LES RÉFORMES AVANT LA RÉVOLUTION
Etes réformesi en Earope. — Les écrits des philosophes et des économistes n'avaient pas été sans écho. La seconde moitié du xviip siècle est, en Europe, une époque de progrès. En Autriche, Marie-Thérèse et surtout Joseph II; en Prusse, Frédéric II; en Suède, Gustave III; en Russie, Catherine II; en Danemark, Frédéric VII, les RernsderCr, Struensée; en Espagne, Charles III et ses ministres; k Naples, le régent Tanucci ; en Toscane, le grand-duc Léopold, se font gloire du nom de réformateurs. Là, on supprime ou on adoucit le servage; ici, on hrise les entraves des corporations industrielles et des règlements surannés, on réduit les couvents, on arrête l'extension des biens de mainmorte, on limite l'autorité du pape, on réorganise les anciennes universités et on multiplie les écoles, on simplifie la procédure et on humanise les codes criminels. Ces réformes ne s'accomplirent pas, sur le continent, ài l'sdde d'assemblées nationales, car jamais les princes nc) furent plus jaloux de leur autorité; mais, en rendant plus absolu leur pouvoir, ils se piquèrent de le faire servir au bonheur de leurs sujets. Us adoptèrent cette devise d'un de nos philosophes : « Tout pour le peuple, rien par le peuple. » Ils entendirent que la révolution vint d'en haut et non d'en bas. Au reste, l'idéal du siècle, c'était un philosophe sur le trône, armé d'une puissance sans bornes pour le bien. C'est l'époque du despotisme éclairé.
Les réformes en France. — La France, dont l'état social était d'ailleurs plus avancé que dans la plupart des États du continent, ne suivit que lentement ce mouvement uni*
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Tersel. L'influence des philosophes français s'exerça moins efiectivement en France même qu'à l'étranger. On avait le despotisme, mais non le despotisme éclairé.
Les corps constitués, comme les cours souveraines, qui auraient pu agir sur le pouvoir, n'usèrent de leur influence que pour empêcher le progrès. Le roi, assez absolu pour maintenir les vieux abus, ne le fut pas assez pour les réformer. D'ailleurs la somnolence de Louis XV, pendant tout un demi-siècle, fut en contraste avec l'activité d'un Frédéric ou d'une Catherine. Cependant, même sous Louis XV, on peut constater quelques efforts vers le mieux \ les tentatives de réforme judiciaire par Maupeou et Brienne , l'essai de réforme universitaire par les parlementaires' les efforts individuels de quelques intendants, comme au* BBRT 9B TODBNT et TUR60T dans le Limousiu, des deux rouillé en Champagne, qui s'efforcèrent de régulariser l'assiette de l'impôt et de donner pour base à la répartition de la taille une évaluation plus exacte de la valeur des terres.
Il faut arriver au règne de Louis XVI pour assister à un mouvement sérieux de réformes. Elles peuvent se répartir en trois périodes : 1* le ministère de Turgot, Malesherbes et Saint-Germain ^ (1774-76); 2* le premier ministère de Necker (1776-81); 3» les ministères ie Calonne (1783-87) et Loménie de Brienne (1788). Ces trois périodes sont séparées par deux périodes de réaction.
Réffonnes et projets ée Tarsot. — Les projets ou réformes de Turgot portèrent : 1<» sur la liberté commerciale; 2® sur la liberté industrielle; 3^ sur un essai de représentation locale et même nationale.
Turgot, par l'édit de 1774, proclama de nouveau la liberté du commerce des grains. Mais le Parlement, les accapareurs, tous les gens intéressés au maintien des abus, ameutèrent le peuple contre son bienfaiteur. On feignit d'attribuer aux effets de l'édit une cherté temporaire produite à cette époque par une mauvaise récolte. Des bandes de gens foudoyés, sous prétexte de faire cesser la disette, empêchèrent les blés débarqués au Havre d'arriver à Paris,
1. NooB avons parlé ploa haut, pag« 220, des réformes militaires de faint- Germain (1775-77), et, pages 129-131« des jplans de réformes jndidiaires de Maupeou et Brienne.