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LES INSURRECTIONS POPULAIRES

à la parole donnée. Les impôts reparurent. Alors le peuple de Rennes saccagea les bureaux pour le timbre et le tabac, aux cris de : « Vive le roi sans édits ! » Une trentaine des émeutiers furent tués ou blessés^ Le gouverneur de la province, duc de Gbaulnes, accourut en toute hâte. La situation était grave dans toute la Bretagne. A Nantes, le peuple avait pris Tévéque comme otage, aûn de se faire rendre une femme qui avait été arrêtée. A Ghâteaulin, le lieutenant général avait été chassé par plusieurs milliers de paysans. Dans les Montagnes-Noires, la haute GornouaiUes, les pays de Quimper, Carhaix, Poher, Léon, Tréguier, se montraient des bandes sous le nom de Bonnets bletts et Bonnets rouges. Les paroisses de la Basse-Bretagne promulguaient un Code paysan, qui interdisait la chasse du mois de mars au mois de septembre^ enjoignait aux seigneurs de venir habiter leurs châteaux, de raser leurs colombiers, de renoncer aux banalités, de marier leurs filles avec les non-nobles. A Rennes^ le gouverneur avait dû recourir à la milice bourgeoise pour contenir le peuple, et celle-ci avait réprimé, en effet^ une seconde émeute. Le 17 juillet éclata la troisième : oa jeta un chien mort dans le carrosse de la duchesse de Chaulnes, on blessa un de ses pages. Les environs de Fougères étaient saccagés par les paysans; à Lamballe, les employés du tabac étaient massacrés; dans la Cornouailles, un des plus forts châteaux du pays, qui appartenait à un ami du duc de Chaulnes, était pris d'assaut et rasé. Toutes les villes tremblaient devant cette nouvelle Jacquerie.

La répression ne se fît pas attendre. Six mille hommes de troupes royales arrivaient en Bretagne.

Les rebelles de Carhaix furent battus les premiers, et alors les exécutions commencèrent. Vainement les paysans se jetaient à genoux devant les soldats en criant med culpâ, « le seul mot de français qu'ils savaient », dit Mme de Sévigné : on n'accordait pas de quartier. Les troupes royales parcoururent successivement tous les cantons, pendant, rouant vifs ks insurgés et les suspects. Ce fut le tour de Rennes : sept des émeutiers de la ville furent pendus ou roués; parmi ces derniers, un joueur de violon qui, mis à la torture, affirmait avoir reçu vingt-cinq écus

des fermiers du timbre pour « commencer la danse ». 'lont un faubourg de Rennes, la rue Haute, peuplé de 4000 habitants, fut rasé, et beaucoup de ceux-ci, auxquels il était interdit sous peine de mort de donner asile, vieillards, enfants, femmes accouchées, périrent misérablement. En dehors des exécutions, la province souflPrit cruellement de la licence des gens de guerre, venus pour la plupart de cette armée du Rhin, dont la férocité avait épouvanté l'Allemagne. Les soldats, logés chez l'habitant, volaient, tuaient, jetaient leurs hôtes et leurs hôtesses par les fenêtres : ils mirent de petits enfants à la broche et les firent Tôtir (1675).

D'autres désordres, mais moins étendus, s'étaient produits à Lyon (1669), où une femme ameuta cinq ou six cents insurgés, à Angoulême (1674), au Mans (1675), à Gahors, à Péri gueux.

Ces tragiques épisodes ne montrent pas seulement la dureté du gouvernement royal sous Louis XIV; ils prouvent que toute étincelle de liberté n'était pas éteinte dans les masses : le roturier, pas plus que le noble, n'accepta sans protestation l'établissement du despotisme.

Ouvrages a. consulter. — P. Clément, La police sous Louis XIV; Histoire de Colbert; Lettres, instmiefions et mémoires de Colbert. — Viollet, Précis de l'histoire du droit français.

— Sagnac, La Législation civile de la Révolution française. — Ouvrages de Deppinf?, Chéruel, Dareste de la Chavanne, Taine, Chérest, Loyseau, cités à la bibliographie du chapitre ii.

Voir, à la bibliographie du chapitre XXII, les ouvrages de Dareste de la Chavanne, Bonnemère, Levasseur, Doniol, sur les classes laborieuses.

— A. Bdbeau, La ville sous Vancien

régime; Le village sous Vancien régime ; Les artisans et les bourgeois d'autrefois ; La vie rurale dans C ancienne France. — Guyot, Répertoire de jurisprudence, aux mots Aubaine^ Ban , Banalités , Corvée , Péage , Droits seigneuriaux, Chasse, PêchCy Colombier, Girouette, Tailles, Lods^ Mainmorte, etc. — G. d'Avenel, Hist.

économique de la propriété ; Paysans et ouvriers depuis sept cents ans ; La noblesse française sous Richelieu. — Berlin, Les mariages sous Vancienne société française.

I Les libertés civiles et politiques.

Ce n'étaient pas seulement les privilèges des ordres de l'État et des corporations que la royauté détruisait autour d'elle : les libertés les plus précieuses des sujets étaient violées.

Violations de la liberté personnelle t lettres de cachet. — Il n'y avait pas de sécurité pour les personnes. Un prévenu pouvait être enlevé à ses juges naturels pour être traduit devant une commission qui statuait suivant le bon plaisir du roi. La police, qui avait pris une grande importance sous Louis XIY, se substituait à la justice. Au moyen de lettres de cachet ^, on faisait enlever les suspects et, sans aucune forme de jugement, on les jetait dans les cachots de la Bastille et des autres forteresses d'État «. Souvent il arrivait qu'on les y oubliât et que personne ne pût se souvenir pourquoi ils avaient été arrêtés ^.

