II. L'industrie
Système de Celbert. — C'est sous le ministère de Colbert que la France est devenue un pays d'industrie. Golbert entra dans cette voie plus résolument encore que ne l'avait fait Henri IV, qui fut toujours un peu influencé par les idées de Sully. Suivant l'expression d'un historien anglais, il voulut faire de la France, jusqu'alors pays agricole, féodal et militaire, un pays manufacturier et commerçant. Henri IV et son grand ministre appartenaient à la classe nobiliaire, au-dessus des préjugés de laquelle Sully avait tant de peine à s'élever : Colbert était un bourgeois. Pourtant son système différait peu, en principe, de celui de Henri IV. L'idée dominante était toujours d'acclimater en France les industries qui nous manquaient, afin d'empêcher l'argent de sortir du pays.
Industries emprontées à l'étranger. — Jusqu'alors on faisait venir les crêpes de Bologne, les damas de Gênes, les étoffes brochées d'or de Milan : désormais on ne consommera plus que les tissus fabriqués à Lyon, qui alors devient décidément le centre de la soierie en France et qui exporte ses produits dans toute l'Europe et jusqu'en Orient.
L'Angleterre fabriquait seule l'acier fin : on lui dérobe son secret en appelant ses ouvriers, et Ton fabrique des armes à Saint-Étienne. L'Allemagne avait le monopole du fer-blanc : on fait venir en France des ferblantiers allemands. Les glaces de Venise étaient toujours incomparables : l'ambassadeur de France auprès de la république a mission, malgré la rigueur des règlements vénitiens, d'embaucher des ouvriers de la manufacture de Murano : alors s'élèvent chez nous les manufactures de Tourteville dans
1. En 1789, Layoisier comptait en France 1 781 500 chevanx, 7 znillioni de bêtes à cornes, 20 millions de moutons, 4 millions de porcs. Environ cent ans après, en 1882, nous comptons 2 845 143 chevaux, 11617795 bètea à cornes, 28544 366 moutons, 6259980 porcs, etc.
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la Manche et de Saint-Gobain en Picardie. Par là, on s*affranchit du « tribut » de iOO 000 écus par an qu*on payait à Tindustrie italienne. De Venise on fait venir également des dentellières : on forme les ateliers du Quesnoy, d'Arras, de Sedan, de Château-Thierry, de Chantilly, de Gisors, de Sedan, de Charleville, de Loudun, d'Alençon, d'Aurillac. A Reims, six Vénitiennes, vingt-deux Flamandes, trente Françaises sont placées sous la direction de Marie Golbert, religieuse, sœur du ministre. Au Havre et dans ses environs, on compte bientôt 22 000 dentellières. Colbert espérait détrôner le point de Venise par le point de France; on eut tout au moins le point d^Alençon, et, dès 1665, on put interdire rentrée en France des dentelles vénitiennes. C'est à Golbert que remonte le renom des tapisseries artistiques des Gobelins, de la Savonnerie, de Beauvais, d'Aubusson, de Felletin, de Lille. Le savon blanc venait d'Italie : désormais Marseille en fabriquera. Des Suédois apprennent aux Français à extraire le goudron, à exploiter les mines de cuivre, de plomb, de houille. Le Hollandais Van Robais établit à Abbeville une célèbre manufacture de draps. Puis s'élèvent celles de Sedan et de Louviers pour les draps fins, d'Elbeuf pour les draps communs, de Gaudebec pour les feutres. Golbert relève en Bretagne la fabrique de toiles : il la crée en Dauphiné. U établit dans nombre de villes des fabriques de bas tricotés. U installe à Saint-Ëtienne une manufacture royale pour les armes, des fonderies à Vienne, à Boussolles, à Giromagny, une manufacture de cuivre à Ghâlons. Conrad, un gentilhomme appartenant aux ducs de Nivernais, établit à Nevers, avec des ouvriers italiens, une manufacture de faïence (du nom de Faenza, ville d'Italie). A Harfleur, la manufacture de fil d'archal est relevée.
