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La Fère, Metz^ Strasbourg, Auxonne, Douai, Valenco

L'AtMÉE AU XYIII* SIÈCLE 223

ftanchir les ravins et les escarpements et passer partout où passait un cavalier; ils voulaient que, dans toute armée, il y eût trois ou quatre canons par mille hommes, et comp* talent beaucoup sur la rapidité et Tefâcacité du tir. En 1746, le maréchal de Saxe, en dépit du ministre, avait fait fondre des canons sur le modèle des canons suédois, qui étaient plus légers que les nôtres et mieux montés sur leurs affûts. Après lui, la routine reprit son empire. Tant que le parti rouge fut au pouvoir, la France se laissa distancer par r Autriche, surtout par la Prusse de Frédéric II, qui diminuaient les calibres, allégeaient le matériel, multipliaient les pièces et devaient une partie de leurs victoires à la rapidité des manœuvres et des feux de leur airtiklerie.

Après les cruelles leçons de la guerre de Sept ans, Choiseul chargea Gribeauval d'opérer une réforme, et celui-ci fit rendre FOrdonaance de 1765. En 1772, une réaction se produisit, et on revint à Fartillerie « qui né marche pas ».

Saint-Germain , à peine ministre, donna à chiibcaïïtMi ia direction de Tartillerie, qu'il garda de 1777 à 1789. Gribeauval, pendant les deux périodes de son administration, distingua nettement la pièce de siège et celle de campagne. Pour cette dernière, il n'admit que les calibres de 12, & et 4 S raccourcit le canon, rendit Taffùt plus léger. Il fit fondre les pièces sans dme, les forant ensuite à l'intérieur, les tournant à rextérieur, ce qui supprimait la plupart des ornements. Il munit les canons d'un poinjt de mire, d'une hausse, d'une vis de pointage ^ Il inventa une Umettt pour vérifier le diamètre des boulets et une étoile pour vérifier le diamètre de Tàme. Il obtint ainsi, même pour ses pièces de 4, une portée de 800 taises. Avant lui, on conservait I\isage ancien de défoncer les tonneaux de poudre sur te champ de bataille et de puiser la poudre dans des sacs de

1. Atqoard'hui on désigne les eanons par 1« diamètre de l'âme ; on dit : fut canon de tant de millimètres. A cett» époque, on le» désignait par le pcnda Al boulet qu'ils devaient chasser. Un canon de tô eat eriui qni lançait un boulet de 12 liyres.

S'. At«nt lui, on %& servait d'un «oin de bois pour hausser la culasse des eanons.

papier : cela augmentait le danger et ralentissait le tir. Gribeauval fit fabriquer les gargousseSy ou cartouches à bou« let : si bien que, d*un seul coup, on put enfoncer à la fois dans le canon la poudre et le boulet. Il imagina la boîte à balles ^ On avait déjà l'uniformité des calibres; mais les affûts, roues, essieux, timons, variaient suivant Tatelier d'origine : grâce à Gribeauval, toutes les voitures d'artillerie furent construites sur le même modèle : une vis fabriquée à Douai put s'adapter à un écrou fabriqué à Valence.

Bien que le roi de Prusse eût déjà une artillerie à c?ieval, Gribeauval ne put réaliser cette réforme *.

Saint-Germain donna pour la première fois aux charretiers qui conduisaient le matériel de Tarmée des chefs militaires '.

Progrès de la tactique. — On avait enfin une infanterie légère, une cavalerie légère, une artillerie relativement légère. La tactique elle-même allait se transformer. Au xviii^ siècle, il y avait un parti de routiniers qui ne comprenaient d'autre ordre de combat que V ordre profond ; les progressistes faisaient remarquer que Tefficacité nouvelle des feux d'infanterie et d'artiUerie exigeait que, dans certains cas, on pût déployer les troupes en ordre nUncef pour donner moins de prise aux balles et aux boulets, sauf à

1. Avant lui on arrangeait les balles de mitraille en pomme de pin on en grappe de raisin, au moyen de ficelles et de goudron. La boite à balles perfectionnée a donné naissance» en notre siècle» an skrapnel, da nom de l'ingénieur anglais Shrapnell.

