L'ARCHITECTURE
sn 1781, laissant à rondelet le soin d'achever son œuvre et après avoir doté Paris d'un de ses plus imposants monu ments.
L'architecCure privée. — Sous Henri IV et Louis XIII, les liôtcls des nobles à Paris, leurs châteaux en province, continuent à perdre Taspect de forteresses qu'ils avaient autrefois. Un caractère de l'époque, c*est l'emploi, dans les constructions privées, de la brique et de la pierre, qui, avec l'ardoise des toitures, produisent un mélange de tons rouges, blancs et noirs, assez agréable à l'œil. On peut citer, comme exemples, la Place Royale, commencée en 1604 et qui se compose de 35 pavillons symétriques, la Place Daupkine, commencée en 1608, Vhôtel de Rambouillety le Palais Mazarin (aujourd'hui la Bibliothèque nationale, et non l'Institut).
Le style des monuments royaux ne tarde pas à inQuer sur l'architecture privée. Là aussi, on veut faire grand. Les petites portes d'autrefois font place à de larges et hautes portes cochères, assez amples pour permettre l'entrée des énormes carrosses du temps. Il faut de vastes cours pour permettre aux équipages de tourner devant les imposants perrons, et à la valetaille innombrable de stationner. Plus d'escalier à vis, mais de grandes rampes, à larges marches, occupant un espace considérable. Plus de petites fenêtres è. meneaux de pierre et à vitraux de couleur, mais de grandes baies occupant toute la hauteur de l'étage, à croisées de bois, à grandes vitres incolores. On sacrifie tout à la représentation, à la vie de société. L'étage principe, le bel-étage, comme on rappelle encore aujourd'hui en Russie, est entièrement occupé par les grands appartements : vastes salons, salles de festins immenses, galerie à perte de vue, salles de théâtre. A l'étage supérieur, les maîtres de la maison se logent comme ils peuvent. Aucun souci du confortable : ces vastes appartements devaient être impossibles à chaufifcr ; ils communiquaient ensemble tant bien que mal, les pièces se commandaient ou restaient isolées.
Au xvm» siècle, au contraire, on se préoccupe du confortable* A l'exemple du roi, les grands seigneurs se dérobent à leurs hôtels solennels et froids : ils se font bâtir, quelque pai't entre Paris et Versailles ou à l'extrémité des faubourgs,
de petites maisons. Dans leurs palais mêmes ou dans leurs hétels, le roi et les seigneurs se réservent de petits appar^ tementSj chauds, coquets, où Ton est vraiment chez soi. LASSURANCE, quand il construit le Palais-Bourbon, inaugure un art nouveau, avec des préoccupations nouvelles. Il substitue aux grandes sculptures, aux plaques et aux colonnettes de marbre, une décoration de menuiserie légère; il remplace par des glaces les tableaux et les bas-rehefs ; il dissimule les solives, jadis apparentes, au moyen de plafonds blanchis; il veille à ce que les pièces communiquent facilement, tout en restant indépendantes Tune de Tautre; il pratique ces escaliers dérobés, si commodes pour cacher une intrigue d'amour ou de poh tique et pour fuir les visiteurs importuns. Boflârand, Oppenordt, Robert de Cotte, Leroux entrent dans cette voie. Pour la décoration intérieure, ils emploient, concurremment avec la menuiserie, les rosaces et les corniches en moulure de plâtre. Us furent les créateurs du style rococo.