Golbert cherchait à attirer en France les ouvriers étrangers ; mais il n'admettait pas la réciproque. Un Lyonnais s'étant proposé de porter en Italie certains procédés de la fabrication locale, le gouverneur de Lyon le fait enfermer. En 1671, un maître drapier de Rouen réussit à passer en Portugal : Golbert charge notre ambassadeur à Lisbonne de le faire revenir en employant tous les moyens possibles, •promesses, menaces : on lui fait savoir que « cela pourrait nuire à sa famille ». En 1672, on emprisonne un Suisse qui
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embauchait des ouvriers français ea bas de soie. En 1679, l'ambassadeur espagnol réunit une trentaine d*ouvriers en soie, qu'il se dispose à embarquer à Rouen : Colbert les fait arrêter et retenir prisonniers jusqu'au départ de l'ambassadeur. Un édit de 1669 a défendu (c de prendre du service et de s'habituer à l'étranger, sous peine de confiscation de biens » et, pour les marins, sous peine de mort. Bien {dus, des ouvriers vénitiens, engagés dans une verrerie française, retournaient dans leur pays avec un passeport de lear ambassadeur : Gdbert ies fait arrêter par rarchevêque de Lyon. On ne peut lui faire un crime de ces Tiolencea : c'était l'esprit de l'époque. Le goavernienient de Venise ne reculait pas devant Tassassinat pour empêcher ies ouvriers indigènes de porter à l'étranger les secrets de ia fabrication nationale.
Le* maimfaotiupeB royales et Jenrs pHvOègies. — L'établissement des manufactures nouvelles rencontrait parfois de vives résistances. A Alençon, les anciennes omvrières, dont la manufacture de dentelles ruine l'industrie, se soulèvent au nombre d'un millier et manquent de tuer le directeur. A Auxerre, la municipalité se refuse à toutes les demandes de Gdbert, qui veut que les ouvrières travaillent, non pas chez elles, mais à la manufacture : « Le maire et les échevins ne savemt ce qu'ils font », écrit le ministre. A la fin, il déclare qu'il abandonne la ville « à sa mauvaise conduite ».
Il ne suf&t pas, pour créer les WMiveaux établissements, d'accorder à ceux qui tes entreprennent une forte subvention du roi, avec le titre de manufaoture royale, ce qui les enlève à la juridiction des corps de métiers. Il faut leur assurer un privilège : pendant un nombre * déterminé d'années, dans un rayon déterminé, eux seuls pourront fabriquer. C'est la ruine pour l'industrie privée. Aussi Colbert n'accorde-t-il pas à la légère ces monopoles : « Les privilèges des manufactures puMiquas ét&bHes dans le royaume contraignent toujours le commun et la liberté publique. » Il faut qu'il s'agisse d'une industrie nouvelle à acclimater, ou d'une grande source de richesse à créer dans le pays. Un particulier olfre au ministre de oultiver du coton en Provesiice et demande un privilège de vingt ans : Colbert
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accepte, mais à la condition qu'on sèmera beaucoup de coton, autrement le privilège serait nuisible à la contrée. Ce régime d'exception et de privilège, qui caractérise la mamir facture royale, était peut-être nécessaire à cette époque : la grande industrie ne pouvait naître dans le cadre étroit des corporations du moyen âge.
Quelques-unes des manufactures créées par€olbert u coûtaient plus qu'elles ne valaient » et né lui survécurent pas; d'autres résistèrent et subsistent encore aujourd'hui. La réussite eût été plus complète si ia Révocation de l'Ëdit de Nantes n'était venue chasser de France la partie la plus industrieuse de la population.
Rdle de l'État mi Xinil« siècle. — Après Golbert, le gouvernement cessa de prendre une initiative aussi décidée. L'État français ne cherche plus à s'improviser manufacturier pour créer ou réveiller des industries. Citons cependant la création de la Manufacture de poreelaine de Sèrrea, en 1750, grâce â l'initiative de la marquise de Pompadour. D'ailleurs, à aucun moment, l'État ne se désintéresse du travail national : sous Louis XV, sous Louis XVI, les intendants se font honneur de soutenir les industries de leurs départements : c'est dans ce but que beaucoup d'entre eux, dans l'intervalie des persécutions religieuses, ^tolèrent eft même protègent les protestants.
