HENRI IV : RÉTABUSSEMENT DE LA PROSPÉRITÉ
La majeure partie des officiers de Tarmée étaient naturellement des gentilshommes; mais les roturiers n*étaient point alors exclus des hauts grades. Nous connaissons un capitaine Jacques et un colonel Boniface. Henri lY estimait qu'un officier devait être noble, mais il anoblissait les officiers roturiers.
La cavalerie qui, sous François !•', formait le tiers de toute l'armée, n'en forme plus que le cinquième sous Henri IV. Le rôle de l'infanterie dans les guerres de l'époque, grâce au préjugé en faveur de la cavalerie, n'est pas encore ce qu'il doit être; mais il va se développant, et la guerre de Trente ans le rendra prépondérant.
Henri IV croyait n'avoir pas rempli tout son devoir envers ses soldats lorsqu'il les licenciait à la paix. H fonda pour les invalides de ses guerres l'hospice de la Charité, rue de Lourcine. Il accorda des pensions aux vieux officiers, des exemptions d'impôts à leurs veuves et à leurs enfants.
Il prépara le recrutement de ses officiers en créant deux espèces d'écoles militaires : l'une à la Flèche, pour les jeunes nobles; l'autre à Paris, à sa cour, sous ses yeux, pour les jeunes nobles ou bourgeois.
Les armes que nous appelons savantes prennent de la précision. Parmi les ingénieurs militaires de ce temps, il faut citer Saint-Luc, La Garde, Sully lui-même, Errard qui publia le premier traité sur le génie qui ait paru en français. C'est le système d'Errard sur la fortification à bastions qui fut repris plus tard par Vauban.
Sully, grand maître de Tartillerie, résidait à son palais de TArsenal, où il vivait entouré de canons et de munitions, qu'il faisait admirer au roi comme les remèdes propres à guérir « toutes les fâcheuses maladies de l'État ». U avait quatre cents canons de divers calibres, et des munitions à proportion. Avec son matériel à l'Arsenal et son trésor de vingt millions à la Bastille, Henri lY devait être, quand le moment serait venu, l'arbitre de l'Europe.
Continuatioii de la Renaissance. — Ce règne, qui semble tout absorbé dans la politique pratique, ne fut pourtant pas dénué de tout éclat intellectuel. Sans parler des auteurs de la Satire Ménippéef Henri IV a eu pour contemporains les littérateurs de Thou, d'Aubigné, Ré-
gnier, Malherbe, Balzac, Hardy, les philosophes Charron et de Vair, les théologiens Richer et Du Perron, Térudit Scaliger, né à Agen en 1540 et qui parlait treize langues anciennes et modernes, Térudit Genevois Gasaubon que le roi fit venir en France; les humanistes Pierre Pithou, Passerat, Mercier des Bordes, qui éditèrent et commentèrent les œuvres des anciens; les juriconsultes Loyseau, Pasquier, Loysel *. La question des libertés de l'Église gallicane et des rapports de TÉglise et de TÉtat est élaborée dans de savants traités par le président Fauchet, Denis Godefroy, Guy Coquille, François et Pierre Pithou. Celui-ci publie notre premier recueil des historiens de la France.
A ce règne appartiennent encore le grand mathématicien François Viète*, les chimistes Harvet, Baucinet, Joseph Duchesne, le botaniste Richer de Believal, les célèbres médecins Riolan père et Riolan fils.
Henri IV a aussi recherché les artistes. On peut citer les sculpteurs Boileau, Charles Morel, Barthélémy Prieur, l'Heureux frères, Jacquet, Pierre Biart, Dupré, le Thoulousin, Franche ville ; les peintres Pierre et Daniel Du Monstier, Ambroise Dubois, Jacob Bunel, Toussaint Dubreuil, Martin Fréminet, Roger de Rogery ; les musiciens Jacques Mauduit et du Caurroy, auquel on doit les airs de Vive Henri IV et de Charmante Gabrielle, Henri IV a terminé les Tuileries (pavillon de Flore), continué le Louvre, achevé la façade de l'Hôtel de Ville, construit le Pont-Neuf.
Les Mémoires et les Économies royales de Sully, les lettres d'Henri IV lui-même, comptent parmi les plus précieux monuments de notre httérature nationale.
Caractères du règne de Henri IV. — Ce règne n'a commencé vraiment qu'à l'année 1598, qui vit la paix avec