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CHAPITRE XIV

l'instruction publique

L Les petites écoles.

Sous rancien régime on pouvait distinguer, comme aujourd'hui, trois ordres d'enseignement : 1° le primaire, qui se donnait dans les petites écoles; 2^ le secondaire, dans les collèges; 3® le supérieur, dans les universités. Il y avait de plus, en dehors de cette hiérarchie, }es grands établissements scientifiques et les écoles spéciales.

L'enseignemeiit primaire et la royauté. — L'enseignement primaire, sous l'ancien régime, n'était pas une affaire d'État. Pourvu que le roi eût des collèges pour l'éducation de ses fonctionnaires et des écoles militaires pour celle de ses ofiiciers, le reste importait peu. Quel hesoin avait le roi que le peuple fût instruit? Les ordres privilégiés ne s'en souciaient pas davantage. Les paysans eux-mêmes ne songeaient guère à donner à leurs enfants une instruction qu'eux-mêmes n'avaient pas reçue.

A un certain moment cependant, la royauté semble se préoccuper de l'éducation populaire. Elle décrète ce que nous appelons ïinstruction obligatoire. Deux ordonnances de Louis XIV, en 1694 et 1G08, une de Louis XV, en 4724, prescrivent l'exacte fréquentation des écoles. Il ne faut pas se tromper sur l'esprit qui inspira ces édits : leur date seule suflit pour nous avertir. Les deux premiers paraissent au lendemain de la révocation de l'édit d- Nantes : elles ont surtout pour but d'imposer aux enfants protestants l'enseignement catholique. L'édit de 1724 parait au moment où

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le duc de Bourbon croit réparer le scandale de sa conduite privée en recommençant les enlèvements d'enfants *.

Ces ordonnances ne furent même pas exécutées. Où aurait- on pris de l'argent pour payer les maîtres, et comment assurer la fréquentation des écoles, si Ton ne peut faire la dépense d*en bâtir?

En réalité, la royauté se désintéresse de renseignement du peuple : elle en laisse le soin aux curés, aux évêques, aux municipalités, aux congrégations '. Il en résulte que dans telle province il y a des écoles, et ailleurs presque aucune. Il est presque impossible aujourd'hui de dresser la statistique des écoles, même pour le xvin« siècle. « Elles étaient, nous dit M. Babeau, plus répandues dans les régions de l'est et du nord que dans celles du centre, de l'ouest et du midi : les régions les plus dépourvues d'écoles en 1789 sont précisément celles où le nombre des illettrés est encore le plus élevé. » Parmi les provinces les mieux partagées, il faut citer l'Alsace, la Lorraine, la Champagne, la Franche-Comté, la Flandre, l'Artois. Au contraire, en Bretagne, « peu de villages sont fournis de maîtres et de maîtresses » ; dans le Berry, l'ignorance est générale ; dans le Bourbonnais, il n'y a pas dix-neuf personnes sur cent qui, le jour de leur mariage, puissent signer leur nom ; dans l'Auvergne, la Marche, le Limousin, on ne trouve pas une école par vingt villages. v

Reeratemeut des maîtres. — Il n'existait pas alors

1. Les terme» même» des édiU sont significatifs : si l'édit de 1698 veat établir des maitxes, c'est « pour instruire tous les enfants, et nommément deux de la religion prétendue réformée^ du catéchisme et des prières qui sont nécessaires, pour lei conduire & la messe tons les jours ouvriers, leur donner l'instruction dont ils ont besoin sur ce sujet, et pour avoir soin, pendant le temps qu'ils iront auzdites écoles, qu'ils assistent au service divin les dimanches et fêtes, comme aussi pour apprendre à lire et à écrire ceux qui en ont besoin ». Les maîtres devront procéder, « ainsi qu'il sera ordonné par les archevêques et évêques », et seront placés sous l'autorité directe des curés.

2. Voyez ci-dessus, page 50, pour les congrégations enseignantes. La pins célèbre fat fondée par J.-B. de la Satie.

J.-B. DE LA Salle, en 1688, organise d'abord ses écoles dans la paroisse Saint-Sulpice à Paris, puis dans tout le diocèse de Paris; mais il se trouve en conflit avec le chantre de Noire-Dame, qui avait de toute antiquité la haute main sur les petite» écoles. On lui fait un procès en 1706, et il est eondamné à une amende de cinquante livres. Alors il se retire à Saint-Yon, un faubourg de Rouen, et obtient un édit du roi Louis XV et une bulle da pape, autorisant la congrégation fondée par lui.

