I. Ite costume
Le eostome au X¥II« alède. — Les deux derniers siè-> des ont été signalés, pour les classes riches, par de fréquents changements dans le costume. Pour tout dire en un mot, mot terrible pour les pères et les maris économes, ils ont vu s'accentuer le règne de la mode.
L'époque de Henri IV, c'est encore la continuation des modes extravagantes du xvP siècle, des fraises godronnées, des pourpoints rembourrés et à crevés pour les hommes, des grandes collerettes, des corsages en pointe, des manches et des épaules ballonnées pour les femmes.
Sous Louis XIII s'introduisent des modes sévères et élégantes. Les hommes ont des pourpoints commodes qui descendent jusqu'aux hanches, des hauts-de-chausses qui descendent jusqu'au-dessous des genoux avec une fente vers les jarrets, des bottes peu élevées et légèrement évasées, le petit manteau ou, pour sortir, la grande cape, des chapeaux de feutre d'une largeur raisonnable, des gants parfumés et à crispin. Ce costume, simple et gracieux, est agrémenté de la plume d'autruche au chapeau, d'un grand col de dentelles, de dentelles aux manches, d'un bouilUm. de la chemise apparaissant par l'ouverture du pourpoint, d'éperons d'argent aux bottes. L'épée est suspendue à un large baudjrier. Les femmes ont une coiffure basse, la robe décolletée, avec une guimpe couvrant les épaules.
Du reste, les lois somptuaires veillent à la simplicité de la parure. Pour empêcher l'argent de sortir du royaume, redit de 1629 proscrit Tabus des dentelles, broderies, points coupés; Fédit de 1634 sévit contre les galons, cannetilles, pourlilures, franges d'or : ordre de les découdre et de les envoyer au creuset des orfèvres.
Avec le gouvernement personnel de Louis XIV, tout change. Le goût est à la magnificence, à la dépense, et le jeune souverain y encourage sa brillante cour. L'édit somptuaire de Mazarin (1658) tombe en désuétude. Les lions, nom que Ton décerne alors à Montauron, à Gandole, se ruinent à donner le ton.
Le vêtement, dans ses pièces essentielles, est bien celui de Louis XIII ; mais on ne le reconnaît plus, tant il est tourmenté et maniéré. Pour les hommes, le pourpoint s*accourcit et se perd sous les bras; les manches remontent jusqu'au coude; la ceinture du haut-de-chausses descend presque au-dessous des hanches, et on a Tair de perdre ses culottes. Les espaces vides sont remplis par les agréments de la chemise, qui bouffe au-dessous des coudes, se répand en bouillon sur Festomac où il forme le jabot y s'étale entre le pourpoint et le haut-de-chausses. Les grands collets de dentelles tombent jusque sur la ceinture. Les bottes forment d'énormes entonnoirs, qui obligent les élégants à marcher les jambes écartées. Des cylindres de lingerie tuyautée, s'étalant sur le rond de bottes, s'appellent les canons. Si l'on porte des souliers, ils sont surchargés de rubans. Des rubans, il y en a partout; sur les épaules, ils forment des touffes ; entre le pourpoint et le haut-de-chausses, il y en a une multitude qui, sous le nom d* aiguillettes, rattachent Tune à l'autre ces deux pièces du vêtement; il y en a aux coudes, au bas de la culotte. Un ruban s'appelle alors un galant : un u homme du bel air » en porte sur lui jusqu'à cinq ou six cents. Vers 1658, le rhingrave de Salm met à la mode des hauts-de-chausses si larges qu'on ne distingue plus les deux jambes et qu'ils ressemblent exactement & des cotillons : c'est la rhingrave. Les chapeaux sont petits au point de ne plus coiffer la tête. Il est vrai que la perruque a commencé son règne, la perruque immense, la perruque in-folio, qui ruisselle comme une crinière, inon-'
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dant le dos et les deux épaules, cachant les oreilles ^ Vers 1670, les goûts militaires reprennent le dessus. Le pourpoint, avec tous ses agréments, fait place au justaucorps, qui se boutonne du haut en bas, a des manches entières, tombe jusqu'au genou, cachant ainsi la rhingrave, qui tend à redevenir une simple culotte. Le justaucorps, se faisant de plus en plus austère, est bientôt en drap, en camelot, en droguet. Il n'admet plus que de rares ornements ' : des rubans aux épaules, origine de Tépaulette; une ample cravate en dentelles, bientôt la cravate à la Steinkerque; un baudrier qui soutient Tépée ; une écharpe militaire qui ceint la taille. Sous le justaucorps, on porte un vêtement presque de même coupe, la veste, qui est Torigine de notre gilet, mais qui comporte alors des manches entières et des basques tombant jusqu'aux genoux. Tout ce costume civil n'est autre que celui des officiers.
