LE CRÉDIT
Système de Law s 1« Banque royale. — En 1716, l'Écossais LAW séduisit le Régent par l'idée d'établir une banque qui pourrait prêter même À l'État. Elle fut fondée au capital de 6 millions, partagé en actions de 5000 livres. Elle eut un grand succès tant qn'eUe se contenta de prêter aux particuliers, d'escompter les effets, d'émettre des billets garantis par son capital. L'État borna son concours, en 1717, à déclarer que ces billets seraient reçus dans toutes ses caisses : alors ils se réfi^ndirent dans les prorinces, et la circulation s'éleva bientôt à 60 millions, c'est-à-dire à dix fois le capital social, proportion évidemment exagérée pour l'époque.
Tout allait bien cependant ; les billets se maintenaient à leur valeur nominale et étaient même recherchés à causé de leur commodité, lorsque Law eut la malencontreuse idée d'unir et de solidariser ses deux entreprises : l'une, sûre et solide, la Banque; l'autre, aventureuse et aléatoire, la Compagnie des Indes.
Les 6 millions de la Banque furent alors en actions de la Compagnie : dès lors, la Banque, comme garantie de ses billets en circulation, eut dans ses caisses, non plus du numéraire, mais des actions sujettes à la hausse et k la baisse.
Les actions de la Compagnie haussèrent d'abord démesurément; émises & 500 francs, elles montèrent à 18 et à 20 000 francs, c'est-à-dire à 36 ou 40 fois leur valeur primitive. Pour les soutenir à ce taux, il eût fallu que la Compagnie pût fournir des dividendes proportionnés. Elle ne le pouvait pas, et bientôt elles baissèrent avec une rapidité foudroyante. Ceux qui les avaient achetées à 500 livres et vendues 20 000, s'enrichirent; mais ceux qui les leur avaient achetées à ce prix n'eurent ensuite dans les mains qu'un papier sans valeur et furent ruinés : or, c'était le grand nombre.
Pendant ce temps, que devenait la Banque? Profitant de la vogue de son système, Law rav2dt fait déclarer, en 1718, Banque royale. U avait fait rembourser les 6 millions aux actionnaires primitifs et pris l'entreprise au compte de l'État. Il avait fait annexer à la Banque, outre la Compagnie des Indes occidentales, celle des Indes orientales, plus
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les bénéfices de la fonte des monnaies, plus la ferme des tabacs et celle des impôts. Comptant sur les bénéfices qu'on devait retirer de toutes ces entreprises, il avait augmenté démesurément le chiffine des billets en circulation : il fallut doubler le nombre des commis rien que pour signer ces papiers. Cette immense quantité de billets n'avait plus pour garantie les 6 millions primitifis, mais simplement les chances de bénéfices que pouvaient présenter ces diverses entreprises.
Quand les actions de la Compagnie commencèrent à baisser, les porteurs de billets de la Banque furent pris de panique, comme les porteurs d'actions de la Compagnie. Les premiers se précipitèrent au bureau de la Banque pour échanger leurs billets contre des espèces. On n'en avait pas à leur donner. Law, pour soutenir le billet de banque, entreprit de déprécier le numéraire. Nommé contrôleur général des finances, en janvier 1720, il fit rendre un arrêt interdisant à toute personne d'avoir chez elle plus de 50 livres de numéraire, à peine de confiscation et d'une amende de 10 000 livres. U donna cours forcé aux billets de banque, et autorisa les porteurs d'actions à les échanger contre ces billets et réciproquement. Il en résulta que les billets baissèrent dans la même proportion que les actions, et que tout se confondit dans une masse énorme de papier, n'ayant plus aucune garantie et ne pouvant fournir aucun dividende. Law fut obligé de fuir devant les fureurs de cette population naguère si enthousiaste de son système. Son successeur au contrôle général déclara que les billets de banque n'auraient plus cours forcé : dès lors, ils ne furent plus que des chiffons.
Ainsi l'entreprise sage et utile de la Banque avait été tuée par sa solidarité avec l'entreprise aventureuse de la Compagnie. Toutes deux avaient été de remarquables tentatives pour fonder le crédit; mais il aurait fallu ne pas fusionner la Banque avec la Compagnie, ne pas assimiler les billets, dont la valeur ne doit pas varier, aux actions, qui sont susceptibles de hausse et de baisse; surtout il n'aurait pas fallu favoriser Vagiotage, qui est un jeu sur des valeurs incertaines, ne pas pousser le public à s'illusionner sur l'étendue des bénéfices que pouvait réaUser la
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Compagnie, ne pas parler des mines d'or de la Louisiane quand il n'était pas sûr qu'on en découvrirait.
