CHAPITRE XXn
L'agriculture, l'industrie, le commerce, lb CRikoif
h Xi'agricultare.
Chavires qoi pèsent «or l'agHealtnre. *- L'agriculture, sous Fancien régime, devait être la branche la plus arriérée du travail national, parce que les paysans étaient la classe la plus misérable. La tyrannie des seigneurs à Tépoque féodale fut pesante ; mais, en exploitant le paysan, les féodaux se souvenaient encore qu'il était leur propriété, et apportaient quelque ménagement dans l'exploitation. Les ravages des guerres nobiliaires, de la guerre de Cent Ans, des guerres de religion, furent terribles : mais ils n'affectaient à la fois qu'une partie du pays. Au contraire, le poids de l'oppression royale pesa sur toutes les parties du territoire, avec une intensité croissante et sans jamais se relâcher. Le roi n'avait pas à l'égard du peuple les sentiments d'un tyran. Ce n'était pas la volonté d'un homme, de Louis XIV ou de Louis XY, qui opprimait le paysan, mais une machine énorme, d'une complication infinie, d'une activité régulière, qui fonctionnait impassible et indifférente, comme la vis d'un pressoir.
Précisément parce que sous Louis XIV et Louis XV la France devint un État régulier, le paysan fut plus malheureux qu'aux époques d'anarchie, qui laissaient toujours aux opprimés quelque issue. Par une hiérarchie fortement combinée de ministres, intendants, subdélégués, syndics de villages, la volonté royale se transmettait du centre jusque dans le moindre hameau ; par une autre hiérarchie de
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collecteurs, receveurs particuliers, receveurs généraux, sans parler des agents de la ferme et de la régie, la main du fisc pénétrait dans la chaumière la plus reculée.
Précisément parce que la France devint alors un État puissant, qu'elle entretint de grandes armées, de grandes flottes, une nombreuse diplomatie, qu'elle remporta des victoires et imposa des traités, qu'elle se donna le luxe d'une cour brillante et de somptueux bâtiments, les charges du paysan s'accrurent. Toute cette puissance et toute cette splendeur retombaient sur ses épaules. Il en porta le fardeau principal, puisque les impôts les plus lourds ne s'adressaient qu'à lui. Sur lui pesèrent les tailles, les gabelles, les aides sur les boissons ; c'est lui qui souffrit le plus des lois restrictives sur la circulation des vins et des céréales ; on lui fit construire les routes du roi ; avec l'inscription, on l'enleva pour la flotte; avec le tirage des milices, pour l'armée, il fut chargé de loger les soldats du roi et de convoyer les galériens. L'État imparfait qu'avaient créé Louis XI et Louis XII, avec de faibles armées, pas de flotte, une administration peu compliquée, était bien moins lourd au paysan.
Si encore le peuple n'avait eu qu'à supporter les frais du gouvernement royal; mais la corvée royale ne donnait pas quittance de la corvée seigneuriale; les impôts royaux ne dispensaient ni des droits féodaux, ni des dîmes ecclésiastiques, et, parce qu'on était sujet du roi, on n'en était pas moins, à l'occasion, si^et d'un seigneur ou serf d'une abbaye.
Efforts de Colbert et de ses saceessenrs. — C'était là une situation que les intentions les plus bienveillantes à l'égard de l'agriculture ne pouvaient modifier.
Colbert s'intéressait vraiment aux campagnards. « Examinez aussi, écrivait-il en 1670 à un intendant, si les paysans se rétablissent un peu, comment ils sont habillés, meublés, et s'ils se réjouissent davantage, les jours de fête et dans l'occasion des mariages, qu'ils ne faisaient devant. » — « Je voudrais, disait-il un jour, en contemplant la campagne des fenêtres de son château à Sceaux^ je voudrais que mes projets eussent une fin heureuse et que
l'herbe crût dans ma cour. » Vers 16S3, il écrivait au roi *
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fc Ce qu*il y a de plus important, c'est la misère très grande des peuples », et il le suppliait de diminuer ses dépenses.
