LA MARINE 24S
officiers-matelots, qui étaient roturiers, servaient dans les grades inférieurs.
La charge de gj^and amiral, supprimée par Richelieu, rétablie par Colbert, fut conférée presque toujours à des enfants, à des princes du sang royal, comme le comte de Vermandois, le comte de Toulouse, fils légitimés de Louis XIV, et plus tard au duc de Penthièvre, fils du comte de Toulouse. Elle ne donnait aucune autorité sur la marine proprement dite : le grand amiral n'avait d'autre attribution que de nommer les juges des tribunaux d'amirauté. Le surintendant général de la navigation^ c'est-à-dire le ministre, disposait entièrement du personnel.
Les hauts grades, dans la marine, étaient ceux de lieute" nant de vaisseau, capitaine de corvette, capitaine de frégate, capitaine de vaisseau. Au-dessus, les chefs d'escadre^, puis les lieutenants généraux, puis les vice-amiraux. Il n'y avait alors ni amiraux, ni contre-amiraux. Quand le roi voulait accorder un honneur plus grand à un vice-amiral, il le nommait maréchal de France : ainsi d'Estrées en 1681, Tourville après la bataille de la Hougue.
Malheureusement, les divisions sociales se retrouvaient à bord de ces puissantes flottes. Les officiers rouges , c'est-àdire les nobles du corps royal de la marine, méprisaient les officiers bleus ou roturiers : des duels fréquents avaient lieu dans les ports.
Les matelots étaient plus durement traités que les soldats : les châtiments les plus ordinaires étaient les coups de corde et le supplice de la cale, qui consistait à précipiter le condamné du haut des vergues dans la mer, à le faire passer sous le vaisseau, et à le retirer à demi mort pour le précipiter encore.
KO Le» corsaires. — Nous avons vu qu'en dehors de la marine royale, il y avait les corsaires, munis de lettres de marque.
Si les plus célèbres chefs de la marine royale furent Duquesne , Tourville , D'Estrées, Château - Renauld , de Pointis, les plus fameux corsaires du xvn« siècle furent
1. La flotte était répartie en six escadres : Picardie, Normandie, Poitoa, Guyenne, Languedoc, Provence; mais le nombre des chefs d'escadre pott*. Tait être supérieur.
t4û CIVILISATION ;FRANÇAISB
Jean Bart, Forbiu, Ducasse, Duguay-Trouin, Saint-Pol, Ga»sard. Les marins normands, bretons, gascons, basques» provençaux, répandirent la terreur sur les mers. Dunkerque seul arma à la fois 792 navires. Saint-Malo fut un autre nid de corsaires. Pendant la guerre de la ligue d'Augsbourg, les Anglais perdirent 4,200 navires : les compagnies d'assurance furent ruinées : les banqueroutes se multiplièrent à Londres. Seignelay et Louvois s'associèrent avec les cou- ^urs de mer : le premier, dans une seule campagne, eut t)ur sa part un million. Des compagnies par actions se formèrent en France pour équiper des corsaires et partager les bénéfices de la course.
Osfloiimaiices sur la marine. — Le XYH^ siècle nous a légué deux grandes ordonnances sur la nlarine. L'une de Golbert, d'août 1681, concernant surtout la marine mar^ cfaande; l'autre de Seignelay, d'avril 1689, sur la marine militaire.
La première traite de l'amiral, des amirautés et des autres justices maritimes ; des obligations et droits des capitaine, maître ou patron, aumônier, écrivain, pilote, contremaître ou nocber, chirurgien, matelots, charpentiers et calfateurs, etc.; des contrats maritimes, assurances, avaries, prises, naufrages, bris, échouements; de la police des ports, côtes, rades, pêche et pêcheries.
La seconde détermine la hiérarchie militaire et les devoirs des capitaines sur les bâtiments de guerre. Elle établit une discipline sévère et décrète la peine de mort contre les matelots ou soldats qui se révolteront ou lèveront la main sur leurs officiers. Elle fait des pratiques de la rehgion catholique une obligation professionnelle : l'homme qui aura manqué une seule fois, sans cause légitime, d'assister à la messe, au catéchisme ou à la prière, sera puni de coups de corde.
Beaucoup de dispositions de ces deux ordonnances so sont maintenues dans la législation actuelle.