‹ Histoire de la civilisation françaiseChapitre 55 sur 135 · Il oublie les Confessions de eaiiA Augustin · texte numérisé non relu

Il oublie les Confessions de eaiiA Augustin

3. Dès 17^ ont paru les Mémoires de Mme Roland, confessions presque aussi libres, par endroits, que celles de Rousseau. Alfred de Musset nous a donné celles d*un « Enfant du siècle », etc.

4. Puis vint sa Chaumière indienne (1790). On doit aussi à Bernardin 1m Études sur la nature (1784) et les Harmonies de la nature (1815).

temporains, le Paris bourgeois, le Paris bohème, le Paris du Yice et de l'exploitation du vice. Rétif apréparédes matériaux au roman moderne, mais il n'était pas capable de récrire.

l.*éloqaenee. — Dans les Académies, un genre nouveau d'éloquence, mais d'éloquence écrite, est né : Yéloge des membres défunts par les membres vivants ou les éloges mis au concours dans le public lettré. Dans les deux genres s'est illustré thomas (4732-1785), cinq fois lauréat, puis membre de l'Académie française. Ses éloges sont des espèces d'oraisons funèbres laïques ; il vise à la grandeur de Bossuet et n'atteint qu'à la rhétorique ; son éloquence grave, savante en toutes les figures^ prodiguant l'apostrophe et la prosopopée, à la fois déclamatoire et froide, a été très goûtée des contemporains. Beaucoup des orateurs de nos futures assemblées se sont mis à son école. On préférera sans doute les Éloges, si précis et si simples dans leur élégance, que poutenelle ou vicq s'aztr ont consacrés à leurs confrères de l'Académie des sciences ou de l'Académie de médecine.

La véritable éloquence du xvra« siècle, il ne faut la chercher ni dans la chaire chrétienne, ni dans les plaidoyers des avocats, ni dans les éloges académiques. Elle se confond avec la polémique. C'est celle qu'on trouve dans le « Mémoire pour les Galas » (1762) d'ÊLiE de beaumont, auquel Voltaire trouve cependant à reprocher du a pathos de collège » ; dans les mémoires et polémiques de voltairb en faveur des Calas, de Sirven, du chevalier de la Barre, de LaDj-Tollendal, de toutes les victimes de la justice ou de l'ordre social ; dans les mémoires de la chalotais contre le duc d'Aiguillon (1 766- J 767), écrits en prison, avec un curedent et de la suie délayée dans de l'eau ; dans les mémoires de BEAïïMABCSAis coutre le conseiller Goezman, merveilles d'ironie et de spirituelle dialectique, qui ruinèrent, avec la réputation de Goezman, les cours créées par Maupeou; dans ceux de lallt-tollendal, le fils, en vue d'obtenir la réhabilitation de son père. C*est là qu'on trouve xme éloquence toute pratique, affranchie de toutes les traditions de la chaire, du barreau et de l'école, n'ayant en vue que le grand public et ne songeant qu'à convaincre et à passionner. C'est sur ces modèles que se sont formés les. Mira-

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beau, les Mouiiier et tous les grands orateurs de la Révolution.

n. L'histoire.

Hlsloire nationale. — Le sviii* siècle a laissé moins de mémoires historiques que le xvii«. On dirait qu'il se soit moins intéressé à lui-même que le précédent; ou plutôt il était entièrement tourné vers l'avenir, et beaucoup moins soucieux du passé et même du présent. En admettant que Saint-Simon soit encore du grand siècle, on ne peut guère citer que ceux de Mme de staal, du duc de LUTNES, de d*AR6ENS0N, de duclos, de l'abbé millot, et le curieux, mais peu littéraire, « Journal de l'avocat barbier ».