Mais vainement Golbert essaya de réduire les tailles et de diminuer le nombre des privilégiés en faisant la chasse aux faux nobles ; vainement, par son édit de 1667, plus d'une fois renouvelé par ses successeurs, il ordonna qu'en cas de saisie pour non-payement de l'impôt on laissât aux paysans une vache, trois brebis, ou deux chèvres; vainement, en 1670, il recommanda à ses intendants de n'user qu'avec modération des saisies et de l'envoi des garnisaires chez le paysan; vainement, comme Sully, il favorisa la plantation du mûrier dans le Midi, des pins dans les landes de Gascogne ; vainement, il fit venir d'Angleterre et d'Espagne de nouvelles races de moutons, acheta des étalons arabes, danois, espagnols, pour créer des dépôts de haras. La grande politique du grand roi fit du xvii* siècle le siècle de fer du paysan.
Les gouvernements du xvm« siècle étaient pleins aussi de bonnes intentions pour le peuple. Les intendants du règne de Louis XV, surtout de Louis XYI, étaient des hommes humains, instruits, s'intéressant aux choses de l'agriculture, s'efforçant d'introduire des procédés nouveaux, rédigeant pour les paysans des instructions sur les meilleures méthodes de culture, envoyant dans les campagnes des modèles de machines récemment inventées.
Mais tant que le poids de l'État, aggravé de celui des ordres privilégiés, pesait uniquement sur le peuple, tous ces efforts restaient inutiles. Pendant toute la durée de la monarchie absolue, la misère des campagnards s'adoucit à peine. Les documents de toutes sortes, rapports des intendants, lettres des évéques, mémoires des contemporains, sont unanimes.
Les famines aa XVII* sièele. — En 1662, dans la période la plus prospère du règne de Louis XIV, on nous montre les paysans du pays de Blois réduits à pâturer l'herbe, les orties, les racines des prés, et .dévorant les bêtes mortes : des femmes et des enfants trouvés morts par les chemins, la bouche encore pleine d'herbes ; des enfants suçant dans les cimetières les os des morts. Quand viennent les grandes guerres de la fin du règne, « une grêle d'impôts, raconte R. qvi'm t. il 29
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Valentm Ihivsl, déguisés sous une infinité de prétextes et de noms extrac^disEaireSy tombe chaque jour sur le malkenreux peuple ». Duyal^ traversant la Champagne, non» dépeint les paysans virant dans des huttes de torchis dent le toit de chaume et de roseanx s'abaisse jusqu'à terre ': « Quant aux habitants^ leur figure cadrait à merveille avec la pauvreté de leurs cabanes; les haillons dont ils étaient couverts, la pâleur de leur visage, leurs yeux livides et abattus, leur maintien languissant, morne et engourdi, la nudité et la maigreur de quantité d'enfants que la faim desséchait et que je voyais disj^ersés parmi les haies et les buissons pour y chercher certaines racines qu'ils dévoraient avec avidité, tous ces affreux symptômes d'une calamité publique m'épouvantèrent. »•
Dans le diocèse d'Angers, en 1693, il y a des paysans qui ne mangent que du pain de fougère, et d*autres qui « sont trois ou quatre jours sans en manger un morceau ». Dans la généralité de Rouen, en l<^, sur 700 000 habitants, il n'y en a pas 50 000 qui mangent du pain à leur aise et qui couchent autrement que sur la paille ; dans celle de Gaen, la population a diminué de moitié; dans celle d'ALençony la moitié des maisons est en ruine. Voilà où en était cette féconde province de Normandie, l'une des plus riches de France. Dans la généralité de Monbns, les paysans sont noirs, livides, hideux : ils n'ont d'autre nourriture que leurs bestiaux, des châtaignes et des raves, et encore pas tous. Dans la généralité de Riom, ils ne se