Voir au lome I*' de cet ouvrage, page
4b0 CIVILISATION FRANÇAISE
baromètre : on rappelait simplement alors le tube dé Toricelli,
Le physicien italien n'était pas arrivé à des conclusions si nettes que celles que nous formulons ici, lorsque pasgaL leur donna le dernier degré d'évidence, il avait beaucotip réfléchi sur les phénomènes observés par Toricelli. Ce qui montre combien VautofUé avait encore d'empire sur les plus vigoureux esprits, c'est cette lettre qu'il écrivit, en i 047, à son beau-frère Perier : « Je n'ose pas encore me départir de la maiime de Vhorreur du i)ide; car je n'estime pas qu'il nous soit permis de nous départir légèrement des maximes de l'antiquité, si nous n'y sommes forcés par des preuves indubitables et invincibles; mais, en ce cas^ je tiens que nous devons avoir plus de vénération pour des vérités évi>dentes que d'obstination pour les opinions reçues. » Pascal conjecturait que, « si la pesanteur de l'air *■ est la cause des efifets observés, il faudra que ceux-ci soient, proportionnellement, plus grands au pied qu'au sommet dès montagnes: Et^ si cela était démontré, ne serait-il pas ridicule de soutenir que la nature abhorre moins le vide sur les montagnes que dans les vallons? »
Il fallait confirmer ces conjectures par une expérience. En 1648, Pascal, qui était retenu à Paris, chargea Perier et le P. Ghatin de faire la grande expérience du Puy de Dôme. Munis chacun d'un tube de Toriceili, l'un resta à Glermont, au pied de la montagne, l'autre s'éleva dans le Puy de Dôme à une hauteur de 900 toises. On compara ensuite les résultats. L'expérience, répétée par Pascal à Paris, à la Tour Saint- Jacques, lui permit de formuler cette loi : « La hauteur de la colonne de mercure varie en sens inverse du degré d'élévation des lieux. » Ainsi donc, au moyen de l'appareil de Toricelli, on pouvait déterminer la hauteur des lieux*
Avant de devenir le baromètre que nous connaissons aujourd'hui, le tube de Toricelli dut subir de nombreuses modifications. Les physiciens du xvn« siècle lui donnèrent
1. Il est à remarquer que beaucoup de physiciens n'admettaient pas alors que Tair fût pesant. On n'en connaissait ni la nature, ni la composition. Même après l'invention du baromètre, on ne put d'abord que constater les Tariations atmosphériques sans pouvoir en déterminer les causes.
les formes les plus diverses, firent obliquer ou courbèrent le tube, rappelèrent de toutes sortes de nom, baro* mitre f baroscope, etc., essayèrent d'employer l'eau et d'autres liquides. On finit par en revenir au mercure. Le Français AMONTONS fut celul quI coûtiibtia le plus au perfection^ nement du baromètre (i695) ^.
La pression atmosphérique fut encore démontrée par les expériences d'otto DB ovAidES, bourgmestre de Magdebourg (Allemagne), au moyen des hémisphères de Magde^ bourg (1672) : ce sont deux demi-sphères de cuivre, qu'on applique Tune contre l'autre et entre lesquelles on fait le vide : la pression extérieure les fait adhérer si fortement Tune à l'autre que des chevaux tirant sur chacune d'elle^ ne peuvent les séparer.
■fteliliie pneumatique; loi de Martotte. ~ Otto de Guéricke fut aussi Tinventeur de la machine pneumati-^ que (1650), qui fonctionnait alors à un seul piston. Elle permit de faire le vide, et alors il f^t constaté que Taip atmosphérique est Indispensable à la vie animale, comme à la combustion. Il inventa aussi une balance à peser Vair, ainsi que le manomètrey qui sert à mesurer la tension des gaz ou des vapeurs.
L'abbé mamotte, Bourguignon (1620-1684), étudia la compression des gaz et formula (1676) la loi de Mariotlé. Gomme on l'a reconnu depuis, elle s'applique bien à tous les gaz, mais seulement tant que leur compression n*est pas arrivée au degré où commence leur liquéfaction, degré qui vaiie suivant les différents gaz. Cette loi est ainsi conçue : « La tem*pérature restant la môme , le volume d'une masse donnée d'un gaz est en raison inverse de la pression qu'il supporte. »
Sans connaître cette loi, on avait fabriqué, dès le xvi* siècle, des fusils à vent,
Aeotisstlqiie. -^ L'acoustique fit de grands progrès avec eALiLÉE, le p. MERSBNNE, SAXTYEUR, qui montra que les mêmes lois régissent la vibration des cordes et celle des tuyaux d'orgue.
