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II. — Les différentes armes

La Maison militaire du roi. •— En tête de toutes les troupes, marchait la Maison militaire du roi. Elle comprenait : 10 les gardes du corps : jusqu'alors ils se recrutaient parmi les fils de bourgeois qui voulaient, en servant dans cette troupe, acquérir la franchise de la taille : loin de demander une prime, ils payaient les capitaines pour se faire enrôler; en 1664, Louis XIV en fit une troupe d'élite, n'y admit que des hommes ayant déjà servi, gentilshommes autant que possible, catholiques nécessairement, et supprima toute vénalité des charges; 2<' les Cent^Suisses, qui dataient de 1496 ^; S^ les gentilshommes à bec de cor6m, que Louis XIII avait supprimés et que Louis XIV rétablit; 4^^ la compagnie des gendarmes de la garde, créée en 1609 '; 5* celle des chevau-légers de la garde, créée en 1593 ; 6° les mousquetaires gris, créés en 1622, et les mousquetaires noirs, en 1660* : ils servaient à la fois à pied et à cheval, avaient à la fois le drapeau et Téteudard, le tambour et la trom-

1. Le roi aimait à distinguer entre eux les régiment» par divers privilèges, afin d'exciter parmi eux l'émulation. Ces privilèges étaient : 1*> des pensions assez fortes accordées, en sus de la solde, à leurs officiers ; 2* le droit de ne point dépendre, pour les délits commis par les soldats, du prévôt général de l'armée, mais d'avoir une justice à eux, un prévôt ou juge, une escouade d'archers, un exécuteur; 3** l'ustensile; en ce cas, le roi fournissait le matériel de campement, cuisine, charroi; 4* longtemps on n'accorda qu'à certains régiments le droit d'avoir un drapeau blanc.

2. Les Gent-Suisses portaient un costume tout à fait antique, tailladé, à crevés.

3. Des quatre compagnies des gardes du corps, la première était écossaise : elle avait été fondée en 1440 et comptait trois cent trente-six ans d'existence .

4. Ces dénominations venaient, non de la couleur de l'uniforme, mais de la couleur des chevaux.

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pette, réclamaient le droit de charger en tête de la cavalerie ou de marcher en tête des colonnes d'assaut; 7® les grencLdiers de la Maison^ constitués en 1676, et combattant également à pied et à cheval; 8*^ les gardes françaises^ troupes d'infanterie, dont Teffectif, depuis Louis XIII, s'élevait à 9000 hommes; 9<^ les gardes suisses, au nombre de 2S00 hommes.

La Maison militaire n'était pas alors ce qu'elle est devenue à la fin du xvin« siècle, une milice de parade. C'était surtout devant l'ennemi qu'elle tenait à ses privilèges, et, même pour des expéditions lointaines, on ne l'épargnait point. C'est la cavalerie de la Maison qui, en 1692, à Steinkerque, assura la victoire un moment compromise. Les gardes françaises se trouvent partout : à Djidjelli (Algérie) en 1664, dans Pile de Candie en 1669, à Senef en 1674, en Alsace avec Turenne, en 1675.

La g^endarmerie. — Après ia Maison du roi, venaient la gendarmerie, que Ton considérait comme l'héritière des premières compagnies d'ordonnance et même de Tancienne chevalerie féodale. Elle doit presque toute son organisation à Louvois. Il n'avait trouvé que la compagnie des gendarmes écossais * qui datait de Charles VII. Il créa successivement huit autres compagnies : les gendarmes d^Orléans, en l'honneur de Monsieur, les gendarmes Dau^ phin, les gendarmes anglais , composés de catholiques des Iles Britanniques, les gendarmes bourguignons, les gendarmes d'Anjou, les gendarmes de Bourgogne, les gendarmes de Berry, les gendarmes de la Reine, plus trois compagnies de ohevaU'légers, celles de la Reine, du Dauphin et de Monsieur,

La Maison du roi, avec la gendarmerie, donnait un effectif d'environ 3500 cavaliers et 12000 fantassins, les premiers du royaume.

La cavalerie de ligne. — Dans l'armée de ligne, le premier rang appartenait à la cavalerie. Le préjugé chevaleresque mettait encore le cavalier au-dessus du fantassin ; la noblesse se portait de préférence dans les troupes à cheval, laissant la piétaille aux roturiers. Un cavalier s'appe-

1. Les gendarmes écossais remontaient à Jean Stuart, tné en 1489 à la bataille de Rouvray, et comptaient trois cent cinquante-quatre ans d'existence.

l'arsiée au xyii« siècle 203

lait un maître. Au moment de l'action, rofficier de cavalerie disait poliment à ses soldats : <c Messieurs les maîtres, veuillez assurer vos chapeaux; nous allons charger. » Louis XIV eut jusqu*à quatre-vingt-dix régiments de cavalerie, avec un effectif de 47 000 chevaux.