On continue à réunir les matériaux de notre passé national, lelong, dans sa <c Bibliothèque », donne le catalogue raisonné des sources de notre histoire, laurière et SECOUSSE entreprennent la publication des Ordonnances des rois; Dom mortfaugon (1729), de ses « Monuments de la monarchie française » ; bréquigitt, de ses « Diplômes, chartes et lettres » (1791). Le bénédictin Denis de saintb- UARTHE réédite la « Gaule chrétienne » de ses homonymes et parents du xvii« siècle, la développe et la continue. Dom BouauET édite son Recueil des historiens français, que continue Dom clément. Celui-ci, avec un quatrième' bénédictin, Dom gléuenget, commence, en 1750, « l'Art de vérifier les dates ». D. Clémencet avait entrepris aussi une œuvre énorme : « l'Histoire littéraire de la France ». Cette grande école des Bénédictins de Saint-Maur a rendu à notre histoire nationale * des services qu'on ne saurait oublier. Les Bénédictins de Lorraine ont donné Dom Calmet et Dom Ceiliier. Les Oratoriens, si fameux dans la philosophie et dans l'éloquence, ont produit aussi des historiens comme Thomassin. Dès le xvni« siècle, l'Académie des Inscriptions, avec Fevret de Fontette, qui continua la Bibliothèque historique de Lelong, avec Vertot,

1 . Dès 1816, l'Institut de France tient à honneur de reprendre l'œuvr» loierrompae des Bénédictins Bouquet, Clément, Clémencet, etc.

Secousse, Laurière, Bréquigny, Jean Lebeuf, Bonamy, prend une part honorable aux recherches historiques.

L'histoire d'érudition a continué avec Dom calmet, pour la Lorraine; avec Dom vaissette, pour le Languedoc; avec Dom PLANCHEB, pour la Bourgogne; avec Dom taillandier et Dom HORiCE, pour la Bretagne; avec dunod de charha&b, pour la Franche-Comté, à dépouiller les archives locales. Dom MARTIN expose la religion et Thistoire des Gaulois.

Nos vieilles institutions ont été étudiées par frêret, qui fut mis à la Bastille en 1714 pour avoir publié son Mémoire sur Torigine des Francs, où il contrariait les idées reçues ; par le comte de boulainvillibrs, qui, dans son « Histoire de l'ancien gouvernement de la France », soutint la théorie aristocratique sur la conquête des Gallo- Romains par les Francs; par l'abbé dubos, qui le réfuta dans son « Histoire critique » (1734); parD'BOZiBR, dans son Armoriai de France; par lacurne de saintepalate, dans ses Mémoires sur l'ancienne chevalerie; par gibert, dans son Histoire des Gaules et ses Recherches sur les cours de justice de nos rois; par soulavie, dans son Histoire des Etats généraux ; par perreqot, dans ses Études sur la condition des personnes et des terres dans l'ancienne Gaule; par LE6RAND d'AUSST, daos son Histoire de la vie privée des Français; par ir>« de la lézardièrb.

Il est à remarquer que la plupart de ces œuvres ont ane tendance polémique très marquée. L'histoire ellemême, à cette époque, se préoccupe de l'avenir plus que du passé, et, comme la philosophie, elle tend aux buts pratiques. On veut démontrer , par exemple, que la France n'a pas été toujours sans une constitution et sans des libertés; on cherche dans les archives des arguments pour ou contre les réformes.

Les histoires générales de France alors entrëprrses, comme celle de l'abbé vellt, n'ont pas la valeur de celle de Mézeray. Mais on peut signaler quelques bonnes histoires partielles : le travail d'ANauETiL sur « l'Esprit de la Ligue »; ceux de gaillard sur Charlemagne, sur François I^', sur la rivalité de la France et de l'Angleterre; de LEVESQUE, dans son Histoire de la France sous les Valois; de auiNCT, dans son Histoire militaire de Louis le Grand.

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lOstoive élnuicère. — Le grand MTBAWRAg publie son admirable livre a De la monarchie pmâsieDne sous Frédéric le Grand » (1788); BOLHitBE, sa « Révolution de 1762 en Russie » et son « Histoire de Tanardiie de Pologne »; LCVEsaoE, son « Histoire de Russie » (1782) ; kogh, son « Tableau des révolutions de TEurope ».