1. AmontoQs a également perfectionné le thermomètre (1702). Il est aus&l le premier qui ait fait des etpériences, tin siècle avant les Chapp% ■aï la télégraphie aérienne.
452 aVILISATION FRANÇAISE
Gassendi et Mersenne essayèrent de mesurer la vitesse du son, mais n'obtinrent que des résultats imparfaits.
Opttqne. — Les Anciens avaient déjà calculé Tangle de réfleanon formé par un rayon lumineux tombant sur une surface : mais c*est dbsgabtbs qui donna la loi de la réfraction. On put alors construire mathématiquement les lentilles des télescopes.
Le P. Kircher, jésuite alleifiand (1602-1680), inventa la lanterne magique.
Ce sont Descartes, Malebranche, Huyghens, qui émirent l'hypothèse de la propagation de la lumière par ondula^ fions. Cette hypothèse, écartée d*abord par l'hypothèse de Newton sur V émission de la lumière, est aujourd'hui universellement adoptée.
On croyait encore que Ja lumière est incolore ; mais Isaao vossius démontra le contraire (1662). A Taide du prisme, NEWTON étudia les couleurs du spectre solaire (1668).
Chaleur i le thermomètre» la machine à vapeur. — Bacon, Desc€Lrtes, Newton, soupçonnèrent que la chaleur n'est qu'une des formes du mouvement : l'Anglais Boyle citait, en exemple, le fer qui, battu par le marteau, développe de la chaleur.
Cornélius van dbebbel, Hollandais (1572-1632), passe pour l'inventeur du thermomètre, qui fut perfectionné par le Vénitien Sanctorius, par Otto de Guéricke, par Newton. On l'appelait aussi thermoscope. Les savants n^avaient pas encore adopté d'échelle commune : chacun construisait et graduait son thermomètre, comme il l'entendait. On n^était même pas d'accord sur les deux points fixes qu'on a adoptés depuis et qui sont indiqués par la température de la glace fondante et celle de l'eau en ébullition.
On commença à soupçonner la force de la vapeur d'eau comprimée, salomon de gaus, Dieppois et huguenot (1576- 1635), qui n'est pas mort fou à Bicétre, comme le veut la légende, donna une théorie de Texpansion et de la condensation de la vapeur : il construisit une machine en forme de sphère, qui rappelait d'ailleurs Véolipyle de Héron, un Grec d'Alexandrie.
Denis papin, de Blois, inventa une marmite (1682), destinée à faire bouillir les os, et où la chaleur était augmentée
par la compression de la vapeur. La . force avec laquelle celle-ci soulevait le couvercle ou la soupape de sûreté lui donna Fidée d^ajuster à Torifice de la marmite un piston (1688); ce piston avait des mouvements très lents; il mettait une minute à opérer son va-et-vient ; on ne pouvait encore tirer de cette invention aucune application pratique. Cependant, en i 698, le capitaine anglais savbbt construisit une machine à piston pour pomper l'eau. En 1699, AMOiîTONs présenta à l'Académie ^ une machine où le piston faisait mouvoir un appareil de rotation. Vers 1711, le serrurier NEWCOMEN et GOWLET, deux Anglais, en construisirent pour servir à épuiser Teau des mines, et qu'on appelait pompes à feu.
En 1707, Papin lui-même navigua sur la Fulda (Hesse- Cassel) avec le premier bateau à vapeur : il avait construit une machine assez grossière qui faisait tourner des roues à palettes. Les bateliers du fleuve, craignant d'être ruinés par son invention, détruisirent cet engin, et le proscrit alla mourir en Allemagne dans une misère profonde.
Kagnétisme. — Dès le xvi» siècle, on avait observé, à propos de la boussole et de Taiguilie aimantée, les plus importants phénomènes du magnétisme terrestre, tels que la déclinaison annuelle et la déclinaison séculaire. On connaissait également Yinclinaison de l'aiguille et le compas d'inclinaison, la hire fît connaître en France le compas de déclinaison, ballet, après son compatriote Gilbert, émit l'hypothèse que la terre est comme un énorme aimant et qu'elle a ses pôles et son équateur magnétiques.
L'Anglais boyle fit mouvoir, à l'aide d'une tige électrisée par le frottement, une aiguille aimantée : c'est l'origine de l'électro-magnétisme, mais personne ne se douta de la portée prodigieuse de ce petit fait.
