LE PEUPLE
PriTilèges des deux premiers ordres. — Le clergé et la noblesse n'en étaient pas moins les ordres privilégiés. Les privilèges, on les retrouvait surtout en matière d'impôts. « Le clergé priait, la noblesse combattait » : donc ils devaient être exempts de toute autre charge. On pouvait objecter que le clergé de cour, le plus privilégié, était celui qui priait le moins, et que les nobles n'étaient pas seuls à combattre : ils fournissaient à l'armée environ 18 000 guerriers, le tiers état en fournissait plusieurs centaines de mille.
Non seulement les privilégiés ne payaient pas au roi autant d'impôts que le peuple, mais le peuple leur payait à eux-mêmes des impôts : au clergé, la dime ; à la noblesse, les droits seigneuriaux.
Non seulement les nobles avaient des privilèges dans l'armée du roi, mais, comme s'ils eussent encore une armée à eux, ils exigeaient du paysan le service du guet dans des châteaux qui n'étaient plus fortifiés.
Non seulement, devant les tribunaux du roi, le prêtre et le laïque, le noble et le roturier, n'étaient pas traités sur le même pied^ mais, en outre, le privilégié avait sa justice à lui : il y avait encore les justices seigneuriales et les ofÛdalités ecclésiastiques.
Classes dans le peaple. — Dans le tiers état, on peut distinguer des classes encore plus multipliées que dans la noblesse. D'abord, il y avait la bourgeoisie proprement dite ^ Une partie se livrait à la banque, ua commerce, à l'industrie. Elle plaidait dans les tribunaux, recherchait les magistratures, peuplait les emplois publics. Elle s'illustrait avec Abraham Fabert dans l'armée, avec Voltaire dans les lettres, avec Lavoisier dans les sciences, avec les
naissance et naissance, ne pourrait-on pas révéler à nos pauvres concitoyens qae celle que Ton tire des Gaulois et des Romains vaut autant que celle qui Tiendrait des Sicambres?... La noblesse a passé du côté des conquérants : eh bien I il faut la faire repasser de llautre o6té ; le tiers deviendra noble en devenant conquérant I »
1. D*après la définition de Loysean, la bourgeoisie comprendrait seulement ce que nous appelons les profetsions libéralee Guges, avocats, médeeins, professeurs) ; les praticiens (notaires, procureurs, greffiers) ; les emplois de finances (percepteurs, etc.) ; les notables commerçants^ qui peuvent aspirer à l'échevinat, etc.
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Paris-Duvernay dans la finance. Une partie rêvait de coq-> quérir la noblesse, et, en attendant, achetait des terres nobles, afin d'exercer dans quelque village les droits seigneuriaux.
Les femmes des honnêtes bourgeois se faisaient appeler Mademoiselle, titré réservé autrefois à celles des écuyers, et commençaient à se faire appeler Madame^ comme celles des gentilshommes. Dans les actes notariés, le bourgeois est souvent qualifié de noble homme. On voit que cette haute bourgeoisie constituait comme une étape vers la vraie noblesse. Elle était presque le troisième ordre primUgié.
Puis venait la petite bourgeoisie, c'est-à-dire les maîtres des corporations. Puis le peuple des villes, c'est-à-dire les artisans des métiers.
Les gens des campagnes, au iviii* siècle, ne s'appellent plus officiellement manants ou vilains : ils sont « les habitants ». En immense majorité, ils sont libres et même propriétaires ^
Eneore des serfts. — Toutefois il existe de véritables serfs, les mainmortables *.
On compte encore, à la fin du xviiie siècle, environ 150 000 serfs. Voltaire s'indignait de voir le chapitre de Saint-Claude, dans le Jura, maintenir l'ancien servage
1. Le peuple des villes et des campagneSf c'est le menu peuple. Tout eela, d'après Loyseau, est réputé « personnes viles ».
2. On en rencontrait encore dans certains cantons de la Bourgogne, de l'Alsace, de la Lorraine, des Trois-Évéchée, da Hainaut, de l'Artois, de la Flandre, de la Champagne» de la Marche, de l'Auvergne, du Bourbonnais, du Berry, du Nivernais. On les trouvait surtout en terre d'Église.
Bouhier, président au parlement de Dijon au xviii* siècle, dans son Traité de la servitude y a cru devoir faire l'éloge de la condition des mainmortables : « Uniquement occupés de l'agriculture, on ne les voit point se fatiguer en procès ou aspirer à des occupations qui les détournent du métier de leurs pères. »
Mais, au xviii* siècle, la plupart des jurisconsultes sont très contraires à ce droit : « Tout ce qui est odieux, dit Séguier, doit être restreint ; tout ce qui est favorable doit être étendu. La mainmorte est odieuse ; il faut la supprimer. La liberté est favorable : il faut, en quelque sorte, la forcer. » Le président d'Oncien, dans son « Traité des mainmortes », recommande aux magistrats, pour les procès relatifs à la mainmorte, la plus grande circonspeclion dans l'examen d'un droit aussi exorbitant. Dunod ajoute : « Il y a toujours lien de juger contre le seigneur quand ses titres sont en mauvais état ou conçus en termes ambigus. » Sur environ cinq cents Coutumes, il n'y en avait plus qu'une dizaine, au xviii* siècle, qui autc^sassent la mainmorte.