Les Jardins. — Le Jardin du Luxembourg, créé par Marie de Médicis, avec ses terrasses, ses balustrades, ses vases, ses statues, dont la blancheur tranche sur la verdure des massifs, avec ses bassins et ses eaux jaillissantes, est resté le type du jardin italien. Le parc est alors comme le complément du Palais et son prolongement en plein air : il ne forme avec lui qu*un harmonieux ensemble. L'aft des jardins, c'est donc encore de l'architecture. £B notbe avait déployé tant d'habileté dans la distribution des jardins-de Fouquet au château de Vaux que Louis XIV voulut l'attacher à son service. Le chef-d'œuvre de Le Nôtre, ce sont les Jardins de Versailles : il y créa des forêts de haute futaie, dont tous les arbres furent amienés de loin à grands frais ; des bosquets, des cabinets et des grottes de verdure, où le promeneur peut se donner un instant l'illusion de la solitude ; il tailla les ifs, de manière à leur donner des formes architecturales, en murailles, en vases, en cônes, en pyramides; il étendit, comme des tapis verts, d'immenses pelouses; il ménagea de vastes horizons, des échappées à travers les massifs ; il disposa les bassins où Neptune et toutes les divinités de l'Océan peuvent faire piaffer leurs chevaux marins et leurs dauphins; partout
LA SCULPTURB 3H
étincelèrent les marbres blancs des statues ou les gerbes diamantées des jets d'eau. Du même style, il créa les jar^ dins et les parcs des Tuileries, de Marly, de Saint-Gloud, de Chantilly pour les Condé, de Glagny pour Mme de Mod* tespan, de Sceaux pour le duc du Maine. Il fut appelé en Angleterre, oû il dessina ceux de Saint-James et de Greenwich.
L'art de Le Nôtre est de la même école que l'art da Mansart; il vise à l'unité, à la symétrie ; il rencontre souvent l'uniformité et la monotonie ; il aime trop les grandes lignes, la ligne droite. Il violente à l'excès la nature. Tels sont les caractères du jardin français.
Au xviii« siècle, on s'en lassa. La réforme vint d'Angleterre. Le peintre britannique kent (1684-1748) mit à la m de le jardin anglais ou le jardin de paysage, qui rompt avec les lignes droites, affecte les pentes vallonnées et les allées tournantes, aime les grands bois, les fourrés épais, les ponts rustiques, les chalets en bois brut, les ruisseaux qui paraissent abandonnés à eux-mêmes, les prairies qui semblent naturelles, réserve au promeneur des surprises^ substitue l'iniprévu au symétrique, en un mot, cherche à copier le réel. Kent ût école en France; sa réforme coïncidait avec celle de Rousseau et le culte nouveau de la nature. Au xviu* siècle, on peut citer les parcs de Trianon, Ermenonville, Monceaux, Morfontaine, Gompiègne, comme des modèles du style anglais.
n. La sculpture.
La scalptare avant Loais XTV. — La sculpture avait subi chez nous, à la fin du jyi^ siècle, la même décadence que l'architecture et pour les mêmes causes. La Réforme, qui brisa tant de statues, ne pouvait en inspirer. Nos maîtres, les Italiens, depuis la réaction qui suivit le concile de Trente, étaient en déclin. Enfin la sculpture est un art dispendieux qui exige que l'artiste soit riche ou que ses protecteurs le soient. Or, le Béarnais, aux coudes percés, ne fut pas le Mécène attendu. Le goût de la statuaire ne devait renaître qu'avec la régente italienne, Marie de Médicis.
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Le dernier sculpteur de la Renaissance française, c*est Barthélémy prieub (mort en 1611), qui avait reçu les leçons de Germain Pilon et à qui Ton doit le mausolée des Montmorency, avec la statue du connétable et de sa femme, 'es bustes de Henri IV et de l'historien de Thou, les Renommées qui sont au Louvre, fbanchevillb (mort vers 1618) était un élève des Italiens et d*un Français italianisé, Jean de Bologne. 11 travailla beaucoup plus pour les Médicis de Florence et pour les patriciens de Gènes que pour Henri IV et Louis XIII. La France lui doit les prisonniers et les basreliefs qui ornaient le piédestal de la statue de Henri IV, au Pont-Neuf, FOrphée, « David vainqueur de Goliath » (au Louvre). Le trésor royal était alors souvent vide, et la régente n'aurait peut-être pas commandé à duprê la statue de Henri IV si son père ne lui avait envoyé de Florence le coursier de bronze sur lequel on mit à cheval le Béarnais.
Il y a une interruption dans la tradition française des Goujon et des Pilon. Les deux ateliers qui subsistent alors chez nous sont celui de Simon guillain ^ et celui de Jacques SARRASIN s : or, tous deux ont étudié à Rome. Le premier a formé les deux anguier ', qui formèrent Girardon ; le second a formé lerambert*, qui forma Coysevox. C'est ainsi que s'établit la filiation de la nouvelle école française.
