LES IDÉES PHILOSOPHIQUES AD XYIII« SIÈCLE
France » (1784), met les faits au service de cette philosophie. Il prétend retrouver dans le passé les origines et les titres de cette démocratie dont tout le monde alors pressent Tavènement. Dans son traité « de la Législation » (1776), il formule cette maxime qui sera celle de la Révolution et dont nous nous inspirons encore aujourd'hui : « Il y a une épreuve infaillible pour juger de la sagesse d'une loi : elle consiste à se demander si la loi proposée mettra plus d'égalité parmi les citoyens. »
Que fait Beaumarchais lui-même, jusque dans ses comédies, sinon de la philosophie ? La représentation du « Mariage de Figaro », c'est déjà une des journées de la Révolution.
Idées nouvelles sar l'éeoiioiiiie poUtiqne. — Tandis que les littérateurs et les philosophes, dans la politique et la religion, combattent l'esprit d^aïUorité qui avait si longtemps dominé le monde, un autre groupe de penseurs l'attaquent sous une autre de ses formes : le système de réglementation à outrance dans l'industrie, le système de protection à outrance dans le commerce. A côté de la politique nouvelle, Véconomie politique nouvelle.
Les gouvernements de l'ancien régime, non seulement en France, mais dans l'Europe entière, semblaient avoir pris pour devise : dans l'industrie, ne rien laisser faire ; dans le commerce, ne rien laisser passer, sans le réglementer. Le mot d'ordre de la nouvelle école, c'est : Laissez faire, laissez passer.
Le but des anciens gouvernements avait été de n'admettre en France que le moins possible les produits des autres nations, afin d'empêcher la sortie des métaux précieux. On voulait « s'afiranchir du tribut payé à l'industrie étrangère », « se passer de l'étranger ».
La théorie des nouveaux économistes est tout opposée. Pourquoi restreindre l'entrée des marchandises étrangères? est-ce qu'elles ne sont pas pour le peuple une augmentation de bien-être, si elles sont meilleures et à meilleur marché que les produits similaires du pays? Etre riche, ce n'est pas accaparer beaucoup d'espèces métalliques : c'est avoir en quantité suffisante les choses nécessaires à la vie. Il est faux que « le profit de l'un fasse le dommage de l'autre » ; il est tbsurde, sous prétexte d'enrichir la France, de vouloir ap-
pauvrir les Anglais ou les Hollandais. Une nation commerçante a plus d'intérêt à être entourée de nations riches que de nations pauvres, « par la même raison, disait TAnglais David Hume, qu'on peut faire de meilleures affaires avec un homme opulent qu'avec un homme sans ressources ». Ces économistes condamnaient les lois contre rentrée des vins ou des céréales, parce qu'elles nuisent aux consom* mateurs du pays, et les lois contre la sortie de ces denrées, parce qu'elles nuisent aux producteurs. Ils condamnaient tout le système des corporations, parce qu'il empêche la libre concurrence, et tout le système des règlements industriels, parce qu'il nuit à la variété et au perfectionnement dans la fabrication. Us condamnaient les lois restrictives sur le prêt à intérêt, sur tout le commerce de l'argent. Us affirmaient que la production et les échangea sont réglés par certaines Uns naturelles y et qu'un gouvernement nuit à ses sujets et à lui-même en contrariant ces lois. Si on l«s laisse fonctionner librement, le blé, par exemple, se portera toujours où il y a disette de blé; les capitaux se porteront toujours là où le taux de l'argent est le plus élevé et amèneront ainsi l'abaissement de Tintérêt ; toute denrée se rendra toujours là où il y a le plus grand besoin de cette denrée. En un mot, Voftre et la demande se trouveront toujours en équilibre. La mission du gouvernement est non pas de faire des lois économiques, mais de reconnaitre et.de proclamer les lois naturelles.
Les physiocrates sont ceux qui étudient et connaissent ces lois naturelles : tel est le nom que se donnaient à eux-mêmes les économistes du xvui^ siècle. Us sont les adversaires déclarés de ce qu'on appellera bientôt le colbertismey c'est-à-dire du système autoritaire de Coibert en économie politique.
BOiSGUiUEBEïiT et VAUBAN* SOUS Louls XIV, out été les premiers qui aient émis des idées neuves sur l'économie politique. Leurs doctrines, alors proscrites en France, se répandirent en Angleterrre, où elles inspirèrent logkb, tockeb, David HïïHE. Elles furent reprises chez nous, au nûlieu du xvin« siècle, par goubnax, à qui l'on doit la fondation des premières sociétés pour le perfectionnement de l'agriculture, de l'industrie et du commerce, et par auBSNAT, l'auteur de la « Physiocratie », le médecin de Mme de Pom-