‹ Histoire de la civilisation française (volume 4)Chapitre 79 sur 116 · LA RÉFORME ET LES GUERRES DE RELIGION · texte numérisé non relu

LA RÉFORME ET LES GUERRES DE RELIGION

HUMILIATION DE l'aUTORITÉ ROYALE

(De François II à Henri IV, 1559-1589.)

La Bible imprimée. — L'imprimerie n'éditait pas seulement les auteurs profanes; elle publiait aussi les livres saints. Il y eut dès lors un double courant dans les esprits. Tandis que les uns, dans les écrivains païens de l'antiquité, cherchaient des modèles littéraires ou la critique de nos institutions sociales et politiques, les autres, dans les pages de la Bible et de l'Évangile, cherchaient la raison d'être des institutions religieuses qu'ils avaient sous les yeux. Quelques-uns de ceux-ci affirmèrent que l'Église catholique du xv« siècle était sortie des voies de la primitive Église. En discutant le dogme et la discipline, en prétendant accomplir ht réforme religieuse, ils s'éloignèrent du catholicisme. Au reste, les Vaudois en France dès le xii« siècle, Wiclef en Angleterre, au xiv«, Jean Huss et Jérôme de Prague en Bohême, dès le xve, peuvent être considérés comme les précurseurs du protestantisme.

Le protestantisme en Europe. — En Allemagne, le moine Luther refusa de reconnaître l'autorité du pape et rejeta une partie des enseignements et des sacrements de l'Église : c'est alors que la plus grande partie de l'Allemagne et des pays du Nord se convertirent au luthéranisme. L'Angleterre, sous le roi Henri VIII, se sépara de l'Église romaine et adopta cette forme particulière de protestantisme qui conserve l'épiscopat et la plupart des

sacrements, mais où le roi est le chef de FÉglise nationale, et qu'on appelle anglicanisme. Une réforme plus radicale fut prêchée à Genève, d'abord par Guillaume Farel, puis par Jean Calvin, fils d'un tonnelier de Noyon, Fauteur de r« Institution chrétienne » *, l'un de nos grand prosateurs français. Elle fut apportée dans notre pays par Théodore de Bèze et quelques autres disciples de Calvin. Cette religion qu'on appela le calvinisme, ou encore la confession de Genève, ne reconnaissait plus de hiérarchie épiscopale et distinguait à peine entre les ministres et les simples fidèles. Elle s'attaquait au dogme essentiel du catholicisme, en niant, la présence réelle du Christ dans l'eucharistie. Elle niait l'existence du purgatoire, par conséquent l'utilité des prières pour les morts. Elle enseignait la prédestination : la volonté seule de Dieu décide de notre salut ou de notre perdition, et nous sommes, dès notre naissance, destinés à l'enfer ou au paradis. C'est la grâce de Dieu qui décide de notre sort, en nous donnant ou en nous refusant la foi; car c'est la foi qui sauve, et non les oeuvres. En conséquence, toutes les œuvres recommandées par l'Église catholique, les jeûnes, les abstinences, la vie monastique, n'ont par elles-mêmes aucune efficacité. Le calvinisme fermait les couvents et réduisait à trois le nombre des sacrements : le baptême, le mariage et l'eucharistie, qui n'était plus qu'une cérémonie commémorative de la Cène. Le calvinisme, en abolissant le sacrement de Tordre, c'est-à-dire en supprimant le signe indélébile qui, dans TÉglise catholique, distingue le prêtre du ûdèle, affaiblissait l'autorité ecclésiastique. Le simple fidèle recouvrait le droit d'interpréter lui-même les livres saints : cette liberté d'interprétation explique la multitude des sectes qui naquirent du protestantisme, et qui se comptent aujourd'hui par centaines, notamment en Angleterre et aux États-Unis.

Le calvinisme se répandit surtout en Suisse, en Hollande, en France. Sous le nom de presbytérianisme, il fut adopté par l'Ecosse presque entière et fit de nombreux adeptes même en Angleterre.

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