‹ Histoire de la civilisation françaiseChapitre 97 sur 135 · LE COSTUME · texte numérisé non relu

LE COSTUME

rope.KQie BERTiN, installée rue Saint-Honoré, reçoit chaque jour la visite de la reine Marie- Antoinette ; chaque mois^ «lie adresse à toutes les cours de T Allemagne et du Nord une poupée habillée à la dernière mode de France. Gathe- TÎne n, la grande impératrice russe, est obligée de faire un coup d*Ëtat contre sa beUe-fille; la grande-duchesse, et contre les dames de sa cour, tant étaient énormes les arri- Tages de caisses envoyées par Mlle Bertin. Celle-ci, avec une fatuité d*artiste et une insolence tranquille, se plaisait à faire faire antichambre aux plus grandes dames, recevait les duchesses couchée sur une chaise longue et cDsait ' « Dans mon dernier travail aipec Sa Majesté, nous avons arrêté que les bonnets les plus modernes paraîtraient dans huit jours ». On l'avait surnommée le ministre de la mode. Elle gagna des sommes fabuleuses, et. en 1787, fit une banqueroute de plusieurs mitiions.

Avant Louis XIY, les (hommes se coiffaient eux-mêmes ou se faisaient accommoder par un valet de .chambre, les dames par une chambrière. En fait de barbiers, on ne connaissait que les barUer&'OkirurgienSj qui .sentaient les plaies et Fonguent. En 1637, les barbiers-barbants se séparèrent de la corporation et en formèrent une nouvelle : ils ne manièrent plus que le peigne et le rasoir et s'emparèrent despotiquement de la tète des élégants. En 1645, CHAMPAGME se rendit célèbre comme coiffeur pour dames. n abusait de la vanité de ses clientes pour leur extorquer, non de Fargent, car on n'eût osé lui en offrir, mais des cadeaux plus importants. U disait Insolemment à l'une d'elles : « Vois- tu, de quelque façon que je te coiffe, tu ne seras jamais bien, tant que tu auras ce nez-là. » Les coiffeuses disputèrent bientôt ! empire aux coiffeurs, comme Là MABTm, qui, en 1671, inventa la coiffure hurlupée. Quand il fallut presque des échelles pour confectionner les étonnants échafaudages du xviii^ siècle, les coiffeurs reprir rent faveur. — dagé ne faisait ses courses qu'en carrosse, et Mme de Pompadour tolérait qu'en la coiffant il fît des allusions à la précédente favorite, Mme de Ghâteauroux : « Quand je coiffeds Vautre », disait-il. — lb gros ouvrit à Paris une Académie et publia « l'Art de la coiffure des dames françaises », ouvrage qui fut aussitôt traduit en plusieurs

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langues. Il avait chez lui des prêteuses de tête, douées de magnifiques chevelures, sur lesquelles il exerçait son génie en présence de nombreux élèves et qu'il exhibait parfois sur le boulevard devant sa maison. En 1763, il en étala trente à la foire Saint-Ovide. — Léonard, coiffeur de la reine Marie-Antoinette, avait obtenu de celle-ci l'autorisation, refusée jusqu'alors à ses pareils, de continuer à coiffer les autres dames, afin que sa main ne se gâtât pas à ne parer qu'une seule tête. Il fut un des confidents de la fuite de Varennes. Le peuple rappelait les coiffeurs à la modestie en les appelant des merlans, allusion à la farine dont ils étaient saupoudrés, comme des poissons prêts à être mis dans la poêle à frire.

n y avait aussi des professeurs de danse et de maintien dont rien n'égalait l'insolence à l'égard des gentilshommes français ou étrangers qu'ils trouvaient trop patauds.

Tous ces artistes mirent en vogue, avec les premiers journaux de modes, un incroyable jargon. Voici comme était décrite, en 1787, la toilette d'une élégante : « Mlle Duthé était dernièrement à l'Opéra avec une robe de soupirs étouffés, ornée de regrets superflus, un point au milieu de candeur parfaite garnie en plaintes indiscrètes,.,, frisée en sentiments soutenus, avec un bonnet de conquête assurée, garni de plumes volages et de rubans d'œil abattu, un col couleur de gueux nouvellement arrivé », etc.

