LE COMMERCE
et Ton prétend que la nation tire des étrangers^ uniquement pour les étofTes à la mode, au-dessus de 14 miUionB de livres. » Le même auteur constate cependant que les conséquences de la RéYOcation pèsent encore sur nos industries, et qtte les industries anglaises « qui commencent à les égaler par la perfection du travail^ et même à les surpasser, leur fbnt un tort infini depuis quelque temps ». A la fin du xviu* aiècle, nous sommes évidemment à la veille d'une crise, très semblable par ses causes à ceUe qui sévit aujourd'hui
m. Le commerce.
Senriees rendns par Colbevf. ~ Colbert a rendu au commerce d'éminents services. CTest lui qui fit creuser par Riquet le canal du Midi pour faire communiquer FOcéan et la Méditerranée; qtti exécuta celui de Saint-Omer à Calais, commença les études pour ceux de la Somme à rOise, ceux du Gharolais, du Centre et de Bourgogne; qui concéda au duc d'Orléans le canal de la Loire an Loing; qui établit sur la Seine un service régulier de coches d'eau; qui travailla à rendre navigables nos fleuves et nos rivières. Il sillonna de bonnes routes tout le royaume, af^anchit les chemins et les cours d'eau de nombreux péages, groupa les négociants en compagnies privilégiées, essaya d'intéresser à ses entreprises les grands seigneurs, rappela aux gentilshommes que le commerce de mer ne faisait pas déroger. Il ouvrit de nouvelles colonies à notre commerce maritime. Il signa avec la Porte les capitulations de 1673, qui assuraient à la France dans le Levant tous les privilèges de la nation la plus favorisée. Il essaya de supprimer les douanes intérieures et réalisa Funion douanière des douze provinces. Enfin il réorganisa, en 1664, le conseii de cornmercey essayé déjà en 1602, institution que devait compléter un jour celle des chambrez de commerce *.
1. Le etvneil de cwimereê éUit compote 4e trois négoeiante, akoisis sor une liste ptéseatée par les villes et qui saiTeient partout la cour. La plus ancieDoe chambre de commerce est celle de Marseille, qui remontait, disaiton. à Tépoque romaine ; celle de Dunkerque fut créée en 1700 ; ptrà vinrent celles de Lyon, Eleuen, Bordeaux et de quinze autres villes.
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Système proteeteur et prohibitif. — Pour le commerce comme pour l'industrie, Colbert ne put se dégager des idées de son temps, qui dominèrent encore près de cent ans après lui. « La liberté est Tâme du commerce », écritait-il; mais, dans la pratique, il ne croyait pas que nos industries naissantes pussent se soutenir sans un système très rigoureux de protection et même de prohibition vis-à-vis des produits étrangers. Ce système, c'étaient, disait-il, les « béquilles de notre industrie ».
Le régime d'exclusion à l'égard de l'étranger* n'était pas nouveau : Philippe le Bel, Louis XI, François Je"^, Charles IX, Henri IV l'avfident pratiqué. Sully avait inutilement proposé à la reine d'Angleterre Elisabeth de réduire les droits qui pesaient sur les importations des deux pays : c'est la première idée d'une politique de libre échange. Le tarif de Richelieu (1632) imposait un droit de 10 sous par bas de soie, de 10 livres par pièce de drap fin, de 20 sous par pièce de serge. Sous la minorité de Louis XIV, ces droits furent triplés et même quintuplés : 50 sous pour les bas et 30 livres pour le drap.
Fouquet, en vue de favoriser nos armateurs, avait frappé d*un droit de 50 sous par tonneau toutes les marchandises importées sur navires étrangers. Cette taxe fut maintenue par Colbert dans son tarif de 1664; mais, en revanche, il diminua les droits de douane. Puis il se laissa entraîner de nouveau aux idées de protection, et le tarif de 1667 augmenta dans des proportions énormes tous les droits d'entrée : sur les tapisseries d'Anvers, ils étaient portés de 120 livres à 200; sur les draps d'Espagne, de 50 à iOO; sur les dentelles et passementeries, de 25 à 60. Ce n'étaient pas tant les producteurs qui étaient atteints que les Hollandais, qui produisaient peu, mais qui transportaient sur leurs navires les marchandises de toute provenance, qui s'étaient faits les courtiers du commerce universel et les rouliers des mers. Ils réclamèrent contre le droit de 50 sous par tonneau ; ils obtinrent seulement de ne le payer qu'une fois par voyage, au lieu de le payer à chaque port où ils abordaient. Ils se vengèrent en élevant leurs droits d'entrée sur les épices et merceries de France, en prohibant nos eaux-de-vie et nos vins. A son tour, Colbert surtaxa le»
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harengs qui venaient de Hollande et prohiba Texportation de nos eaux-de-vie sur bâtiments hollandais. Celte guerre de tarifs aiboutit bientôt à une rupture entre les deux pays et à rinvasion de la Hollande. Au traité de Nimègue, malgré tant de victoires, on dut abandonner le tarif de 1667 et accorder aux Pays-Bas une liberté presque complète de commercer avec nous. Golbert en eut toujours du regret: en 1680 encore, il écrivait à Louis XIV : « Si le tarif de 166" était rétabli, il produirait un très grand bien aux sujets do roi .» Ce tarif subsistait à l'égard des autres pays.