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d'écoles normales pour le recrutement des instituteurs. Le premier venu, faute d'un autre gagne-pain, pouvait embrasser cette profession. Il lui suffisait de passer un examen très sommaire devant une personne désignée par Tévéque : celui-ci lui donnait alors l'approbation^ ou permission d'enseigner. « Muni de cette pièce et de tous les certificats qu'il pouvait recueillir, nous dit M. l'abbé Mathieu, il se présentait dans un village où une* place était vacante, le jour où on devait choisir le titulaire. Là il chantait, montrait son écriture et tous ses autres talents, exhibait ses recommandations, et, s'il était agréé, signait le traité qui déterminait ses engagements et sa rétribution. » En Provence, il y avait des espèces de foire aux instituteurs, comme il y avait en Normandie des foires aux domestiques. Ceux des Alpes ne séjournaient dans la plaine que l'hiver et remontaient Tété dans leurs villages pour les travaux des champs. Dans plusieurs provinces, il n'y avait que des maîtres d'école ambulants.

Traitemeiie des maUres. — £n Lorraine, un des pays où le maître d'école était le plus favorisé, sa rémunération se composait : 1<^ du casuel, c'est-à-dire ce que lui rapportait son service à l'église; 2<* dans beaucoup de villages, d'une portion de dîmes, ou de la dîme sur le tJ'oisiéme laboureur; 3^ quelquefois d'un traitement fixe, payé par la communauté de village, soit en argent, soit, le plus souvent, en nature; 4° de Vécolage, ou récompense payée par les parents des enfants, tantôt vingt ou vingt-cinq sols par an et par tête d'élève, tantôt un bichet ou deux de blé et d'autres grains. Dans beaucoup de pays pauvres, en guise d'écolage, le maître d'école aUait manger chez les parents à tour de rôle.

Aussi les instituteurs étaient-ils réduits à cumuler avec les fonctions de l'église, de l'école, de la mairie, avec celles de sacristain, fossoyeur, secrétaire, sonneur de cloches, horloger de l'horloge paroissiale, quelque autre métier comme maçon, tailleur, cordonnier, cabaretier, ménétrier ou violonneux. Dans la commune d'Angles (Hautes- Alpes) le maître d'école s'offre pour faire l'office de <c chirurgien des barbes » : moyennant 200 livres par an, il rasera, à ses jours de congé, les habitants.

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La situation du maître d'école est précaire. On le loue, comme les valets de ferme, pour un an. A l'expiration du bail, il doit tâcher d'en obtenir le renouvellement. « II paye vin et eau-de-vie et se réconcilie par là avec la communauté, et recommence tous les ans sur nouveaux frais. » Dépendant de la municipalité, à la merci des cabales de village, il est aussi à la discrétion du curé et de l'évéque, qui peut toujours, ayecV autorisation, lui retirer ses moyens d'existence.

n était en général misérablement logé. Souvent il n'avait pas même de salle d'école : il faisait alors la classe dans la pièce unique où il mangeait et dormait, ou bien dans une grange, dans une écurie, dans un cabaret.

L'enseignement. — Ces pauvres maîtres savaient peu, enseignaient mal ce qu'ils savaient, suivaient les méthodes les plus routinières, faisant répéter éternellement l'alphabet ou croix de par Dieu, Us étaient enclins à prodiguer les châtiments corporels. Un règlement de l'évéque de Montpellier, à la fin du xvii* siècle, interdit les coups de bâton, les coups de pied, les coups sur la tête, mais autorise le fouet, à condition de ne pas déshabiller entièrement le patient. Les frères des Ecoles chrétiennes, qu'on appelait alors les ignorantinSy avaient un règlement qui interdisait les coups sur la tête, sur la figure et dans le dos, mais autorisait les coups de férule,

Intstraetion primaire des filles. —L'instruction des filles du peuple était encore plus négligée que celle des garçons *. En Franche-Comté, un des meilleurs pays pour l'instruction, seulement vingt-neuf femmes sur cent pouvaient signer leur nom ; dans le Béarn et l'Angoumois, neuf sur cent ; dans le Nivernais, six. Or, on peut signer son nom et ne pas même savoir lire. Les registres des paroisses, pour les femmes encore plus que pour les hommes, portent, ea guise de signatures, une infinité de croix.

1. Une des raisons de l'infériorité de cel enseignement des filles, c'est que les évèques ne voulaient pas d'écoles mixtes, c'est-à-dire fréquentées par les garçons et les filles ; or, il était déjà si difficile d'avoir une seule école que bien peu de localités purent en créer deux.