Les dragons. — Les dragons se rattachaient alors à rinfanterie. Ce nom de dragons est un sobriquet, un nom de guerre qu'ils se donnaient à eux-mêmes dès le xvi" siècle. Alors on les appelait aussi arquebusiers à cheval; puis, quand le mousquet succéda à Tarquebuse, on les appela mousquetaires à cheval. Montés sur des chevaux de taille moyenne, munis de Parme à feu du fantassin, instruits à combattre à pied et à cheval, on les considérait comme ime infanterie qui pouvait se transporter facilement.

En 1678, Louvois porta à quatorze le nombre de leurs régiments avec un effectif de 10 000 hommes.

Cette prétendue infanterie était un premier progrès de la cavalerie, qui tendait à être moins pesante, plus propre au service de tirailleurs et d'éclaireurs.

Les hussards. — Un second progrès fut indiqué lorsqu*en 1691 se formèrent les premières compagnies de hussards y recrutés de réfugiés hongrois, et qui don-nèrent le premier spécimen d'une véritable cavalerie légère.

L'infanterie de ligne. — Louis XIV eut, en 1678 , soixante régiments d'infanterie *; en 1691, quatre-vingt-dixhuit; en 1714, deux cent quatre-vingts *. En tête de tous, marchaient les six meuœ et les six petits vieiuB^ les plus anciens de l'armée, les régiments aux grands noms historiques : Picardie, Piémont^ Champagne, Navarre, Norman^ diCf etc. Un régiment modèle, celui du Roi, n'arrivait qu'après.

Modifications dans l'armement de la cavalerie. — Le type de la cavalerie, c'était ce que nous appelons la grosse

1. LouTois, pour relever aax yeux de la noblesse le aerrice de rinfanleria, fnt obligé de déclarer qne nul ne serait admis à servir dans las troupes à eheval avant d'avoir servi un certain temps dans l'infanterie,

8. Les régiments étaient alors beancoop trop nombreux pour avoir de bons cadres : une des premières réfonnes, après Louis XIV, fut de ramenw leur nombre à 120.

cavalerie, c'est-a-dire une troupe d'hommes grands et forts, casqués et cuirassés, montés sur de puissants che* vaux, irrésistibles dans les charges, mais à la condition que les armes à feu restent dans Fenfance. Or, comme les balles percent toutes les armures, Louvois enlève les casques *, les brassards, les cuissards, les tassettes, allège les cuirasses. Bientôt, celles-ci disparaîtront de presque toute la cavalerie. A la fin du xvii» siècle, il n'y avait plus qu'un seul régiment cuirassé, mais sans casque. Au lieu de l'épée, qui ne sert qu'à l'escrime, Louvois donne au cavalier sa vraie arme : le sabre. Dans chaque compagnie, il munit deux cavaliers, choisis parmi les meilleurs tireurs, d'une arme à feu perfectionnée, la carabine, à canon rayé et qu'on chargeait avec une baguette de fer. En 1690, Louis XIV, enchanté de cet essai, crée dans chaque régiment une compagnie de carabiniers. En 1693, il réunit ces compagnies et en forme le « régiment royal des carabiniers » *.

Au XVII® siècle et pendant la première moitié du xviii®, la cavalerie ne chargeait guère qu'au trot, presque jamais au galop, pour ménager les chevaux.

L'armement de rinfanterie s le mousquet et la pique. — L'expérience de chaque jour semblait donner raison au préjugé; car la cavalerie, à cette époque, était fort supérieure à l'infanterie. L'armement de celle-ci avait fait peu de progrès. Les soldats étaient toujours divisés en mousquetaires et en piquiers, La pique avait deux fois et demie la hauteur d'un homme. En bataille, les piquiers formaient des rangs serrés et les mousquetaires, après avoir déchargé leur arme, venaient se réfugier sous les piques. Bien que le mousquet eût succédé à l'arquebuse (vers 1622), les armes à feu n'étaient pas encore en état de détrôner l'arme blanche. En 1644, on avait emprunté aux Espagnols la car-

1. Certains corps conservèrent longtemps, sons le chapeao de feutre* one calotte de fer, appelée la. secrète : an casque qu'on n'avouait pas.

t. En 1603, le Royal-Carabiniers comprenait cent compagnies, réparties en cinq brigades, avec un effectif total de 2500 hommes sur le pied de paix et de 4000 sur le pied de guerre. C'était moins un régiment (car les régiments comptaient alors en moyenne cinq cents hommes) qu'un grand eorpSf susceptible d'être un jour partagé en régiments. Les carabiniers portaient la secrète sou» le chapeau; ils n'avaient pas de cuirasso, mais ao simple plastron.