Lee eovpomtteiM et les lettpes de maîtrise. — Colbert avût trouvé l'industrie enfermée dans les liens des corporations. Celles-ci s'étaient formées librement au moyen âge entre ouvriers du même métier, sous la direction de chefs élus et sous l'invocation d'un saint. Ces associations, à côté de sérieux avantages, présentaient quelques inconvénients.
Ceux-ci furent accrus par l'intervention fiscale du pouvoir. Louis XI avait, un des premiers, créé des lettres de maîtrise, en vertu desquelles un artisan devenait maitre dans sa profession, sans même avoir besoin de faire partie d'une corporation. Ses successeurs abusèrent de ce droit. Quand ils voulaient faire une libéralité à un prince ou à une princesse du sang, ils l'autorisaient à créer un certain nombre de maîtrises et à les vendre à son profit François II, en 1559, dispetise les maîtres ainsi nommés de faire le ehef'd'cewyre, Henri III, en 1980, accorde à sa sœur,
à l'occasion du mariage de celle-ci, le droit de créer deux maîtres dans chaque Tille du royaume. En 1585, il va plus loin : il défend aux corporations de faire des promotions à la maîtrise, avant que toutes les lettres du roi n*aient été achetées. Ainsi le droit de travailler devenait un objet de trafic au profit du roi : il fallait acheter un office de maître drapier comme celui de conseiller an Parlement de Paris.
Résumons les principaux traits de l'organisation des métiers au xvn« et au xviii« siècle. Dans une corporation, on distinguait trois classes de travailleurs : le maître, le compagnon, l'apprenti. Le maître était le seul qui pût travailler et ouvrir boutique à son compte : pour devenir maître, il fallait en avoir acquis l'office, soit en l'achetant au roi, soit en succédant à un autre maître. On succédait à celui-ci soit par achat, soit par héritage, si on était son fils, soit en acceptant sa charge comme dot d'une de ses filles, soit en épousant sa veuve. De plus, pour qu'un compagnon devint maître, il fallait, sauf dans le cas prévu par Fédit de 1559, avoir fait le chef-d^œuvrey ce qui coûtait beaucoup de temps et d'argent, acquitter certains droits envers la coi^ poration, et enfin payer le repas de bienvenue. Les maîtres en exercice se montraient fort difficiles pour la réception des nouveaux : ils ne se souciaient pas de voir un concurrent ouvrir boutique à côté d'eux. Les lettres créées par le roi auraient pu élargir l'accès à la maîtrise; mais, le plus souvent, ils achetaient ces lettres afin de les annuler et d'empêcher que le nombre des patrons n'augmentât.
Compagnons et apprentis. — Il en résultait que le compagnon, simple ouvrier travaillant au compte et à l'établi d'un autre, pouvait languir toute sa vie dans cette situation inférieure : s'il n'avait pas les fonds nécessaires pour acheter la maîtrise, si aucune vacance ne se produisait parmi les maîtres, s'il ne trouvait ni filJe ni veuve de maître à épouser, il demeurait simple artisan. Il n'est pas étonnant que les ouvriers se soient formés en associations de compagnonnage, avec les mystères et les rites des sociétés secrètes, et se perpétuant malgré les prohibitions du pouvoir et les anathèmes de l'Église. Souvent les compagnons jetaient l'interdit sur Tatelier de tel ou tel maître
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et sévissaient contre les compagnons qui persistaient à j travailler.
La condition de Tapprenti était encore plus humble : on lui imposait un long et pénible stage; Tenfant devenait un homme, était déjà un excellent ouvrier, sans qu'il pût prétendre au titre et au salaire de compagnon. D'ailleurs, la jalousie des corporations tendait à restreindre le nombre des apprentis, afin de fermer Faccès du compagnonnage et de la maîtrise. Le privilège se glissait partout : à prix d'argent, on pouvait se racheter de l'apprentissage ; en achetant une lettre r(^ale, on passait d'emblée à la maîtrise.