La scnlptiire des belles années de Louis XIV t Puget^ Girardon, Coysevox. — Avant de parler de celle-ci, il faut mettre en première hgne un artiste qui ne tient à aucune école, qui s'est fait tout seul et qui n'a pas eu de disciples.
1. Guillain, né à Paris en 15SS, mort en 1658, fit le monument du Pont-au-Change. (Statues de Louis XIII, Anne d'Autriche et Louis XIV enfant.)
2. Sarrasin, né à Noyon en 1588, mort à Paris en 1660, a modelé les hait grandes cariatides du pavillon du Louvre, qui ne sont pas trop déplacées à côté des sculptures de Jean Goujon. Au musée du Louvre, on a de lui Saint Pierre, la Madeleine, la Douleur.
3. François Anguier (1604-1669) a donné les mausolées du cardinal de BéruUe, du duc de Montmorency, de De Thou, de Longueville, et la statue de Rohan-Chabot. — Michel Anguier (1612-1686) a fait les statues de Louis XIII et de Louis XIV, le mausolée de Jacques de Souvré (il a aussi travaillé à celui des Longueville), le groupe de la Nativité au Val-de-Gràce, les sculptures de la Porte Saint-Denis, d'après les dessins de Le Brun, la déesse Amphitrite (au Louvre).
4. Lerambert (1620-70), poète, courtisan, habitué des cercles de préc(euje«, a fait quelques sculptures pour le parc de Versailles.
C'est Pierre puget, qui est né et qui est mort à Marseille (1622-1694). Il était issu d'une famille de petite noblesse, qui avait dû oublier son blason pour vivre de son travail. A quatorze ans, on le mit en apprentissage chez un constructeur de galères; à dix-sept ans, il partit pour l'Italie, si léger d'argent, qu'en chemin il vendit ses bardes et s'arrêta un an à Florence pour travailler chez un fabricant de meubles. Enfin il arriva à Borne, et le célèbre Pierre de Cortone lui apprit la peinture : dans un second voyage à Rome , où il fut envoyé, cette fois, aux frais d'Anne d'Autriche, ce qu'il étudia avec passion, ce fut la statuaire. Michel-Ange et l'antiquité, voilà quels furent ses vrais maîtres. Il ressemble au grand artiste florentin par l'universalité de son génie, car il fut à la fois peintre, statuaire, architecte et ingénieur. En sculpture, il tient de lui cette science de Tanatomie, cette harmonie dans l'ensemble, cette correction dans le détail, surtout cette énergie dans l'attitude et l'expression. De retour en France, il sculpte des figures pour les galères; il peint des fresques et def tableaux ; il trace des plans pour la reconstruction de Mar* seille et la construction de Toulon. Fouquet le protégea; mais Colbert écouta ses commis de la marine, qui reprochaient à l'artiste de « s'attacher plus aux règles de son art et à la démangeaison de faire de belles figures qu'au besoin, commodité et service du navire ». Puget fut alors révoqué de ses fonctions. Dans ses loisirs forcés, il modela les groupes de Milon de Orotone dévoré par un lion, d'Andromède délivrée par Persée, « Hercule au repos », le bas-relief de Diogène et Alexandre, les Cariatides de l'hôtel de ville ée Toulon, pour ne parler que des pièces qu'on peut aujourd'hui admirer au Louvre. Le Milon et l'Andromède, envoyés à Versailles, excitèrent une surprise admirative. Le roi daigna dire au fils de Puget : « Votre père est grand et illustre ; personne en Europe ne peut lui être comparé; » mais ce fut à peine si le prix qu'il reçut pour ces deux groupes paya le marbre, le salaire des ouvriers et les frais du transport. Pourtant il ne demandait qu'à travailler pour le roi. 11 avait projeté pour Marseille une colossale statue équestre de Louis XIV, et pour Versailles un Apollon de 38 pieds de haut. « Je suis
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nourri aux grands ouvrages, écrivait-il à Louvois ; je nage quand j'y travaille, et le marbre tremble devant moi, pour grosse que soit la pièce. » S'il ne fit pas d'élèves, c'est que la passion, la force et le tempérament ne s'enseignent pas.
