‹ Histoire de la civilisation françaiseChapitre 96 sur 135 · LE COSTUME · texte numérisé non relu

LE COSTUME

exploits de notre marine dans la guerre d'Amérique, les femmes posèrent, au sommet d'un échafaudage de gazes, faux cheveux, épingles, coussins, fils de fer, des navires avec leurs mâts, leurs voiles, leurs pavillons : ce fut la coiffure à la Belle-Poule, à la f régaie la Junon. Il y en eut aussi à la Victoire, qui admettaient une branche de laurier. Il y en eut en pa^c anglais, en moulin à vent. Les poufs au sen^ timent se garnissaient de fieurs, légumes, petites poupées, perroquets et autres, oiseaux empaillés. La figure des femmes ne se trouvait plus qu'aux deux tiers de leur hauteur. En même temps, les talons des souliers devenaient des échasses.

En 1782, les créoles des colonies et les femmes d'armateurs de Bordeaux mirent les robes blanches à la mode, et la reine inaugura aussitôt à. Paris ce costume printanier. Le tulle date de cette époque.

Après le sucaès de Mlle Contât dans le rôle de Suzanne, la soubrette du Mariage de Figaro, toutes les dames, qui auparavant donnaient dans les bergères, se mirent en soubrettes.

Chose singulière, chez les grandes dames d'autrefois, la femme de chambre ne s'occupait que de la coiffure, de la pommade et de la boite aux mouches; elles se faisaient habiller et déshabiller par des valets de chambre.

Le eostame des bourgeois et dn penple. — Les bourgeois aisés suivaient de loin, et avec modération, les modes de la cour : sous Louis XIV, on distinguait du premier coup d'oeil un bourgeois d'un noble, tant il y avait de contraste entre les étoffes sombres et les coupes sévères du premier, et les soieries, les draps d'or, les broderies, les galons, les rubans, les plumes du second. Il n'en est plus de même au xvui» siècle : la hiérarchie sociale, on le voit rien qu'aux toilettes, est menacée.

Le paysan s'habillait comme il pouvait : un chapeau de feutre, qu'il n'ôtait jamais, même à table ^ ; pas de perruque naturellement; la blouse pour le travail, le justaucorps pour les bons jours; des culottes, de gros bas de Iciine

1. Aa reste, les seigneurs ne se découvraient pas, môme lorsqu'ils dînaient à la table du roi ; c'est au xviu* siècle que le chapeau a cessé d'être rivé sor la tète.

OU de longues guêtres, des sabots ou de gros souliers & gros dous, qu'il portait volontiers à la main, quand il avait à marcher longtemps. Il tesait surtout à avoir chaud et à garder les mouvements libres. Gertames provinces avaient des costumes nationaux, qui, le plus souvent, n'étaient pas très anciens et reproduisaient simplement les modes de la cour ou des villes à des époques plus anciennes. Les plus originaux étaient ceux de Bretagne, des Pyrénées, d'Alsace, pour les hommes ; le Gotentin était renommé pour les hautes coiflés à grandes ailes, «uichies de dentdles, des riches fermières; le reste de la Normandie, pour le bonnet ca«h chois en forme de pain de sucre ; la ville d'Arles, pour les coiffes élégantes et le fichu en forme de chapelle; l'Alsace, pour les grands flots de rubans sur la coifife brodée d'or, etc. Il y avait de jolis costumes de paysannes dans le Maçonnais, la Bresse, le Bourbonnais, l'Auvergne, etc. L'usage de porter des boucles d'oreilles pour les hommes, en vogue parmi les courtisans jusqu'au début du xvii« siècle, se conservait encore parmi les gens du peuple : il n'a pas encore tout à fait disparu dans nos campagnes.

Les deaHs. — Au xvii« siècle, les reines veuves portaient le deuil en blanc : on les appelait des reines blanches. Le roi portait le deuil en violet. A la mort^des souverains étrangers, la cour prenait le deuil. A la mort du roi de France, la nation devait se mettre en noir pour une année entière : ce terme fut réduit & trois mois par les ordonnances de 1716 et 1730. Elles fixèrent en même temps la durée des deuils de famille : pour le mari, un an; pour l'épouse, le père ou la mère, six mois; pour les autres parents, de deux à quatre mois et demi. Ce furent les plaintes du commerce qui firent adopter ces mesures.

Les artistes de la toilette. — L'honorable corporation des tailleurs fut d'abord seule en possession de faire les habits des deux sexes. En 1675, on voit poindre les coutU" rières; elles sont autorisées à se former en corporation, mais il ne leur est permis de toucher qu'à la hngerie, non aux pièces ajustées du vêtement. Par une série d'empiétements, elles parvinrent à s'émanciper. Au xviii* siècle apparaît un type nouveau : la marchande de modes, la modiste. Elle fait d'emblée la conquête de la France, puis de l'Eu-

Page 1