nofarrissent que d'huile de noix. Mais à quoi bon prolonger cette énumération? Avec les rapports d'intendants rédigés en 1698 pour l'instruction du duc de Bourgogne, on ferait le tour de la France sans que ces tristes tableaux varient autrement que par le détail. C'est alors que Fénelon ose écrire au roi : « Vos peuples meurent de faim. La culture des terres est presque abandonnée ; les villes et tes campagnes se dépeupkmt^.. Au heu de tirer de l'argent de ce pauvre peuple, il faudrait loi faire l'aumône et le nourrir. » En 1707, Vauban écrit : « La dixième partie du peuple est réduite à la mendicité et mendie effectivement; des neuf autres parties, û y en adnq qui ne sont pas en état de faire l'aumône à ceUe4à, parce qu'elles sont elles-mêmes réduites, à très peu de chose
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près, à cette malheureuse condition; de& quatre autres, trois sont fort malaisées »
L'hiver de 1709 met le eom^li^ aux souffîrances du peuple. Les oliviers gèlent dans le Midi; dans le Centre, les chênes et les noyers se fendent; dans Le Nord, les vignes disparaissent pour toujours. On meurt à la ibis de froid et de faim. On trouve des cadavres dans les hutteis que recouvre la neige. Cette fois, il faut que la vérité éclate aux yeux du roi, car du fond des campagnes le flot de la misère monte jusqu'au splendide palais de Versailles : à la table du roi, on sert du pain noir, et ses laquais mendient par les chemins. « Ce que je sais, dit cependant Duval, c'est que les milices, les tailles, les gabelles et les impôts furent toujours exigés avec la même rigueur. » Si rudes sont les dernières années de Louis XIV que la race s'en appauvrit et dégénère : nos ennemis les Anglais, dans leurs caricatures, représentent comme des êtres chétifs et rabougris ceux qu'ils appellent « ces grenouilles de Français ».
Enfin les guerres sont finies ; le grand règne s'achève au milieu des malédictions du peuple; un autre lui succède.
Les disettes aa X¥I1I« siècle. — Il paraît certain que le paysan fut moins constamment malheureux sous Louis XV qu'auparavant Pourtant, en 1725, en pleine paix, voici ce qu'a vu Saint-Simon : « On vit, en Normandie, d'herbes des champs. Le premier roi de l'Europe ne peut être un grand roi s'il ne l'est que de gueux de toutes conditions et si son royaume se tourne en un vaste hôpital de mourants à qui Ton prend tout en pleine paix .» En 1739, voici ce qu'a vu d'Argenson : « La disette vient d'occasionner trois soulèvements dans les provinces, à Rufifec, à Caen et à Chinon. On a assassiné sur les chemins des femmes qui portaient du pain... M. le duc d'Orléans porta l'autre jour au conseil un morceau de pain de fougère, le mit devant la table du roi et dit : (c Sire, voilà de quel pain se nourrissent vos sujets ^ » En 1740, voici ce qu'a vu Massillon, évêque de Clermont : <c Le peuple de nos campagnes, écrit-il au ministre, vit
1. A cette même date, le roi interroge révèqua de Chartrea sur l'état de ■on diocèae, et celui-ci répond qae « les hommes mangent l'herbe comme des moutons et crèvent comme des mouches ».
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dans nne misère a&euse, sans lits, sans meubles; la plapart même, la moitié de Tannée, mangent da pain d*orge et d'aToine qui fait leur unique nourriture et qu'ils sont obligés d'arracher de leur bouche et de celle de leurs enfants pour payer les impositions. » Il estime que les nègres des colonies sont plus heureux. Dix ans après, de 1750 à 1768, des soulèvements éclatent en Béarn, en Normandie, en Dauphiné, en Auvergne, en Provence. La politique n'y est pour rien : les affamés ne veulent que forcer des greniers et des boulangeries.
