‹ Histoire de la civilisation françaiseChapitre 10 sur 135 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

LE PEUPLE : L'iNllGALITÉ SOCIALE

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l. L'Inégalité entre les personnes.

Caractères de la révolutton opérée par la royavté. •»

La royauté n'a cherché, dans rabaissement des classes dominantes, que l'intérêt de sa puissance. Pourvu que tout le monde fût également soumis à son autorité, elle ne prit aucun souci de faire cesser les plus criantes injustices qui résultaient des privilèges. Une fois la noblesse et le dergé dépouillés des prérogatives qui pouvaient limiter son absolutisme, elle a respecté celles qui ne nuisaient qu*au peuple.

La révolulion royale avait été considérable ; elle s'était attaquée à la substance même et à la moelle de l'arbre féodal ; mais elle en avait respecté Técorce.

n en résultait, dans la France de Tancien régime, une complication étonnante. Aucune institution, même parmi les plus anciennes, n'avait péri complètement ; on reconnaissait encore l'Église des temps mérovingiens, la féodalité du xf siècle, les municipalités du xn«. On entendait encore parier de pairs de France, d'archevèques-ducs. d*évêquescomtes, de chevalerie, de hauts et puissants seigneurs, de vilains et de serfs, de sénéchaux et de baillis, de oapitouls et de jurats, comme au temps de Louis VI et de saint Louis. Tous les gouvernements qui avaient successivement régi la France, le gouvernement de TÉglise, celui de la féodalité, celui de la royauté chevaleresque, subsistaient encore : ils avaient leurs milices, leur justice, leurs impôts.

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à côté des armées, des justices, des impôts modernes* La royauté n*en avait détruit que ce qui pouvait gêner ses créations : Tédifice nouveau s'était élevé au milieu des débris encore visibles des constructions anciennes. La monarchie absolue tenait au passé par ses origines. Louis XrV, Louis XV ou Louis XYI était toujours « le premier gentilhomme de France » ; il était toujours « le roi très chrétien » et « le fils atné de TÉglise ». On ne pouvait attendre de lui que, pour le plaisir d'établir en France une régularité plus parfaite, il achevât de niveler la noblesse et TËglise. Il comprenait vaguement que ce qui leur restait encore de prérogatives était une garantie pour les siennes. La royauté de droit divin, la royauté héréditaire, aurait été trop isolée si TÉglise d*État, si la noblesse héréditaire avaient disparu. La monarchie craignait de se trouver seule en face de la nation; elle préférait avoir affaire auz trois ordres.

Ainsi l'ancien régime présente ces deux caractères également marqués : 1° pouvoir absolu du roi ; 2^^ survivance àes inégalités du moyen âge.

Inénrs^li^^ entre les trois ordres. — La population fran* çaise restait donc, après toutes les réformes de la royauté, divisée en trois ordres. Elle formait comme trois castes, comme trois nations distinctes, ayant leurs lois spéciales. Seulement le clergé se composait tout au plus de 130 000 prêtres ou moines; la noblesse de 140 000 personnes; le tiers état de vingt-oinq millions d'hommes.

A en juger par les apparences, on eût pu ajouter foi à la théorie du comte de Boulainvilliers, qui voyait dans les nobles les descendants du peuple conquérant, les Francs, et dans le tiers état les descendants du peuple conquis, les Gallo-Romains. Théorie dangereuse autant que fausse : car le peuple prétendu conquis, à la fin du zvnP siècle, était non seulement le plus nombreux, mais le plus énergique et le plus intelligent : il pouvait être tenté de prendre une revanche de la conquête ^

1. A 068 théories de Boulainvilliers, de Saint-Simon et d'autres, Sieyèt répondait, dans sa broehare de 1789 : « Pourqaoi le tièr» ne renverrait-U pas dans la forêt de la Franconie tontes ces familles qal se vantent d'être issus de la race des conquérants?... En vérité, si l'on tient à distinguer

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