Les lettres de cachet furent lancées non seulement contre quiconque inquiétait le pouvoir, mais contre ceux dont

t. Une lettre de cachet portait le nom de l'agent chargé de l'exécuter, et était ainsi formulée : « Je vous fais cette lettre pour vous dire que ma volonté est que vous fassiez telle chose dans un tel temps. Si, n'y faites faute. Sur ce, je prie Dieu qu'il vous ait en sa sainte et digne garde. Louis. »

8. L'exemple le plus célèbre de détention arbitraire, c'est celui du fameux Masque de fer^ ce personnage mystérieux dont on ignore le nom encore aujourd'hui.

3. Latude, qui avait offensé Mme de Pompadour, fut. mis à la Bastille et resta prisonnier trente-cinq ans, sans que ni la mort de la marquise, ni même celle de Louis XV, itient mis fin à sa captivité.

R. Ciyn.. T. IL 6

quelque grand seigneur avait à se plaindre. Elles servirent à enfermer dans les forteresses les fils qui résistaient à leur père, et dans les couvents les jeunes filles qui refusaient de se marier au gré de leur famille.

Maurice de Saxe eut recours à ce moyen de police contre Facteur Favart, auquel il voulait enlever sa femme. On cite un mari et une femme qui, en même temps, demandèrent une lettre de cachet Tun contre l'autre et furent arrêtés le même jour. Bientôt ce ne furent pas seulement les ministres qui obtinrent de ces papiers signés du roi ; mais les intendants, les commis des ministres et des intendants. Tel personnage recevait des lettres de cachet où le nom se trouvait en blanc et y faisait inscrire son ennemi personnel, son rival, son créancier. Sous Louis XV, on pouvait en avoir à prix d'argent. Le ministre la Yrillière en faisait faire commerce par la comtesse de Langeac; il en vint à les laisser vendre par ses laquais ; il n'en coûtait plus que vingt-cinq louis pour faire arrêter quelqu'un. Sous Louis XV, on calcule que près de 150 000 lettres de cachet furent distribuées. Même dans les temps les plus doux de la monarchie absolue, sous Louis XVI, on en lança encore 14000.

En 1770, Malesherbes, président de la Cour des Aides, dénonçait à Louis XV le trafic odieux qui se faisait de sa signature. « Il en résulte, sire, ajoutait-il, qu'aucun citoyen, dans votre royaume, n'est assuré de ne pas voir sa liberté sacrifiée à une vengeance : car personne n'est assez grand pour être à l'abri de la haine d'un ministre, ni assez petit pour n'être pas dign- de celle d'un commis de la Ferme. »

Violations de la propriété : eonflseatlon, expropriatloB. — La propriété n'était pas plus sûre que la personne. Le roi ne se croyait-il pas l'unique propriétaire de ce qui était à ses sujets? Quand un accusé était condamné, presque toujours ses biens étaient confisqués au profit du roi : en sorte que le coupable n'était pas seul puni, mais sa femme et ses enfants innocents, qui étaient dépouillés de leur for^ tune et réduits à la misère.

Une autre forme de confiscation, c'était l'expropriatior prononcée sous prétexte de travaux. A la différence de ce qui se pratique aujourd'hui, on expropriait arbitrairement, sans que l'utilité publique fût légalement établie; on fixait

arbitrairement le chiffre d'indemnité, et, comme les travaux commençaient avant le payement, celui-ci risquait fort de n'être jamais eflectué.

Les «ubalns. — D'après le droit commun, le roi héritait des biens laissés en France par tout étranger qui mourait sans avoir été naturalisé; car l'étranger en France peut bien vendre et acheter, donner et recevoir entre-vifs S mais il ne peut transmettre son héritage, ni par testament, ni sans testament. Si l'étranger était naturalisé, le roi héritait encore, mais seulement dans le cas où celui-ci ne laissait pas d'héritier naturalisé Français ou résidant en France, et s*il n'avait disposé de ses biens ni par testament, ni par donation.

De telles dispositions rappelaient les temps barbares où les mots d* ennemi et d'étranger étaient sjrnonymes. Elles ne pouvaient qu'éloigner de France les étrangers industrieux, puisqu'ils pouvaient craindre que la fortune acquise par eux chez nous ne fût perdue pour leur famille .

Heureusement, ce droit commun si dur avait été modifié en beaucoup de points. Dès le temps de Henri III (1587), on commença par en exempter les marchands, banquiers, etc., établis en France *, pourvu qu'ils acquittassent certains droits. Louis XIV, en 4646, 1656, 1697, exigea de tous les étrangers des taxes qui leur assuraient le bénéfice de la naturalisation. On facilita celle-ci pour les manufacturiers, ouvriers, pilotes, canonniers, etc.

Au XVIII® siècle, une série de traités avec la plupart des États européens et avec les États-Unis d'Amérique accordèrent à leurs sujets résidant en France et aux Français résidant chez eux l'exemption absolue du droit d'aubaine.

En revanche, les sujets des États avec lesquels n'existaient pas ces traités de réciprocité, comme ceux de la Russie, restaient soumis à toute la rigueur de l'ancien droit.

Yielation du secret des lettres. — Aujourd'hui une lettre confiée à la poste est une chose sacrée. Sous Louis XIV et sous Louis XV, les employés ouvraient les lettres dans le

1. La TÎeiile formule était qae l'étrangw « Tit libre, mais meurt serf ». Son héritage était assimilé à oelai d'an mainmortable.

8. Dès Charles VII, les marchands qui ne Tenaient en France que pour les foires étaient exempts du droit d'anbaine.

cabinet noir, non seulement pour rechercher la trace d'un crime ou pour dépister un complot contre la sûreté de l'Étal, mais pour l'agrément particulier du lieutenant de police et du roi. Tous les matins, on soumettait à Louis XV des extraits des lettres ouvertes à la poste : par là, la police et lui se trouvaient au courant des secrets les plus intimes des familles. Le cabinet noir se maintint même sous Louis XVI, et l'un de ses ministres^ Turgot, suppliait son ami Gondorcet de ne rien lui écrire par la poste.

