cette prospérité se manifeste dès le règne du bon roi Louis XII. Claude Seyssel, un de ses contemporains, nous montre des villes, autrefois dépeuplées et presque vides, regorgeant tout à coup d'habitants au point qu'on n*y trouve plus de place pour construire de nouvelles maisons ; la population des campagnes s' accroissant au point qu'un bon tiers du royaume, jusqu'alors tout en bois et en landes, se couvre de villages et de cultures; le commerce florissant par terre et par mer. Il ajoute : « Pour un gros et riche négociant que l'on trouvait, du temps du roi Louis XI, à Paris, à Rouen et à Lyon, on en trouve aujourd'hui plus de cinquante. »

Dès 1470, des ouvriers venus d'Italie fondent, à Tours, les premières manufactures de soieries : en 1546, Marino Cavalli y comptait huit mille métiers. Des fabriques de drap, sous François I**", s'établissent à Darnétal, près de Rouen. Ce prince frappe de droits énormes l'entrée en France des draps étrangers et prohibe les étoffes d'or et d'argent tirées d'Italie.

Sous Henri II, s'établissent à Lyon des fabriques de draps d'or et de soie, et Mutio, de Bologne, introduit en France la verrerie vénitienne. Des corporations nouvelles d'artisans, les vinaigriers, les distillateurs, les horlogers, se constituent.

En 1563, le chancelier Michel de l'Hôpital établit à Paris des juges^consuls et de là cette juridiction commerciale se propagea dans les autres villes du royaume.

Le tiers état, affranchi de la servitude féodale, émancipé de l'étroite organisation communale, s'élève à la richesse, à la puissance, aux honneurs. Des débouchés nouveaux s'ouvrent à son activité. Par le commerce et la finance, parles charges de justice et d'administration, par les arts, par la littérature, par les sciences, un bourgeois peut arriver à compter presque autant qu'un seigneur. Quand on recommencera à convoquer les Etats généraux, on pourra juger de l'importance acquise par le tiers état depuis les assemblées du xv« siècle.

Quant au peuple des campagnes, on peut dire que le siècle qui s'étend de l'avènement de Louis XII au commencement des troubles religieux fut pour lui un âge de féli-

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cité relative. Plus d'invasions étrangères, plus de guerres civiles. La noblesse, plus riche, plus occupée au dehors, est par conséquent moins tracassière ; la ro^uté est sérieusement protectrice et pas encore oppressive ; l'élévation du prix des denrées, par suite de la révolution dans le numéraire, permet à la population rurale de croître en nombre et d'augmenter son bien-être. Les guerres de religion lui apporteront de nouvelles épreuves, le règne de Henri IV un nouveau temps de repos, et alors commencera le vrai siècle de fer, celui des lourdes charges militaires et fiscales, celui de Louis XIV. Si Ton cherche les deux périodes de notre ancienne histoire où le peuple ait été le moins malheureux, il faut désigner, dans le moyen âge proprement dit, la période qui s'étend de la Un de l'anarchie féodale au commencement de la guerre de Cent Ans, celle de Philippe-Auguste, de saint Louis, et même de Philippe le Bel ; et, dans les temps modernes, la période qui s'étend de la fin des guerres anglaises à l'établissement définitif de la monarchie absolue : celle de Louis XII, de François I«r et même d'Henri II.

Ouvrages a consulter : Chéruel, ffist. de l'administration; Dictionnaire des institutions. — Dareste, ffist. de V administration. — Bardoux, Les légistes. — Hanotaux^ Origine de l'institution des intendants.

— pomte de Lnçay , Les secrétaires d'Etat depuis leur institution jusqu'à Louis XIV. — L. Figuier, ouvrages cités aux chapitres xviii et xxi. — Boutaric, Institutions militaires de la

France. — Fieffé, ffist. des troupes étrangères au service de la France.

— Guérin, ffist, maritime de la France. — Décrue, Anne de Montmorency^ à la cour^ aux armées et au consçil de François /•'. — P. Paris, Études sur F'rançois I".

— Mme Coignet, François I" , portraits et épisodes du JV/* siècle. — Picot, ffist, des États généraux.

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