Lestarandes. — La corporation était gouvernée par un conseil appelé jurande : il se composait de jurés^ au nombre de quatre ou six, choisis parmi les maîtres. Les jurés jugesdent le chef-d'œuvre, exerçaient sur tous une surveillance jalouse et tracassière, exigeaient l'exécution rigoureuse du règlement, en d'autres termes, rappelaient constamment l'artisan à la routine établie. En cas de contravention, ils imposaient des amendes dont ils gardaient leur part, après avoir fait celle du roi et des pauvres. Us remplissaient parfois l'office de répartiteurs des impôts directs entre les membres de la corporation. La jurande se recrutait fort rarement par la libre élection : tantôt elle était nommée par l'échevinage des municipalités ou par les officiers royaux et seigneuriaux, t£mtôt elle nommait elle-même ses membres. Elle tendait à devenir un corps exclusif; elle était une aristocratie dans la maîtrise.
Les maîtres eux-mêmes se divisaient parfois en anciens^ modernes et jeunes; on passait d'un grade à l'autre après un stage et en payant des droits ; chaque grade ayant sa jurande, il y avait souvent trois jurandes dans la corporation. Dans certaines corporations, comme celle des tissutiers-rubaniers de Paris, les maîtres se partagaient en dix catégories.
Dans chaque ville, la jurande de chaque corps de métier interdisait aux maîtres venus d'autres pays de s'y établir. Elle surveillait même les campagnes pour empêcher le paysan de tisser, fabriquer des produits similaires. Dans quantité de villages, il y a de jalouses corporations de tisserands.
5112 CIVILISATION FBANÇAISE
Les règlements. — Chatpie corporation était pourvue d'un règlement. S*il s'agissait d'un tissu, la longueur et la largeur d«s pièces, le nombre de fils qui devaient y entrer étaient rigoureusement déterminés. Si le fabrâcant, même pour améliorer le produit, se permettait le UKÔiidre changement, les jurés de la corporation saisissaienft sa marchandise. Mêler de la graisse de Tache au suif de mouton dans les chandelles, de la soie à la laine dans les chapeaux, fabriquer des boutons au métier au lieu de les faire à Taiguille, quand même on annonçait un produit nouTeau et moins coûtent, c'étaient autant de délits rigoureusement punis. On a peine à se figurer «e régiaoïe, aujourd'hui que chaque industriel s'ingénie è donner de la variété à sa fabrication, à tenter le public par la nouveauté et le bon marché, à suivre ou k provHMfuer les caprices de la mode, si bien que tout le monde, producteur et consommateur, s'en trouve mieux, et que 1^ chif&e des échanges s'en augmente d'autant.
Gomme au moyen âge, un orfèvre >qai avait un foijoa à fabriquer, un horloger qui avait une montre à établir, commençait par fondre le métal; un chapelier, qui se proposait de fournir son chef-d'œuvre, faisait son chapeaa de toutes pièces, depuis le foulage de la laine jusqu'à la pose des plumes.
Les procès entre eevps de Biétlers. — Les métiers, étant si rigoureusement constitués^ gardaient jalousement leurs frontières. Un bonnetier ne pouvait fabriquer un chapeau sans avoir un procès avec toute la corporation des chapeliers. Gomme les attribuions de chaque métier n'étaient pas bien définies, les procès, du moyen âge à k Révolution française, furent innombrables et interaûnables. Â Paris seulement, les corporations dépensaient es justice un million par an.
Golbert aggrave la réglementation. — Golbert ne changea rien h cette organisation. L'idée d'autorité, de surveillance, de protection & outrance, était encore prédominante à son époque. C'étedt une croyance enracinée que les artisans ne pouvaient donner de bons produits qu'à la condition d'être emprisonnés dans des corporations et soumis à une réglementation minutieuse.
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H alla même plus loin. Par une ardonnanoe de 1673, les métiers qui n*étaient pas incorporés furent soumis à lincorporation. La nomination des jarés, leurs Tisltes dans les ateliers, les conditions de Tapprentissage, du chefd'œuvre, de la mattdse, furent réglées arec une précision nouvelle. Au lieu de soixante corporations qu'avait Paris en 1662, il y en eut cent vingt-neuf en 1691. Colbert voulait» dans chaque métier, « composer an corps de personnes capables, et fermer la porte aux ignorants ».
Les anciens règlements furent révisés dans le même esprit par les ordonnances de 1669.