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toticAe .'jusqu'alors le soldat puisait la charge de poudre dans des barils, ou portait, dans de petits étuis suspendus au baudrier, des charges mesurées d'avance. Vers le même temps, on emprunta aux Suédois Idi giberne. Malgré ce double perfectionnement, c'était une longue opération que dé tirer un coup de mousquet : mettre la poudre, puis une bourre, puis la balle, ensuite bourrer avec une baguette en bois; verser de la poudre dans le bassinet; ajuster la mèche au serpentin; battre le briquet pour allumer la mèche; viser et lâcher la détente. Pendant toutes ces manœuvres, quand même le vent et la pluie ne les eussent pas contrariées, le mousquetaire, vingt fois, pouvait être surpris par une charge de cavalerie. La pique de quatorze pieds de long était lourde , encombrante, difficile à manœuvrer, occupait les meilleurs et les plus robustes soldats. Sous une charge de cavalerie, le mousquetaire et le piquier étaient aussi embarrassés l'un que l'autre de leur arme. En tout cas, une troupe d'infanterie ne pouvait se couvrir d'un feu assez rapide et nourri pour décimer la cavalerie, pas plus qu'elle ne pouvait lui opposer une ligne de fer assez continue pour l'arrêter. On sentait si bien cette infériorité que toute troupe d'infanterie emportait avec elle des engins à pointes de fer qu'elle disposait devant elle, et qu'on appelait des chevaux de frise, ou semait le terrain autour d'elle de chausse-trapes.

Le fasil à. pierre. — Vers 1630, se montra en Italie une nouvelle arme à feu : le fusil, ainsi nommé de la pierre de silex (en italien fucile) qui, serrée dans un chien, s'abattait par un ressort sur le bassinet et enflammait la poudre. Louvois, Louis XIV surtout, montrèrent quelque répugnance à adopter l'invention. Après la paix de 1668, on distribua seulement quatre fusils par compagnie aux meilleurs tireurs. Puis, il y eut dans certains régiments toute une compagnie

' ainsi armée. Puis on arma de fusils les troupes d'élite : mousquetaires, grenadiers, dragons. Puis on forma un régiment de fusiliers. Puis, quand on eut vu à Steinkerque,

.. sous le feu meurtrier des fusiliers anglais, nos soldats désespérés jetant piques et mousquets pour tâcher de saisir quelque fusil de l'ennemi, les partisans de la réforme l'emportèrent enfin. La transformation se fit lentement à cause

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de la pénurie du trésor. Vauban essaya d'abord de fabriquer avec de vieux mousquets des fusils-mousquets, ayant à la fois le silex et la mèche. En 1703, enfin, les derniers mousquets disparurent de Tarmée.

La baïonnette à douille. — Le fusil remplaçait le mousquet. Mais par quoi remplacer la pique ? Vauban distribua d'abord des broches en fer qu'on enfonçait dans le canon : mais alors on ne pouvait plus tirer : c'est pourtant avec cette arme imparfaite qu'on gagna, à la baïonnette, les victoires de Neerwinden et de la Marsaill^. £n 1687, Vauban inventa enfin la vraie haionnettef la baïonnette à douille, dont Tanneau embrasse le canon du fusil et ne gêne plus le tir. Dès lors chaque fantassin a en même temps une arme à feu et une arme blanche ; un seul fusilier remplace à la fois un mousquetaire et un piquier ; un soldat fait la besogne de deux; une troupe d'infanterie peut se couvrir, à volonté, ou d'une ligne de feu, ou d'une ligne de fer. Les piques disparurent en même temps que les mousquets (1708) *. ♦

La grenade et les ^enadlers. — La grenade^ petit globe de fer qu'on remplissait de poudre et qu'on jetait à la main dans les rangs ennemis, engin aujourd'hui abandonné, eut au xvii< siècle un grand succès. En 1667, dans chaque compagnie dinfanterie, il y a des grenadiers ayant des grenades dans leurs gibernes. En 1672, les grenadiers sont formés en compagnies. Louis XTV ordonne que trente des régiments d'infanterie auront à leur tête une de ces compagnies. En 1676, comme nous l'avons vu, il dote sa Maison d'un régiment de grenadiers à cheval.

