‹ Histoire de la civilisation françaiseChapitre 49 sur 135 · BoQeau en parle dans VArt poétique · texte numérisé non relu

BoQeau en parle dans VArt poétique

L'avocat aa palais en hérissa son style Et le docteur en chaire en sema l'Evangile.

& G*est le même qui, dans on sermon snr la Mort, apostrophait ainsi les manvais riches : « Vaches grasses, qui estes au mont de Samarie, vous qui détruisez les pauvres !... Voua êtes gras de chair, gras de lard, gras de plaisir. Tant mieux pour le diable! Bon pour la marmito du diable I... Dans une heure, on t'assommera, on t'escorehera, on t'évenstrera, on te bouillira, on te roctira. O aveuglement pitoyable 1 » C'est le même qui, dans son sermon sur l'adultère, parlant des femmes coupables de la Judée, s*écriait : « Oh ! quH faudrait de bois pour brasier toutes celles de Franoe! Les forests d^Ardenne n'y suffiraient pas* »

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sermon avec une suite de dames, lui demandait « quand il se lasserait de venir entendre la parole de Dieu avec un sérail ». Rien n'égalait leur violence contre leurs adversaires religieux : le même Gontier traitait les protestants de M vermines et de canailles n que les catholiques ne devraient pas soufirir parmi eux ; Pierre Besse, de « loups, pestes, furies, ministres de Satan » ; Valladier, d' « exécrables menteurs, cerveaux démontés, satrapes de Tenfer »•

La sincérité du mouvement catholique, dans la première moitié du xvii* siècle, Tépuration du goût littéraire par Malherbe et Balzac, opérèrent à la longue la réforme de la littérature sacrée. La congrégation de l'Oratoire, avec le cardinal bérullb, le p. métezeau, le p. bourgoins, le p. lb jeuni, ie p. sen ault, ramena les prédicateurs à Tétude des modèles classiques dans le genre sacré, c'est-à-dire aux Pères de l'Église. Le panégyrique de sainte Madeleine par BéruUe, encore gâté par une recherche excessive, renferme des morceaux d'une grande beauté. L'école de Port-Royal, avec l'abbé de saint-ctran. smfiUH, le p. des mares, introduisit dans réloquence le génie austère et froid, la simplicité nue, la gravité triste du jansénisme. La prédication pro« testante, avec Pierre Dumoulin, Jean mestrezat, etc. S eut le sérieux, la mesure, la chaleur contenue que lui imposait la situation politique des religionnaires. Il n*y eut pas jusqu'aux jésuites qui, après avoir donné dans tous les travers du temps et poussé à l'excès la recherche du bel esprit et des ornements de mauvais goût, n'aient uni par revenir à la sévérité classique et évangélique *. Ils se endirent dignes, dans leur collège de Dijon, d être les instituteurs de Bossuet.

Le P. CLAUDE de lingendes, dans ses Sermons; un autre

1. Fias tard, avec les ministres réfugiés, Claude (1619-1687), Jacques Saurin (1677-1730).

2. Un des leurs, le P. Gaussim, avait publié en 1619 un manifeste où il condamnait ces « mille figures de style », ces « petits artifices de diction •« ces « périodes si savamment arrondies », « cette abondance de digressions, de petites descriptions, toutes ces histoires que vous allez chercher à • antre bout du monde, ces animaux fantastiques, ces fleurs qu'on n'a jamais vaes, ces pierres précieuses que personne ne coimalt, tout cela rapproché sans cesse, à tort et à travers, des mystères de notre religion, avec quelle insipidité, quelle froideur, le peut-on dire? » Son livre fut réimprimé en 1643, et commenta seulement alors à produire ses effets*

LDiGSifDES, évéque de Màcon, dans ses Oraisons funèbres; le fameux retz, dans ses Panégyriques de saint Charles Borromée et de saint Louis, roi de France (1648), firent preuve de hautes qualités d'orateurs.

BOSSUET les dépassa tous d'un coup d'aile. C'est en 1662 qu'il prêcha pour la première fois devant Louis XIV. Ses Oraisons funèbres (1669-1687) sont d'une composition savante, d'un grand mouvement oratoire, d'une langue énergique et colorée, à laquelle la Bible prêtait ses fortes images. L'orateur dut beaucoup à la majesté des sujets : ils lui fournirent des tableaux comme le portrait de Gromwell, la mort de Madame, les journées de Rocroi et de Fribourg, grandes peintures qui rappellent les Batailles de T^e Brun. Mais, en touchant aux questions les plus élevées (le l'histoire contemporaine et de la politique, il n'oublia jamais qu'il parlait au nom de Dieu et devant un cercueil. Toute la gloire de Condé fut humiliée devant cette vertu unique, la seule dont le juge infaillible lui tint compte à ce moment : la piété. Toutes les splendeurs de l'héroïsme, du pouvoir suprême et de la majesté royale ne servirent qu'à donner aux croyants, aux rois comme aux sujets, des leçons d'humilité et de résignation.