Puget était un indépendant. Les autres sculpteurs du temps se plièrent à la discipline monarchique ; ils entrèrent à FAcadémie de peinture et de sculpture ^ ; ils subirent la direction de Le Brun, car, à cette époque, il paraissait naturel de subordonner la statuaire à la peinture.
Les chefs de l'école française proprement dite furent 6IRMIDQR, de Troyes (1628>i7i5), et GOTSEfts, de Lyon (1640- 1720).
Girardon, que La Fontaine appelle notre Phidiaâ, fait les quatre statues des bains d'ApoUon, « l'Enlèvement de Proserpine », la mausolée de Richelieu à la Sorbonne, les bustes si expressifs de Louis XIY, de Gondé, de Bcileau.
Goysevox a modelé plusieurs fois Louis XIY, soit à. pied, soit à cheval. Il a élevé le mausolée de Mazarin, représenté la duchesse de Bourgogne avec les attributs de Diane chasseresse, fait le buste de presque tous les hommes célèbres de son temps, doté Versailles et Marly de quantité de figures, sculpté le « Berger jouant de la flûte » qui est au Louvre. Ses œuvres ne sont pas toujours d'un style très pur; mais il a, plus que Girardon, le sentiment de la vie, et il reste un des maîtres du temps.
Gilles GuÉRm fit le médaillon de Descartes pour Saint- Étienne du Mont, la statue de l'Amérique pour Versailles. UB HONGRE modela un des bas-rehefs de la porte Saint- Martin, la statue de Louis XIV pour Dijon. Tous deux, avec les frères de marst, peuplèrent Versailles de tritons, de si- "^nes, de dieux et de déesses.
>. Le morceau de réception à TAcadémie était presque tonjonn nne flalterie pour le roi : c/est, par exemple, la Peinture et la Seuipture en admiration devant un médaillon de Louis XIV (par Pron, 1682)-; la Muse de l'histoire écrivant ta vie de Louis X/T (par Ronsselet); Apollon j^réxentant à la France Vimo/ge de Louis XIV (par N. Coiuton, 1693). — On glorifia même la Révocation de l'édit de Nantes : Desjafdins, dam un médaillon contemporain de l'événement, représente VHérésie détruite: ï. Hardy (1688) modèle le bas-relief de la Religion terrassant l'Idolâtrie, Liegros fait pour Les Jésuites le Triomphe de la religion sor l'hérési».
La statuaire de la belle époque de Louis XIV se ressent des fortes études qu'ont faites les artistes, d'après l'antique. C'est une sculpture mouvementée, mais savante et forte.
Goysevox fut le maître des deux Goustou, qui étaient ses neveux, et de J.-fi. Lemoyne ^
Première moitié do XVIII* «lèele s le maniérisme. — Les Goustou étaient fils d'un sculpteur en bois de Lyon. NUSOLÂS GOUSTcm (1658-1733) partit pour Rome à vingt-trois ans, y étudia consciencieusement l'antique, rapporta une copie de l'Hercule^ommode. A son retour, ses déesses, plus femmes que déesses, d'une grâce exquise, eurent à Versailles un énorme succès. « Celui-là, dit le roi, est né grand sculpteur ; son marbre respire. » Ce n'était plus tout à fait le goût antique : c'était, suiyant le mot de Louis XIV, (c le goût français ». Les chefs-d'œuvre de Goustou, ce sont le groupe de la Seine et de la Marne qu'on ▼oit aux Tuileries, la « Descente de croix » (ou le vœu de Louis XllI) à Notre-Dame, la « Saône » à Lyon, le « Jules César » qui est au Louvre.