Il était bien difficile, en continuant à exclure les produits étrangers, d'obtenir que les étrangers reçussent les nôtres en franchise. Ils usaient de représailles. Les papes mêmes s'en mêlèrent : Alexandre VU interdit dans ses États l'entrée des marchandises françaises : alors on enferma dans une ligne de douanes l'État d'Avignon, et Ton n'en laissa rien entrer chez nous. Les Anglais, à un moment, interdirent aussi tout commerce avec nous, comme « nuisible à l'État )). Sans doute on protégeait nos manufactures contre les importations étremgères; mais cet avantage était bien compensé par les entraves apportées à nos exportations. Les consommateurs surtout souffraient de ce système : ils étaient privés de tel produit meilleur et moins coûteux que les étrauigers nous eussent vendu, et réduits à acheter très cher les produits inférieurs des industries protégées. En 1670, Colbert déclare impossible que « les Anglais s^ passent de boire nos vins » ; on pouvait dono taxer impunément leurs produits manufacturés. Or, l'impossible se réalisa : par le traité que signa John Méthuen avec le Portugal, en 1703, les Anglais ouvrirent leur pays aux vins de Portugal, en ne les soumettant qu'aux deux tiers de la taxe sur les vins de France. Ce fut un coup terrible pour nos producteurs du Midi.
Administration de Lonvois. — Lorsque Louvois succéda à Colbert comme ministre du commerce, il n'eut garde de rien changer à ce système : il apporta même dans sa mise en pratique une rigueur militaire. Pour protéger nos draperies languissantes contre la draperie anglaise, il obtint du roi, en 1687, la déclaration qu'il ne porterait pendant l'hiver que des draps de France C'était une injonction aux
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eourtisans d'avoir à imiter le roi. Pour empêcher que ceux-ci ne pussent esquiTer eette obligation , Louvois fit fabriquer, pour l'usage spécial de la cour, des draps rayés qu'on pût reconnaître au premier coup d'Oeil. Malheureusement, ces draps étaient très chers, de mauvaise qualité, et d'une si mauvaise odeur que le roi, un jour, fut obligé de se déshabiller. Les habiles imaginèrent d'acheter des draps anglais sur lesquels ils faisaient peindre les raies prescrites par Louvois. Le dauphin porta un justaucorps en étoffe ainsi déguisée. Louvois fut indigné : il obtint du roi que le justaucorps du dauphin f&t brûlé ; il ordonna de rechercher l'ouvrier qui avait peint les raies et de le punir sévèrement. Peu s'en fallut que le roi lui-même ne se ml; en contravention : on lui faisait un habit en cette étoffe proscrite, mais Louvois fut averti à temps. Yoilà donc à quelles minuties on était réduit pour pratiquer exactement le système prohibitif.
Rég^ime dv XTIH» siècle. — Au xviii* siècle on prohiba les étoffes peintes : avant qu'Oberkampf n'en fabriquât chez nous, elles venaient de ITnde, et Ton voulait protéger contre elles l'industrie de la soie. « Les ordonnances sont si rigoureuses à cet égard, écrivait Grimm en 1755, qu'elles permettent aux gardes et aux commis des barrières d'arracher les robes de toile aux femmes qui oseraient en porter en public. Le trafic même des toiles peintes est puni par les galères. » Ainsi on enchérissait Micore sur Golbert : au carcan on substituait les galères ! La mode brava la férocité des lois de douane : les femmes furent prises de passion pour les étoffes proscrites ; Mme de Pompadour donna l'exemple, et les toiles peintes s'étalaient à la cour même de Louis XV, tandis que de pauvres diables de contrebandiers s'acheminaient de temps à autre, pour l'exemple, sur Brest ou sur Toulon. On finit, en 4758, par autoriser l'importation.
Les lots sur les céréales. — Une denrée plus nécessaire que les autres à la subsistance du peuple, c'étaient les blés : aucune n'était soumise à une réglementation plus absurde. Non seulement on ne permettait pas à nos blés de sortir de France, mais, avant Golbert, ils ne pouvaient circuler d'une province à l'autre. On assurait que c'était