Misieire mieleiiBe, «rehéotofi^* Cffltion. — Les antiquités grecques et romaines commencent à être étudiées scientifiquement ^. On voyage à travers la Grèce : les deux Peyssonel, Leroy en 1770, Guys en 1771, Choiseul- Gouffier en 1776,Savary en 1785. Les cités antiques, ensevelies par le Vésuve au temps de Titus, sont retrouvées : Herculanuxn en 1713, Pompé! en 1755. Elles sont Tolijet de fouilles actives qui nous révèlent enfin la véritable antiquité. L'architecte delababdbtte a mesuré et dessiné les ruines fameuses du temple de Pœstum (Italie) càTLirs étudie les peintures antiques, mabutte tes pierres gravées et les peintures, séguier la liaison Carrée de Nîmes, pahbl la colonie romaine de Tarragone. Au « Trésor des antiquités romaines » de sauehcbe s'ajoute le « Dictionnaire des antiquités romaines » de babbal.

En Italie, Vico a publié (1725) ses « Principes de la philosophie de Thistttre »« SEâuroBT, dans son « Histoire critique de la république romaine » (1766), fait la part de la légende et de l'histoire dans les premiers siècles de Rome. Aussi la grande Histoire ancienne (1730) et la grande Histoire romaine (1748) du bon bolun vieillissent-elles rapidement. Grevier (1750) et Linguet (1766) nous donnent une Histoire de TEmpire romain; de firosses (1777), « un Siècle de la république romaine ».

Linguet (1762) et de Sainte-Croix (1775) entreiHrennent l'histoire d'Alexandre le Grand. L'abbé barthéleht résume tout ce qu'on sait de l'histoire et de l'archéologie grecques dans son t< Voyage du jeune Anacfaarsis », qui a été si longtemps classique chez nous et qui n'a pas encore vieilli tout à fait. Dom Montfaucon étudie les inscriptions

1. En Allemagne, V^inckelmann, dans son Histoire de l'art cheg lei anciens (17Ô4), Lessing, dans son Laocoon (1785), donnaient les premiers modèles de la crîtiqne d'art appliquée aaz monuments anciens. Ils mirent le classique à place du pseudo-classique et neas réTélèrent l'antiquité. -

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et les monumeats figurés de Tantiquité. Le p. BRimof publie en français le <c Théâtre des Grecs h^ et oaqbr donne des éditions nouvelles d'anciens auteurs.

Par delà l'antiquité romaine et grecque, on remonte à des civilisations encore plus anciennes : d'HANCARViLLE commence à nous révéler l'Ëtrurie ; gibert, la Babylonie ; catlus, iromaoT^s'ANviLUB, TËgypte; ameilhon publie l'Histoire du commerce de l'Egypte sous les Ptolémées.

Histofare du monile barbare, voya^^es» ipéo^aplde. — Non seulement de nouveaux siècles, mais de nouvelles régions arrivent à la lumière de l'histoire. Voici les races barbares ou ignorées de PÀsie et leurs sauvages conquérants. pÉns DE LA CROIX uous donne la traduction d'une Histoire persane de Tamerlan; gaubil, une Histoire de Gengis-Khan ; boooaihvi&lb, un Parallèle entre Alexandre le Grand et Thamas-Kouli-Khan ; de gbiqnes, une Histoire des Huns; le p. chabx^voix (1735), une Histoire du Japon; «bosieb, une Histoire de la Chine ; garbomib, une Histoire de l'Afrique et de l'Espagne sous les Arabes ; sabnieb, une Vie de Mahomet.

On étudie l'histoire de ces raines inconnues, leur civilisation, leur littérature, sobherat raconte son Voyage dans rinde et à la Chine; ghap» (1766), son Voyage en Sibérie; ifULïXï (1787), son Voyage en Syrie et en Egypte. Après Galland, qui nous a traduit les Contes arabes, oaubo. nous donne le Chou-King, un des livres sacrés des Chinois, anouetil-duperron nous révèle le Zend-Avesta, le livre sacré des anciens Perses, et publie ses Recherches sur rinde. GUi^tiN nous enseigne la grammaire hébraïque et chaldéenne. Le p. amiot rédige son Dictionnaire tatar-mandchou, son Génie de la langue chinoise, 80O Art militaire et sa Musiq^ue des Chiiaois, sa Vie de Gonfucius.