Le paraplaie. — Au xvii« siècle, des pages portaient sur la tête des nobles dames de grands parasols. On en fabriqua de plus petits, que les élégantes tenaient à la main pour se garantir du soleil : c'était déjà Vombrelle, mais elle ne se fermait pas. Le système actuel de fermeture fut appliqué à une espèce de parasol que les piétons portaient pour s'abriter de la pluie : c'est le parapluie, déjà célèbre en 1768, machine énorme, incommode, munie à son extrémité d'un gros anneau, si bien qu'on ne pouvait l'utiliser comme canne. Puis on fit des parapluies plus petits : il y en eut même de poche.

n. Le mobilier.

Le mobilier sons Louis XIII. — Les grands meubles du xvi« siècle, d*amples proportions et de sobres lignes, bahuts, dressoirs, chaires monumentales, armoires à double corps, œuvres dans lesquelles excellaient les ébénistes de TAllemagne et des Pays-Bas, continuèrent à être en honneur sous Louis Xni. Puis, les meubles à la mode dltalie, affectant des formes de monuments, commencèrent à s'introduire chez nous. Le meuble caractéristique de Tépoque, c'est le cabinet, dont la partie supérieure présente deux ou plusieurs vantaux ou portes, de nombreux tiroirs, et dont la partie inférieure n'est formée que par les colonnes de soutien. On emploie l'ébène, les bois des lies ; on a recours & la marqueterie, aux incrustations de cuivre, étain, écaille, nacre, ivoire, pierreries, filigranes d'argent. On fait une large part & la sculpture : le cabinet présente de petites niches où prennent place des statues, des reliefs en demi-bosse, qui représentent des scènes mythologiques ou allégoriques. Un cabinet d'ébène, appartenant à Mazarin et exécuté par 60LEr ou eoLLB, comprend, entre quatorze colonnes, cinq niches qui abritent, au milieu, le cardinal Mazarin sous un pavillon ; à droite et à gauche. Minerve, la Peinture, la Sculpture et l'Astrologie ; il est orné, en haut, de quatre vases et de deux figures représentant la Force et la Justice.

Le mobilier soas Louis XIV. — BOULLB (André-Charles), né en 1642 d'une famille d'artistes auxquels la royauté accordait depuis deux générations un logis dans les galeries du Louvre, est l'homme en qui s'incarne, dans le grand siècle, l'art de la sculpture des meubles. Ses créations Bont en harmonie avec la magnificence sévère des appartements royaux. Sur ses dessins, sur ceux que lui fournirent Jean bêrain, élève de Le Brun, et d'autres artistes, il passa sa vie à confectionner ces grands bureatuc en ébène incrustée de cuivre ou d'ivoire ; ces commodes à dessus de marbre, aux pieds courbes, au ventre renfilé, tantôt en écaille, avec incrustation de cuivre, tantôt en cuivre avec

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incrustation d'ébène; ces médaillons, ces consoles, ces horloges à gaine, ces torchères en bois sculpté et doré, ces guéridons surmontés de groupes artistement disposés; ces fauteuils à dossiers élevés, tout droits et rectangulcdres, à pieds de pilastres ; ces grands lits à courtines de velours et à panaches; ces boiseries sculptées qui courent le long dés murailles *.

Le mobilier sons Loids XV. — Les meubles tendent à devenir moins imposants, plus légers, plus portatifs, plus confortables, plus intimes; car il ne s*agit plus seulement de décorer les galeries des palais et des ^ands appartements, mais de faire le charme des petits appartements. Le premier artiste qui entra dans cette voie, c'est Charles crbssent, fils d'un menuisier, né en 4663, et gratifié par le duc d'Orléans du titre de « premier ébéniste de sa maison » *. Pour éclairer les appartements et leur donner uiïè grandeur apparente, sans leur ôter leurs proportions mignonnes, on multiplie les glaces : ce qui amène l'exil des grands tableaux. Pour égayer le mobilier, surtout à l'époque de Mme de Pompadour, on emploie le bois de rose, le bois de violette, le bois d'amarante, dont les couleurs sont avivées par des teintures, tandis que des bois brûlés, mêlés à la marqueterie, accusent les ombres. On essaie du lapis-lazuli, de Taventurine, pailletée de points d'or, de la malachite. Plus tard, on recouvre les meubles de vernis de laque. On exécute des moulures avec des pâtes, du carton-pâte, du papier mâché. C'est moins solide et moins résistant, mais cela se prête mieu^ aux caprices de l'ornemaniste, et on les emploie non seulement pour les meubles, mais pour les plafonds, les corniches, les trumeaux, les cadres où l'on sertit les tableaux. Les fines peintures, les porcelaines de Saxe, entrent dans le nouveau système de décoration. On prodigue les pastorales, les bergeries, les oiseaux, les fleurs.