Louis XVI a succédé à Louis XV. Il ne parait pas que rien soit changé. En 1787, l'assemblée provinciale d'Auvergne annonce que, « si on ne se h&te pas de soulager le fardeau d'un peuple écrasé, la province va perdre à jamais sa population et sa culture ». Dans la haute Guyenne, les villages renoncent à leurs terres communales : l'impôt leur prend plus qu'elles ne rapportent. En Normandie, on se repaît de son mouillé, ce qui fait enfler et mourir les petits enfants ^
Remarquons cependant que toutes les années ne sont pas marquées par les mêmes plaintes : l'année 1725, les années 1739 et 1740, les années 1750 et suivantes, l'année 1784, avec son hiver comparable à celui de 1709 et suivie d'une série de mauvaises récoltes, forment des périodes calamité uses séparées par des périodes plus prospères, n y a encore trop de guerres en ce siècle; les impôts sont toujours lourds et mal répartis ; mais de grands progrès se sont accomplis : on sent que l'administration s'intéresse à l'agriculture.
État des campagnes au lL¥IIIe siècle. — Mirabeau le père vantait la prospérité des Flandres, de certaines parties des vallées de la Loire, de la Garonne, du Rhône. Au contraire, telles provinces du plateau central (Berry, Marche , Limousin , Auvergne) présentaient de vastes espaces en landes, en bruyères, en déserts. Une partie de la Bretagne était en friche.
1. • Le peapl6; dit Taine, ressemble à nn homme qui marcherait dans un étang, ayant de l'eau jusqu'à la bouche; à la moindre déprestlon do sol, au moindre flot, il perd pied, enfonce et sufToaue. •
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Young, qui a parcouru la France dans les années i787 à 1789, s'étonne de la misère et de l'ignorance qu'il rencontre en certaines régions. Au midi de la Dordogne, <( toutes les paysannes, femmes et filles, véritables fumiers ambulants, n*ont ni bas, ni souliers, et les laboureurs À leur ouvrage n'ont ni sabots, ni bas à leur pieds... Cela me rappelle la misère de l'Irlande ». En Bretagne, dit-il encore, « le peuple parait vraiment bien pauvre; les enfants, en haillons dégoûtants, sont plus mal habillés, pour ainsi dire, que s'ils n'avaient pas du tout d'habits ; quant aux bas et aux souliers, c'est un luxe ». En Champagne, il est accosté par une paysanne qui lui paraît avoir soixante à soixante-dix ans, tant le travail l'a courbée et a ridé ses traits : elle n'a que vingt-huit ans! En revan- , che, il admire l'état du Roussillon, comparé à celui de la Catalogne, province de même race, mais soumise à l'Espagne. Il constate de l'aisance dans le Quercy, le Béam, rne-de-France.
Young sait bien à qui attribuer la misère quand il la rencontre : il suffit qu'il y ait quelque part un château pour que le pays soit en friche tout à l'entour. Et cet Anglais, si conservateur, s'écrie dans un moment d'indignation : « Ohl si j'étais seulement législateur de France, je ferais bien danser tous ces grands seigneurs. » Le moment de^ la danse n'était pas loin. Au reste, les seigneurs nuisaient plus en s'abstenant qu'en agissant, plus par leur absence que par leur présence. A part quelques-uns, qui sont curieux d'agriculture, comme le duc de Larochefoucauld S les nobles, s'ils sont à leur aise, désertent les campagnes pour les villes, surtout pour Versailles : ceux qui restent ne sont guère en état d'aider le paysan.
I^iitte du paysan pour acquérir la terre. ^ Ce qui prouve combien la noblesse campagnarde elle-môme est devenue pauvre, c'est que le paysan, si misérable, peut lui acheter ses terres. Quand le noble ne trouve pas un riche traitant qui acquière en bloc son domaine , il l'aliène en détail, lopin par lopin. Le paysan de France,
1. II faut joindre à ce nom, vers la fin du xviii* siècle, ceux de Torcy, de Glermont-Tonnerre et d'assez nombreux propriétaires dans le Nord.
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à cette époque, est encore épris d'un tel amour pour la terre que tout ce qu'il peut économiser sur^sa faûn, les quelques écus qu'il a enterrés dans quelque cachette profonde, se dépensent à acheter le champ ou le pré que ne peut plus garder le seigneur. U ne s'inquiète pas si la terre qu'il acquiert va être chargée et surchargée d'impôts, grevée de cens et de rentes au profit du noble vendeur, rançonnée par la dlme. Si ardente est sa passion qu'il ne raisonne pas; l'instinct est plus fort. H achète la terre, au risque de devenir son esclave.