L'Amérique et TOcéanie, ces mondes dont l'existence même était ignorée trois siècles auparavant, sont expier rées en tous sens. Le p. charieyoiz nous donne une Histoire de Saint-Domingue, une Histoire de la Nouvelle-France et une Histoire du Paraguay; le p. LAmAU, les Moeurs de» sauvages américains et les Découvertes- et coaquôte& des Portugais; ia GONnAMmB, sa Relation dfua voyage

dans rAmérique méridionale (1743) ; bougainviub (i771)| son Voyage autour du monde et principalement dans les archipels inconnus de Tocéan Pacifique.

L'abbé batnal trouvera donc bien des matériaux préparés quand) réunissant dans un vaste ensemble toutes les régions récemment explorées et exploitées, il nous donnera « l'Histoire philosophique des établissements et du commerce des Européens dans les deux Indes » (1770).

La géographie devient une science avec d'anyille, qui donne, en 1737, son Atlas général, en 1768, sa Géographie ancienne ; avec buaghe, l'inventeur de la division par bassins; avec babbié du bocage, qui dresse, en 1789, l'Atlas du Voyage d'Anacharsis.

On devine qu'il y a une science de la grammaire générale, et DE BROSSES publie sa « Formation mécanique des langues » ; qu'il y a une science des religions comparées, et PERNET7 dresse son « Dictionnaire des mythes ».

nontesqnleu historien. — De tous les historiens du zviii« siècle, deux sont restés vraiment classiques.

Montesquieu a fait surtout la philosophie de l'histoire dans ses « Considérations sur la grandeur et la décadence des Romains » (1734). Jusqu'à lui, on avait étudié l'histoire de Rome uniquement au point de vue du poète tragique ou du moraliste : on y cherchait des exemples de haute vertu et d'héroïque abnégation. Montesquieu est sorti des admirations convenues pour saisir les vraies causes de cette puissance énorme. 11 a montré par quelles maximes de gouvernement Rome avait grandi et subjugué le monde, n a mis en lumière les deux forces de son génie organisa-^ teur autant que conquérant : la politique et le droit. Son ouvrage est venu avant celui de Beaufort : il accepte donc comme ses devanciers les autorités historiques et les faits que Beaufort devait contester; mais cest sur le jeu des institutions que porte sa pénétrante critique. Aussi, malgré les découvertes de Térudition moderne, les grandes lignes de l'œuvre de Montesquieu sont-elles restées intactes.

L' t( Esprit des Lois » (1748) montre la même méthode appliquée à l'histoire générale. Montesquieu fait entrer dans son cadre non seulement nos vieilles institutions nationalesi mais celles des peuples que des voyages ou des

livres récents nous avaient à demi révélées. Telle théorie est soutenue d'exemples empruntés non seulement à la Grèce, à Rome, à la France féodale, à l'Angleterre, mais encore à l'Inde, à la Chine ou aux tribus sauvages. Montesquieu, le premier, a étudié l'influence des climats sur les insti Lu tiens politiques, sur les religions, sur les mœurs. Il a, le premier, en comparant les civilisations les plus diverses, essayé de formuler les lois générales de la civilisation. Enfin, le premier, il a tiré du passé de l'humanité des conclusions sur son avenir.

Yoltaire historien. — Dans Voltaire historien, il faut admirer d'abord la souplesse de génie, la puissance de travail, la curiosité infatigable. On dirait que sa longue vie ait été consacrée tout entière à l'histoire. Ses récits, d'un style si alerte et si facile, ont pour base un travail sérieux d'information. Sa « Vie de Charles XII » (1731) est un livre de première main, fondé uniquement sur des documents authentiques ou sur les récits des contemporains, d'une information si exacte et d'une critique si sûre, que les travaux des historiens ultérieurs n'y ont rien changé d'essentiel.