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n. Les collèges.

Relations des eoUèges avee les universités. — LC;8 collèges, où Ton enseignait le français, le grec, le latin, les éléments des sciences, étaient, en 4789, au nombre de 500 ou 600 * renfermant environ 73 000 écoliers, sur lesquels 40 000 boursiers ou élèves gratuits.

Dix des collèges de Paris étaient de plein exercice, c'està-dire pourvus de toutes les classes * ; une trentaine d'autres * n'allaient pas jusqu'à la rhétorique. Les plus anciens collèges étaient Harcourty fondé en 1280, Navarre en 130i, Montaigu en 1317, Lisieux en 1336. Plessis-Sorbonne était formé de la réunion de Sorbonne, fondé en 1250, et de Plessis, fondé en 1322. Il était le plus nombreux de tous, et comptait 800 élèves *. Harcourt en avait 500, Navarre, 400, etc. Le collège de Cleimont avait été fondé en 1563, reconstruit en 1628; quand le roi permit aux jésuites d'y réunir le collège du Mans, ils lui donnèrent le nom qu'il a gardé : Louds-le-Grand. Gomme beaucoup des petits collèges végétaient faute de ressources, vers 1763, on les fondit avec les dix collèges de plein exercice. Le collège des Écossais y celui des Lombards, lequel était d'ailleurs réservé aux Irlandais, furent exceptés de la réforme.

Régime Intérieur. •» Le régime intérieur était très sin-

1. La stalisiiqae n*est pas très facile à établir, car quelquea-uos de cet collèges se confondaient avec les petites écoles. Les jésuites ont en 80 on 100 collèges, renfermant de 25 000 à 30000 élèves. D'autres religieux. Bénédictins, Carmes, Aagustins, Minimes, Qénovéfains, Oratoriens, Lasaristes, Eudistes, Joséphistes, Chanoines de Notre-Seigneur, Frères da Saint- Sacrement, en dirigeaient aussi un assez grand nombre.

2. C'étaient ceux d'Harcourt, Grassins, Nayarre, Montaigu, Lisieux, Plessis- Sorbonne, Cardinal-Lemoine, la Marche, Mazarin on les Quatre-Natlons, Glermont on Louis-le-Grand.

3. Parmi ces derniers, on peut citer Notre-Dame ou les Dix-Huit, les Bons-Enfants, les Trésoriers, les Cholets, Bayeux, Cornouailles, Hubant on TAve-Maria, Maitre-Gervais, etc.

4. Le collège de Plessis-Sorbonne était renommé pour ses chaires de théologie et aussi pour sa riche bibliothèque, où les li\Tes. jusqu'en 1615, étaient enchaînés sur la table de lecture. Richelieu agrandit la Sorbonne et 7 éleva la chapelle où se voit aujourd'hui ^on tombeau. La Sorbonne était à la fois un collège et le siège ptincipal de la faculté de thcolupie, car c'était dans sa Salle des actes qnc l'on soutenait les thèses publiques. Elle l'appelait la Maison on la Société de Sorbonne; elle élail administrée son- Terainement par trente-six socii ou associés qui logeaient dans la maison.

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gulier. Les collèges avaient des bourses de fondation, destinées à eatretenir soit les étudiants, soit les professeurs, presque tous également pauvres. Ces boursiers étaient logés et nourris dans la maison. Un proviseur veillait à Tadmi^ nistration de celle-ci et surtout au maintien de ses fondations et privilèges. Richelieu, puis Bossue t furent proviseurs du collège de Sorbonne. A Navarre, Tordre des grammairiens et Tordre des artiens (humanistes et philosophes) avaient chacun leur principal. Dans la plupart des collèges, les boursiers, pour défendre leurs intérêts, avaient droit de surveiller l'administration. Ils étaient souvent en conflit avec les proviseurs : vers 1709, le proviseur du collège d'Harcourt est obligé de leur payer une indemnité pour obtenir l'autorisation de prendre des pensionnaires. 11 y avait des boursiers qui s'éternisaient : aux Gholets, vers 1706, certains étudiants détenaient leur bourse depuis vingt ans.

Les professeurs avaient la robe et le bonnet carré; les élèves portaient un uniforme tout ecclésiastique : une longue robe, qui était presque une soutane, un bonnet rond. Les règlements interdisaient chapeau, bottes, épée, frisure. Le régime intérieur admettait les châtiments corporels, encore aujourd'hui pratiqués dans les collèges d'Aivgleterre. Les jésuites surtout, dans leurs établissements, les avaient mis en vigueur. Ils y avaient même un fouetteur en titre : c'était tantôt un domestique, tantôt un écolier pauvre qui, en récompense de ce service, jouissait d'une bourse. Les universitaires s'autorisaient de ce texte de TËcrilure : « N'épargne pas la verge à ton fils » ; mais ils en usaient avec plus de réserve que les jésuites.

