‹ Histoire de la civilisation françaiseChapitre 38 sur 135 · I. La Marine · texte numérisé non relu

I. La Marine

La marine avant Colbert. — Sous Louis XIII, le cardinal de RICHELIEU avait déjà tenté un grand effort : il avait

équipé, sur TOcéan, 56 vaisseaux, et, sur la Méditerranée, 26 galères. Il avait fait construire des navires prodigieux pour répoque, comme le Grand-Saint-Louis, qui portait 46 canons et 300 hommes, comme la Couronne, qui portait 72 canons et 500 honimes, et qui avait 66 mètres de long.

Il avait essayé un système d'inscription pour l'enrôlement des matelots, créé des écoles de pilotes dans les ports, institué le régiment royal des vaisseaitx et deux compagnies de canonniers de marine, creusé le port de Brouage» commencé ceux de Brest et de Toulon, établi des arsenatix, encouragé la colonisation.

mâzârin laissa périr la marine naissante. Le budget de la flotte, qui s'était élevé à 3 millions en 1643, tomba à 300 000 livres. A partir de 1661, de Lionne dut faire construire 12 nouveaux vaisseaux, en [acheta 32 à la Hollande; appela en France des constructeurs hollandais et des cordiers de Hambourg, établit une fonderie de canons à Amsterdam. Ainsi la marine de France ne subsistait que par le secours de l'étranger.

Le ministère de la marine: Colbert et ses successeurs. — C'est alors que colbert se mit à l'œuvre. Louis XIV lui dut sa flotte comme à Louvois son armée. La marine dé*

LA MAUINE 235

pendait alors des Affaires étrangères : Golbert, en 1663, Tacheta à de Lionne; mais, jusqu'en 1669, n'étant pas encore secrétaire d'État de la marine, il dut soumettre ses décisions à la signature de de Lionne.

Golbert entendait ne plus être tributaire de l'étranger. Par l'ordonnance de 1669 sur les forêts, il protégea les bois qui pouvaient servir à la marine et qu'il fallait auparavant demander à la Suède ; il fit planter des pins dans les Landes et dans la Provence, afin d'avoir du goudron indigène; nos maitres de la hochet ou charpentiers, devinrent assez habiles pour se passer des leçons des Hollandais. Dès 1677, la France comptait environ 300 navires de tout rang : le budget de la Hotte était remonté à 13 millions.

A sa mort, en 1683, Golbert eut un digne successeur dans son fils, le marquis de seignbl^t (1683-1690). Même après la défaite de la Hougue» en 1692, Tourville commandait encore une flotte de 98 vaisseaux de ligne, portant 5000 canons. Pourtant la décadence avait déjà commencé, et c'est à un ordre absurde des bureaux de la Marine qu'on fut redevable de cette défaite, loïïis Pbehppeaux de ponchar- TRAIN (1690-1699) et son fils jébohe (1699-1715), qui se succédèrent au ministère, laissèrent dépérir la flotte. Les désastres de la succession d'Espagne et l'extrême pénurie du trésor y furent pour beaucoup. On renonça à la guerre d*escadre, et le pavillon du roi ne fut plus arboré que par les corsaires. En 1706, Louis XIV fit savoir qu'il mettait à la disposition des armateurs ses vaisseaux, ses arsenaux, ses munitions. En retour, il se réservait le cinquième de toutes les prises.

Dans les premières années du règne de Louis XV, un des sacrifices faits à l'alliance anglaise, ce fut l'abandon de la marine. Sous le ministère de maurepas (1723-1749), notamment pendant la guerre de la succession d'Autriche, on remit sur pied quelques escadres; on fonda une école de construction navale ; on supprima les galères, rouillé (1749-1754) fonda une Académie royade, ou école de marinCy à Brest, et projeta de construire 80 vaisseaux, machault (1754-1757) réalisa une partie de ces plans. Il quitta le ministère au moment où la Galissonnière remportait sur Tamiral anglais Bjng l'unique victoire navale de la guerre

de Sept ans. Les défaites suivirent. Le mimstre berrter (1758-1761) en profita pour déclarer que la France ne pouvait sur mer tenir tète à l'Angleterre : il vendit aux particuliers les vaisseaux de TÉtat et tout le matériel des arsenaux. C'était une seconde b'quidation de la marine royale.

Contre une administration aussi déshonorante, l'opinion publique se souleva. Deux ministres plus capables, choiseul (1761-66) et son cousin ghoiseul-praslin (lT6i-70), se succédèrent. En 1761 , à la place des vaisseaux vendus par Berryer, ce fut la France elle-même qui refit au roi une marine ^

Les Choiseul tombèrent et le mouvement se ralentit. Heureusement, le successeur de Louis XV avait la passion des choses de la marine ; le plaisir de Louis XVI était de dessiner des cartes, de suivre nos explorateurs sur les mers; c'est lui qui rédigea les instructions pour le voyage de La Peyrouse en Océanie. Un instant turgot fut chargé de la marine (1774). Puis le lieutenant général de police, sab- TIKE, s'en improvisa ministre (1774-1781). Il hâta l'achèvement des vaisseaux sur chantier, en construisit de nouveaux, commença les travaux de Cherbourg, appela au service de mer les officiers les plus distingués. U mit sur pied les flottes magnifiques qui portèrent en Amérique l'armée libératrice et qui, avec d'Orvilliers, d'Estaing, de Grasse, le bailli de Suffren, tinrent tête aux Anglais sur toutes les mers.

Le ministère de M. de castht^ (1781-87) semble n*avoir pas été inactif, car, au moment de la Révolution, notre flotte comptait trois vaisseaux de 118 canons, cinq de 110, dix de 80, cinquante -quatre de 74 : ensemble 72 vaisseaux à flot, 9 en construction, et 67 frégates. Au total, 261 bâtiments de tout ordre, portant 8632 bouches à feu et pouvant être montés par 70 000 hommes.

1. Les Etats de Lanfruedoc donnèrent les fonds nécessaires pour censtmire un vaisseau de 80 canons, le Languedoc; les États de Bourgogne offrirent la Bourgogne, de 74 canons; les Etats de Flandre donnèrent le Flamand; ceux d'Artois, V Artésienne; le parlement et la province de Guyenne, le Bordelais; la Chambre de commerce de Marseille, le Marseillais; les six grandes corporations de Paris, les Six-Corps; les Parisiens, la Ville de Paris ; la ferme des postes, le Diligent, etc. La France épuisée m relevait pour urotester contre l'abandon des mers.

Page 1