Quand il entreprit le « Siècle de Louis XIV » (1732-52), il se trouva à peu près dans la situation de M. Thiers essayant de raconter la Révolution française. C'était aussi d'une histoire presque contemporaine qu'il s'agissait. Voltaire se trouvait même en présence d'une tâche plus difficile ; car le siècle de Louis XIV n'avait pas donné naissance à la même masse d'écrits que la Révolution; l'histoire ne s'était point passée sur la place publique, mais dans le secret des conseils du prince ; il n'y avait pas de journaux qu'on pût consulter ; les documents officiels étaient enfermés aux archives de la Guerre, des AITaires étrangères ou de la Maison du roi ; la plupart des Mémoires que nous connaissons aujourd'hui n'avaient pas encore été publiés. Voltaire lut tout ce qu'il put se procurer, se fit ouvrir des archives, interrogea les survivants du grand règne. Il sut deviner ce qu'on refusait de lui révéler. Son petit livre représente donc un labeur énorme, des recherches multipliées, une vaste correspondance. Qu'importe que Voltaire soit un peu trop sous le charme des splendeurs de la monarchie : avec

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quelque complaisance, il n*en reste pas moins impartial et indépendant. Surtout il a su garder à Fépoque qa'il fait revivre la couleur et le mouvement : jamais on ne racontera aussi bien que lui, en si peu de pages, la Fronde, l'éclat des belles années ou les désastres de la guerre de Succession. Son mérite c'est encore d'avoir compris que cette époque était grande surtout comme époque de civilisation; que ce n'était pas tout que d'esquisser en traits étinoelants la bataille de Rocroj ou celle de Hochstedt. Aussi nous a-t-il initiés à la vie de cour et aux querelles religieuses ; il a tracé un tableau des lettres, des urts, des sciences, œuvre toujours si difficile quand on n'est pas dans un éloignement suffisant et que le temps n'a pas encore mis chaque chose à sa vraie place. Encore aujourd'hui, la meilleure histoire abrégée du règne de Louis XIY, c^est peut-être celle de Voltaire.

Le « Siècle de Louis XV » (1768-1770), rédigé quand Louis XV vivait encore, présentait toutes les difficultés de l'histoire tout à fait contemporaine. Où trouver cependant, même aujourd'hui, un exposé plus attachant et, dans ses lignes générales, plus exact que les récits de Voltaire sur la Régence, le système de Law, les victoires du maréchal de Saxe, les aventures du prince Charles-Edouard, les luttes de Dupleix et de Lally-Tollendal pour l'empire des Indes?

La Russie était alors beaucoup moins connue (qu'aujourd'hui la Perse; la physionomie de Pierre le Grand était plus insaisissable que ne le serait celle du shah Nazir-Eddin ou du vice-roi de Petchili, Li-Bung-Ghang. Il nous apparaissait dans un lointain pMn d'obscurité; la légende se mêlait à son histoire ; les rares voyageurs qui revenaient de Saint-Pétersbourg ou de Moscou, les diplomates et les militaires qui avaient vécu dans l'empire des tsars racontaient cent choses contradictoires ou exagérées. Voltaire se 'mit en relations avec l'impératrice Elisabeth, fille de Pierre le Grand, avec le favori de celle-ci, Ivan Ghouvalof. n obtint communication de documents officiels, textes de lois, plans de réformes, rapports de généraux et d'ambassadeurs, n se lia avec tout ce qu'il put trouver de Russes voyageant en Europe ou d'Européens revenus de 'Russie.

On ne peut avoir une idée de la conscience qu apporta Voltaire à ce travail, de Tardeur qu'il mit à poursuivre la ▼érité, que lorsqu'on a eu sous les yeux tous les documents annotés par lui, les questionnaires adressés à Chouvalof, les objections aux réponses de celui-ci. C'est ainsi que Voltaire put raconter non seulement l'histoire militaire du grand tsar, ce qui était relativement facile , mais exposer les réformes accomplies par lui dans ce mystérieux empire du despotisme, préciser ses rapports avec l'Église nationale ou les dissidents religieux, faire le compte des régiments créés, des canons fondus, des vaisseaux équipés, des écoles ouvertes par lui. Le premier bon livre sur la Russie qu'on ait eu en Occident, c'est celui de Voltaire, « l'Histoire de la Russie sous Pierre le Orand » (1759).

Voltaire n'a pas reculé devant l'entreprise aride et ingrate d'écrire Thistoire de cet empire d'Allemagne, sur laquelle tant de volumes entassés par les juristes du saintempire avaient fait plus d'obscurité que de lumière. Il a réussi cepeodant à nous donner tout au moins un manuel clair, complet et relativement exact.