Pas de liberté de la presse. — Une ordonnance de 1561 statuait que « les imprimeurs, semeurs et vendeurs de placards et de libelles diffamatoires seraient punis pour la première fois du fouet, et la seconde fois de la hart ». Une censure rigoureuse avait été établie en 1620. C'étaient tantôt le Conseil d'État, tantôt le Grand conseil, tantôt le Parlement ou le Chàtelet, tantôt la Sorbonne, qui prononçaient la condamnation. En 1649, un imprimeur de Mazarinades, Cotinet, qui ne s'était pas laissé prendre, est pendu en effigie, et un autre, nommé Lorens, est envoyé aux galères *. En 1697, un compagnon typographe, un garçon relieur et un garçon libraire sont pendus en place de Grève. Aussi aucun imprimeur n'osait publier d'écrit un peu libre : c'était en Hollande ou en Angleterre qu'on éditait les écrits hostiles au gouvernement. En 1689, un certain Chavigny, . réfugié en Hollande, se laissa attirer sur le territoire français par un espion du ministère, fut arrêté, conduit au Mont-Saint-Michel et enfermé dans une cage de fer, où il resta trente années.

L'ordonnance de 1757, sous Louis XV, renouvelle toutes les rigueurs décrétées sous les règnes précédents. Un certain nombre de délinquants sont condamnés au carcan, au bannissement, aux galères. En général, surtout sous Louis XV, on ne frappe pas les auteurs en renom, mais les auteurs de libelles proprement dits, les gens de lettres du dernier ordre et qui vivent de scandales, ou encore les

1. Ed 16S3, deux hommes de lettres, Bourdin et Dabois, sont condamnât par le Chàtelet pour distribution de libelles. La Reynie, lieutenant de police* reçoit l'ordre de les joindre à la première chaîne de forçats qui partirait pour les galères. Le ministre de la Maison du roi insiile pour que cet ordrt •oit exécuté avec une extrême rigueur.

imprimeurs, distributeurs ou colporteurs de ces libelles.

Cependant, en 1714, Fréret était mis à la Bastille parce que, dans ses recherches sur l'origine de la monarchie, il avait fait justice de certaines fables historiques qui flattaient l'orgueil de la royauté. Voltaire y fut enfermé deux fois, et, dès lors, il eut soin de vivre hors de France. Diderot fut emprisonné trois mois à Vincennes en 1749, Raynal obligé de s'expatrier en 1781, BufFon lui-même inquiété, Beaumarchais obligé, sous Louis XVI, à faire amende honorable.

Remarquons, en outre, que les ouvrages sérieux pouvaient être traités comme des libelleSy mis au pilori et réduits en pâte, garrottés dans les chaînes de fer et traînés à la Bastille, brûlés par la main du bourreau au pied du grand escalier du palais de justice. Sous Louis XIII, V « Histoire universelle » de d'Aubigné est brûlée ; sous Louis XIV, la M Dîme royale » de Vauban et le « Télémaque » de Fénelon sont mis au pilon ; les « Provinciales » de Pascal sont brûlées. Sous Louis XV sont exécutés les « Lettres philosophiques » et quantité d'autres ouvrages de Voltaire ; la « Lettre sur les Aveugles » et quantité d'ouvrages de Diderot ; le traité « de l'Esprit » par Helvétius, 1' a Emile » de Rousseau, T « Histoire philosophique des Deux Indes » de Raynal.

Dans un royaume où tant de tribunaux avaient juridiction sur les livres, où 168 censeurs, encore en 1789, veillaient sur les productions de l'esprit, la presse quotidienne, si puissante déjà en Angleterre, ne pouvait pas exister ^ Nous n'avions alors que des journaux insignifiants, comme la « Gazette de France », qui datait de 1631 ; le « Journal de Trévoux » et le « Journal de Verdun », publiés tous deux en

1. Colletct, le poêle « crolté jusqu'à l'cchiiie », comme l'appelle Boileaa, essaya, en 1676, sous le titre de Journal de la ville de Paris, de faire paraître une gazette, d'ailleurs fort insignifiante et tout à fait inoffensive. Elle semble n'avoir eu qu'un numéro. Seignelay écrivait à la Reynie, lieutenant de police, le 27 novembre de ladite année : « J'ai rendu compte au roi du mémoire que vous avez donné à mon père au sujet du journal dos «{Taires de Paris que le nommé CoUetet s'est ingéré de faire imprimer : Sa Majesté m'a ordonné de Tons dire qu'elle veut que vous en défendiez le débit et l'impression ■. En 1717, une Histoire journalière de Paris, publiée t>tt Dubois de Saint-Gelais, est également arrêtée à son deuxième numéro.

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1704; le « Mercure de France », né en 1724 * ; le « Journal de Genève », en 1772; le « Journal de Bruxelles », en 1774; le « Journal de Paris », en 1777 * ; ou comme les gazettes en vers dont la « Muse historique de Loret » et le « Mercure galant t» (1672) sont les types les plus connus. En pleine année 1789, un voyageur anglais, Young, s'étonnait de ne trouver ea province ni journaux, ni lecteurs. « Personne, dit-il, ne saurait douter que cette affreuse ignorance, chez le peuple, des événements qai doivent l'intéresser le plus, ne provienne de l'ancien gouvernement. »

n. Les libertés religieuses.

Pas de liberté de eoaséfenee s les protestants. — La

plus précieuse des libertés, et celle qui fut le plus cruellement violée sous la monarchie absolue, c'est la liberté de conscience. Les protestants, depuis la prise de la Rochelle, étaient restés paisibles. Us ne prire;it aucune part, au moins collective, aux troubles de la Fronde. Ils étaient

1. n succédait au Mercure galant, mais fut surtout en prose. Q était aùiquement littéraire. « Nous prions, disait-il dans son premier numéro, tous ceux qui prendront quelque intérêt au Mercure de vouloir bien no os faire part des choses qui viendront à leur connaissance sur ces matières : bons mots, réparties vives et piquantes, contes facétieux, naïvetés plaisantes, pasquinades ingénieuses, sans aucune maligne application ; pensées choisies, questions curieuses « traits d'histoire intéressants et de morale instmotive ; jeux de mots, griphes, logogriphes. » On voit que la politique étiuft le moindre de ses soucis.