Dans les leçons des professeurs, les réponses des élèves, leurs conversations mêmes, au moins au xvii» siècle, on ne devait parler que latin.

Dans les collèges richement dotés, comme Mazarin ou les Quatre-Nations *, les études étaient gratuites : elles Tétaient également dans ceux des jésuites. Dans les autres collèges universitaires, les élèves qui n'étaient pas bour-

1. Il était ainsi nommé des quatre nations que Mazarin avait réanies à la France : l'Alsaoe, l'Artois, le Roussillon et Pignerol en Italie. Le testament de Mazarin réservait aussi, dans ce collège, un certain nombre de places pour les écoliers de Sardaigne et des États romains. Un moment.

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siers payaient un droit d'écolage. Aussi ces collèges étaientils moins suivis. Les professeurs j étaient peu rétribués.

Cette situation préoccupait les recteurs de l'université de Psiris : bemontenputs, et son successeur coffih, recteur vers 1718, proposèrent d'augmenter la ferme des messageries universitaires, qui faisaient concurrence aux messageries royales. En portant le bail de 47 000 à 120 000 livres, on pourrait allouer aux professeurs un traitement plus élevé et établir la gratuité des études. La réforme fut accomplie en 1719 et excita un grand enthousiasme : le Te Deum fut chanté dans tous les collèges du ressort.

Pro^^mmmes et méthc»des. —Au xvi« siècle, les méthodes des jésuites, qu'adoptèrent , à la longue, les universités, étaient un progrès sur les anciennes, parce qu'elles avaient perfectionné les études classiques, nées de la Renaissance. Au ivn* et au xviii» siècle, elles sont arriérées, parce qu'elles ne font pas une place suffisante à l'enseignement des sciences. Louis XIV s'en plaignait déjà vers 1675. « La manière dont la jeunesse est instruite dans les collèges de l'Université, écrivait-il, laisse à désirer : les écoliers y apprennent tout au plus un peu de latin; mais ils ignorent rhistoire, la géographie et la plupart des sciences qui servent dans le commerce de la vie. »

Malgré quelque progrès amené sous l'influence des philosophes de Port-Royal (Nicole, Amauld, de Sacy, Lancelot) et des Oratoriens (notamment dans leur collège de Juilly), les mêmes vices se perpétuent au xvm« siècle. De Pascal à Lavoisier, les sciences avaient fait d'énormes proie cardinal avait en Vidée de l'appeler Collège des Conquêtes, Il affecta à sa eonstmction une somme de deux millions, et à son entretien le revenu d'une abbaye et 45 000 livres de rentes sur l'Hôtel de Ville. Aussi ce collège était-il le plus riche et le plus beau de Paris. 11 occupait ce qui est aujourdliui le palais de l'Institut, et renfermait la bibliothèque appelée aujourd'hui Maxarine. Il fut élevé en partie sur l'emplacement du Pré-aux-Clercs et de l'hôtel de Nesle, et c'est alors que la fameuse Tour de Nesle disparut. Le tombeau de Mazarin se trouvait alors dans la chapelle du collège des Qnatre-Nations, comme celui de Richelieu dans celle de la Sorbonne. U est aujourd'hui au musée du Louvre.

Les élèves de ce collège, au lieu de coucher dans des dortoirs, avaient ehacuQ leur chambre. Ils mangeaient dans des couverts d'argent aux armes de Mazarin. Le nombre des internes ne dépassait pas soixante, mais il y avait de nombreux externes qui suivaient les cours gratuitement, et qu*QO e{^Udt Tnartinets^ par allusion aux hirondelles.

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grès, et y à part les mathématiques, elles figuraient à peine dans les programmes. Dans un siècle illustré par les hardies tentatives de colonisation et les découvertes maritimes des Français, on n'enseignait pas la géographie. L'histoire nationale était absolument sacrifiée à celle de l'antiquité : Rollin estime qu'il n'est pas possible de « trouver du temps pendant le cours des classes pour cette étude » I Un contemporain, Lavalette, nous dit : « Le nom de Henri lY ne nous avait pas été prononcé une seule fois pendant nos huit années d'études, et, à dix-sept ans, j'ignorais encore à quelle époque et comment la maison de Bourbon s'est établie sur le trône ^. »

m. Les universités.