Perfectionnement da tir. — Louvois fit prévaloir de meilleures règles de tir : au lieu d'appuyer le mousquet ou le fusil sur l'estomac, ce qui pouvait blesser l'homme, le recul de ces armes étant alors assez violent, et ce qui

1. De l'andenne prépoAdéraiioa d« ki piquê il snbtlsta, juiqa'à la fin du xTxn* siècle, une trace cnriease : U eolonel, le lientenaatrcolonel et le eapitaine conservèrent comme insigne de leur grade Vesponton^ une pique de sept à huit pieds de long, assurément très encombrante, qu'ils portaient sur l'foaule. Le sergent oonserva nne hallebarde de six pieds et demi. Le nom donné au caporal, antpettadet vient de la lance^iâde ou demi-pique. Les autres officiers portaient le fusil.

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Tenipêchait de bien viser, les officiers durent apprendre aux soldats à mettre en joue *.

Transformation de la tactique. — Le temps n'est plus où cent cavaliers battaient facilement deux cents piétons L'avantage passe décidément du côté de Tinfanterie : Tarme noble est sérieusement menacée par l'arme roturière. Dès le début du xvin* siècle, il y a une tendance dans toute l'Europe à diminuer les effectifs de la cavalerie pour augmenter ceux de Tinfanterie, et à supprimer les cuiraasefi et les casques, désormais impuissants contre des feux mieux nourris. Encore un trait du passé qui s'efface, encore une force nouvelle qui s'élève.

I/artSllerie rattachée à rarmée. — Avant Louvois, l'artillerie ne faisait pas partie de l'armée. Elle dépendait, non du ministre de là guerre, mais du grand maître de Vartilteriey qui faisait trafie des emplois. Les officiers d'artillerie étaient des civils. Leurs titres n'avaient aucun rapport avec les grades militaires : les officiers supérieurs s'appelaient lieutenants généraux, cormnissaires provinciaux, ùomtaiisaires ordinaires et extraordinaires; puis venaient des officiers pointeurs, des maitres canonniers brevetés, des capitaines de charroi, des conducteurs, mireurs, artisans pour le bois et le fer, charpentiers, charrons, tonneliers, scieurs de long, forgerons. L'artillerie n'avait pas de soldats à elle : pour escorter les canons, on en empruntait à l'infanterie.

Dans un siège, les officiers d'artillerie entreprenaient k forfait la construction et le service des batteries. Le roi leur payait, par pièce mise en état de tirer, cent écus pour la batterie ordinaire, quatre cents pour la batterie de brèche. 11 payait en outre, par jour et par pièce, vingt livres pour un canon, seiie pour un mortier. Les officiers, à leur tour, payaient vingt sous par douze heures aux soldats d'infanterie qu'ils embauchaient comme travailleurs et comme servants : ils se partageaient le revenant-^bon ou bénéfice •.

1.' On attribue parfois à Loavois Tintroduetioa de la marche au pas; mais, dès le xn* siècle, quelques troupes d*élite savaient déjà marcher au tambour; quant au pas rythmé et eadeneé, il ne date que du xvin* sièol«.

8. Dans toute ville qui s'était laissé canonner avant de capituler, tous les objets de fer ou de cuivre, à Tezeeption de l'artillerie, depuis les clochas

LouYois, sans supprimer le grand-maître, mit la main sur toutes ses attributions. Des officiers d^artillerie et de leurs subordonnés, il fit des militaires, n créa les troupes d'artillerie. D'abord il forma une compagnie de canonniers pour le service des pièces; puis, en 1671, il assigna au régiment des fusiliers du roi la mission d'escorter les canons; en 4676, il institua deux compagnies de bombardiers. Le nombre de ces troupes augmenta et l'on forma, en 1684, nn second régiment d'artillerie : celui des fusiliers-bombardiers, pour le service spécial des mortiers. A Douai, Metz, Strasbourg, furent établis des arsenaux et des ateliers d'artillerie. A Douai, une compagnie de cadets d^artillerie devint le germe d'une école militaire spéciale. De tous ces détachements, Louvois forma, en 1694, le corps de Royal-artillerie, avec un effectif de 5 000 hommes. L'ancien grand-maitre en fut le colonel, mais Louvois en était le véritable directeur. Le matériel fut perfectionné. Dans les défilés du Roussillon, on essaya les premiers canons de montagne. On fit usage de la bombe, inventée par les Hollandais, du boulet creux, du boulet rouge, des boulets rames, réunis deux à deux par une chaîne. En 1697, saint- REHT, lieutenant du grand-maître, publia un « Mémoire d'artillerie » qui fut traduit dans presque toutes les langues de l'Europe.