2. Quand on aura cité les Nouvelles ecelésiastiçttes {iT28), qui paraissaient elandestinement parce qu'elles étaient jansénistes ; le Courrier de V Europe (1776), qui était imprimé à Londres ; les Annales politiques et littéraires de Linguet (17S0) ; le Journal du lycée de Londres de Brissot (1784) ; l'Esprit des journaux (1774), qui était publié à Liège ; YEsprit des Gazettes (1785), la Héraut de la Nation (1787) ; le Journal de l'Europe — tous ceux-ei datant des dernières années de Louis XVI et ayant paru presque à la veille de la Révolution — on aura à peu près épuisé la liste des principaux journaux qui parurent sous l'ancienne monarchie. Il y en avait, d'ailleurs, fort peu qui fussent quotidiens : ils paraissaient une fois par semaine ou même une fois par mois. Le Journal de PariSt en 1777, fut notre premier journal quotidien.

Le Journal des Saoants étut purement littéraire on scientifique. Nom ne parlons pas des publications spécialement consacrées à l'agriculture, aux arts, etc. La Gazette des Tribunaux fut fondée par Mars, en 1777 ; le Journal du DameSy en 1759; le Courrier de la Mode ou Journal du goût^ en 1768 ; \m Journal des théàtret, ea 177â.

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représentés dans la marine par Duquesne, dans Tarmce par Turenne, qui d'ailleurs se fit catholique en 4667. Le malheur des protestants fut que les grandes familles de leur religion, celles qui les avaient commandés pendant les guerres du xvi« siècle, les Condé, les Bouillon, les Rohan, les Soubise, les La Trémouille, par ambition ou par absence de conviction, passèrent au catholicisme, livrèrent sans défense au pouvoir la petite noblesse et la bourgeoisie calvinistes.

Le règne de Louis XIV, qui semble à cet égard un retour en arrière et bien au delà de Henri IV, ne fut qu'une longue persécution religieuse. Son absolutisme royal ne comprenait pas l'unité politique sans Tunité religieuse. On n'était qu'à moitié son sujet quand on n'adorait pas Dieu suivant les mêmes rites et dans les mêmes églises que lui. Sans oser encore s'attaquer à l'Édit de Nantes, promulgué par son aïeul en 1598 et confirmé par son père en 1629, Louis Xrv inaugura d'abord contre les protestants une persécution de détail.

Violations de l'Édit de IVamtes. — Successivement il interdit l'exercice de leur religion dans un certain nombre de localités (1665). Il leur défend de tenir leur synode national, qui se réunissait tous les deux ans. Il supprime les Chambres de l'Édit dans les Parlements (4669). Il empêche la prédication et fait démolir les temples dans toute ville où il y a un évêque. Il autorise les protestants qui se convertiraient à ne pas payer leurs dettes à leurs anciens coreligionnaires, et leur accorde un délai de trois ans pour payer leurs dettes aux catholiques. Les convertis sont exemptés du logement des gens de guerre et de deux ans d'imposition. Un protestant renégat, Pellisson, en 4677, tient la Caisse des conversions et paye à bureau ouvert les apostasies. Une conscience coûtait en moyenne six livres. Le roi lui-même, malgré les désordres de sa vie privée, s'improvise prédicateur. Il fait venir chez lui les huguenots obstinés et conjure le duc de la Force d'ouvrir les yeux à la vérité. La mode, si puissante parmi les courtisans, est à la conversion. Après l'abjuration de Turenne, ils disaient : « Personne ne restera protestant, par crainte du ridicule. »

Non seulement on achète les conversions, mais on vexe

de toutes façons ceax qui restent fidèles à leurs croyances. L'édit de juin 1681 permet aux enfants de sept ans de se convertir : c'était autoriser les zélateurs à les enlever à leurs parents; et en effet les couvents commencent à se remplir de jeunes garçons et de jeunes filles que Ton circonvient de toutes façons pour les amener à abjurer. Les protestants sont exclus de toutes les charges publiques, de tous les emplois de finances, de toutes les carrières libérales, avocats, procureurs, notaires, huissiers, médecins, chirurgiens, apothicaires, sages-femmes. Ensuite, c'est le tour des professions industrielles : un réformé ne pouvait plus obtenir de lettres de maîtrise, ni occuper d'apprentis, et un maître catholique ne pouvait plus prendre d'apprentis protestants. Les lingères de Paris chassèrent les ouvrières calvinistes.

Puis les violences s'accentuèrent : défense aux ministres de la R. P. R. {religion prétendue réformée) de porter à Favenir aucun signe distinctif ; fermeture du collège protestant de Sedan; défense de tenir des synodes, même provinciaux; obligation de payer la dîme aux églises catholiques; démolition des temples partout où Tautorité le jugeait bon, et défense aux religionnaires de se réunir ailleurs ; défense d'enterrer leurs morts, sinon secrètement, avant le lever et après le coucher du soleil ; dispersion des prêches qui se tiendraient en plein air. Les protestants sont écrasés de taxes et de logements militaires.

Les Dragonnades. — Les missions bottées commencent, en 1684, dans le Béarn, le loyal pays qui avait donné le jour au huguenot Henri IV. Elles s'étendent dans le Languedoc, dans le Poitou. Les dragons, qui étaient les soldats les plus féroces et les plus indisciplinés de l'armée, sont logés à discrétion chez l'habitant, avec permission de s'y livrer à toutes sortes d'excès, dévorant le bétail et la basse-cour, vidant les caves, saccageant le mobilier, pendant le bourgeois ou le paysan, la tête en bas, dans sa cheminée, insultant les femmes et les filles, baptisant de force les enfants. Louis XIV et Mme de Maintenon remercient le ciel des conversions qu'on leur annonce. Us croient qu'il n'y a plus qu'on pas à faire pour que toute la France soit catholique.