2. Il est bon d'indiquer ici combien l'artillerie, pour ses progrès, était redevable aux sciences. Gaulée avait déjà calculé la trajectoire dans le vide, et Toricelli avait trouvé la loi des portées. C'est sur ces principes que Blondel, en 1699, écrivit son Art de jeter les bombeSf et Belidor, en 1731, son Bombardier français. Ni les uns ni les antres n'avaient tenu compte de la résistance de l'air. C'est ce qu'essaya de calculer Newton : il évalua cette résistance au carré de la vitesse. Robims, mathématicien anglais, montra qae la loi de Newton n'était vraie que pour une distance de 1100 pieds : au delà la résistance de l'air s'accroissait dans une proportion beaucoup plus grande. 11 calcula aussi les effets de déviation produits obliquement et proposa, comme remède, de rayer les canons. On lui doit l'invention âupendule baUt" tiquCr qui servit à mesurer la vitesse initiale, d'abord des boulets, puis des balles. En 1742, il publia les Nouveaux principes d'artillerie. Robins oontribua plus que personna à fonder la science de l'artillerie, une science qui tient à la fois de la physique et des mathématiques.

3. Plus tard, en 1800, Bonaparte les enrégimentera, leur donnera l'oni* forme et créera le train des équipages d'artillerie.

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reprendre l'ordre profond quand il s'agissait de lancer des colonnes d'attaque ou d'assaut. Saint-Germain, dans son ordonnance de 1776, donna raison aux progressistes : il prescrivit l'emploi, suivant des circonstances, de Tordre profond et de l'ordre mince; il supprima les manœuvres compliquées qui ne servaient qu'à la parade et jamais dans le combat.

Malgré les leçons que nous avait données Frédéric II, l'armée française éprouvait toujours beaucoup de difficultés à passer du pied de paix au pied de guerre. Cela tenait à ce qu'on ne lui donnait pas les mêmes chefs en temps de paix et en temps de guerre. £n temps de paix, les troupes étaient soumises à l'autorité des gouverneurs de provinces; en temps de guerre, aux généraux nommés par le roi. Ceux-ci ne connaissaient pas encore les soldats et n'en étaient pas connus. Saint-Germain acheva d'annuler les gouverneurs ; même en temps de paix, l'armée fut partagée en divisions militaires j et à la tête de chaque divi-^ sien fut placé le général qui devait la conduire à l'ennemi.

Réforme des Iniralldes. — Avec le temps, des abus s'étaient glissés à l'hôtel des Invalides. Des soldats et des officiers de moins de quarante ans, si peu invalides que le lieutenant de police se plaignait de leurs escapades dans Paris, encombraient l'hôtel. Des gens qui n'avaient jamais servi, portiers de couvents ou palefreniers de grands seigneurs, y avaient été placés par faveur , tandis que de vieux soldats, infirmes ou blessés, restaient sans secours. Saint- Germain chassa les faux invalides et réforma l'administration.

Projjprès da serviee de santé. — Le service de santé militaire existait à peine. Les hôpitaux et ambulances continuaient à être exploités par des compagnies d'entrepreneurs. Dans les régiments fonctionnaient des chirurgiens choisis au hasard, de simples barbiers, maigrement payés par le colonel. Ils n'avaient ni uniforme ni grade qui pût les défendre de « l'outrage du soldat ». Saint- Germain se réserva la nomination des chirurgiens et médecins militaires, fonda des écoles et des amphithéâtres pour leur instruction, exigea d'eux des diplômes, les choisit au concours, leur donna un uniforme, des grades, une hiérar-

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chie. Il fut le Téritable créateur de ce corps de santés qnî, dans les longues guerres de la République et de TËmpire allait rendre de si grands services.

Persistanee de la vénalité. -> Pendant tout le XTin* siè-* de, Tarmée française, au point de vue technique, avait donc fait de sérieux progrès; elle n'en avait fait amcun au point de vue social.