Électricité. — Une autre des grandes forces de la nature qui sommeillait encore, c'était l'électricité. On n'en savait guère plus, au début du xvii* siècle, que ce qu'avait su le moyen âge '. Cependant Guillaume Gilbert, Anglais, médecin
1. V Académie, dans les chapitres relatifs aux sciences, c'est rAcadémif des sciences.
S. Voir tome I", page 367.
i54 CIVILISATION FRANÇAISE
de U reine ÉJisâbeth, publia, en 1600, un livre ^ où il dis^ iinguait encore les substances qui, après avoir été frottées, 9Dt la propriété d'attirer les corps légers et celles qui ne Font jamais; il remarqua que Pair sec est plus favorable à la production de rélectricité par le frottement, otto de GuÉmcn constroisit une machine à frûtter qui est Torigine de la xoacllûi# électrique : c'était un globe de soufre tournant au moyen d'un axe de fer, mais que Von continuait à frotter avec la main. Il constata que les corps légers, d'abord attirés par le globe de soufre, sont ensuite repoussés par lui ; mais il n'alla pas plus loin dans cette voie.
CMwte. — Il était impossible que la chimie fit des progrès tant qu'on ne saurait pas la composition de Tair et de reau„ c'est-^^-dire ce que c'est que l'oxygène, le plus puissant agent chimique de la nature. Aussi les savants ne purent réaliser que des découvertes de détail. Tels furent ¥an hei.- HOlfT. de Bruxelles (1577-i6U); Robert boyle (1625-1691), fondateur de l'Académie des sciences de Londres et le plus grand chimiste du siècle; Jean ret, dePérigueux, qui, dans un livre publié en 1630, appela l'attention sur Taugmentation de poids qu'acquièrent certains corps par la calcination '. Puis Nicolas lejp£vre, qui fit le premier cours de chimie qu'on ait eu eQ France, Christophe GlUkSBR, inventeur du sel fébribuge Glaser, Nicolas lemert, furent successivement professeurs au Jardin du roi et, en 1660, en 1663, en 1675, publièrent les trois premiers Traités de chimie que nous ayons possédés. Lemery ^^ qu'on appela le grand Lemery, produisit de l'hydrogène et le fit brûler au goulot dci sa. cornue. Il mit en lumière les propriétés du sulfure d'antimoine. Guillaume honbers, de Batavia (colonies hol-
1. Intitulé De magnete, magneticis eorporibus et de magno magnete Tellure (Sur l'aimaat, les corps aimantés, et la terre considérée comme un grand aimant). Le titre seol montre que Gilbert soupçonna la parenté entre les Bbénom^oes ^ectriqoe* et les phénomènes iMgoétiqaes.
2. Gela s'explique précisément par l'action de l'oxygène qui forme avec ces corps des combinaisons nouvelles, et à leur poids ajoute le sien.
S. Fontenelle fait honneuv à Lemery d'avoir, le premier, débarrassé li^ chimie des superstitions et du charlatanisme de l'alchimie, d'avoir fait justice des prétendues sympathies des métaux avec les corps célestes, d'avoir reqioncé à la langue barbare, pleine de mystère et d'obscurité, aux formules cabalistiques ou inintelligibles, aux rébus i l'aide desquelles les lavants dissimulaient leurs découvertes.
budaises), app^é à Pai[f.s par Qolbert, fit connaître en France une aorte de phosphore : Philippe d'Orléans, plus tard régent, lui fournit des foi^dp pour ses expériences et aipi^it h en faire i^vec lui, l^a chimie, cependapt, n'était, p£^s encore une science : elle n'avait encore qu'une nomenclatiiJU'e imparfaite : tous les gaz s'appelaient des avi'f^f les Qhlorures des come^^ les oxydes des çhaws,
ni. Les sciences naturelles.
Znoloi^e. — La zoologie est peut-être moins cultivée chez nous au xvii« siècle qu'elle ne l'avait été au xyi« *. On ne peut citer qu'un seul zoologiste français de quelque renom : c'est Claude perbault, le célèbre médecin et architecte, qui fît des dissections d'anipiaux, publia des « Mémoires sur l'histoire naturelle » (1671-1676) et peut être considéré copime un des fondateiirs de Yanatomie comparée.
Uiie anecdote montrera combien cette science était encore dans l'enfance. En 1613, on exhuma près du châ-f teau de Langon en Dauphiné des ossements gigantesques, qui étaient probablement ceux d'un mammouth ou de quelque autre quadrupède antédiluvien. Le chirurgien Habicot y reconnut les os du géant Teutobochus, rpi des Teutons, et publia un poème ridicule intitulé « Gigantéostologie ». Le médecin Hiolan soupçonna que ce pouvait être les os d'un éléphant; mais, comme cet animal était alors inconnu en France, il en chercha la description dans les écrivains grecs ; puis, abandonnant cette piste qui était la vraie, il eu revint à croire que ces os étaient simplement des pierres auxquelles un caprice de la nature avait donné une forme extraordinaire. La mode était alors d'expliquer ainsi tout ce qu'on ne comprenait pas ^.
Botanique. — La botanique fut mieux étudiée, parc^