Le sénie militaire créé. — Avant Louvois, il n'y avait pas de génie militaire. Les officiers ingénieurs étaient ou des civils ou des officiers d'infanterie. Vauban, en 1667, alors qu'il était déjà chargé des fortifications de Lille, restait capitaine au régiment de Picardie , forcé de demander comme une faveur qu'on le dispensât du service ordinaire de ce corps. A quarante et un ans, il n'était que capitaine, car l'usage n'était pas qu'un ingénieur s'élevât plus haut. Sans hiérarchie, sans rapports entre eux, disséminés dans les régiments, vrais « martyrs de l'infanterie », raillés par leurs camarades, négligés parleurs chefs, qui les regardaient comme des étrangers, exposés aux plus grands périls des sièges et .n'ayant aucune part à l'honneur et aux

des églises jusqu'aux ustensiles de cuisine, appartenaient au grand-maltre. Il les faisait saisir et vendre à son pro&t, à moins que la ville ne compos&t avec lui et ne lui payât le rachat de» eloehet^

récompenses, les officiers ingénieurs étaient profondément découragés.

Louvois divisa les ingénieurs militaires en deux classes : les ordinaires, habituellement employés à la construction des places et recevant, comme tels, des appointements fixes ; les extraordinaires f maintenus dans les régiments d'infanterie, mais appelés, eu cas de besoin, aux travaux du génie et recevant à ce titre une solde supplémentaire. Il fit une révolution en nommant d'emblée Vauban au grade de brigadier, puis, en 1673, de maréchal de camp. Louvois, après la mort de Golbert et de Seignelay, réunit sous sa main toutes les places fortes du royaume et put constituer une Direction générale des fortifications, qui fut confiée à Vauban. Le génie avait maintenant son état-major, mais il n'y avait pas encore de soldats du génie. Vauban eut beau réclamer la création soit de compagnies, soit d'un régiment de sapeurs et de mineurs : les officiers du génie restèrent des officiers sans troupes, empruntant leurs soldats à rinfanterie S

IVouTean système de forliflcatlon. — Louvois et Vauban établirent un plan d'ensemble pour la défense du territoire. Une triple ligne de places fortes couvrit la frontière la plus faible : celle du Nord. Vauban prenait les places, et Vauban les fortifiait d'après des principes nouveaux.

L'art de Vattaque fit, sous ses ordres, de tels progrès qu'il fut possible de déterminer à coup sûr la date des opérations essentielles : ouverture de la tranchée, creusement des trois parallèles, ouverture des batteries de brèches, assaut, à moins que la garnison ne battit la chamade^ c'est-à-dire ne demandât à capituler. Tout cela se déroulait avec autant de régularité qu'une tragédie en cinq actes. Le tir à ricochet des canons, les feux courbes des mortiers, rendaient intenables, pour la garnison d'une ville, les positions les mieux abritées.

L'art de la défense progressa également : on créa les enceintes munies de bastions, de manière à multiplier les feux et à les croiser en tous sens. La muraille de pierre,

1. A l'histoire de rartillerie et da génie se rattache le nom de 1 architecte Blondkl, auquel sa Nouvelle manière de fortifier les places et son Art de *eter les bombes valurent le titre de maréchal de camp.

OU escarpe y cachée sous ua parapet de gazon, rendue invisible par la contrescarpe; un dédale de lignes défendant Taccès des poartea : tels étaient les caractères du système oottveau. Une place construite en rase campagne fût plus redoutable que les forteresses élevées sur les hauteurs. C'est le système des fortifications rasantes opposé à l'ancien système des fortiDcations dominantes ^.

Service ëes posta. — Pour franchir les rivières, an Heu des tonneaux et des outres d'autrefois, on eut les équipages de ponts : les pontons de cuivre, amenés sur des chariots spéciaux, étaient lancés à Feau successivement, et» en quelques instants, unissaient les deux rives.

iBstmetlon. Dépôt de la guerre. — Louvois créa d'abord dans chaque régiment des emplois de cadets, destinés à la jeune noblesse. Le cadet portait le mousquet ou la pique comme un simple soldat, mais il était traité en gentilhomme et recevait une certaine instruction théorique. Puis, en 1682, on réunit ces élèves militaires en des compagnies de cadets, au nombre de neuf, comprenant un effectif de 427f5 jeunes gens, entretenus et soldés aux frais du roi. Le capitaine de la compagnie était en même temps le directeur des études. Il est à noter qu'on n'exigeait pas les preuves de noblesse pour l'admission. En 1685, une mutinerie des cadets de Gharlemont donna des préventions à Louis XIV contre l'institution. Elle ne survécut pas à Louvois : en 1694, on répartit les cadets, comme autrefois, entre les régiments. Cette utile institution des corps de cadets, méconnue en France, fut reprise en Prusse, où elle prospéra. Il n'y eut pas en France, au xvn« siècle, de véritable école militaire.

Louvois avait aussi créé un établissement qui devait rendre jour de grands services à la haute science des armes.