Ovif^ine des nniversitéfi. — Les universités, à la fin du XVIII* siècle, étaient au nombre de vingt et une. C'étaient, par ordre d'ancienneté, celles de Paris, Toulouse, Montpellier, Reims, fondées lvl xiii® siècle; celles d'Orléans, Perpignan, Orange, Angers, au xiv*; celles d'Aix, Caen, Poitiers, Bordeaux, Nantes, Bourges, au xv*; celles de Douai et Strasbourg, au xvi«; celles de Dijon et Pau, au xviii«. L'université de Grenoble, fondée en 1339, avait été transférée en 1452 à Valence ; celle de Dôle, fondée en 1423 *, avait été, en 1691, après la réunion de la Franche-Comté, transférée à Besançon ; celle de Pont-à-Mousson, fondée en 1572, avait été, après la réunion de la Lorraine, transférée à Nancy. Une vingt-deuxième université, celle de Cahors, avait été supprimée en 1731 et réunie à celle de Toulouse. Une Tingt-troisième, celle d'Avignon, était université étrangère et sujette du pape.

Les universités firançaises avaient été fondées soit par les papes, comme celle de Toulouse par Grégoire XI et celle de

1. Les collèges présentaient une yariété de programmes infiniment plua grande qu'aujourd'hui. Vers 1721, on enseignait l'hébreu à Plessis-Sorbonne, Harconrt, Sainte-Barbe; en 1758, on fonda une chaire de physique expénmeatale au collège de Navarre.

2. Elle-même succédait à runÎTeniité de Gray, fondée en 1887 par Otton IV, eomta de Bourgogne.

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Cahors par Jean XXII; soit par les rois de France, comme celles de Paris, Orléans, Poitiers, Pau, Dijon; soit par les anciens souverains de nos provinces : celle de Perpignan, par Pierre IV, roi d'Aragon; celle d'Angers, par Louis XII, duc d'Anjou; celle d'Aix, par Louis H, comte de Provence; celle de Caen, par Henri IV, roi d'Angleterre ; celle de Douai, par Philippe II, roi d'Espagne ; celle de Pont-à-Mousson, par Charles UI, duc de Lorraine. Presque toujours, elles étaient nées d'un effort commun de l'Église et du pouvoir temporel, le pape leur conférant par bulle de nombreux avantages spirituels, le souverain les dotant de privilèges et de terres. En 1722 encore, celle de Dijon est fondée par des lettres patentes de Louis XV et par une bulle d'Innocent XIII.

Caractère religieux des universItéA. — Beaucoup de ces universités avaient, comme les Parlements, un caractère plutôt provincial que national : elles étaient encore pleines des souvenirs de leurs fondateurs espagnols^ anglais, lorrains, provençaux, pontificaux.

Un autre trait dominant, c'était le caractère ecclésiasti* que. Les universités de Douai et Pont-à-Mousson avaient été fondées spécialement pour arrêter les progrès de l'hérésie. L'université de Paris était surtout célèbre par sa faculté de théologie ; c'était de celle-ci qu'on parlait quand on citait la Sorbonne. Son zèle contre l'hérésie s'était signalé, au xv« siècle, en condamnant Jean Huss et Jeanne d'Arc; au xvi^, en faisant brûler Dolet et en provoquant la persécution contre les protestants; au xvii« et au xvni^, par la condamnation de toutes les œuvres indépendantes, depuis celles de Descartes jusqu'à celles de Voltaire.

Les universités restaient sous la tutelle de l'Église, à laquelle elles devaient, en tout ou en partie, leur fondation. L'Église jugeait de la doctrine des maîtres; elle leur conférait , de par l'autorité apostolique , comme une sorte de bénédiction ou d'ordination, la licence, c'est-à-dire la permission d'enseigner; elle leur imposait un costume presque ecclésiastique et le célibat ^ ; elle récompensait leurs succès

1. Les professeurs de médecine ayaient été dispensés du célibat dès 1452; ceux de droit à partir de 1598. Dans la faculté des arts, le mariage n'était que toléré, et les professeurs mariés étaient exclus de certains honneurs universitaires. En 1677 s'éleva, à ce propos, une guerre de plume très vivo, ohaooii

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par ses riches bénéfices *. C'étaient les papes qui par leurs légats se chargeaient autrefois de les réformer. Il est vrai que la royauté avait essayé plusieurs fois de faire prévaloir son droit supérieur : en 1412, Charles VI avait soumis l'université de Paris à l'autorité de son Parlement; en 1452, Charles VII avait adjoint au légat du pape des commissaires royaux; en 1489, Charles VIII avait chargé Pierre Boschet, premier président au Parlement de Paris, de réfor mer l'université d'Orléans; en 1600, Henri IV, inquiet de l'influence excessive qu'avaient prise les jésuites sur l'université de Paris, opéra une nouvelle réforme, sans le concours de la papauté. En 1667, Louis XIV donna commission de réformer l'université au premier président et à d'autres membres du Parlement, et Colbert affirma avec une très grande énergie le droit du roi. Les influences ecclésiastiques restèrent cependant très vivaces.