Avec tous les matériaux qu'accumulaient chaque jour les histoires particulières ou les récits des voyageurs, on comprend combien était grande la tentation d'écrire, après Bossuet, une histoire universelle. C'est le titre que portent deux ouvrages, l'un de Dom Calmet (1735), l'autre de Lambert, « Histoire de tous les peuples du monde » (1750). C'est à une date très rapprochée de celle-ci que se place la tentative de Voltaire (1754-58), sous le titre modeste d' «c Essai sur les mœurs et l'esprit des nations ». Si l'on veut se reporter aux dates des travaux spéciaux que nous avons indiqués ci-dessus, on verra quels sont ceux qui étaient à sa disposition. Cela ne suffisait pas pour faire œuvre originale. « Aussi on le voit consulter une foule de jdocuments manuscrits que l'érudition moderne ne sait pas retrouver facilement, étudier et mettre à profit, non pas seulement des chroniques dont le texte, difficile à lire et à comprendre, commence à peine, de nos jours, à être interprété, mais même des registres de comptes, des chartes et des baux, toutes pièces quelquefois inconnues de ses prédécesseurs comme de ceux qui sont venus

aVILlSATION FRANÇAISE

après lai *. » Tel des chapitres consacrés à notre histoire nationale, et qu'il nous est pins facile de contrôler, est admirable de science neuve, d'exactitude et de haute impartialité : qu'on relise les chapitres sur saint Louis, les guerres du xvi« siècle, etc. C'est vraiment une histoire universelle; car elle ne s'arrête pas au ix^ siècle, comme celle de Bossuet, mais s'étend jusqu'au siècle de Louis XIV; elle embrasse non seulement les civilisations de TOrient, de la Grèce et de Rome, mais celles de la Chine, de l'Inde, de l'Arabie, de l'Amérique avant sa découverte. Zoroastre, Mahomet, Confucius reprennent leur place à côté de Moïse, à titre de grands législateurs du genre humain. Bien que Voltaire eût peu de tendance à grandir le rôle de l'Église catholique dans la civilisaiioii générale, il devine cependant ce qu'il a été et il consacre de longs développements aux révolutions religieuses, à l'histoire des grands papes du moyen âge. Dans la multitude infinie des faits, il ne s'attache qu'à ceux qui montrent « par quels degrés on est parvenu de la barbarie à la civilisation >>. Vidée de progréSf voilà ce qui manque au livre de Bossuet, qui arrête tout au berceau du Christ; et voilà au contraire ce qui illumine la grande œuvre de Voltaire et lui donne son unité : c'est celle qui a soutenu et réconforté tout le xvm« siède dans sa lutte ininterrompue contre les puissances du passé.

Ouvrages a consulter. — Voir, au ch'ipitre précédent, les histoires générales de la littérature française.

— JJist. de la langue et de la litt.

fr. t'es origines a 1900, pabl. sous la d.rect.on de L. Petit de Jallevil..-. [. VI. —Paul Albert, La litt. française au xviii» siècle. — ViJleniain. Tableau de la litt. française au XVIII» siècle. — G. Desnoiresterres. Voltaire et la société au x\iA' siècle. — Scherer, Diderot.

— SainlG-Beuve, Lundis et Âouveauc Lundis. — Ch. Nisard, Les ennemis de Voltaire. — SaiuL-Marc Girardin, /.-/. Rousseau, sa vie et

ses ouvrages, — Campardon, Le»

spectacles de la foire. — V. Barburet, Lesage et le théâtre de la foire. — Ue Loménie, Beaumarcnait et son temps. — Larroumet, Marivaiur. — Desnoir eslerres, La comédie satirique au xviii» siècle. — Lintilhac, Beaumarchais. — M. Toarneux, Hist. de Beaumarchais, — Léo Claretie, Lesnae. — C. Lanson, 2firelle de La Chaussée et la comédie larmoyante. — Em. Deschanel, Le romantisme des classiques. — Ch.

Aubertin, L'éloquence ^n France.

— Lavisse et llambaud. Histoire générale, t. VIII. p. 7-i4-25.

1. A. Gcffroy. Préface à la nouvelle édition de V Histoire de Charlet XIL

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