En 1776, Turgot fait rendre un édit qui affranchit de la taille pour quinze ans toute terre nouvellement défrichée : aussitôt, dans vingt-huit provinces, 400 000 arpents de terre sont retournés. Voilà ce qu'était le paysan français du xvni« siècles
Necker, à la veille de la Révolution, constate qu'il y a en France « une immensité de petites propriétés ». Young estime qu'elles forment presque le tiers du territoire. Dans la généralité de Caen, l'intendant calcule que, sur 150 000 cotes d'impositions, il y en a 50000 qui ne dépassent pas cinq sous, et 50000 autres qui n'excèdent pas vingt sous.
Ge serait une curieuse histoire que cette lutte du paysan pour conquérir la terre. Sous les règnes peu lourds de Louis XII et de François P', il achète tant qu'il peut. Surviennent les guerres de religion, qui l'appauvrissent et le dépouillent Avec Sully, il peut retirer un moment : il rachète, il achète, et les villages sont autorisés, par une ordcMinance de Henri lY, à rentrer en possession de leurs biens communaux aliénés, en remboursant simplement le prix de vente aux acquéreurs. Les misères de la Fronde, bi dure exploitation de Louis XIV, le forcent encore d'abandonner son patrimoine; mais, dès qu'à se fait une éclaircie, sa passion le reprend, et, de nouveau, les Iqpins de terre s'accumulent autour de sa chaumière. Dans beaucoup de villages, le seigneur n'a plus un pouce du sol en dehors de son château; mais il reste le propriétaire supérieur; le droit féodal de rachat lui laisse l'espérance de pouvoir quelque jour reprendre sa terre, et, en attendant, il perçoit les droits seigneuriaux. La Révolution devait, en prenant
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en mains les intérêts du paysan, récompenser ime perse* Gérance et un iabeur de plusieurs «iècles.
HttCérlel 4t procédés de eultare. — Acquérir de la terre, sans doute, ce n'était pas s'enrichir. Pour faire rendre à la terre un produit rémuaérateoir, il aurait £allu des chemins -d'exploitation, or TÉitat ne prenait souci que des grandes routes; de l'argent, or il n'existait pas de crédit pour le paysan ; des semences, or il aTait à peine du blé povT sa subsistaaoe ; des engrais, or il en coûte cher 4e garnir une étabte ; des ooajiaissances agricoles , or le paysan cultivait surtout de routine; enfin un outillage, or, dans beaucoup de provinces, on se refusait à rien innover dans le matérieL Aussi le produit était-il médiocre : dans la riche province de Toulouse, le blé ne rapportait que cinq pour un. Tandis qu'un acre de terre en Angleterre donnait vingt-huit boisseaux, en France il n'en donnait en moyenne que dix-huit.
