ÉCLAT DE LA CIVILISATION FRANÇAISE AU XYIII* SIÈCLE
Infllaeiice de la civilisation française snr l*Earope.
— On peut qualifier d*un mot la civilisation française au XYin* siècle : elle est la cwilisation. Pour tout homme cultivé, qu'il habite TEurope ou TAmérique, la seconde patrie, quelquefois la première, c*est la France. Paris est la capitale de l'intelligence. Pour la seconde fois, depuis saint Louis, notre pays marche à la tête des nations : le génie français, au xvnp siècle comme au zni«, se répand sur l'Europe. L'Italie, l'Espagne, qui autrefois ont été nos institutrices, se mettent maintenant à notre école. L'Angleterre, d'où nous étaient venues tant d'idées depuis cent ans, nous les ^emprunte de nouveau sous la forme plus exquise et plus claire que nous leur avons donnée. Non seulement l'AÛemagne, mais même la Suède, le Danemark, la Russie, les colons anglais, espagnols, portugais de l'Amérique, regardent du côté de la France. Cette civilisation universelle et humaine, qui a eu ses principaux foyers, dans l'antiquité, à Athènes et à Rome, pendant la Renaissance, en Italie, en Allemagne, aux Pays-Bas, rayonne maintenant de tout son éclat dans la France de Louis XIY et de Louis XV. Tandis que les institutions politiques et sociales y sont en déclin, les forces de l'intelligence y sont à leur apogée. Jamais la nation n'a été plus grande qu'au moment où la royauté semble amoindrie. Notre langue a Funiversalité qu'avait au moyen âge le latin : elle l'a remplacé comme langue de la diplomatie, des cours, de la philosophie, des sciences, de la société, au point que les aristocraties européennes en oublient leur langue natio-
naie. Quelques-unes des belles œuvres des sages étrangers, comme la « Théodicée » de Leibnitz, beaucoup des mémoires scientifiques des Académies de Prusse, d'Italie, de Russie, sont rédigés en français.
La langue la plus familière à Frédéric II, ce n'est pas l'allemand; à Catherine n, ce n'est pas le russe; au roi Stanislas Ponîatowski, ce n'est pas le polonais ; à Gustave m, ce n'est pas le suédois. Presque toutes les œuvres du roi de Prusse, ses poésies, qu'a corrigées Voltaire, sa correspondance politique et littéraire, ses dialogues où il a mis malignement en parallèle Louis XV et Salomon, ses précieux mémoires sur l'histoire de ses ancêtres et sur son propre règne, sont rédigés en un français élégant et précis. C'est la langue que la jeunesse apprend dans les coUèges de tous les pays, immédiatement après la langue maternelle et parfois de préférence aux langues classiques. Surtout elle est la langue de la rai$ony cette maîtresse des temps nouveaux, une sorte de langue sacrée pour les libéraux de tous pays, comme l'arabe l'est encore pour tous les sectateurs du Koran.
Nos chefs-d'œuvre littéraires du xvii« siècle, quelques-uns de ceux du xviii« siècle, sont ceux où se forme la jeunesse, où on lui enseigne les mérites de la clarté, de la mesure et du bon goût. Quant aux osuvres plus légères, même d'une licence extrême, on les trouve sur tous les guéridons et dans toutes les bibliothèques. H est à noter, d'ailleurs, qu'à ce moment la littérature de l'Espagne et de l'Italie est assez pauyre, que la grande littérature de l'Allemagne commence seulement avec Klopstock, Lessing, Gœthe, Schiller; que la littérature russe en est à ses débuts avec Lomonossof ^ Sur tout le continent, on n'a presque à lire que nos livres. Ce qu'on joue et ce qu'on applaudit sur tous les théâtres d'Europe, ce sont nos tragédies, nos comédies, non seulement de Corneille, Racine, Molière, qui sont déjà considérés comme des classiques, mais de Voltaire et des auteurs à la mode. En Russie même, la littérature nationale commence par l'imitation de la nôtre : Trediakowski tra-
1. L'Angleterre seule, à ce moment, aree Addison, Swift, Daniel de Fo6- •es romanciers, tes autenrs comiques, ses orateurs, ses historiens, a ont Uiténlare trament riebe «i originale.