‹ Histoire de la civilisation françaiseChapitre 104 sur 135 · ÉCLAT DE LA CIVILISATION FRANÇAISE AD XVIII» SIÈCLE · texte numérisé non relu

ÉCLAT DE LA CIVILISATION FRANÇAISE AD XVIII» SIÈCLE

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aide à ce rayonnement de la France sur le monde, c'est qu'à cette époque, presque nulle part, il n'y a, conusie aujourd'hui, un sentiment jaloux et exclusif delà nationalité. H n'existait pas alors de haines de races, ni de haines de peuples. Les guerres que se font les souverains, si prolongées et si sanglantes qu'elles soient, intéressent médiocrement l'opinion puWque : ce sont des guerres de cabinets, non des guerres de nations ^ En France, on ne ressent aucune irritation durable contre Frédéric II, même après Rosbach, ni contre Pitt, même après la perte des colonies. Le ôls de celui-ci, quand il vint en Frai\ce après la paix, fut comblé de prévenances par la cour et par le public, et le roi de Prusse fut, à un degré incroyable, populaire chei nous. Les Parisiens faisaient des chansons sur la défaite de Rosbaoh. Voltaire prit parti pour Catherine H quand notre diplomatie la combattait, et presque tous les philosophes imitaient sa partialité pour elle et pour Frédéric n. C'était une mode parmi nous de nous moquer des « Welches », c'est-à-dire des Français, ou plutôt de la cour et du monde officiel. De même, les Allemands ne songeaient nullement à nous haïr pour nos fréquentes interventions dans leur pays : ils sentaient que le roi de France n'entendait pas y faire de conquête, et ils lui savaient gré de défendre l'indépendance des petits États contre la prépondérance tantôt de la Prusse et tantôt de l'Autriche. L'Espagne, gouvernée par une dynastie française, l'Italie, gouvernée, à Naples et à Parme, par des princes de la maison de Bourbon, étaient fort sympathiques à la France. Les Russes, contrariés par notre diplomatie et souvent par nos armes, ne voyaient en nous que des initiateurs à la civilisation. Seuls les Anglais avaient alors un patriotisme

1. Une foule de gentilshommes étrangers venaient seryir, ponr lenr instnxction, à la cour ou dans Tannée du roi de France, et une foule de gentilshommes français, sans demander de permission à leur gouvernement, •liaient offrir leur épée aux États-Unis, comme La Fayette; au sultan, comme flt le baron de Tott et comme voulut faire Bonaparte; aux Polonais, comme Dumouriez, Choisy, Viomesnil; à TAutriche, comme Saint- Germain ou Kléber ; à Catherine II, comme le comte de Damas, le duc de Richelieu, Langeron ; même au roi de Prusse, même au roi de Perse, aux ■oaverains de Tlnde ou à l'empereur d'Annam.

jaloux, âpre et exclusif, peut-être parce que la politique 86 liait étroitement chez eux à l'intérêt mercantile. Jamais l'Europe ne fut plus près qu'à cette époque de for mer une grande famille; les maisons souveraines étaient alors unies par des mariages ; les gentilshommes se sentaient membres de leur caste avant de se sentir membres de leur nation ; les hommes de science passaient sans scrupule de l'Académie de Paris à celles de Turin, Berlin •ou Saint-Pétersbourg; les artistes, comme au moyen âge, portaient leurs talents de cour en cour, bien accueillis partout; les philosophes, de Londres à Paris et de Paris à Kœnigsberg, formaient comme une seule société, et la recherche de la vérité les unissait plus que ne les divisaient les querelles des rois; les sectes de francs-maçons et d'illuminés achevaient d'envelopper l'Europe d'un réseau d'affiliations. Les frontières semblaient n'exister que pour les gouvernements. Le mot que Schiller adressait aux Allemands : « Ne cherchez pas à former une nation, contentez-vous d'être des hommes », avait un écho chez tous les peuples : Français, Allemands, Russes se déclaraient avant tout « citoyens du monde ». Au-dessus des cités et des nations, il y avait la cité humaine, comme au temps de saint Augustin il y avait eu la cité de Dieu. En un mot, là civilisation était alors cosmopolite.

OOVRAOIS A CONSULTER. — SayOUS,

Le xnii* siècle d l'étranger. — A. Sorel, L'Europe et la Béoolution française, — L. Dassieux» Les

artiste» français à l'étranger. — L. Pingaud, Les Français en Russie et les Busses en France. Voy. la bi~ bliographie des chapitres XV à XXIII.

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