L'ivresse d'un moment fit place à une longue désillusion. Non seulement la Compagnie des Indes fut gravement atteinte, mais l'idée de reformer une banque fut ajournée pendant soixante ans,
iM Caisse d'escompte. — En 1776, devant le succès de la Banque d'Angleterre et la confiance qu'inspirait le ministre Turgot, une société se forma pour établir une Caisse d'escompte. Cette caisse était une banque, puisqu'elle escomptait des effets de commerce et émettait un papiermonnaie. Le gouvernement accorda l'autorisation, mais voulut emprunter 10 millions sur les 15 millions qui constituaient le capital social. Les porteurs des billets de la Caisse d'escompte auraient eu £dors pour garantie, non plus 15 millions en numéraire, mais seulement 5 millions, plus le crédit assez chancelant de l'État. On réclama, et l'État renonça à encaisser ce capital; mais il fit une chose aussi grave pouf la prospérité de l'entreprise : il emprunta secrètement. Le public en eut le soupçon : le bruit se répandit que, pour faire face à, 35 millions de billets en circulation, il ne restait plus en caisse que 5 millions de numéraire. On se précipita aux guichets pour se faire rembourser, et, en quarante-huit heures, l'encaisse métallique se trouva réduite à 138 000 livres. Le gouvernement interdit tout remboursement et prescrivit le cours forcé des billets. La panique finit par se calmer, les opérations reprirent. En 1787, la Société porta son capital k 100 millions et obtint du gouvernement qu'il prorogeât de trente ans son privilège. Mais elle consentait à lui prêter 70 millions : c'était immobiliser dans les caisses de l'État, sans autre garantie que son crédit, les sept dixièmes du capital total. La panique reprit, et il fallut décréter de nouveau le cours forcé. Dès lors la Société languit jusqu'au moment où la Convention nationale ordonna la rupture de ses liens avec l'État et sa mise en liquidation.
Ainsi, des deux grandes tentatives faites au x.\iii^ siècle pour fonder en France le crédit public, la Banque de Law en 1716, le Comptoir d'escompte en 1776, l'une échoua parce qu'on la compliqua d'une entreprise commerciale,
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Taatre parce qu'on Tassocia aux finances de FËtat.
En dehors de oes deux tentatives, il n'y eut en France que des banques privées, qui n'avaient pas le droit d'émettre des billets de banque.
La ctreulatloB du papier. — Elle était, au xvm« siècle, infiniment plus restreinte qu'aujourd'hui : on ne connaissait guère que les rentes sur l'État et sur les villes, les bons sur le Trésor remboursables à courte échéance, les actions des compagnies de commerce. En réalité, le crédit public n'existait pas, et le seul moyen d'échange, c'était le numéraire d'or et d'argent, beaucoup plus rare à cette époque qu'aujourd'hui, puisque les mines de Californie et d'Australie ne furent découvertes qu'au xix^ siècle.
Les Bft«Bts-4e«piété et les caisses d'épargse. — Louis Xin, pour faciliter les prêts sur gage aux sujets peu aisés, aurait voulu établir dans chaque ville un mont-depiété, institution originaire d'Italie et ainsi nommée parce qu'elle fut consacrée d'abord à des prêts gratuits et de pure charité. Un édit de Louis HV, en 1643, en établissait dans cinquante-six villes : en réalité, il n'y en eut qu'à Marseille, Apt, Tiirascon, Brignolles, Montpellier, Angers. Paris n'en posséda un que sous Louis XVI en 1777.
Certaines associations avaient créé des caisses d'épargne; mais elles n'étaient pas une institution d'Etat.
Outrages a coksultkr. — Arthur Yonng, Voyage» en France (1781- 17S9), édition L. de LaTortme. — Roa^ier de la Bergerie, Eût. de r agriculture française (1815) et Recfùsrchea sur les principaux tUms qui s'opposent aux progrès de Vagriculture (1788). — Mémoire présenté par la Société royale d'agriculture à l Assemblée nationale. — Dareste de la Chavanne, Hist. des classes agricoles en France. — H. Doniol, ffist. des classes rurales en ,FVance et La Révolution et la féodalité. — Babeaa, Le village sous Vancien régime el La vie rurale dans Vancienne France. — A. de Caloane, La vie agricole dans le nord de la France. — Chassin, L'Église et les derniers serfs. — Pifçeonoeav et de FovîUe, L'adm. de rogne. (1785-87). — Lefort, ffist. des contrats de location perpétuelle.
La Mare, Traité de la police (1705- 35). — Levasseur, ffist. des classes ouvrières en France. — Babeau, La
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