La vénalité des grades subsistait, et, malgré toutes les réformes, les soldats continuaient à être exploités par les capitaines et les colonels-propriétaires. Pour satisfaire les ambitions de la noblesse, on avait démesurément multiplié les grades : il y avait 60 000 officiers pour une armée de 170 000 hommes. Un régiment de cavalerie comptait 142 officiers ou sons-offîciers et 482 soldats. Le nombre des lieutenants-généraux, maréchaux de camp, colonels, lieutenants-colonels, était hors de toute proportion.

AggravatHm do préjugé Bacillaire s les édita de fWSy 1 781 et IVSS. — Au temps dé Louis XIII et de Louis XIV, onavait pu voir des roturiers, les Fabert, les Catinat, devenu maréchaux de France. Sous Louis XV encore, un Gbevert avait été lieutenant général. L*édit de 1750, rendu sous le. ministère d*Argenson, s'inspire d'idées libérales. Son.préam-* bul« constate que les exemples de zèle et de courage donnés par la noblesse ont été c< dignement suivis par cetix qui n'avaient pas les mêmes avantages du côté de la naissance )>. Aussi non seulement le roi leur a déjà accordé des grades et d^s honneurs; mais, «f pour encourager tout le monde à bien servir TÉtat, le roi a pensé qu'il serait bon et juste d'anoblir ceux qui se seraient particulièrement distingués dans le service ». L'ancienne noblesse, ajoute redit, n*a pas le droit de se plaindre de cett» mesure, elle « qui doit sa première origine à la gloire des armes ». Si les successeurs immédiats de d'Argenson furent moins libéraux, aucun d'eux ne songea à exclure' les roturiers du grade d-officier.

Chose singulière, c'est sous Louis XVI, c*est à la veille de la Révolution que le préjugé nobiliaire devient le plus âpre. En 1779, un édit concernant le corps royal d'artillerie exige que tout candidat au grade d'officier soit né nebU : remarquons qu'on ne demande encore qu'un seul degré d6

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nt>blesse, que cette qualité n'a besoin d'être prouvée que par un certificat de quatre gentilshommes et de Fintendant de la province, et qu'enfin quiconque est fils, petit-fils oo fipère d'officier d'artillerie est dispensé de cette preuve. Bientôt les nobles trouvent qne ce n*est pas assez : des roturiers de mérite obtiennent trop aisément le certificat. Le règlement de 1781, rendu sous le ministère du comte de Ségur, vient fermer les portes laissées ouvertes. Il étend là mesure, en Taggravant, à tous les régiments. On exige maintenant quatre degrés, c'est-à-dire quatre générations de noblesse, non compris celle du postulant : ce qui suppose un siècle et demi de gentilhommerie. Désormais, il faut faire ses preuves devant le généalogiste de la couronne, Chérin. L'édit de 17TO confirme ces dispositions : 0 n'admet d'exception qu^en faveur des fils de capitaines titulaires qui ont obtenu la croix de Saint-Louis ou qui ont été tués à la guerre.

L'acte de 1781 produisit un effet énorme sur l'armée et ropinion. Par lui, dit une brochure de i789, le tiers état est dépouillé « du droit antique et si bien mérité de servir dans les armées ». Venant après le règlement sur lei coups de plat de sabre, il achève de désaffectionner l'armée el prépare les défections militaires de 4789. C'est alors qiie les Jourdan , les Kléber, les Joubert, quittent Tarmée française pour le service à l'étranger ou pour les carrières civiles. Les Marceau, les Ney, les Augereau, les Championnet, les Eblé, semblent condamnés à végéter éternellement dans la classe des sous-offîciers.

Ainsi les édits sur la noblesse excluent de l'armée les roturiers, et la vénalité des charges en exclut les nobles pauvres. Rien d'étonnant si les états-majors sont médioeremettt composés *.