1. Parmi les prédécesseurs de Vauban, il faut citer Errard, de Bar-le- Dao, qui fortifia pour Henri IV les oitadeties d'Amiens, de Doullens, Verdun; le chevalier Deyiu>k, qui travailla pour Louis XITI; le comtiQ 4f Pagan, d'Avignon, qui publia, en 1645, un remarquable Traité de forti^ cation et fut le maître de Vauban. Un émule de Vauban fut Gohorn, surnommé le Vauban hollandais. Il défendit contre nous les places de Belgique et des Pays-Bas, inventa le petit mortier à bombes (1674), et publia non grand ouvrage sur la Nouvelle fortification (1685), traduit plusieurs fois en français.

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En 1688, fut fondé le Dépôt de la guerre, où furent conservés les aetes législatifs militaires, les rapports, les plans des places fartes. L'armée avait maintenant ses archives.

m. L'intendance militaire.

Les mafl^aslns. — Dans l'ancien système de guerre, le soldat, restant souvent des semaines entières sans recevoir une ration de pain, vivait de maraude et ruinait le pays ; mais, un jour de bataille, combien de maraudeurs ne pouvaient rejoindre, et, en cas de retraite, combien étaient massacrés par les paysans furieux! Quant à la cavalerie, elle ne pouvait se mettre en route qu*au printemps, lorsque l'herbe avait poussé. Une campagne d'hiver était impossible dans de telles conditions : dès que commençait la mauvaise saison, les opérations des belligérants étaient suspendues d*un commun accord.

Louvois mit en pratique une idée bien simple : il créa dee magasins. Les commissaires des guerres, qui sont Forigine de notre intendance militaire, furent chargés de pourvoir la troupe de rations de vivres et de fourrages. Dès lors, on pilla un peu moins, on s'écarta moins des rangs; le général eut toujours tout son monde sous la main, et, au grand étonnement des Espagnols, on put fture la guerre même en hiver.

Le eantoiineiiieiit, les easernes. — En temps de paix, le soldat ne fut plus logé dans les villages, où la surveillance des chefe était rendue trop difficile. On ne le cantonna plus que dans les villes, où les officiers louaient pour lui des logis, qui étaient souvent d'infects taudis dans des maisons d'ouvriers. Plus tard, un nouveau progrès fut réalisé, dans l'intérêt de la bonne discipline et de la tranquillité du bourgeois : en 1692, on construisit les premières casernes * ; mais le xvn« et le xviii® siècles s'écoulèrent avant que toutes les troupes fussent casernées.

Les étapes. — Louvois, au sujet des étapes, n'eut qu'à

1. A Paris, celles de Lourcine, de la Pépinière, de la Courtille, de Babjlone, du Roale, de Goarberoie, qai no foreot achevées qae yen 171Ô.

reprendre une idée de Richelieu. Désormais, quand les troupes étaient en marche, elles durent suivre les lignes d'étapes : à chaque étape, elles trouvaient vivres et logements préparés ; dès lors, on put savoir exactement à quel jour tel régiment serait rendu sur tel ou tel point.

Service de santé. — Dans chaque place de guerre, il y eut un hôpital militaire; à la suite des armées, des hôpitaux mobiles pour les malades, des ambulances pour les blessés. Seulement les hôpitaux étaient livrés à des compagnies qui recevaient du roi une somme fixe et réalisaient des bénéfices énormes en économisant sur la nourriture, les médicaments, les honoraires des médecins et chirurgiens. Ceux-ci n'étaient pas nommés au concours, mais achetaient leurs emplois. Si Louvois ne corrigea pas ces abus, il créa un hôpital modèle : THôtel des Invalides.

Les Invalides. — Dans les couvents ouverts aux soldats blessés ou infirmes, moines et ohlaXs militaires vivaient souvent en mauvaise intelligence, et les premiers se débarrassaient volontiers de leurs hôtes moyennant une faible somme. En 1670, Louvois prit une décision digne de la magnificence royale. L'architecte Bru and éleva, en quatre ans, le magnifique Hôtel des Invalides, où les vétérans retrouvèrent l'uniforme et l'organisation militaire, où les drapeaux qui tapissaient l'église leur rappelaient leurs anciennes victoires et où le canon, manœuvré par leurs mains débiles, tonnait en l'honneur des victoires nouvelles. Certes, on eût pu les secourir avec moins de faste et de dépense; mais Louis XIV et Louvois comprirent qu'il fallait frapper les imaginations, relever le vieux soldat de l'ancienne humiliation, lui assurer des honneurs en même temps que des secours.

