L'ARCHITECTURE 38T
plus Tart chrétien du moyen âge. Ils essayèrent, dans leur Église de Jésus à Rome (1551), de créer un art nouveau ; ils cherchèrent la grandeur et la force, mais ne rencontrèrent que des formes gauches et lourdes. Plus tard, quand ils recommandèrent les pratiques d*une dévotion minutieuse et maniérée, ils introduisirent dans leurs églises une ornementation de mauvais goût. De tous ces éléments se composa ce qu*on a appelé le style jésuite. Alors s'élevèrent ces façades sans caractères, qui semblent de monumentaux découpages de carton ; ces voûtes massives, ces nefs séparées par de lourds piliers, éclairées par des fenêtres rectangulaires ou cintrées. A Finténeur, on prodigue les urnes, les guirlandes de fleurs, les nuées en pierre ou en plâtre, sur lesquelles s'ébattent des êtres ailés et bouffis qui ne sont ni des anges ni des amours ; les niches disgracieuses où se dressent des saints mal bâtis ; une ornementation compliquée, bizarre, incohérente; une sculpture et une peinture qui visent également au trompe-l'œil; en un mot, une décoration de théâtre.
Tels sont les modèles que nos architectes rehgieux du xyn« siècle rencontrèrent en Italie et s'efforcèrent d'imiter en France, db brosse, ayant à réparer Tégiise gothique de Saint- Gervais, plaqua sur ce monument de style ogival un portail de style jésuite. Le goût était alors si dépravé que ks contemporains de Marie de Médicis ne furent pas choqués par la barbarie de cette prétendue restauration. Au contraire la Façctde de Saint-Gervais excita leur admiration : ce fut un « véritable événement ». Deux jésuites, les pp. hartbl-aube et François deramd, construisirent, du même style, Téglise Saint-Louis (aujourd'hui église Saint-Paul dans la me Saint- Antoine), qui ne manque pas, à l'intérieur surtout, de grandeur). L'art nouveau présida à la construction des innombrables églises ou couvents qui s'élevèrent à cette époque et envahit successivement toutes nos provinces.
Le génie français n'eut pas d'abord la force de réagir contre le courant. Il releva du moins cet ennuyeux style par un heureux emprunt à la Renaissance italienne, ou, R l'on veut, à l'architecture byzantine. On donna plus d'importance que ne l'avaient fait les architectes de l'église Safnt-Louis à la coupole. L'essai commença, timidement
d'abord, par la petite église des Carmes, par celle de VOratoire. Puis la coupole s*enfle déjà avec Lemercier sur Yéglise de la Sorbonne, avec Levau sur Yéglise du Collège des Quaire-Nations. Elle prend bientôt des proportions grandioses, elle devient un dôme : au Val-de-Grâce, où LEDUC couronne ainsi magnifiquement l'œuvre commencée par François Mansart ; aux Invalides, où Hardouin hansart, sur l'église de Bruand, éleva ce casque d*or que supportent 40 colonnes et qui, avec la lanterne, s*élance à une hauteur de 100 mètres; dIus tard enfin, au Panthéon de SoufQot.
Au xvii*^ siècle, on peut encore citer l'église Saint-Roch par Lemercier (1653), avec un portail par Robert de Cotte; celle de Saint-Louis-en-VIle par Levau (1674); celle de Saint" Thomas dAquin par BuUet (1685).
L'église de Saint-Sulpice, commencée au xvii« siècle, par Levau et Gittard, fut reprise en 1721 par Oppenordt : la façade en deux étages de* colonnades, d*un style assez original, est due au Florentin servandoni (1733-1745), la tour du sud à Maclaurin, la tour du nord à Ghalgrin.
De même que les deux églises vraiment belles du XVII* siècle sont celles du Val-de-Gràce et des Invalides, le chef-d'œuvre du xviii« siècle fut le Panthéon, ou plutôt, comme on l'appelait alors, Sainte-Geneviève, soufflot s'était proposé pour modèles un monument romain et un monument de la Renaissance italienne : le Panthéon d' Agrippa et Saint-Pierre de Rome. Peut-être a-t-il construit plutôt un temple antique qu'une église chrétienne. Cette masse robuste du corps de l'édifice, ces murailles colossales qui ne sont percées d'aucune fenêtre, ce haut et large perron, cette puissante colonnade du rez-de-chaussée, ce vaste fronton triangulaire, cette couronne de colonnes qui supportent le dôme prodigieux, tout cela encore agrandi par la situation de l'édifice au sommet de l'ancienne montagne Sainte-Geneviève, excita chez les contemporains plus de surprise que d'admiration. Soufflot consacra vingt-trois années (1757-1780) à cette construction, harcelé par les critiques, troublé peut-être par les prophètes de malheur qui annonçaient, comme on l'avait annoncé à Bramante et à Michel- Ange, que le dôme écraserait l'édifice. U mourut