Le racolement au XVm* siècle. — Les hommes étaient ordinairement attirés dans des lieux suspects, enjôlés, grisés, forcés de signer leur engagement, ensuite gardés

1 . Chsinfort raconte, à propos de Tédît de 1779; que l'abbé Bossut, ezai^ ■limCectr poar les mathématiqties, était obligé de reftner la plupart des can- Aâaf9 gentilshommes, à cause de leur défaut de fcience, tandis que Chérifl Mfiisait les candidats roturiers, èc cause de leur défaut de noblesse. « Q n'y en eut que quatre ou cinq qui remplireût Im detrs condition*. »

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comme prisonniers dans des repaires appelés fours, Ghoi* seul et Saint-Germain avaient interdit les abus les pluscriants ; mais les plus honnêtes des racoleurs se permettaient mille mensonges. « Mes amis, disaient-ils, rentrée,, le rôti, la salade,, voilà l'ordinaire du régiment : je ne vous trompe pas : le pâté et le vin d'Arbois sont l'extraordinaire. » D'autres promettaient un service très doux et le bal plusieurs fois par semaine. Arrivé au régiment, la recrue trouvait du pain de son, un grabat pour trois, un uniforme misérable, un service rigoureux, une discipline inflexible, nul espoir d^avancement.

L.e tirage de la milice. — L'autre mode de recrutement, c'était le tirage au sort pour la milice. Le tirage au sort est équitable lorsqu'il fait peser également sur tous l'impôt du sang; or, on en exemptait alors, non seulement les nobles, les ecclésiastiques, les bourgeois vivant noblement, les gros marchands, les employés de tout grade, mais les domestiques, jardiniers, gardes- chasse , laquais des privilégiés. Pour mieux dire, l'intendant ou son subdélégué en exemptait qui bon lui semblait. Gomme on n'osait faire tirer au sort le peuple de Paris et des grandes villes, cette charge tombait presque uniquement sur les campagnes. Aussi le paysan cherchait-il à s'y dérober par tous les moyens possibles. Dans tel canton qui a vu se lever en i792, à l'appel de la patrie, de cinquante à cent volontaires, les garçons se coupaient le pouce pour échapper au tirage. Jusqu'au moment où Saint-Germain décida qu'il n'y aurait plus, jusqu'à nouvel ordre, de tirage au sort, on ne voyait que réfractaires se sauvant dans les bois, cavaliers de la maréchaussée lancés à leur poursuite. Comme la fuite d'un homme augmentait pour tous les autres les risques du tirage, les paysans eux-mêmes cherchaient à rattraper les fugitifs K

Désertions. — Ainsi les deux modes employés encore

1. « Chaque tirage au sort, raconte Turgot, donnait le signal dei plus grands désordres et d'une sorte de guerre civile entre les paysans, les ans se réfugiant dans les bois, les autres les poursuivant à main armée. Les meurtres, les procédures criminelles se multipliaient et la dépopulatioa en était la suite. Lorsqu'il était question, d'assembler les bataillons, il fallait que les syndics des villagea fissent amener leurs miliciens escortés par la marér ehauBsée et surtout garrottés. »

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aujourd'hui pour le recrutement de Tarmée, renrôlement volontaire et le tirage au sort, étaient si maladroitement mis en œuvre qu'ils donnaient des résultats également désastreux : ou vagabonds des grandes villes, ou paysans les plus misérables , ceux-là furieux des tromperies dont ils; avaient été victimes, ceux-ci indignés de la violence et derinjustice qu'on leur faisait. L'armée, au lieu d'être l'image de la nation, en était le rebut. Comment s'étonner qu'il y eût par an 4000 désertions * ?

Troopes étrangères an XVIH* siècle* — Sous Louis XV, aux régiments suisses permanents qu'avait légués le XVII" siècle s'en ajoutèrent de nouveaux.

