LES IDÉES PHILOSOPHIQUES AU XYIII^" SIÈCLE
padour, que Louis XV aimait à faire parler et qu'il appelait son penseur. Il réunissait ses adhérents dans un entresol du palais de Versailles : de là le nom de club de PEntresoL TURaoT chercha bientôt à appliquer les doctrines nouvelles, d'abord comme intendant de Louis XV en Limousin, puis comme ministre de Louis XVI ; il collabora à « TEncyclopédie », publia en 1766 ses « Réflexions sur la formation et la destruction des richesses » et son « Mémoire sur les prêts d'argent ». H écrivit « l'Éloge de Goumay ». Citons encore rolanb, qui devait être ministre sous la Révolution ; GONDORCET, qui publia la « Vie de Turgot » (1786); BmciSB m là, BiviÈRE, auteur de « l'Ordre naturel et essentiel des sociétés politiques » ; miponr de nehours, qui édita la « Physiocratie » de Quesnay (1758) et publia « Origine et progrès d'une science nouvelle » ; voltaire lui-même, qui apporta à cette science le concours de ses talents littéraires et écrivit « l'Homme aux quarante écus » ; l'abbé ratnal, qui, dans son grand ouvrage, attaqua le système colonial alors en vigueur et reposant sur l'exploitation des colonies par la métropole. En 1776, le philosophe Adam saiTH donnera en Angleterre ses « Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations », traduites aussitôt en français, et qui réunissent en un corps les doctrines du libn échange.
L'Encyelopédie et les eneyelopédistes. — Il est une œuvre, au xvin® siècle, qui semble le résumé de toutes les autres œuvres philosophiques. Ce fut un dictionnaire en trente-sept volumes in-folio, dans lequel il y avait des articles excellents, bons, médiocres ou insuffisants. « L'Encyclopédie » afficha la prétention de rassembler et de reviser toutes les connaissances acquises à cette époque, de dresser le bilan de l'esprit humain, dans les sciences et les lettres, dans les arts et les industries, dans les institutions et les lois. Le premier volume parut en 1751 et le dernier en 1777. d'alemrert lui assura un brillant début, en écrivant, sous la forme de Discours préliminaire, un tableau des progrès de l'esprit humain. Montesquieu lui donna son « Essai sur le goût » ; Marmontel des articles sur les lettres; Helvétius, d'Holbach, Gondillac, sur la philosophie et les sciences ; les abbés de Prades, Yvan, Morellet, sur la
théologie *; Malesherbes, sur la législation; Quesnay, Condorcet, Turgot, sur Téconomie politique, etc. Voltaire fut un des rédacteurs des plus actifs. Entre tant de collaborateurs érainents ou obscurs, l'homme qui fut Tàme de 1 l'Encyclopédie », c'est dibebot. Pour la mettre au courant des progrès accomplis, il parcourut les boutiques, les ateliers, les manufactures, s'entretint avec les savants, les fabricants et les artisans, mit lui-même la main aux métiers, s'improvisa apprenti et ouvrier dtfns nombre de professions, fit dessiner les machines et graver les plans. U ne se laissa décourager ni par les trahisons de l'éditeur, ni pai les attaques des journalistes, ni par les dénonciations des corps constitués, ni par l'emprisonnement ou la défection de certains de ses collaborateurs, ni par la menace d'emprisonnement ou d'exil perpétuellement suspendue sur sa tôte. U soutint ce labeur et cette lutte pendant vingt-six années.
Après l'apparition des deux premiers volumes, la publication est suspendue pendant 18 mois. En 1759, un orage terrible se prépare. Jamais la presse vénale, les Fréron, les Palissot, n'avaient été plus injurieux 2; jamais les pouvoirs constitués n'avaient été plus redoutables et même plus féroces : c'est le moment des exécutions de Galas, de la Barre ; c'est le moment où Ton entend des magistrats déclarer que « Ton n'avancerait rien tant qu'on ne brûlerait que des livres ». L'éditeur Lebreton, soucieux de son brevet, falsifie les manuscrits qu'on lui donne à imprimer, afin d'en atténuer les hardiesses; d'Alembert, fatigué de calomnies et craignant pour lui-même, se retire ; Voltaire s'est réfugié à Ferney et avertit Diderot de songer à sa
t . Les nhbcs do l'Encyclopédie eurent leur part des persécutions, car de Prades fut censuré par la Sorbonne, Yvon censuré et obligé de s'expatrier, Morcllet mis à la Bastille.
2. Au xvin* siècle, la presse périodique, le journal, qui était bien pins complètement que le livre à la discrétion du pouvoir, fut trop souvent aervile et ordinairement en guerre ouverte avec les philosophes. Voltaire parle des journalistes avec mépris et colère : « Valets de librairie, gens de la lie dn peuple et la lie des auteurs, les derniers des écrivains inutiles, et par conséquent les derniers des hommes... ces petits regrattiers de la littérature, cette canaille qui, en barbouillant du papier pour vivre, ose avoir de l'amour-propre, et qui juge avec tant d'insolence ce qu'elle n'entend pas. U tst Juste d'écarter à coups de fouet les chiens qui aboient sur notre passage^ •