LES INSURRECTIONS POPULAIRES
de raison d'être, fut éconduite. Ce prince, dans ses Instructions pour le dauphin, a expliqué sa conduite à Tégard de cette province comme de quelques autres. Il entendait qu'aucune ne pût se prévaloir contre lui d'exemptions ou de droits antérieurs, et il tenait à leMr imposer même une petite somme pour « l'aire connaître qu'il en avait le pouvoir et le droit ». Les paysans du Boulonnais, au retour de la députation, refusèrent le payement du nouvel impôt, maltraitèrent les collecteurs et formèrent des bandes (1662). Il y eut peut-être 6000 paysans en armes. La cour avait quelques raisons de croire que les bourgeois et même les nobles sympathisaient avec eux. Elle envoya des troupes, et, dans une rencontre près du bourg d'Eucliers, 594 insurgés furent tués, blessés ou pris. Le nombre des prisonniers fut bientôt de 3000. Colbert recommanda à l'intendant Machault de prendre des juges qui ne fussent pas gens du pays, parce que ceux-ci « auraient trop d'indulgence et de compassion, pour donner un exemple de terreur ». On finit par lui envoyer de Paris un jugement tout rédigé. Quatre cents des insurgés, parmi les plus valides, étaient condamnés aux galères à perpétuité. Un des chefs fut roué vif sur une place de Boulogne, plusieurs pe'^dus dans les diverses localités. Pour effrayer les bour?cois, huit furent exilés à Troyes, et le maréchal d'Aui-iont, gouverneur de la province, constate qu'ils étaient « bourgeois honnêtes, réellement innocents ». Sur l'intervention de Tévêque, ces huit furent graciés, les privilèges de la province confirmés, mais la contribution qui avait été la cause des troubles dura jusqu'à la Révolution.
Deux ans après (1664), on imposa aux Landes une taxe qui leur était encore inconnue, celle du sel. L'insurrection éclata d'abord au bourg d'Hagetmau, où les gabelous furent fort maltraités. Les villages s'armèrent et se barricadèrent. L'autorité fit pendre deux des rebelles. La révolte, un moment apaisée, reprit une intensité nouvelle quand Audijos, ancien cavalier du régiment de Gréqui, roué vif en effigie, s'en déclara le chef. A la tête d'une troupe d'élite, il échappa à toutes les poursuites, passant sur le territoire espagnol quand il était trop pressé, reparaissant ensuite sur le territoire français, livrant bataille aux dra-
goDS, cerné un jour dans une maison et se dégageant en faisant une trouée sanglante. On promit 12 000 livres, puis 12 000 écus à qui le livrerait. On lui offrit, sa grâce, avec l'intention de le supplicier quand on serait maître de lui : il évita encore ce piège. Il tint campagne jusqu'à décembre i665. Dix ans après, il obtint son pardon et un régiment de dragons. Les Landes restèrent pour toujours soumises à la gabelle.
Dans le Berry, les troubles furent amenés par une taxe sur les vins. Elle était d'autant plus accablante que, dans cette province, « le menu peuple était à Taumône ». On vint à bout de la révolte à force d'exécutions capitales et de condamnations aux galères (1664).
Dans le Roussillon, le canton de Valespir s'insurgea à l'occasion de la gabelle. Les milices locales, c'est-à-dire les miquelets, firent cause commune avec les paysans. La révolte parut d'autant plus grave que le pays était à la frontière d'Espagne et que le Vivarais s'agitait également. Il fut question d'incendier tous les villages qui donneraient asile aux insurgés. A la fin, le Conseil souverain de Roussillon obtint du roi la permission de s'entremettre : une amnistie fut publiée, mais la gabelle subsista (1668>1670).
Bordeaux se souleva, en 1675, à l'occasion des nouveaux édits sur le tabac, le papier timbré et la marque de la vaisselle d'étain. Le subdélégué de l'intendant et un conseiller au parlement furent tués. Quelques émeutiers ayant été enfermés au Château-Trompette, le peuple menaça de mettre le feu aux quatre coins de la ville si on ne les rendait pas, et les autorités, n'ayant pas de forces suffisantes, durent céder. On entendait « des discours très insolents sur l'ancienne domination des Anglais ». L'autorité finit par reprendre le dessus : un crocheteur et un porteur de chaise furent pendus ; puis les pendaisons se multiplièrent, surtout dans le quartier Saint-Michel, qui s'était montré le plus turbulent, et l'un des émeutiers y fut roué vif. La province, terrifiée, dut subir le joug commun.
En Bretagne, la cour avait établi les nouveaux impôts sur le papier timbré et le tabac. Pour s'en délivrer, la province paya au roi 2 600 000 livres. Ici encore, comme dans les Landes, le « premier gentilhomme du royaume v manqua