En 1789, au moment de la Révolution, outre les Suisses de la maison du roi, il y avait au service de France onze régiments d'infanterie suisse : c'étaient ceux d'Ërnest, Salis- Samade, Sonnenberg, Gastella, Vigier, Lullin-Chàteauvieux, Diesbach, Gourten, Salis-Grison, Steiner, Reinach. Les Suisses de la garde seront, dans la journée du 10 août 1792» les plus dévoués et les derniers défenseurs de la monarchie.

Les traités avec les nombreux petits princes allemands, taïques ou ecclésiastiques, qui occupaient la rive gauche du Rhin, donnaient aux racoleurs du roi entrée dans leurs États : le Rhin était donc devenu, sinon la frontière politique, du moins la frontière militaire de la France. On recrutait même au delà du Rhin. D'Argenson écrivait en 1741 : « Les Allemands et surtout ceux du nord ont mieux conservé aujourd'hui le véritable esprit de la guerre. Nous tirons de leur pays des hommes et des chevaux plus robustes que les nôtres. Les hommes ont un flegme qui fixe le feu follet des Français. » Dans toute famille pauvre et noble d'Allemagne, s'il y avait trois fils, Tusage était que l'un s'engageât au service de l'Empereur, l'autre au service du roi de Prusse, le troisième au service du roi de France. L'Allemagne fournissait non seulement des soU

1. Aa XVII* siècle, le déserteur avait le nez et les oreilles coupés, et était marqué d'une fleur de lya sus les joues. L'ordonnance de 1666 ne reconnaît qu'une peine : la pendaison. On n'osait trop l'appliquer au xviii* siècle. Sedaine émouvait tous les cœurs avec sa pièce du Déserteur. Saint-Oermain, en 1775, établit la peine de»- travaux forcés. .

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dats et des officiers, mais des généraux : deux maréchaux de France, Maurice de Saxe» le vainqueur de Fontenoy, et Lowendal, qui prit Derg-op-Zoom, sont Allemands.

L'infanterie allemande, en 1789, comprenait huit régiments : ceux d'Alsace , Salm-Salm , la Marck , Royal- Suédois (qui n'avait plus de suédois que le nom)» Royal- Hesse-Darmstadt, Nassau, Bouillon, Royal-Deox-Ponts.

Dans la cavalerie figurait le Royal-Allemand, mais il n'était presque plus composé que de Français.

A la fin du siècle, à la suite des réclamations de l'empereur d'Allemagne, qui ne voulait plus qu'on recrutât sur les terres de l'Empire, le roi autorisa les racoleurs à enrôler des sujets français dans les Trois-Évéchés, l'Alsace et la Lorraine.

On avait peine aussi à recruter les régiments d'origine britannique, car il n'y avait plus d'Anglais stuartistes et rémigration irlandaise se ralentissait. La compagnie écossaise, les gendarmes écossais et anglais, n'étaient plus ni écossais , ni anglais. Dans l'armée de ligne, Louis XV eut encore six régiments irlandais. Pour en assurer le recrutement, il rendit en 1744 une (ordonnance enjoignant aux Anglais, Écossais et Irlandais qui vivaient en France et n'avaient aucun emploi, de prendre du service. En 1789, les trois, régiments encore appelés irlandais étaient recrutés principalement parmi les Français de Picardie, d'Artois et de Flandre. C'étaient les régiments de Dillon, Berwick et Walsh.

Des régiments belges OQ liégeois, un seul, le Royal- Liégeois, subsistait en 4789. Le Royal-Italien et le Royal- Ck)rse maintenaient encore le souvenir des contingents italiens. Des régiments dits hongrois subsistaient encore les hussards de Bercheny et d'Esterhazy : ils ne se recrutaient plus uniquement de Hongrois, mais de quelques Allemands, Polonais o>!i Turcs, et surtout de Français. Seulement , pour maintenir la tradition , on apprenait aux hommes à jurer en hongrois. Il en était de même du Royal-Cravate (ou Croate), du Royal-Polonais, du Royal- Étranger, qui, depuis longtemps, ne renfermaient plu& m Croates, ni Polonais, ni autres éléments exotiques.