Gomme ragriculteur français, même dans les bonnes uinées, vivait ohidnement'^, par une oonséquenoe ^Sicheuse, il était un piètre consommateur pour les produits de IHndustrie nationale. Young oaiculait qu*il était de 76 pour 460 moins à son aise que l'agricuiteur anglais, i^s mal nourri, plus mal vêtu. Il achetait donc 76 pour 100 moins que eon oonfrère britannique. Il s'habillait surtout avec des étoffes tissées par le tisserand du village et coupées par le tailleur de Ten-droit, n'achetait guère qu'au colporteur, n'avait garde de renouveler st» nAobiher rustique. Dans la
LSi hb paysan a'4tait pas tout h lait panure, ii fallait qu'il le ptrût. Si>on les collecteurs, paysans de la même paroisse, auraient augmeniS sa taille, et las agents du fisc auraient redoubU d'exigeftoas. « Un élu, raconte d'Aiigeaaoïn, est vienn dans le viHage «à est ma maison de campagne et a dit que cette paroisse devait être fort augmentée de la taille cette année, qu'il y avait remarqué des paysans plus gros qu'ailleurs, qu'il avait vu sur le pas des portes des plumages de volailles, qu*on y (faisait dene boniM chère, etc. Voilà ce qui décourage le paysan, voilà oe qui cause le maliienr du royaume. » Une anecdote racontée par Rousseau dans ses Confessiont^ est assez caractéristique. Il arrive un jour chez un paysan des environs de Lyen et lui demande à manger pour son argent; le paysan déclare qu*il n'a rien, puis, rassuré par Jean-Jacques, qui lui assure n'être pas un maJtàtitTi il tire d'une cachette secrète du pain, du vin et du jambon. « Il me flt entendre qu'il cachait son vin à cause des aides, qu'il cachait son pain à oaose de la taille, et qu'il serait un homme perdu si l'on pouvait st douter qu'il ne mourût pas de faim. »
plupart des yillages, sa chaumière était bâtie en torchis et couverte en chaume ou en aisseuîes de bois, ce qui multipliait les incendies. En 1786, le Parlement de Paris ordonnait que toute maison nouvellement construite serait couverte en tuiles; mais Thabitude fut plus forte que la loi *• Dans le Oauphiné, les chaumières n'avaient pas même de cheminée, mais un trou dans le toit. Presque partout, les fenêtres étaient sans vitres : on les fermait avec des volets de bois *. Bien plus rarement encore des planchers de bois : la terre battue suffisait. Les paysans, même aisés, ne mangeaient du bœuf, du veau, du mouton, qu'aux très grandes fêtes : mais presque tous tuaient au moins un porc, à la Noël. Même dans les pays de vignoble, on buvait plus de piquette ou de pressurage que de vin. Encore en 1761, le sucre était si peu employé, même dans le Nord, qu'on n'en trouvait que chez le pharmacien, à titre de remède, ou, tout au fond de Tarmoire, chez les paysans les plus aisés. Un curé du Boulonnais assure que, sur mille paroissiens, il n'y en a pas cinquante qui aient goûté au café. Sous ce rapport, on a changé.
Le numéraire était rare alors, surtout dans les villages. Les rentes des fermages se payaient surtout en nature; de même les gages des ouvriers ruraux. Ceux-ci, outre qu'ils étaient logés, nourris, vêtus, percevaient un supplément en grains, une part des profits sur la vente du bétail, etc. En 1717, on donnait aux moissonneurs une gerbe sur douze, aux batteurs la vingtième partie du grain obtenu par le battage, etc.
Le métayage faisait presque partout place au fermage : la durée des baux à ferme, à partir de 1750, fut généralement de neuf ans. Ce qui indique un certain progrès dans l'état des campagnes, c'est l'augmentation constante des fermages : telle ferme, louée 1800 livres en 1709, vaut 2600 en 1746 et 3800 en 1784.
1. Encore en 1806, dans TOise, sur S58j maisons, 2200 étaient oonvertes en chaume.
2. Au reste, même dans les villes, les vitres furent rares jusqu'au xvni* siècle : ou les fenêtres avaient .cette fermeture rustique, on elles avaient des fragments de verre grossier, des culs de bouteilles ^ montés en plomb.
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Le système des jachères y « ce dimanche de la terre », persiste; Tassolement triennal est encore rare; les prairies artificielles, sainfoin, luzerne, trèfle rouge, se développent lentemer • Le colza ne commence à se répandre un peu que yers 1750; la pomme de terre, vers 1766; la betterave, vers 1775. Dans beaucoup de cantons du Nord, on cultive le houblon; dans la vallée du Rhône, la garance; et, un peu partout, le tabac.
PARHENTiER vulgarisa la culture de la pomme de terrée Elle n'était encore connue que dans quelques pays '. Louis XVI confie à ce savant 54 arpents incultes de la plaine des Sablons, pour les ensemencer du précieux tubercule. A la Saint-Louis de 1781, ie roi, la reine, et, à leur exemple, tous les courtisans, mettent à leur boutonnière les fleurs d'un violet pâle que leur a présentées Parmentier. Dès lors, les paysans, longtemps défiants, demandent de tous côtés des semences, et la pomme de terre devient une des ressources de l'assolement.