On commença, vers 1680, h porter des bas de coton aussi bien que des bas de soie.
Sous la perruque, on a la tête rase. La barbe entière de l'époque de Henri IV se réduit, quand Louis XIII eut de sa main rasé ses courtisans, à la mouche ou royale et à de fines moustaches; celles-ci, à leur tour, disparaissent vers la fin du xvii* siècle, et, pendant cent ans, tout homme qui se respecte aura le visage glabre comme les Capétiens du xiii« siècle.
1. CTest le eostame qa*a décrit Molière dami V École des Maris :
.... M'obliger à porter.
De ces petite pourpoints •cas les bras se perdant Et de ces grands collets josqa'an nombril pendant; De ces manches qu'à table on voit t&ter les sauces, Et de ces cotillons appelés hants^de-chausses
S. La Bruyère caractérise ainsi le contraste de la mode dans les premières années et dans les dernières années du règne de Louis XIV : « Le courtisan autrefois arait ses cheveux, était en chausses et en pourpoint, portant de larges canons, et il était libertin. Gela ne sied plus : il porte Une perruque, l'habit serré, le bas uni et il est dévot. »
La dernière loi somptuaire de Taneien régime date de 1708, époque de grande misère : l'édit proscrivit Ter snr les vêtements et les exagérations de la toilette féminine.
Louis XIV, dans ses années les plus austères et dans ses costumes les plus sombres, se réserve exclusivement, comme choses royales, les galons d'or et d'argent. Il porte sur lui, en épingles, eu boutons, à ses jarretières, à la boucle de ses souliers, pour 7 ou 8 millions de diamants et de pierreries.
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Le costume des femmes. a moins changé que celui des hommes : la jupe de dessus, appelée manteau^ s'écarte aux hanches pour laisser apparaître celle de dessous Paar derrière, ce manteau s'aflonge, pour les femmes delà cour, en une qtieue dont la longueur est rigoureusement déterminée par l'étiquette : onze aunes pour la reine, neuf pour les fille» de France, sept pour les petites-filles de France, cinq pour les princesses du sang, trois pour les dudiesses.
A la fin du règne apparaissent les faibalas et les pretintailles. Les falbalas, appliqués sur la jupe de dessous, c'est ce que nous appelons aujourd'hui les yolants. Les pretintailles sont des découpures en étoffes de couleur ou brochées d'or qu'on applique sur le fond des jupes»
En 1671, la coiffure hsûriupée ou hurlvhsrlu est à la mode : toute la cheyelure est formée de boucles ou de tire-bouchons. C'est celle qu'on voit sur les portraits de Ikne* à» Séyigné. Mlle de Fontanges, un jour que ses cheveux s'étaient défaits à la chasse, les releva avec un ruban sur son front : c'est l'origine du nœud à la Fontanges et des hautes coiffures. La finUanges devint bientôt une ni<achine compliquée, une dentelle façonnée en rayons qui dardaient le ciel, et soutenue d'une armature en fil de fer. C'est cette coiffure qu'on voit sur les portraits de Mme de Maintenon. LomstXIV tonna vainement contre les proportions q»e prenait cet appareil. En 1714, une dame anglaise étant venue & Yerseiilles avec une coiffure basse, on vit tomber en un jour toutes les constructions échafaudées sur le front des dames. Le grand roi fut indigné de voir qu'une « guenipe d'Angleterre »> avait plus d^infiuence que lui sur la mode.
Pendant la plus grande partie du règne, les dames por-> tèrent le masque de velours noir. Elles mettaient des mouches : de même les jeunes seignears^ dans la première moitié du siècle.
Le costume an X¥III« siècle. ~ Sous Louis Xy,,le justaucorps devient Yhabit à la française^, ou, d'un mot polonais, le frac. Vers 1730 apparaît le riding-coaty ou vêtement de cheval, en usage chez les Anglais : c'est l'origine de notre redingote. Vers 1750, on renonce, pour l'habit, aux couleurs éclatantes ; il devient noir, et Ton commence à ne plus distinguer le gentilhomme du bourgeois.