Le régime des universités s'en ressentait : dans toutes, les exercices du culte catholique étaient obligatoires pour les étudiants et les maîtres; les dissidents religieux en étaient donc exclus ^, Celle de Strasbourg faisait seule ex-, ception : protestante à ses origines, elle avait gardé sa faculté de théologie luthérienne; Louis XIV respecta ses privilèges, même à l'époque de la persécution contre les calvinistes de France. On avait seulement fondé à côté d'elle une faculté de théologie catholique.

Les universités conservaient encore une partie de leurs anciens privilèges. Celle de Paris notamment avait gardé

des deux partis cilant ses antorfifis. Les partisans du célibat invoqaajent Cicéron qui avait dit : « Je De puis me consacrer en même temps à la philosophie et & une épouse. » Ses adversaires rappelaient l'injonction des censeurs des mœurs à Rome : « Qu'il soit interdit aux citoyens de rester célibataires. » Quant aux professeurs de théologie, comme ils étaient ecclésiastiques, la question ne pouvait même pas se poser.

1. L'université de Paris (comme la plupart des autres) était elle-même patronne laïque : elle pouvait nommer dans Paris à trois cures (Saint-Germain-le-Vieux, Saints-Cosme et Damien, Saint-André-des-Arts) et à une douzaine de chapelles. Naturellement elle nommait surtout ses membres.

2. 11 en a été de même en Angleterre pour les universités d'Oxford et de Cambridge, jusqu'à une époque très rapprochée de nous : seulement c'étaient les catholiques qui en étaient exclus, et aussi les protestants qui ne professaient pas Tanglicanisme. C'est môme pour assurer aux dissidents relifçieux l'accès du haut enseignement qu'a été fondée, en 1836, l'université de Londres, qui n'a pas le caractère confessionnel.

une juridiction sur les libraires * ; le droit de porter ses causes directement devant le Parlement; de ne dépendre, pour ses membres, officiers et suppôts *, que de la juridiction du prévôt de Paris; de leur assurer l'exemption des tailles et logements militaires; d'avoir ses messageries à elle.

Organisation des oniTersités. — La plupart des unisites étaient complètes^ c'est-à-dire possédaient les quatre facultés : théologie, droit, médecine, arts. La factdté des arts correspondait à nos facultés des lettres et des sciences. Aix et Besançon n'avaient qua trois facultés : théologie, droit, médecine. Pau n'en avait que deux : théologie et droit. Dijon et Orléans n'enseignaient que le droit.

La faculté des arts était formée, dans chaque université, des professeurs des collèges de plein exercice.

Les universités et les collèges étaient si intimement unis que la faculté de théologie de Paris, quoiqu'elle eût son siège principal à la Sorbonne, avait des chaires dans les collèges de Navarre et de Montaigu. Celle des arts avait toutes ses chaires dans les collèges; elle ne semble même pas avoir eu un local à elle : on la trouvait partout, excepté dans un lieu qui se serait appelé, comme aujourd'hui, la faculté. GeUes de droit et de médecine avaient seules une existence tout à fait distincte des collèges.

La faculté des arts de Paris avait conservé l'ancienne division en quatre nations : France, Picardie, Normandie, Allemagne. Une nation se divisait en tribus : la tribu de Bourges, par exemple, comprenait Fltalie , l'Espagne, la Syrie, l'Egypte, l'Arménie, la Perse. Les trois facultés de

1. De la juridiction proprement dite, les libraires furent afiranohis par redit de 16SÔ. Même ils contestaient à l'UniTersité d'avoir ses vingt-quatre libraires jurés. L'édit de 1723 les maintint cependant comme suppôts, c'està-dire sujets de l'Université. Ils y trouvaient un grand avantage, car ils étaient exempts comme elle de certaines charges, et n'avaient pas à payer les taxes qai incombaient aux autres corps de métier : cela compensait bien l'obligation d'assister aux processions de l'Université et de lui reconnidtre une certaine suprématie purement honorifique qui consistait, par exemple, dans le droit du recteur d'interroger les apprentis imprimeurs, et dans l'obligation pour le syndic des imprimeurs d'offrir au recteur un cierge à la Purification.