L'influence de la cour, devant laquelle c'était pour l'orateur chrétien l'honneur suprême que de faire entendre la parole divine, les périls d'un tel honneur, la nécessité de ménager tant de convenances délicates, les exigences d'un discours tout d'apparat, même lorsqu'il ne s'agissait que de prêcher l'A vent et le Carême, imposèrent à l'éloquence sacrée une contrainte, à certains égards, salutaire, et lui donnèrent des qualités exquises de mesure et de goût. A d*autres égards, ils lui ôtèrent de sa liberté. On n'osa plus improviser, et, depuis 1660 surtout, à l'église paroissiale comme à la cour, l'éloquence se réduisit à être une éloquence écrite. Il y eut un abîme entre la parole des prédicateurs qu'estimait le roi et que l'Académie française appelait dans son sein, et celle des prédicateurs populaires, qui n'avaient en vue que le salut des vilains et qui avaient conservé avec le mauvais goût toute la liberté et l'énergie des orateurs de la Ligue.

Bossuet, même dans ses Sermons« n'improvisa qu'à

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partir de 1682. Il se borna dès lors à préparer sérieusement son discours, à en jeter le canevas sur le papier; piûs, montant en chaire, il s'abandonnait à Tinspiration. Même lorsqu'il récitait, il conservait toutes les qualités de Torateur dont il était si richement doué : organe sonore, diction élégante et forte, attitude et gestes imposants.

BOïïRSALOUB écrivait tons ses sermons, les apprenait par cœur, ne donnait rien au hasard, n avait une dialectique serrée, de l'invention dans la recherche des arguments : <f Très capable de convaincre », a dit Fénelon, qui ajoute : « Mais je ne connais guère de prédicateur qui persuade et qui touche moins : il n'a rien d'affectueux et de sensible, i» Il eut du moins le courage évangélique : son sermon sur l'adultère, dans lequel il osa désigner nettement le roi qui était présent, n'est pas d'un prédicateur de cour, fléchier, un ancien habitué de l'hôtel Rambouillet, fut surtout un artiste en fait de style : il rechercha la grâce et l'élégance plus que la force, et, dans ses sermons comme dans ses mémoires, fut avant tout un homme d'esprit. MASSOLOir avait une diction si savante que l'acteur Baron vint l'entendre et en fut ravi. Avec de l'onction, de la sensibilité, de la tendresse, il sut plaire et émouvoir.

En résumé, l'éloquence sacrée, sous Louis XIV, fut purifiée des défauts qui l'avaient si longtemps gâtée; mais, du même coup, elle fut pacifiée; elle mit une sourdine à ses anciennes ardeurs et, avec certains prélats, membres de l'Académie, tendit à devenir une variété de l'éloquence académique.

Avec MASCARON, oratorieu, évêque de Tulle, on est surpris de voir reparaître quelques-uns des défauts et des qualités de l'ancienne école : d'une part, l'érudition déplacée, le mauvais goût, tantôt précietix, tantôt barbare; d'autre part, la véhémence, l'éclat oratoire, un mélange de familiarité naïve et de grandeur.

La polémique. — Le xvi« siècle avait été ardemment disputeur en philosophie, en littérature, en politique, surtout en théologie. La polémique fut alors souvent pédante, injurieuse et violente. Elle s'est pacifiée aussi sous Louis XIV. 11 n'y eut plus de liberté de discussion que «ur les sujets littéraires. Quant aux sujets rehgieux, la liberié

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n*était entière que pour les champions catholiques ', et^ même entre catholiques, pour ceux qui soutenaient « la bonne cause ». Fénelon, dans la fameuse querelle sur le Quiétisme, avait-il tous ses moyens d'action contre Bossuet quand, du côté de son rival, étaient debout toutes les grandes autorités du temps, le roi, le pape, la Sorbonne ?

Il est à noter que le monument le plus remarquable de la polémique au xvii® siècle est antérieur au gouvernement personnel de Louis XIY. C'est de i656 à 1657 que pascal, contre les théories des jésuites sur la grâce et contre la morale de leurs casuistes, fulmine les fameuses « Lettres proTinciales », un modèle de dialectique serrée, d*ironie mordante, de passion éloquente. Quelques années plus tard, les Provinciales auraient-elles été possibles ?

Les polémistes protestants se révèlent surtout quand ils ont conquis la liberté par Fexil. csaude expose « les Plaintes des protestants cruellement opprimés dans le royaume de France » (1686). JUROSU publie successivement la « Politique du clergé de France pour détruire le protestantisnne » (1681), <c l'Histoire du calvinisme et du papisme » (1682), les a Lettres pastorales adressées aux fidèles de France qui gémissent dans la captivité de Bedbylone j» (1686-1687), les « Droits des souverains en matière de religion » (1687), surtout les « Soupirs de la France esclave qui aspire après la liberté » (1689). BâSNASB est historien autant que théologien et son principal ouvrage sur This* toire de l'Église (1699) doit être mis en regard des Variations de Bossuet. David angillon écrit « Tlrrévocabilité de redit de Nantes » (4688) , où il fait justice des honteux sophismes inventés pour justifier la pm:%écution; puis « la France intéressée à rétablir TÉ dit de Nantes » (1690), où il montre les malheurs que la Révocation a entraînés, même pour les catholiques. Son fils, Charles Ancillon, raconte « FHistoire des Français réfugiés dans les États de Brandebourg » (1690). Les deux Ancillon ont plaidé éloquemment, non seulement la cause de la tolérance, mais celle de la liberté politique, batle, dans son « Dictionnaire historique

1. L'Histoire des Variations des Églises protestantes (1681), une des tÊntv^ capitales de Bossuet, c'est de ia pol6mi<iae, mai» aoMi de rhif»u>irtf.

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et critique » (1695-1697), moins dissident religieux que libre penseur, s*attaque à tous les fanatismes ; il accumule les matériaux qui, avec Voltaire, deviendront des engins de guerre.

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