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La veste se laisse voir» grâce à récartement de Thabit;. elle a encore des manches et de grandes- basques iombant sur les cuisses. Elle est en soie et l'on y prodi^y,^) les ornements, dessins, brochages, broderies, qu'on retee à rhabit. Vers 1768> à Fimitation des. tailleurs allemands, on supprime les manches, on, coupe les basques, et Ton a le veston, qui est notre gilets
Le jabot n*est plus, comme au xvn« siècle, un flot de dentelles ou de rubans sur le ventre; c'est un bouillon de batiste brodée apparaissant h l'ouverture du gilet.
Le haut-de-chauâses a fait place décidément à La culotte* Vers 1780 apparaît la culotte à pont.
Quand il fait froid, on porte plusieurs paires de bas l'une sur l'autre. On est très fier de son mollet; l'Europe nous envie les jambes ârançaises.; les élégants peu favorisés de la nature ont de faux mollets. Les souliers des hommes sont montés sur de hauts talons, rouges : la boucle d'argent est de rigueur. Les bottes à. retroussis commencent avec Louis XVL
Sous Louis %\, Tépée, non plus suspendue h un baudrier, mais attachée en vefrouU, reste le signe distinctil. du gentUhomniie. Sous Louis XVI, quand le costume du noble se rapproche de plus en plus du costume bourgeois, il devient de bon goût de ne plus porter l'épée, mais une simple canne.
La perruque du grand siècle est, sous Louis XV, abandonnée aux gens de robe. La. perruque des gens du monde ne tombe plus sur le coUet de l'habit; elle, diminue de proportions; elle se partage en trois parts, les deux faces et la queue. Les faces sont roulées en cadenettes ou en ailes de jpigeon. La queue tantôt s'ef^e en bout cie. rat^ tantôt se ramasse dans une bourse. La perruque est poudrée abondamment : les élégants ont le dos et les épaules comme s'ils avaient chargé des sacs de farine. Sous Louis XVI, des gentilshommes même se mettent h porter leurs cheveux, tout simplement Mais il faudra la Rjévolutioa pour mettre fin décidément à la perruque, aux queues, k la poudre.
Le vaste chapeau ii plume du grand siècle fait, place au diapeau en forme de lampion. Vers la fin de Louis XV, on afifécte la simplicité des modes anglaises, hollandaises,,
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suisses; on a le chapeau à la quaker, à la hollandaise : le chapeau à la Suisse, c'est déjà celui du premier consul Bonaparte.
Le costume des hommes, sous Louis XIV, avait été bien plus raffiné que celui des femmes : le xvni* siècle est la revanche de celles-ci. En 1718, deux dames que leur embonpoint incommodait, pour répartir plus également le poids de leurs jupes, s'avisèrent de porter des cerceaux sous leurs robes. En cet équipage, eÙes se rendirent aux Tuileries. Leur apparition causa une émeute de curiosité dans le monde élégant qui s'y promenait. La foule s'accrut à tel point qu'elles eussent été étouffées sans l'intervention d'un mousquetaire. Cet incident fut l'origine de toute une révolution dans la toilette féminine. Alors apparurent les paniers en jonc, en nattes, en baleine : paniers à guéiHdon ou paniers à coudes^ de proportions énormes. Les manches en pagode, les fleurs artificielles sont de la même époque. Voltaire faillit porter un coup terrible aux paniers lorsqu'il obtint que les actrices n'en porteraient plus dans les tragédies classiques. Ils résistèrent parce qu'ils étaient devenus à^ étiquette; il était incon^ venant de se montrer sans paniers; mais ils diminuèrent d'envergure, et des élégantes se hasardèrent à n'en plus porter. Avec les étoffes légères, cotonnades de l'Inde, basin, mousseline, gaze, la marquise de Pompadour mit à la mode le négligé : paniers petits, corset plus souple et presque sans armature, corsage échancré plus fortement dans le dos que sur la poitrine; par-dessus, un simple fichu ou un caraco, un tablier de batiste, des manches courtes à triple rang de manchettes en dentelles, etc. A la fin du siècle, les femmes affectèrent la simplicité, la tournure masculine des modes anglaises : il y eut les vestes à la marinière, aux pierrots, les fracs de femme, qui étaient des vestes avec une petite queue de morue.
C'est la coiffure féminine qui éprouva le plus de vicissitudes. Dès 1750, elle recommence à se hausser. En 1763, on eut des huppes. Sous Louis XVI, le goût des plumes fit rage. La reine eut la coiffure à la Minerve, avec dix énormes plumes d'autruche, si bien qu'elle était obligée d'ôter ce panache pour monter en carrosse. Pour glorifier les