2. Parmi les suppôts de l'Université, il y avait encore des papetiers, notam • ment ceux des papeteri<>s de Gorbeil, d'Essonne, de Troyes, des parcheminiers, des enlumine n des relieurs.

théologie, droit et médecine avaient à leur tête un doyen élu; la faculté des arts n'avait pas de doyen, mais quatre procureurs, à la tête de ses quatre nations. Il y avait, en somme, sept corporations particulières dont se composait la grande corporation de l'université parisienne. Le recteur y son chef suprême, était toujours élu dans la faculté des arts. Il avait pour conseillers les trois doyens et les quatre procureurs *.

L'Université avait en outre deux chanceliers qui étaient deux chanoines, l'un de Sainte-Geneviève, l'autre de Notre- Dame : celui-ci en souvenir de l'ancienne sujétion des écoles à la cathédrale. Le premier conférait les grades de la faculté de théologie ; le second partageait avec lui le droit de conférer les grades de la faculté des arts ; de plus, il intervenait pour la licence de droit et de médecine.

Enfin, un des trois évêques de Senlis, Beauvais ou Meaux était conservateur des privilèges apostoliques de l'Université de Paris, et le prévôt de Paris était son conservateur pour ies privilèges royaux.

Outre les personnages mentionnés ci-dessus, outre les professeurs, régents, principaux, écoliers, faisaient encore

1. La biographie oa le eurrieulum vit» de Rollin, Tauteur célèbre du eélèbre Traité des études, de YHistoire ancienne et de VHistoire romaine, fera mieux comprendre la vie et les institutions universitaires. Rollin est né à Paris en 1661 ; il était fils d'un coutelier, qui le destinait à reprendre son établi. Un reli^eux, dont il servait la messe, lui ût obtenir une bourse •a collège des Dix-Huit; quand les Dix-Huit furent réunis à Plessi&-Sorbonne, la bourse de Rollin fut transférée dans ce dernier collège. Après avoir fait de bonnes études, il hésite entre la carrière ecclésiastique et la carrière universitaire, et finit par se décider pour celle-ci. En 1683, il débute comme professeur de seconde au collège de Plessis-Sorbonne-, en 1687, il y obtient la chaire de rhétorique; en 1688, il est, en outre, professeur-adjoint d'éloquence latine au Collège de France; en 1694, il est élu recteur de l'Université (depuis, il fut réélu sept fois). Alors, accompagné des censeurs des quatre nations de la Faculté des arts, il inspecte les collèges et réforme les abus. Il entre en conflit avec l'archevêque de Paris, de Harlay, qui exigeait que l'Université lui offrit un cierge à la Purification ; Rollin soutenait que l'Université n'en devait qu'aux princes. En 1696, son rectorat ayant pris fin, il est nommé principal du collège de Beauvais à Paris. En 1701, il est élu membre de l'Académie des inscriptions ; ses opinions jansénistes l'empêchent d'arriver à l'Académie française. Pour le même grief, Louis XIV le fait destituer, en 1715, de son principalat; mais il reste professeur au Collège d« France, et il a eu la précaution de se faire décerner par la Faculté des arts le titre de professeur émérite : ce qui lui conserve son rang et ses droits dans la Faculté. Il meurt en 1741, à quatre-vingts ans, comblé de tous les honneurs universitaires.

partie du corps de l'Université de Paris plusieurs ordres monastiques, notamment les quatre ordres mendiants, les religieux de Cluny, Saint-Germain-des-Prés , Citeaux, les Prémontrés, les Mathurins, etc., et les chanoines réguliers de Saint- Victor. L'Université avait toujours refusé ce droit aux jésuites.

Grades et examens. — Les facultés conféraient presque les mêmes grades qu'aujourd'hui : 1» le baccalauréat (dans la faculté des arts, les maîtres es arts remplaçaient les bacheliers) ; 2<* la licence j qui donnait le droit d'enseigner; 3^ enfin le doctorat; le bonnet de docteur s'obtenait après la soutenance de thèses en grand appareil et en grand public.