euiLLAUMB GOUSTOU (1677-1746) a donné le u Rhône » à sa ▼ille natale, exécuté le bas-relief qui représente Louis XTV sur la grande porte des Invalides, la statue de la reine Marie Leszczinska en Junon, surtout ces magnifiques coursiers, dits « chevaux de Marly », qui se cabrent à l'entrée des Champs-Elysées. Il était assez jeune pour voir un autre siècle et s'inspirer d'un autre goût Une statue de Vénus, que lui avait commandée Frédéric II, lit courir tout Paris à son atelier. « Je ne vous pardonne, lui dit Mme de Pompadour, qu'à une condition : c'est que vous en ferez pour moi une encore plus belle '. »
Dans l'école des Goustou et de Lemoyne naît le $tyU maniéré j qui va s'accentuer sous leurs successeurs. Il consiste surtout en un certain défaut de naturel et de simnli-
1. Lemoyne (1704-1778) a fait la Mort d'Hippolytty qui est au Louvre, les •tataes de Loub XV à Bordeaux et à Reoaes, les mausolées de Mignard, dQ cardinal Fleury, de CrébîUon. Il fut le maître de Falconet et de Houdon.
2. Son fils Guillaume Goustou fut on statuaire de talent : on eite »tuptout son groupe de Vénus et Vulcain, un Apollon qu*il fit poar Mme de Pompadour, le bas-relief de la Visitation à la chapelle de Versailles, la «tatoe de saint Roch à Saint -Roolu
cité. C'est yraiment le « goût français », mais le goûl français du xvm'' siècle. Les financiers et les favorites du temps ont une autre façon que Louis XFV de comprendre les arts : pour orner leurs salons ou leurs jardins, il ne leur faut pas des divinités imposantes; mais, sous la figure de déesses, de jolies femmes; non pas des Olympiennes, mais des Françaises. Ils recherchent ce qui flatte les yeux. U faut bien que les statuaires suivent la vogue. Ils s'étudient donc à atténuer les saillies des muscles. Us renoncent à la sévère draperie antique et cherchent à reproduire avec le ciseau les étoffes à la mode ; tout est travaillé et môme tourmenté pour exprimer, à tout prix, la grâce. Les gestes sont des gestes de théâtre. Le statuaire doit être avant tout homme d'esprit : il sait qu'on ne croit plus aux dieux et que la mythologie n'est qu'un prétexte à faire de la jolie sculpture.
En revanche, quand il s'agit, non plus de contenter de riches clients, mais de montrer à l'Académie qu'on sait son métier, le maniérisme prend une autre forme. Voyez les morceaux de réception conservés au musée du Louvre : «Titan foudroyé », par Dumont (1712) ;« Neptune calmant les flots », par L.-S. Adam (1737); la « Mort d'Hippolyte », par Lemoyne (1738); « Garon conduisant sa barque », par flutin (1747); « Prométhée enchaîné », par N.-S. Adam (1762). Ce ne sont que mouvements violents et démesurés, muscles contractés et tendus à l'excès, bras et jambes jetés çàet là, bouches tordues et hurlantes. Le » Milon» de Puget est infiniment plus calme, plus sculptural que celui de Falconet (1734).
Quand il y a un Vrai tempérament d'artiste, la manière, exagérée soit en grâce, soit en force, n'empêche pas de faire des chefs-d'œuvre. .
BODCHARDorf (1698-1 7G2) n'a pas seulement donné des œuvres un peu précieuses, mais ravissantes, comme « l'Amour taillant son arc dans la massue d'Hercule », comme « Cupidon vainqueur », « Amour et Psyché », les bas-reliefs de la fontaine de la rue de Grenelle, les tritons et les amours de Versailles, mais des œuvres fortes et sérieuses, comme « Saint Charles Borromée communiant des pestiférés » et comme « le Christ portant sa croix ». Bouchardon
^tait d*aîlleurs un artiste qui connaissait son art, qui a donné des planches à l'ouvrage d*Huguiet, « FAnatomie nécessaire aux arts du dessin », qui étudiait passionnément Tantiquilé et qui aimait à se retremper dans la lecture d'Homère.
PALCONET (1716-1791), d'une part, a modelé une « Baigneuse » exquise d'élégance et, d'autre part, il a fait œuvre d'artiste héroïque quand il a travaillé douze années entières (1766-1778), sous le ciel de Saint-Pétersbourg, à sa statue équestre de Pierre le Grand, qui, avec quelques défauts de l'école, a si grand air, bronze géant planté sur un bloc géant de granit. Falconet, l'auteur des « Réflexions sur la sculpture », le correspondant de Grimm et de Diderot, était un artiste de tempérament et de science.