RéToeationde TÉdit de Nantes. — Le 22 octobre 1685,

parait VÉdit portant révocation de VÉdit de Nantes, Défense aux adhérents de la R. P. R. de s'assembler, même dans les maisons particulières, pour l'exercice de leur culte. Ordre à tous les ministres de se convertir ou de sortir du royaume sous quinze jours, à peine des galères. Défense aux autres réformés de sortir du royaume, également à peine des galères pour les hommes, d'emprisonnement et de confiscation pour les femmes. Fermeture de toutes les écoles protestantes. Ordre de baptiser dans la religion catholique tous les enfants qui naîtront à l'avenir de parents protes* tants. L'article 11 de l'édit laissait aux calvinistes la liberté de professer en secret leur religion. On sut bientôt ce que valait cette autorisation *.

Après la publication de l'édit, les Dragonnades reprirent de plus beUe. Partout on ne voyait que villes et villages saccagés par les soldats jusqu'à entière conversion; les protestants qui essayaient de passer la frontière poursuivis par la maréchaussée, traqués par les paysans ; les galères pleines de réformés ; les prisons pleines de femmes auxquelles on avait rasé la tête ; les couvents pleins de jeunes filles livrées aux sollicitations des prêtres et des religieuses ; les enfants protestants conduits de force dans les églises catholiques; les pasteurs qui s'étaient laissés surprendre sur le territoire du royaume, menés à la potence, roués vifs sur les places publiques, tandis que des roulements de tambour étouffaient leurs dernières paroles; les réunions tenues dans les lieux solitaires pour prier Dieu, et qu'on appelait églises du désert ou écoles buissonniéres, dispersées à coups de fusil; les malades qui revenaient sur leur abjuration envoyés aux galères, s'ils guérissaient, traînés sur la claie à la voirie, s'ils mouraient, et tous leurs biens confisqués. L'intendant du Languedoc, Basville, expédiait aux galères des enfants de quinze ans, de douze ans, qui avaient suivi leur père au prêche. Voilà le spectacle qu'offrit la France du grand roi cent ans après que le Béarnais avait proclamé la tolérance religieuse.

I. La même année, nn édit défend aux protestants d'avoir des domestiques rA.iioliques; en 1686, on le leur permet, mais alors on leur défend d'avoir d-^ 'iomestiqueç de leur religion, sous peine d'être condamnéb « les hommes nux galères, et les femmes au fouet, et à être flétris d'une fleur de lys ».

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Malgré Tédit, près de quatre cent mille protestants, rélite de la nation, honnêtes, instruits, laborieux, réussirent à gagner l'étranger, y portèrent leur industrie et leur commerce. La France en fut ruinée, mais la richesse de FAngleterre, de la Hollande, de TAIlemagne protestante, s'en accrurent, et la Prusse, si miséraible jusqu'alors dans ses sables stériles du Brandebourg, commença à devenir on pays florissant.

Pendant ce temps, les éyéques, dans toute la France, chantaient des Te Deum, et Bossuet, dans son oraison funèbre du chancelier Le Tellier, s'écriait : « Ne laissons pas de publier ce miracle de nos jours : faisons-en passer le récit aux siècles futurs... Touchés de tant de merveilles, épanchons nos cœurs sur la piété de Louis. Poussons jusqu'au ciel nos acclamations, et disons à ce nouveau Constantin, à ce nouveau Théodose, à ce nouveau Gharlemagne, ce que les 630 Pères dirent autrefois au concile de Ghalcédoine : Vous avez affermi la foi, vous avez exterminé les hérétiques! »

Persécutions eoBtre les j^rotestants an XVIIIe siècle. — À partir de la Révocation, il fut officiellement établi qu'il n'y avait plus de protestants en France : le roi l'avait dit! Ceux qui conservaient leur foi au fond du cœur s'appelaient, dans la langue administrative, des convertis. Ceux qui se rétractaient au lit de mort étaient simplement de mauvais convertis. Les édits de 1724 et de 1730 V, sous le ministère du duc de Bourbon et sous celui du cardinal Fleury, renouvellent les lois antérieures sur l'instruction obligatoire des enfants protestants, et les pénalités contre les mauvais convertis, contre les églises du désert. Ces édits sont exécutés à la rigueur. En 1717, soixante-quatorze personnes ayant été surprises dans une assemblée à Anduze, dans le Gard, les hommes sont envoyés aux galères et les femmes en prison. En 1745 et 1746, dans le Dauphiné, 277 protestants sont condamnés aux galères et nombre de femmes au fouet. De 1744 à 1752, quatorze cents protestants sont punis de diverses peines. En 1762, un pasteur protestant, La Rochette, est décapité en place

1. A la suite de ces édits, il y eut 3000 arrestations, dont plus de 500 gentilshommes, avocats^ militaires, riches négociants.

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publique par arrêt du Parlement de Toulouse. Un protes-;tant était toujours suspect : exemple Galas, en 1762. En 1774, les deux enfants d'un calviniste de Nîmes, nommé Roux, lui sont enlevés. Moins de vingt ans avant la Révo- Intion, la mère de M. Guizot, dans une assemblée surprise par les soldats, manqua d'être arrêtée et reçut des coups de feu dans ses vêtements. Louis XVI lui-même, à un moment où Fopinion publique était décidée contre les persécutions, dut répéter à son sacre la formule de Tancien serment : « Je jure de m'appliquer sincèrement et de tout mon pouvoir à exterminer de toutes les terres de ma domination les hérétiques nommément condamnés par FÉglise ». En 4780, rassemblée du clergé déclarait que « Fautel et le trône seraient également en danger si l'hérésie venait à rompre ses fers ».

