‹ Histoire de la civilisation françaiseChapitre 59 sur 135 · LES IDÉES PHILOSOPHIQUES AU XVIIP SIÈCLE · texte numérisé non relu

LES IDÉES PHILOSOPHIQUES AU XVIIP SIÈCLE

de Nantes, sont une protestation contre les persécutions doitt la Révocation a donné le signal et qui déshonorent encoore le pays. Ses contes en vers, sçs romans en prose, ont souvent pour but de mettre en lumière une thèse philosophique. Toute sa vie, Voltaire a été Tapôtre de cette philosophie; il Ta été dans toutes ses œuvres. C'est ât ce point de vue qu'il faut se placer si on veut les bien juger. Pour servir de véhicule à ses idées, il a inventé des genres littéraires nouveaux, des formes de librairie inconnues : à côté de ses gros livres voltigeaient cette multitude de brochures, de pamphlets, qu'il faisait imprimer en Suisse, en Hollande, en Angleterre, que souvent il ne signait pas ou signait de pseudonymes, qu'à, l'occasion il désavouait s'il était pressé de trop près par la police, mais qui faisaient leur chemin, pénétraient partout, étaient lus de tout le monde, et qui exercèrent une action dont seule la presse de notre temps peut donner une idée.

C'est par tous ces moyens qu'il enfonça dans l'esprit de ses contemporains cette conviction que la persécution et Tintolérance sous toutessesformes, l'arbitraire des tribunaux, l'emploi de la torture, la cruauté des supplices, l'inégalité des imp6ta, le servage des paysans, devaient être supprimés. C'est par là qu'il contribua à préparer la révolution de 1789.

C'est un philosophe aussi que Montesquieu. Dans ses « Lettres persanes » (1721), où un Asiatique, de passage à Paris, est censé juger les dusses de France, il mène une sorte de petite guerre contre l'Église et contre l'État, qui font « jeûner les citoyens utiles pour engraisser les parasites ». Dans son « Esprit des Lois » (1748), il classe les monarchies en tempérées et en despotiques; il explique aux Français, il révèle aux Anglais eux-mêmes, le méea-. nisme de la libre constitution britannique et nous apprend à envier les libertés d'outre-Manche. ^.

Avec l'autorité d*mi. magistrat, Montesquieu attaque la barbarie des lois pénales, la torture, qui est « le plus sûr

1. Sar lea ixuititutions anglaises, ua livre <iai eut aassi une grande célé^ brité, et dans lequel Mounier et les futurs chefs du parti de la monarchie constitutionnelle ont fait leur éiducation, c'est la Constitution de l'Angleterre (1771), par Delorme. L'auteur étaH ne à Genève, et avait vécu ea Angleterre. Ce livre eut un tel succès que les Anglais le tradaislrent.

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moyen de perdre un innocent de faible complexion et de sauyer un coupable robuste ». La campagne qu'il conduit contre les abus judiciaires est soutenue aussi par Voltaire, qui se fait Tavocat de toutes leurs victimes : de Galas, faussement accusé d'avoir assassiné son fils et supplicié par la roue ; de Sirven, qui s*est enfui pour ne pas éprouver le même sort; du chevalier la Barre, cruellement torturé et exécuté pour une étourderie, de Lally-Tollendal, le vaillant et infortuné défenseur de Pondichéry, que Ton conduisit à la mort, bâillonné et garrotté, dans un tombereau. En Europe, d'autres publicistes s'inspirent des mêmes principes : becgaria, de Milan, avec son « Traité des délits et des crimes» (1764), filangieri. de Naples, avec sa «Science de la législation » (1780), deux ouvrages qui sont aussitôt traduits en français et bientôt dans toutes les langues de l'Europe.

C'est encore un philosophe que Rousseau. Dans son « Dis cours sur l'origine de l'inégalité parmi les hommes » (1755), il critique l'organisation de la société ; dans son « Contrat social » (1752), il reprend la même thèse et, en outre, s'attaque à l'organisation politique, nie que les gouvernements puissent avoir d'autre droit légitime que le consentement des gouvernés. Aux théories absolutistes de Louis XIV et de Bossu et, il oppose nettement le dogme de la souveraineté populaire. Son livre, qui fut passionnément lu et commenté, que nous lisons moins aujourd'hui précisément parce que ces idées nous sont devenues familières et ont passé en quelque sorte dans notre sang, peut être considéré comme l'Évangile de la Révolution.

Toute l'œuvre de Diderot , depuis la « Lettre sur les •aveugles » (1749), qui lui valut trois mois et demi de détention à Vincennes, jusqu'à ses contes et ses comédies, c'est de la philosopkie. Toujours il tend aux conclusions pratiques. Dans un ouvrage qui ne parut qu'après sa mort (1784), « la Politique des souverains », se rencontrent même des maximes comme celle-ci : « Il n'y a de bonnes remontrances que celles qui se feraient la baïonnette au bout du fusil », et celle-là : « Le supplice pubhc d'un roi change l'esprit d'une nation ».

L'abbé mablt, dans ses « Observations sur l'histoire de

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