Pour combattre la nielle ou rouille du blé, on commençait à chauler les grains.
On labourait surtout avec des chevaux. On ne savait bien engraisser les bœufs que dans le Nord et en Normandie. Les moutons du Berry, du Roussillon, des Flandres étaient les seuls qui fussent de qualité supérieure et bien soignés : ailleurs, c'étaient les anciennes races, donnant une laine grossière, très mal nourris, car en hiver on ne leur donnait que de la paille. Aussi la draperie française était-elle obligée d'acheter encore pour 27 millions de laine à l'étranger. L'élève même du cheval laissait à désirer, et la production de la France ne suffisait pas à
1. Dès 1771, rAcadémie de Besançon ayait mis an concours la question des « substances alimentaires qui ponvaient atténuer les calamités d'une disette ». Parmentier obtint le prix avec un mémoire où il disait : « La pomme de terre doit être, parmi nous, le puissant aoxilialre du blé; avec elle, on ne doit plus craindre les famines qui ont affligé l'Europe au moyen ftge. Trop longtemps dédaignée et réservée eiclusivement à la pAture des bestiaux, il faut qu'elle devienne aussi la nourriture de l'homme ; il faut qu'elle apparaisse sur la table du riche comme sur celle du pauvre «t qu'elle y occupe le rang que sa saveur, ses qualités nutritives et la sanité de sa nature devraient loi avoir acaui» depuis longtemps. » Le mémoire fnt imprimé, en 1778, aux frais de l'État, et répandu h profuiioat
S, Elle semble avoir été connue, dès le xvii* siècle, en Lorraine.
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la remonte de notre cavalerie. On sVn tenait aux races du pays pour les porcs et les «nintaux de basse-cour.
En fait d'instruments d'agricoltare, on n'avait que l'ancienne charrue, la herse, quelquefois le rouleau. Le génie de PASCAL avait donné an laboureur et à l'ouvrier un prédeux instrument, la brouif**.. On sciait les blés avec la faucille : le Parlement de Paris n*avait-il pas interdit l'emploi de la faux, afin que la récolte laissât quelque chose à glaner aux pauvres? L'Angleterre, au contraire, se recommandait déjà par toute une machinerie perfectionnée. Reprenant une idée du Français usofKSsi, qui, en 1737, avait présenté à rAcadémie des sciences une machine à battre, mais qui n'avait obtenu aucun succès dans nos campagnes, l'Anglais ewert de swelungton avait pu se donner les honneurs de l'invention : sa machine battait 1320 coups k la minute et faisait autant d'ouvrage que trentetrois hommes vigoureux armés du fléau. Nos voisins d'outre-Manche avaient déjà des hache-paille, des hachenavets, des machines à vanner, d'autres qai pouvaient à la fois labourer, semer et herser. Aucun de ces engins perfectionnés ne s'acclimata en France : nos laboureurs, amoureux de la routine et dépourvus de capitaux, suivaient aveuglément Tantique maxime d'Olivier de Serres : « Ne change point de soc, ayant pour suspecte toute nouveauté. » Aussi l'Anglais Young déclarait-il que Tagrieultnre, en France, a en est encore au x« siècle ».
Efforts povr fBlre progresser fegrieiilCare mm X¥m® siècle. — n était fâcheux que le régime politique, social et financier de l'ancienne France fût si défavorable au progrès, car vers la fin du xviii* siècle, il y eut un grand effort pour faire de l'agriculture une science. Dès 1750, r « Encyclopédie » lai consacre des articles excellents. DAUBENTON, reprenant l'œuvre de Jehan de Brie au xiv" siècle, publie, en 1782, son « Instruction pour les bergers », où il traite de l'élève du nH>uton et de la prépation des laines. En 1767, paraît le « Journal de l'agriculture, du commerce et des finances », rédigé par les économistes mRABEAU et DUPONT DE remodus; un peu plus tard, le «'Cours d'Agriculture », de l'abbé rozier (1781), sorte de dictionnaire pratique, tessbol, directeur des a Annales