Ce sont donc, souvent, des sujets du roi qui servent an

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fitre étranger, sous l*uniforme étranger, ne se distinguant des autres Français que parce qu'ils touchent «ne solde beaucoup plus forte que les soldats des régiments ftançais. Il y avait encore des régiments étrangers d'infanterie : il n'y en avait plus de cavalerie.

Les régiments suisses étaient presque seuls à se recruter h peu près exclusivement hors de France. Ils coûtaient cher et l'on calculait qu'avec leur solde on aurait pu entretenir 100 000 hommes de légions provinciales; mais leur présence souk nos drajpeaux entretenait l'amitié avec les cantons et nous assurait les avantages stratégiques de cette alliance.

Les éléments étrangers jetaient une certaine variété dans les uniformes de Tarmée française. L'uniforme des Suisses était rouge, celui des Irlandais garance et bleu, celui des Allemands bleu, celui des Italiens brun noisette, etc. *.

Im réforme de rsrmée ne peut nTaevompIfr qme par ime réforme sociale. — En dehors du racolement, du tirage pour la milice, des levées faites à l'étranger, le mao'échal de Saxe, dans ses Bêo^ries^ avait bien entrevu un système de recrutement, en vertu duquel tous les citoyens, nobles ou roturiers, riches ou pauvres, seraient tenus au même service envers le prince et la patrie. Ce rêve ne devait être réalisé qu'après une révolution» sociale. Personne alors ne pouvait y songer *. Saint-Germain, ce ministre si patriote, se résigne à un mal qu'il juge irrémédiable '.

1. On avait formé une brigade de nègres de la Quinée, du Congo, de» dÎYerses colonies européennes. Un certain Jean Hitron, qtii se disait fils d'na roi d'Afriqpie, y devint même sous-brigadier. Les réelamatlons des colonies françaises, qui s'inquiétaient de voir des armes aux mains des noirs, firent licencier ce corps.

2. « Il y aurait de la cruauté, écrivait alors aa intendant, de soumettre fc la milice ceux qu'un peu d'aisance, une éducation plus relevée, un état honnête, ont tirés de la classe des hommes qoi fOTxrnit eomtamment le soldat; il est évident qu'on réduirait au désespoir un négociant, un marefaand, on médecin, en les forgent à vivre en chambrée, à eoucher trois è trois dans un lit de caserne, et qu'on en ferait en même temps des hommes bien malheuretrx et de bien mauva» soldats. »

3. « Il serait à souhaiter sans doute, écrit-il, que Ton pût former les années d'hommes sArs, bien choisis et de la meilleure espèce ; mais, pour fbrmer une armée, il ne faut pas détruire une nation, et ce serait la détruire que d'en enlever ce qu'elle a de meilleur. Dans l'état actne! des choses, les

Rigaeup de la discipline K — On a fait un crîme êb Saint-Germain d'avoir, à Timitation des armées prussiennes, introduit Fusage des coups de plat de sabre. La vérité, c'est qu'avant lui, comme après lui, il n'y avait pas de mauvais traitement que le soldat n'eût à subir.

Les anciennes ordonnances punissaient des baguettes, des verges, du fouet, les hommes qui avaient commis certains délits. Gomme ces châtiments étaient réputés avihssants, souvent on réhabilitait le soldat en lui touchant la tête avec les drapeaux du régiment. Le maréchal de Broglie autorisait les coups de bâton; Rochambeau proposait de donner aux sous-officiers une forte épée d'acier dont les coups eussent été sensibles, mais n'eussent pas déshonoré. Les officiers n'y regardaient pas de si près ^. Saint-Germain n'introduisit donc pas les châtiments corporels, mais il prétendit en réglementer Tiisage. Seulement il faisait appliquer les coups de plat de sabre aussi bien dans les cas sans gravité que dans les cas très graves» De vives résistances se produisirent : un sous-officier se tua pour ne pas frapper son camarade. On accusa Saint-Germain de déshonorer à la fois le soldat et le sabre.