Pour les officiers nobles qui, malgré leur pauvreté, répugnaient à se faire admettre aux Invalides, on rétablit les anciens ordres de Saint-Lazare et de Notre-Dame du Mont Carmel, réunis en un seul par lettres royales de 1672, et dont Louvois prit l'administration sous le titre modeste de grand-vicaire. Les chevaliers de ces ordres furent entretenus sur les biens et revenus des anciennes fondations. Du reste, la glorieuse hospitalité des Invalides ne tarda pas, même par les plus fiers, à être ©référée à toute autre.

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lY. Milices provinciales et troupes étrangères.

Idée d'an reeratement régulier. — Une création qui annonçait un tout autre système militaire fut celle des milices promnciales. Devant des coalitions de plus en plus formidables, Louvois comprit que les enrôlements yoIodtaires seraient insuffisants pour recruter les armées. Reprenant Tancienne idée de Louis XI (les flranes archers) et de François pi* (les légions provinciales), il résolut de faire appel à ces masses rurales, qui ne connaissaient la guerre que par la pesanteur croissante des impôts, mais que n'atteignait pas le racolement.

Les miliciens. — En 1688, il enjoignit aux intendants de lever dans les paroisses, parmi les gens non mariés de vingt à quarante ans, un ou plusieurs miliciens, D*abord le milicien était élu par les habitants; plus tard, il dut être désigné par le tirage au sort, U était soldé, armé et habillé, mais sans obligation d'uniforme, aux frais des paroisses. Les miliciens étaient commandés par des officiers que le roi choisissait parmi les gentilshommes du pays qui avaient déjà servi. Ils étaient exercés les dimanches et jours de fêtes. Cinquante miliciens formaient une compagnie ; quinze ou vingt compagnies un régiment. On leva ainsi trente régiments, ayant un effectif total de 25 000 hommes. Si les régiments de milices étaient appelés aux frontières, leur entretien passait à la charge du roi : leurs officiers et leurs soldats étaient alors traités comme ceux de Tarmée régulière.

Le milicien était engagé pour deux ans, mais on trouva moyen de le retenir plus longtemps sous les drapeaux. Rentré dans la paroisse, s'il se mariait, il était exempt de la taille pendant deux ans.

Presque toutes ces milices se trouvèrent composées d'abord d'anciens militaires. On put donc les envoyer de suite à l'armée, où ces soldats-laboureurs se conduisirent bravement.

Louvois, encouragé, leva de nouveaux régiments, étendit l'obligation du tirage même aux jeunes hommes mariés, y astreignit des provinces qui d'abord n'y avaient pas été

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obligées, comme les Trois -Évêchés et la Franche-Comté. Mais Paris et les grandes villes en restèrent toujours exempts.

Après Louvois» on assimila les bataillons de milices aux bataillons de ligne; on ne les forma plus en régiments spéciaux; les hommes furent yersés dans les régiments de ligne, où Tesprit nouveau qu'ils apportaient se tronva étouffé.

Pourtant, si Louis XIV put tenir tète à deux grandes coalitions, si ses armées montrèrent tant de dévouement et de ténacité dans la défaite, si elles donnèrent à la mo* Daichie la suprême victoire de Denain, il le dut certainement au renouvellement des vieux régiments de racolés par TaflQux de ces éléments plus sains et plus patriotes que lui fournirent akurs les classes rurales de France. Le paysan français, sous Tuniforme du milicien ou sous celui du soldat, fit son apparition sur les champs de bataille. A Oudenarde, à Ramillies, à Malplaquet, à Denain, on vit cora<^ battre notre première armée vraiment nationale.

Tr«npes étiwatfèpe» an %lfWh siécto. — Les troupes étrangères ont toujours formé, sous Louis XIV, une nota^ ble partie de Farmée.

Parmi les nations qui contribuèrent à son recrutement, tn première ligne, il faut nommer les Suisses. Ils compo^ saient, dans la Maison du roi, le corps des Cent-Suisses et le régiment des gardes suisses; dans Tarmée de ligne, un certain nombre de corps. CSiacun de ces régiments était levé par une eapitukitionf ou traité, avec les cantons suisses. Le canton de Berne, par exemple, lors de la levée du régiment d'Erlach, en 167i, stipulait que ces soldats ne seraient pas employés contre les puissances protestantes, ni contre les puissances alliées à Berne. Chaque régiment suisse conservait en France sa nationahté, la liberté de son culte, su prévôté ou justice particulière. Les Suisses n'étaient pas considérés comme des troupes mercenaires y mais comme des troupes alliées^ que les cantons autorisaient le roi h lever chez eux, depuis Valliance perpétuelle conclue avec François I»»".