Chaque corporation de drapiers, par exem^^e, dans chaque ville de France, avait son règlement : Golbert en rédigea un qpii fut applicable à tonte la France. Les anciens étaient peu observés : il les fit observer à la rigueur. Sous peine d'amende et de confiscation, il exigea que, dans tout le royaume, les métiers à tisser fassent refaits suivant l'ordonnance. La manie de réglementation alla si loin qu'il fut interdit aux tondeurs de drap, sons peine d'une amende de 12 livres, d'employer les cardes de fer au lieu des chardons, ou toute autre graisse au lieu du saindoux.
Ces ordonnances rencontrent une certaine résistance. CSolbert sévit contre les récalcitrants. Il crée des inspec" teurs des manufactures pour stimuler le zèle des jurandes et des municipalités* L'édit de 1679 porte que a i-es étoffes défectueuses ou non conformes aux règlements seront exposées sur un poteau de la hauteur de neuf pieds, avec un écriteau contenant les nom et samom de Touvrier trouvé en faute ; qu'après avoir été exposées ainsi pendant quarante-huit heures, ces marchandises seront coupées, déchirées, brûlées, ou confisquées, selon ce qui aura été ordonné; qu'en cas de récidive, le marchand et l'ouvrier... à la troisième fois, seront mes «t attachés audit carcan pendant deux heures, avec des échantillons des marchandises sur eux confisquées. » Le carcan pour une modifîcatibn, peut-être heureuse, à des règlements qui étuent déjà surannés au moment où on les rédigeait !
Et cependant ce même Golbert avait le sentiment qu'il n'est pas de progrès industriel sans liberté. C'est lui qui écrivait en 1669 : « Il faut laisser faire, les hommes, qui
s'appliquent sans peine à ce qui conyient le mieux : c'est ce qui apporte le plus d'avantage. »
Dès le ZTi* siècle, un moyen s'était offert aux industriels pour échapper aux entraves des corporations ou à la tyrannie des règlements : c'était d'obtenir le titre de /b«rnisseur ordinaire du roi, des princes ou de quelque sei« gneur très puissant.
Progrès de Fiiidiistrie finniçatse an X¥I1I« sièele. -^ L'organisation maintenue par Qolbert subsiste au siècle suivant ^ : tout industriel qui veut innover tombe sous le coup des règlements de métier, bedel, en 1756, s'avise d'appliquer une teinture bleue sur étoffe de coton : il est condamné par la jurande, par le lieutenant de police, acquitté seulement par le Conseil d'État, leprevost fabrique des chapeaux mêlés de soie, plus brillants et plus solides que ceux de ses confrères : la corporation se venge en portant sa capilation de 90 livres à 2171, tandis que le plus imposé après lui n'en payait que 300 : il ne peut se dérober à ces tracasseries qu'en achetant une charge de chapelier du roi.
En 1700, on avait commencé à exploiter les mines de houille; mais ce combustible, pendant tout ce siècle, ne fut que peu employé pour la fabrication des fers. Les régions métallurgiques étaient alors, pour les fers et la tôle, la Franche-Comté, la Bourgogne, le Berry, la Champagne, l'Alsace, et, pour les fers doux, le Dauphiné et le Roussillon. n y eut 'en France, à la fin du siècle, 243 hauts fourneaux, 315 feux d'affinage.
En 1742 débute modestement, au Greuzot, l'usine métallurgique qui devait un jour éclipser toutes celles de France.
Pour les toiles fines, Saint^Quentin occupait 60 000 fileuses, 6000 tisserands et exportait pour 20 millions. La Picardie avait 66 000 métiers. Rouen, Mulhouse tissaient surtout le coton. Amiens fabriquait le velours d'Utrecht.
1. Notons cependant Tordonnance de 1755, qui autorise tout mattra français à s'établir dans n'importe quelle ville de France, à l'exception de Paris, Lyon, Rouen et Lille, qui restent des villes fermées et à corporations exclusives; — Tordonnance de 1763, qui autorise les campagnards, dans lea villages où il ne s'est pas établi de con>oration de tisserands, à filer et tisser la toile. Et l'on était forcé de regarder de telles ordonnances oomme vn bienfait, comme un progrès I