Ainsi, l'armée française a reflété les divisions sociales de la nation et en a souffert comme elle ^ ; le drapeau blanc aux fleurs de lys d'or n'a jamais conduit à la gloire une armée de citoyens, tous égaux comme aujourd'hui, sans autre distinction que celle des grades accordés au mérite.

«rmées ne peuvent guèr^ être composées qne de la bourbe des nations et de tout oe qui est inutile à la société. C'est ensuite à la discipline miUtaire à épurer cette masse corrompue, à la pétrir et k la rendre utile. »

1. Il existait un code militaire composé en 1651 par M. de Sparre.

2. « La discipline militaire, raconte Morean de Jonnès, consistait à battr* les soldats à coups de canne, de courroie, de plat de sabre, de baguettet de fusil, de verges d'osier, on clandestinement avec la savate, et ces châtiments tuaient aussi sûrement et avec bien plus d'atrocité que le gibet. J'ai vu sur le rempart de Rennes, derrière les Carmes, le vicomte de Mirabean, colonel du régiment de Touraine, frère du grand orateur, présider liii-mème au supplice des militaires qu'il faisait passer par les verges. Il les suivait pas à pas, pour s'assurer de leurs effroyables souffrances, et criait aux soldats : « Frappez forti » donnant des coups de plat de sabre à ceux dont le cœur faiblissait dans ces barbares exécutions. »

3. « La misère du soldat est si grande, disait encore Saint-Germain, qu'elle fait saigner le cœur. Il passe ses jours dans un état abject et méprisé. Il fit comme un chien enchaîné qu'on destine au combat, a

l'armée -au XVIII® SIÈCLE

C'est de cet état que la Révolution allait tirer le soldat français, pour en faire son champion, enthousiaste comme les vieux Gaulois, discipliné comme les légionnaires romains, noble comme les anciens chevaliers, homme libre sous l'uniforme, considérant son service de soldat comme une fonction civique. Toutefois, si la Révolution avait à donner à l'armée Tàme qui lui manquait, la plupart des progrès techniques, organisation des corps, hiérarchie militaire, armement, artillerie, intendance, ont été réalisés sous l'ancien régime. Quand l'armée créée par Louvois eut achevé de se désorganiser pendant la guerre de Sept ans, commença à se former une armée nouvelle, celle qui devait ouvrir ses cadres aux héros des guerres de la Révolution et de l'Empire.

Ouvrages a consulter. — Daniel, Hist. de la milice française jusqu'à la fin du règne de Louis le Grand (1721). — Quincy, Bist. militaire de Louis le Grand. — Mouillard, Les régiments sous Louis X2V. — Général Pajol, Les guerres de Louis XV.

— Roussel» JJist. de Louvoie. — Bourelly. Le maréchal de Fabert. — Carnot. Eloge de Vauban. — Mention, Le comte de Saint- Germain et ses réformes. — Dussieux, L'armée en France. — A. Pascal, Hist. de Varmée et de tous les régiments. — Duc d'Aumale, Les institutions militaires.

— Boutaric» Institutions militaires de la France. — A. Babeau, La vie militaire sous f ancien régime. — Paul Lehugueur, Hist. de l'armée française. — Ch. Koma^ny, Bist. générale de l'armée nationale. — Hardy,

Hist. de la tactique française. — Géné^ rai Susane, Hist. de Vartilleine fran çaisc; Hist. de la cavalerie française ; Hist. de l'infanterie française. — NolaD,iJt«^. et tactique de la cavalerie-

— Jacques Gébelin, Hist. des milices promnctate*.— Général Thottmas.GWbeauval. — Napoléon III (continué p^r Favé), Etude sur le passé et Vavenir de l'artillerie. — Delattre, Hist. de la gendarmerie française.

— Prévost de Vernon, Le la fortifi* cation depuis Vauban. — Fieffé, Hist. des troupes étrangères au service de France. — Zurlauben, Hist.

militaire des Suisses au service de la France. — Marbot, Uniformes de l'armée française (ouvrage à planches). , \

Musée a visiter : le Musée d'artillerie aux Invalides.

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