Conséqneace Inattendne des perséentlons. — Non seulement la Révocation n'avait pas d*abord soulevé Topinion française ; mais elle avait rencontré d'éclatantes approbations. Pour s'expliquer cette aberration des esprits, il faut tenir compte de l'état mental des Français au xvn< siècle. Us avaient été élevés dans une soumission absolue à l'Église et au roi : or les calvinistes n'étaient pas seulement des hérétiques ; ils semblaient en outre des rebelles. La maxime en vigueur dans presque toute l'Europe était alors qu'aucun habitant n'avait le droit de professer «ne autre religion que celle du prince : cujus regio ejus religion disaient les jurisconsultes allemands *. Les catholiques étaient cruellement traités en Angleterre, en Suède, dans les États de l'Allemagne du Nord, comme les réformés en France, en Espagne, en Italie, en Autriche. Bossuet pouvait dire : « Les protestants sont d'accord avec nous que les princes chrétiens sont en droit de se servir de la puissance du glaive contre leurs sujets ennemis de l'Église et de la saine doctrine ». Ce sont précisément les atrocités de la Révocation qui amenèrent catholiques et protestants à contester ce prétendu droit du souverain.

1. On troave jasque chez Rousseau ane trace de cette manière de voir. Dana ses Confessions, il semble admettre qu'il est « du devoir du citoyen d'admettre le dogme et le culte prescrit par la loi n, attendu qu'il appar> tient « en chaque pays au seul souverain de le fixer »

Les persécutions contre les calvinistes eurent un effet inattendu : elles gagnèrent la nation, bien plus complètement qu'à répoque de Henri IV et cette fois défini tivement, à la cause de la tolérance religieuse. En outre, une violation aussi éclatante des droits des sujets, accompagnée de moyens aussi violents, ébranla le droit monarchique et contribua pour beaucoup à préparer la Révolution ^

État civil des protestants. — En 1778 encore, c'est-àdire sous Louis XYI, une déclaration royale, dans le but d'entraver l'émigration des réformés, interdit aux nouveaux convertis d'aliéner leurs immeubles et la totalité de leurs meubles sans en avoir obtenu Fautorisation, soit du roi, soit de Fintendant, suivant Fimportance des ventes.

Les registres de Fétat civil étant tenus par les curés, il s'ensuivait que ceux qui ne faisaient pas baptiser leurs enfants par FÉglise et ne faisaient pas bénir par elle leurs mariages, n'avaient pas d'état civil. Leurs femmes et leurs enfants, aux yeux mêmes de la loi, étaient réputés illégitimes *.

La persécution religieuse ne s'était pas étendue à F Alsace, où les protestants étaient du cuite luthérien, et à laquelle les traités de Westphalie garantissaient le libre exercice de cette religion. Les calvinistes mêmes, pourvu qu'ils fussent Alsaciens, y profitèrent de cette tolérance. Les anabaptistes y furent seulement obligés de payer la dîme à FÉglise et de contribuer à l'entretien des presbytères et des cimetières catholiques. Cependant, plusieurs restrictions furent apportées à la tolérance : en 1662, il lut interdit à toute personne ne professant pas la religion catholique de s'établir à l'avenir dans cette province. Il fut défendu (1762) aux protestants, même alsaciens, de s'établir dans les cantons catholiques. Dans les localités où ils n'avaient pas de mi-

1. c'est par les protestants chassés de France sous Louis XIV, c'est par les Jurieu et les Ancillon, que fut lancé, en 1689, cent ans avant la Révolu* tion française, le premier appel aux Etats généraux.

2. En 1744, le Parlement de Toulouse annule quarante mariages. En 1749, le Parlement de Bordeaux annule trente-deux mariages prolestants, ordonne de brûler en place publique, par la main du bourreau, les actes délivrés par les ministres réformés, et confisque la dot des femmes. Bien plus, à cette époque, on poursuivait les prolestants ainsi mariés comme coupablt» d'immoralité « notoire et scandaleuse »•

LES LIBERTÉS PUBLIQUES i09

nistres à eux, les calvinistes furent tenus de s*adresser, pour leurs mariages, au curé, et non au ministre luthérien. Persécatlons contre les Jansénistes, quiétistes, etc. —

Sous Louis XIV, en 1709, l'abbaye de Port-Royal des Champs, qui ayait été Tasile de Racine, du grand logicien Arnauld, de Pascal, fut envahie par la maréchaussée. Le lieutenant de police d'Argenson assembla les religieuses, les fit monter dans des carrosses, et les dispersa dans des monastères éloignés, quelques-uns de cinquante lieues. Là, on les soumit aux mêmes obsessions que les protestants pour leur faire signer un renoncement à leurs doctrines. On déterra les morts du cimetière de Port-Royal : on jeta les cadavres en tas dans la chapelle, où les chiens vinrent ronger les os. Enfin on rasa Féglise et les bâtiments, et on n'en laissa pas pierre sur pierre. Tant les prétendues doctrines républicaines que la compagnie de Jésus imputait aux jansénistes avaient excité contre eux l'animosité du grand roi ! Un jour, il témoigna naïvement aimer mieux un athée qu'un janséniste.

Sous le règne de Louis XV, les jansénistes, sans subir de nouvelle persécution, restèrent suspects à la royauté.

Mme Guyon, femme d'une piété mystique et exaltée, professait une doctrine qui n'attaquait en rien le dogme, mais qui prêchait « l'extase dans l'amour de Dieu ». Elle publia trente ou quarante volumes sous ces titres singuguliers : « le Moyen court et facile pour l'oraison », u les Torrents spirituels », etc. C'est cette doctrine qu'on appelait le quiétisme, ou le « repos en Dieu ». Mme Guyon fut censurée par une commission ecclésiastique, puis, en 1695, enfermée à la Bastille, d'où elle obtint de sortir pour se rendre dans un couvent. Fénelon entreprit de défendre une partie de ses idées et publia, en 1697, « l'Explication des Maximes des saints, de Mme .Guyon ». U ne fit que renouveler les malheurs de sa protégée, qui fut de nouveau enfermée. Enveloppé dans sa disgrâce^ il fut exilé dans son diocèse, àprement censuré par Bossuet, condamné par le saint-siège, forcé à une rétractation publique.

