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pour prévenir les disettes : c'était le plus sûr moyen de les produire. U arrivait que, dans teBe province, on regorgeait de blé et que le paysan ne pouvait le vendre qu'à vil prix, tandis que dans la proviace voisine on mourait de faim.
Golbert avait à peu près établi la libre circulation des grains à l'intérieur du royaume. Quant à la libre sortie par les frontières, près de deux siècles devaient s'écouler avant qu'on l'obtint. Henri IV l'avait interdite en 1595, puis permise en 1596. Louis XIII l'interdit en 1631 et Louis XIY l'autorisa en 1657. Sous l'administration de Golbert, on la su^end à plusieurs reprises, sous prétexte de « maintenir Tabondance dans le royaume et de faire subsister avec plus de facilité les troupes dans les quartiers ». Quand on la permet, ce n'est jamais qu'à titre temporaire et à charge d'acquitter les droits établis par les tarifs de douane.
Sans Louis XV, par les édits de 1763 et 1764, on permit à toute personne le libre commerce des grains dans tout le royaume, et la libre sortie, moyennant un droit de 1/2 pour 100, tant que le prix du blé n'atteindra pas 12 livres 10 sols par quintal : <iès qu'il atteignait ce chiffre, la sortie était prohibée. Ces variations favorisaient d'odieuses spéculations : des compagnies se formaient pour accaparer les grains, créer ainsi des disettes factices, et vendre alors au plus haut prix possible. Le roi Louis XV fut intéressé dans une de ces compagnies : on put l'accuser d'avoir trempé dans le Pacte de Famme et enrichi sa cassette privée des souffrances du peuple*
En 1770, i'abbé Terray, cédant aux remontrances des Parlements, fort ignorants en ces matières et toujours entichés des vieux préjugés, i^enouvela «toutes les prfiâià)itîons.
Offlees Innttles eréés fiar la voyante. — Un abus ancien prit, . dans les dernières années de Louis XIV^ un grand développement. Déjà François I<>', en 1543, avait créé des offices de « compteurs et déohargeurs de poisson de mer à la halle de Paris ». Henri II avait créé des offices de (c jsmgeurs, marqueurs, mesureurs, vendeurs et contrôleurs de vin », et les avait donnés, pour les vendre, à un
de ses créanciers, Marc Bechot. Charles IX créa des offices de «jurés maçons » et «jurés charpentiers » dans chaque ville de France.
Un tel exemple ne pouvait manquer d*être suivi par la royauté besogneuse du rvn* siècle. Jusqu'alors les tonneliers avaient, sur le port de Paris, parfaitement suffi à rouler, décharger et charger les tonneaux. En 1690, on créa quarante offices de routeurs-chargeurs : les tonneliers conservaient le titre de déchargeurs et le droit de porter les tonneaux du bateau jusqu'au rivage; les rouleurschargeurs les portaient depuis le rivage jusqu'à la voiture. Les conflits furent si fréquents entre les deux communautés qu'on les supprima toutes deux : à la place, on créa 120 offices de déchar geurs-roulevrs-chargeurs. Les querelles continuèrent : d'ailleurs, les marchands de vin préféraient s'adresser aux tonneliers ; les nouveaux officiers n'eurent qu'à se croiser les bras, mais n'en perçurent pas moins les honoraires de leur office. La royauté ne profita pas de cette leçon : au cours du xvin* siècle, on créa des « visiteurs et langueyeurs de porcs », pour examiner les langues de ces animaux; des « jurés cribleurs de blé »; des « visiteurs de foin » ; des « contrôleurs de perruques » ; des « conseillers du roi mesureurs de bois de chauffage ». Il y avait, à la mort de Louis XIV, plus de 40 000 offices de ce genre : il y en eut 100 000 sous Louis XV. Tout office créé trouvait un acheteur, et celui-ci tâchait de rentrer dans ses fonds en rançonnant les commerçants. Ces offices étaient une telle entrave au commerce que lorsque Law, en 1720, décida qu'ils seraient tous rachetés et supprimés, le prix de toutes les denrées baissa immédiatement de 30 à 40 pour cent.
Les moniiaies, poids et mesures. — L'argent se comptait par Uvres^ sous et deniers, La livre du temps de Louis XIV vaut, en francs, 1,80; celle de Louis XV, de 1,66 à 1,78; celle de Louis XVI, 1,44. Il y avait vingt sous dans une livre, douze deniers dans un sou. Le sou se partageait en quatre liards. Les poids et les mesures variaient à l'infini : chaque province avait les siens, et, même quand le nom était semblable, la valeur était différente. La livre de Paris valait, par exemple, seize onces ; celle de Lyon, qua-
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torze * ; celle de Marseille, treize. A Paris, la livre valait deux marcs; le marc, huit onces; l'once, huit gros; le gros, trois deniers; le denier vingt-quatre grains. Pour mesurer les blés, on se servait à Paris du boisseau; du minoty qui valait trois boisseaux; du setier, qui valait quatre minots; du muid ', qui valait douze setiers. Le setier de Soissons en valait trois de Paris, celui d'Amiens quatre et demi. Les mesures pour les liquides étaient autres que pour les grains. Quant aux mesures agraires, on peut se faire une idée de leur variété par celles que les campagnards emploient encore aujourd'hui, concurremment avec le système métrique. On voit quelles entraves ces diversités apportaient aux affaires, même de province à province : les mots n'ayant pas la même signification, il semblait qu'on ne parlât pas la même langue commerciale.
11 faut noter une tentative de 1766 pour préparer une .certaine unification. Une déclaration enjoignit dors d'envoyer aux bailliages et sénéchaussées d'une partie de la France 3, à titre d'étalons, la livre poids de marc, la toise de six pieds et l'aune en usage à Paris. C'était une indication donnée au commerce de ces régions, non une obligation imposée. On avait fait bien peu de chemin depuis les temps où Philippe Y ou Louis XI rêvaient l'unité des poids et mesures dans tout le royaume !
Progrès do Gommeree français aa XVIII* siècle. — A la mort de Louis XIV, notre commerce avec le dehors se chiffrait par 212 miUions de livres, dont 118 à. l'importation et 94 à l'exportation,. £n 1787, il atteignit 1153 millions, dont 611 à l'importation et 542 à l'exportation. En 71 ans, il avait donc quintuplé. Les exportations se décomposaient en 424 millions pour l'Europe, 17 millions et demi pour l'Asie, 23 millions pour l'Afrique, 78 millions pour l'Amérique. Nous importions pour 380 millions de l'Europe, 35 millions de l'Asie, un peu plus de 4 millions de l'Afrique,
1. A Lyon, il fallait distinguer le poids de ville qui était de quatorze onoÀt, «t le poids de soiet de quinze ; à Rouen, le poids de ville et le poids de vicomte; en Provence et en Languedoc, le poids de mare et le poids de table.
t. A Paris même, le muid d'avoine était double dn muid de blé.
3. Ile-de-France, Picardie, Artois, Aunis, Auvergne, Limousin, Berry, Tooraine, Anjou, Maine, Champagne, Barrois.
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192 millions de FAmérique. Nos meiUeurs clients étrangen étaient) dans Tordre suirant, l'Italie, l'AUemagne, les États scandinayes, rAngleterre. Nous faisions avec nos seules colonies on commerce de S^ milMons. Les plaf> forts articles à l'importation étaient les matières premières; à l'exportation, les tissas, les vins, les articles de Paris.