Les examens, surtout dans les universités de province, étaient souvent de pure forme ^ On considérait moins le mérite des candidats que la faveur, les recommandations, leurs titres temporels ou ecclésiastiques. Les diplômes étaient parfois achetés ou donnés par collation, c'est-à-dire sans examen. Dans les facultés de droit, les élèves ne prenaient pas de notes, ne rédigeaient pas les cours : il y avait des copistes dont c'était le gagne-pain. En 1754, le chancelier de Lam oignon adressait à l'université de Bourges une verte remontrance : « Messieurs, il me revient des plaintes que votre université accorde des lettres de maîtres es arts à des aspirants qui n'ont subi aucun examen et quelquefois même sans être en état de représenter aucun certificat des études faites dans une université : c'est sur le fondement de pareils abus que le roi se détermina, il y a

1. L'ex-abbé Besnard, auteur des Souvenirs d'un nonagénaire^ mort en 1S42, ancien étudiant du xviii* siècle, raconte comme se passaient alors les examens de droit à Tuniversité d'Angers, dont les professeurs portaient le titre de comtes : « S'agissait-il de passer des examens, de soutenir des thèses, un des professeurs ou docteurs agrégés fournissait au candidat, à raison de douze francs l'une, la réponse aux arguments qui devaient lui être posés sur des poiuLs désignés; ces réponses étaient courtes, rien n'était plus facile que de les graver dans sa mémoire. On lui fournissait même une thèse manuscrite qu'il portait à l'imprimeur avec les réponses aux arguments, le tout à des prix très modérés et dont le chiffre était déterminé par l'usage, m

Sur le XVII* siècle et sur une autre université, celle d'Orléans, nous avons un curieux récit de Charles Perrault, se rapportant à l'année 1651. « Dès le soir même que nous arrivâmes, il nous prit fantaisie de nous faire recevoir. Ayant heurté à la porte des écoles sur les dix heures du soir, un vaiet, qui vint nous parler à la fenêtre, ayant su ce que nous souhaitions, demanda ti notre argent était prêt. Ayant répondu que nous l'avions sur nous, il

quelques années, à supprimer Tuniversité de Gahors, et je serais bien fâché que celle de Bourges s'attirât le même sort. » Si les candidats trouvaient les universités françaises encore trop sévères, ils pouvaient recourir à celle d'Avignon, sur les terres du pape.

Établissements scientifiques. — A côté de l'université de Paris, le Collège Royal ou Collège de France continuait, comme au temps de François P»*, à représenter la libre recherche et les sciences nouvelles. Il avait dû subii une certaine tutelle de TÉglise. La nomination des « lecteurs et professeurs royaux » était soumise, depuis 1633, à la signature du grand aumônier de France * : c'était cependant un progrès sur Tétat de choses antérieur, car le Collège de France était soumis auparavant à la juridiction oppressive et jalouse du recteur de l'Université.

Un autre asile de la science indépendante, c'était le Jardin du roi ou Jardin des Plantes, qu'on appelle aujourd'hui le Muséum. C'est là que l'histoire naturelle a fait tant de progrès au xviii** siècle : Buffon administra l'établissement de 1739 à 1788 avec le titre d'intendant. y

Écoles spéciales. — Quant aux établissements spéciaux que l'État entretenait pour le recrutement de ses services, il faut citer, outre les écoles militaires dont nous avons parlé plus haut, VÉcole des mines, VÊcole des ponts et chaussées^ V Écoles des jeunes de langues pour l'étude des lang les nécessaires à la diplomatie et au commerce, deux Écoles vétérinaires, à Alfort et à Lyon, etc.

nous fit entrer et alla réveiller les docteurs, qui vinrent au nonibre de trois nous interroger, avec leurs bonnets de nuit sous leurs bonnets carrés.... à la faible lueur d'une chandelle... Un de nous, à qui on fit une question, dit une infinité de choses qu'il avait apprises par cœur. On lui fit ensuite une antre question sur laquelle il ne répondit rien. qui vaille. Les deux autres furent ensuite interrogés et ne firent pas beaucoup mieux que le premier. Cependant ces trois docteurs nous dirent qu'il y avait deux ans qu'ils n'en avaient interrogé de si habiles et qui en sussent tant. Je crois que le son de notre argent, que Ton comptait derrière nous pendant que l'on nous interrogeait, fit la bonté de nos réponses. Nous reprimes le chemin de Paris. Le 27 du même mois, nous fûmes reçus avocats. » (Lorédan Larchey, Les étudiants (Tautrefois.)

1. Il recevait leur serment, mais il avait dû abandonner Tadministration (^u Collège au ministre de la Maison du roi, qui nommait un intendant du Collège de France. Les professeurs jouissaient de tous les privilèges possédés par les commensaux du roi.

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