Un autre mystique, ou plutôt un fou, nommé Simon

Morin, s'en était moins bien tiré. Il croyait être le Messie

et. en 1661, avait notifié son avènement à Louis XIV en lui

jetant dans son carrosse une brochure intitulée : « Avè-

R. Civiu T. u. 7

ilO GIVaiSATION FRANÇAISE

ne ment du Fils de Thomme ». Puis, blâmant les mœurs du prince, il avait annoncé que « si le roi ne se conyertissait pas, il faudrait qu'il mourût et que Dieu agit par son Fils ». Le Parlement s'einpara de l'affaire, affecta de voir en Morin un autre Ravailiac, et, après Tavoir tenu longtemps en prison^ le condamna à être brûlé vif. Le président Lamoi* gnon à ce cruel arrêt ajouta Tironie : « Il n'était pas écrit que le nouveau Messie dût passer par le feu ». A quoi Morin répondit par un verset des psaumes : « Seigneur, tu m'as éprouvé par le feu, mais on n'a pas trouvé en moi d'iniquité ». Il fut exécuté en mars 1663.

Rlg^nenr de la loi relig^ease. — Les catholiques mêmes, s'ils s'exposaient au courroux de l'Église, avaient tout à craindre des lois civiles. Il était interdit aux hôteliers de servir en gras les jours maigres, à peine de trois cents livres d'amende ^. Les ouvriers qui travaillaient le dimanche ou les jours de fête étaient passibles d'une amende de vingt-cinq livres. Les comédiens étaient parfois privés de la sépulture religieuse; or, comme il n'y avait pas d'autres cimetières que ceux que bénissait l'Église, il fallait les enfouir dans quelque coin ignoré, comme il arriva, en 1730, pour Adrienne Lecouvreur, qui fut enterrée sous une borne.

Oonditlon des Juiffi. — Les juifs, si cruellement persécutés au moyen &ge, ne l'étaient plus depuis que le fanatisme s'était tourné contre les protestants. Pourtant, il n'y avait pas si longtemps que Pasquier, un contemporain de Henri IV, leur reprochait d'être ennemis capitaux du christianisme, de pratiquer l'usure et d'empoisonner les fontaines. Il demandait qu'on leur imposât, comme autrefois, de porter un signe infamant sur l'épaule et ajoutait : « n sera toujours meilleur de bannir ce peuple maudit. »

Depuis l'édit de Chaiies VI, les juifs avaient pendant longtemps disparu de France; mais, en 1552, Henri n les avait pris sous la sauvegarde royale. La royauté était

1. L'ordonnance da 1683 condamne à la prisoa toat débitant de yiandeB, Tolailles ou gibier pendant le Carême, et enjoint de visiter les hôtels des grands aussi bien que les hôtelleries. Certaines provinces étaient encore plus intolérantes que le roi : la Fraaohe-Comté par exemple, où dominaient encore les influences espagnoles. Aa xvii* siècle^ le parlement de Besançon condamna à la peine de mort un bourçeois qui avait mangé de la viande le vendredL

cruelle aux protestants parce qu^elle voyait en eux des Français qui se permettaient d'adorer Dieu autrement que le roi : elle voyait dans les juifs uns nation étrangère, qu'il pouvait être utile de protéger. Seulement, encore en 1663) on ne leur accordait Tautorisatioii de séjourner dans les villes que pour sept jours. En 1672, il leur fut permis de s'établir sur certains points, moyennant un droit à payer au roi et au seigneur du lieu.

Dès lors, la population juive forme en France quatre groupes principaux qu'on appelle jrdveries ou nations :

1° Celle d'Avignon, qui est la plus ancienne, car Tédit de Charles VI n'avait pu atteindre les juifs en terre papale, et Froissart constate qu'ils étaient heureux, alors, sous les clefs de saint Pierre. Depuis, leur situation avait empiré : à Avignon comme à Rome, on les réduisait à un quartier spécial appelé guette, La juiverie du Comtat-Venaissin comptait 2000 âmes à Avignon et 1000 à Carpentras.

2o Celle de Bordeaux et Bayonne. Elle était composée de juifs espagnols et portugais qui avaient fui les rigueurs de rinquisition de la péninsule. D'abord ils s'étaient glissés chez nous, sous Henri II, à titre de nouveaux chré'tiens f puis étaient revenus au judaïsme, sans qu'on les inquiétât. Us étaient d'un beau type méridional et plus civilisés que ceux de l'Est. Ils méprisaient ceux-ci, qui étaient originaires d'Allemagne et de Pologne, comme des barbares et des fanatiques ^. L*un d'eux, Jacob Pinto, réfuta les pamphlets de Voltaire contre les juifs ; un autre, Rodrigue Pereire, fut le premier instituteur des sourds et muets; un troisième, Gradis, faillit être en 1789 député aux États généraux. Ils étaient très riches, se livraient au noble métier d'armateurs, trafiquaient dans nos colonies, d'où le Code noir tenta de les éloigner et d'où la jalousie des planteurs les fit exclure en 1776. Ils fondèrent la colonie juive de Paris, qui, en 1701, ne comptait que quatre familles*.

3<> Celle de Metz. En 1718, le Parlement de Metz autorisa

1. Sous Loaifl XV, ils repontBèreat de Bordeaux une immigration de leurs coreliKionnairet d'Alsace et du Comtat, et obtinrent dn duc de Richelieu, fouTemear de la province, lenr expulfiiAo.