Mais que produit le nouveau style avec des artistes de peu de génie ou de peu de science, comme allegbain, le sculpteur de Mme du Barry? Passe encore pour sa « Vénus au bain », qui est élégante et bien dessinée; mais sa « Diane au bain »? U a voulu faire si poli et si joli qu'il n'y a plus de modelé : cette déesse de la chasse, aux jarrets d'acier, que nous dépeignent les poètes anciens, AUegrain ne lui a même pas donné de muscles.
Seconde moitié da XYIII^ siècle t une renaissance. — PIGALLE (1714-1785), que Voltaire appelait « Phidias-Pigalle », l'auteur du Mercure et de la Vénus que Louis XV donna au roi de Prusse, des deux Mercures en plomb et en marbre qui sont au Louvre, de « l'Enfant à la cage », du groupe de l'Amour et de l'Amitié, du mausolée du maréchal de Saxe (à Strasbourg), essaya de renouveler son art par une étude consciencieuse de la nature. On peut même le considérer comme un des ancêtres du réalisme en sculpture. Quaod il eut à faire la statue de Voltaire, malgré les réclamations des encyclopédistes et les répugnances de son modèle, il voulut le faire nu et reproduisit scrupuleusement ce maigre corps de vieillard et cette petite tête chauve, dégarnie de son inséparable perruque.
On doit à pajoïï (1730-1809) une œuvre gracieuse, « la reine Marie Leszcxinska sous la figure de la Charité »; un
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buste exquis de Mme du Barry; mais sa « Psyché » éa Louvre, si vantée, est lourde et vulgaire.
HOUDON (1741-1828), élève à la fois de J.-B. Lemoyne et de Pigalle, chercha la vérité avec autant de conscience, mais moins d^affectation que Pigalle. Sa science anatomique, quand elle ne nous serait point attestée psur son Écorché, qu'on étudie aujourd'hui dans les écoles de dessin, éclate dans toutes ses œuvres. Son Saint Bruno; son Molière et son Voltaire (1785) du Théâtre-Français; sa Diane du Louvre, si hardiment posée sur un seul pied, lui assurèrent le premier rang parmi ses contemporains. Les commandes de bustes et de statues lui vinrent d'Allemagne, de Russie et môme d'Amérique. La réunion de ses bustes historiques serait comme le Panthéon des grands hommes du temps.
JULIEN (1731-1804) rendit à l'art un grand service. Il renonça à. tout maniérisme, se voua à une noble simplicité, comprit que la statuaire n'admet pas les mouvements désordonnés que peut supporter la peinture. Aussi fut-il méconnu jusqu'à près de quarante-cinq ans. Son groupe de Ganymède et l'aigle, où Ton trouve tant de naturel, d'expression et de style, eut peu de succès au Salon de 1785. Bientôt, le goût ayant fait des progrès, on rendit plus de justice à Julien. Ses statues de La Fontaine et da Poussin, son « Sabinus offrant son char aux Vestales », son « Apollon chez Admète », sa « Galatée », son groupe de la chèvre Amalthée, annoncent déjà le grand style de ï'épocpie qui va suivre.
ROLAND (1746-1816) est aussi nn artiste de la nouvefle génération. Sa statue de <( Caton d'Utique mourant », qu'il avait sculptée à Rome et dont l'expression a tant de sérénité dans l'héroïsme, le fit entrer en 1782 à l'Académre. Son « Homère », son « Samson », son « Grand Condé », ses « Neuf Muses », ses Cariatides du théâtre Feydeau, maintinrent sa réputation. Sa statue colossale de la Loi (1792) et son groupe du « Peuple terrassant le Fédéralisme » (1793) nous avertissent que nous sommes arrivés à un autre âge.
Sous Finfluence de l'art français, des nations se réveillaient ou naissaient à la vie artistique : en Italie grandissait Ganova (1757-1822); eh Danemark, Thorwaldsen (1770- 1844); en Angleterre, Flaxman (1755-1826).