2^ Le deuxième contingent était fourni par les Iles britanniques. Depuis Charles VII, une compagnie de gardes du

L*ARHÉE AU XVII« SIÈGLB 2i5

corps écossais f revêtue de l'antéque hoqueton, marchait en tète de la Maison da roi, et une compagnie de gendarmes écossais, en tête de la gendarmerie. Mais, au début du XYii* siècle> celle'^ci oomptait déjà beaucoup de Français; sous Mazarin, des deux lieutenants, un seul était Écossais ; bientôt tous deux furent Français, quoique l'un continuât à s*appeier HetUenant écossai». A la fin du règne de Louis XIY, il n'y avait plus un seul Highlander dans la compagnie; seulement, par respect pour la tradition, ohaque soldat, h, l'appel de son nom, répondait : kamir : c'est une corruption de l'anglais / am hère y qui veut dire présent. Sous Louis XIV, il y avait encore une compagnie de gendarmes anglais., amenée en 1667 par Georges Hamilton, et composée d'Anglais, d'Écossais et d'Irlandais, tous catholiques.

Dans la ligne, Louis XIY eut plusieurs régiments d'infan* terie, de cavalerie et de dragons recrutés d'Anglais, partisans des Stuarts. Plus de vingt^cinq mille Irlandais, à. partir du détrônement de Jacques II, entrèrent au service de France. Ils se donnaient le sobriquet d'oies sauvages. Us formèrent la fameuse « brigade irlandaise ».

30 U y eut de nombreux régiments allemands, savoisiens, (Mémontais, italiens (dont le plus célèbre fut le Royal-Ita^ lien), belges, flamands, liégeois, espagnols, catalans.

4* Les Suédois fournirent, en 1690, le ré^ment de Leisler^ qui ne tarda pas à se recruter d'Allemands et qui prit cependant, au siècle suivant, le nom de Royal-Suédois. Le Royal-Dan&i$ ne subsista que six ans, de 1692 k 1698.

ti^ Il y eut un certain nombre de régiments polonais^ tant infanterie que cavalerie, si bien que Louis XIV nomma un prince Radziwill colonel général des troupes potmaises,

6^ Les Hongrois fournirent les premiers hussards : ce nom vient même du mot hongrois Ausi, qui veut dire vingt, parce que les cavaliers hongrois se levaient k raison d'un pour vingt paysans, ou parce que leur solde était de vingt sous par jour. Les hussards de Louis XIV avaient l'équipement oriental, la tête rasée, sauf une petite touffe de cheveux, une pelisse qui ne couvrait qu'une épaule, les courts étriers, le haut bonnet de fourrure, la schabraque battant les flancs du cheval. Pour la moindre faute, leurs <shefs leur appliquaient la bastonnade.

216 GIYILISÂTION FRANÇAISE

Les troupes da grand roi étaient donc recrutées dans tous les pays de TEurope et présentaient des échantillons de toutes les races. Louis XIY avait donc bien raison, un jour qu'il parlait de Tarmée française, de se reprendre et de dire : « C'est plutôt Tannée de France ».

Résumé de l'œuvre de Louvols. — Louvois a corrigé les abus de la vénalité en modérant les chiffres de vente, en exigeant des officiers qu'ils s'instruisissent, en créant des grades qui ne s'achetaient pas à prix d'argent. Il a corrigé les abus du racolement en prohibant les violences trop caractérisées, en obligeant les officiers à plus de probité.

n a rendu Tarmée plus dépendante du roi en supprimant ou annulant les grandes charges , en organisant le ministère de la guerre, en créant les commissaires des guerres et les inspecteurs généraux, en pliant tous les officiers à l'obéissance, en établissant le vêtement et la solde uniformes, en rendant permanents les noms des régiments.

Il a organisé plus fortement la Maison militaire ; il y a constitué des corps nouveaux. Il a accru les effectifs de la cavalerie et de l'infanterie de ligne. Il a perfectionné l'armement en donnant à la cavalerie le sabre et la carabine, à l'infanterie le fusil à pierre et la baïonnette à douille.

Plusieurs corps nouveaux datent de son administration^ : dans la cavalerie, les dragons, hussards, carabiniers, grenadiers ; dans l'infanterie, les fusiliers, les grenadiers.

Il a donné à l'artillerie un caractère militaire et une hiérarchie ; il a dégagé le corps du génie, jusqu'alors confondu dans l'infanterie, constitué la direction générale des fortifications, favorisé les réformes de Vauban, organisé les équipages de ponts, et introduit l'emploi du mortier à bombes et de quelques projectiles nouveaux.

Il a créé les emplois ou les compagnies de cadets, commencé le Dépôt de la guerre.

Il a organisé des services réguliers d'intendance et de santé, élevé l'hôtel des Invalides.

Il a pressenti un type nouveau d'armée et essayé le tirage au sort à côté du racolement.

Ouvrages a consulter. — Voir «a chaDitre suivant.

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