S. Ils étaient environ cinq cents à Paris vers la fin dn xviii* siècle. Les

les juifs à résider dans la ville, au nombre d'environ 400 familles, à condition qu'ils habiteraient un quartier à part et n'appelleraient pas de juifs étrangers.

4*^ Celle d'Alsace, qui eut fort à souffrir, à toutes les époques, de la haine des habitants ^.

En 1717, le Conseil souverain d'Alsace renouvelle les interdictions faites aux juifs d'avoir des domestiques chrétiens, leur défend de tenir des cabarets, de trafiquer dans les villes et villages, les dimanches et jours de fête. En Alsace et à Metz, ils payaient une taxe spéciale appelée Leibzoll.

Les juifs de TEst avaient conservé beaucoup de leurs usages asiatiques : ainsi ils tenaient leurs registres et délivraient leurs quittances en langue hébraïque. Le Parlement de Metz, en 1710, le Conseil d'Alsace, en 1735, leur enjoignirent de n'employer, à l'avenir, dans leurs transactions avec les chrétiens, que la langue du pays.

Les juifs étaient considérés comme des étrangers qui auraient conservé leur statut personnel. On autorisait, dans les synagogues, le libre exercice de leur culte, et on reconnaissait à leurs rabbins une certaine juridiction sur les fidèles ^, Les cours et tribunaux de France appliquaient la loi hébraïque dans ses dispositions relatives au divorce ^, et même dans ses particularités les plus bizarres.

On en cite un cas bien singulier. D'après la coutume juive, le frère d'un homme mort sans enfants était tenu d'épouser sa veuve ; s'il s'y refusait, il devait comparaître

Six'Corps leur contestaient le droit d*y faire commerce de draperie et de mercerie: ils obliorent ce droit en 1767, mais en furent de nouveau dépouillés en 1777.

1. Les juifs d'Alsace et de Metz se liTraient surtout au oommeroe des bestiaux; ils étaient orfèyres, bijoutiers, préteurs d'argent. On leur reprochait de s'adonner à l'asure, et, à plusieurs reprises, les cours souveraines essayèrent de restreindre cet abus. En 1*754, à Colmar, un juif fut sacrifié par les tribunaux aux haines aveugles de la populace, victime d'un véritable assassinat juridique.

S, Toutefois la sentence des anciens ou des rabbins ne constituait qu'une décision d'arbitre : elle pouvait être frappée d'appel devant les tribunaux et cours du rui.

3. 11 pouvait arriver qu'un juif se fît baptiser et que sa femme, restée juive, refusât de vivre avec lui : en ce cas, le premier pouvait divorcer et était libre de se remarier. C'est ce que décida, en 1754, l'officialité catholique de Strasbourg.

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à la porte de la ville, s^asseoir sur une pierre, et là, en présence des anciens de la communauté, la belle-sœur dédaignée lui ôtait son soulier et lui crachait au visage. En 1768, dans le ressort du parlement de Bordeaux, une femme juive, nommée Blanche Silva, se présenta devant la cour et exposa qu'elle avait perdu son mari; que son beau-frère, d'Acosta, refusait de l'épouser; que les rabbins l'avaient condamné à subir la punition prévue par la coutume ; qu'il n'avait tenu aucun compte de leur sentence. Si étrange que fût la requête, les juges n'hésitèrent pas à appliquer la loi hébfaïque. Us ordonnèrent que d*Acosta serait contraint, même par la force, à s'exécuter.

A la fin du xviii« siècle, les juifs sont partout. Beaucoup se sont enrichis par le commerce et par la banque ; un juif alsacien. Cerf Béer, est le fournisseur des armées de Louis XV. Ils commençaient à montrer du luxe. L'abbé Expillj écrivait, en 1765, dans son livre sur la population de la France : « On voit avec une peine infinie que des hommes aussi vils, qui n'ont été reçus qu'en qualité d'esclaves, aient des meubles précieux, vivent délicatement, portent de l'or et de l'argent sur leurs habits, se parent, se parfument, apprennent la musique instrumentale et vocale et montent à cheval par pure récréation. » Et pourtant, sur la liste des souscripteurs à son ouvrage, Expilly inscrivait honorablement : « Messieurs les juifs portugais de Bordeaux et Messieurs les juifs portugais de Bayonne ».

Ouvrages a. consulter- — Hatin, ffist. de la presse en France. — Hatin, G. de la Tourette, TA. Renaudot. — Peignot, Essai sur la liberté d'écrire, depuis le xv« siècle. — Clément, La police sous Louis XIV et Bist. de Colbert. — Ravaisson, Les archive-^ de la Bastille. — Funck-Brentaoo, La Bastille d'après ses archives.

— Baudry, Correspondance de Foucault. — Anqnez, jffist. politique des réformé* de France. — Félice, Bist.

des protestants de France. — Weiss, Bist. des réfugiés protestants de France. — Élie Benoît, Bist. de VEdit de Nantes. — E. Piiaux et A. Sabatier, Etudes sur la Révocation.

— Jean Claude, Les plaintes desprotestaJits^rééàitxonE.PaeMx. — Puaux, Epkémériies de Vannée de la Révo-

eaiion. — Douen, Révocation de VEdit de Nantes à Paris. — E. Pelletao, JarousseaUy le pajtteur du désert. — Coquerel, Le» Eglises du désert. — Thirion, Le protestantisme à Metz,

— Haag, La France protestante. — Michel, Louvois et les protestants. — Encyclopédie des scieucesrelii^ieuses, article Refuge.

Sainte-Beuve, Bist. de Port-Royal,

— Guerrier, Madame Guyon. — L. Séché, Les derniers Jansénistes.

Théodore Reinach, Bist. des Israélites depuis leur dispersion jusqu'à nos jours. — L^abbé J. Lehmann, L'entrée des Israélites dans la société française. — Léon Cahn, Les Juifs de Paris ^ 3 vol. — Guyot, Répertoire de jurisprudence^ aux mots Juifs, Mariage^ Divorce,

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