1. Les autres artistes célèbres de l'époque sont les ébénistes Pierre Poitou, Jacques Sommer, Jean Normand, Jean Oppenordt, Montigny; les iculpteure sur bois Philippe Cafâeri et Pierre ■. Lepautre ; les sculpteors ornemanistes Pineau, du Goulon, Romié, Toro, Julienoe.

8. Ses émules, sou3 la Régence ou dans Tes périodee suivantes, BtrMH •urtout les Oêben, les Bernard, les OUyier, les Dubois.

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les iîruits, les guirlandes, le carquois et rare de Cupidon. Partout, dans une chambre, sont semés les petits bureaux, les petits guéridons, les petites tables pour les petits soupers, les wmoires-encoignure&f les secrétaires aux tiroirs multiples et aux ressorts mystérieux, les chiffonniers, les étor gères, les vide-poches. Plus d'angles aux meubles; mais des coins arrondis. Le fauteuil de Louis XTV, avec son dossier tout droit, solennel, inébranlable et incommode comme un trône^ fait place au fauteuil Louis XV, dont le dossier, le siège, les bras sont coussinés et recouverts de tapisserie. Bientôt le dossier se renverse pour prêter un appui plus doux : on a le fauteuil VoUaire, Des chaises légères, en mince bois doré, à dossier formant lyre, se déplacent aisément et se prêtent au hasard des conversations. On a toute une série de meubles capitonnés et hospitaliers : canapés, divans, sofas, causeuses, chaises longues, tabourets de pied.

Le mobilier sous LauIs XVI. — Les ébénistes riesener, ULEU, 8AUHIER Continuent ces traditions. L'acajou commence à être employé. Depuis les fouilles de Pompéi, on aime dans le mobilier les formes raides et architecturales, les fonds noirs avec des mosaïques représentant des sujets antiques. On a conservé de l'époque précédente le goût pour le confortable, mais avec moins de tendance au négligé. Le lit de Marie-Antoinette est à la fois imposant, comme ceux du grand siècle, et curieusement décoré, comme ceux de la période précédente : il est dressé sur une estrade, surmonté d'un dais majestueux d'une très grande hauteur, en un mot vraiment royal.

Le mobilier da peuple. — Si l'on voulait savoir ce qu'avait été dans les temps anciens le mobilier françds, il n'y avait qu'à regarder encore celui du paysan : la cheminée immense, avec ses chenets ou chiennets et sa crémaillère ; les bancs de bois, souvent scellés à la muraille ; les grands cofires de bois rappelant l'antique bahut; les grandes armoires en chêne ou en noyer; la huche ou met, qui sert à pétrir, puis à enfermer les pains, à moins que la panneiiére à claire-voie ne soit suspendue pins liaut pour les recevoir ; le lit enfermé dans une alcôve en forme d'armoire ou entouré de courtines en serfie; le couvet ou chaufierette en

terre pour la ménagère ; le dressoir, sur les rayons duquel ont succédé à la terre rouge d'autrefois la faïence à fond noir yernissée, puis cette faïence blanche aux vives couleurs, que se disputent aujourd'hui les collectionneurs; les gobelets et la vaisselle d'étain, les cuillers d'étain ou de bois, les fourchettes en fer; la lanterne à parois de corne transparente, la botte au sel, le tube en fer qui tient lieu de soufflet, le rouet et la quenouille. Au reste, tout cela subsiste encore aujourd'hui, dans certains cantons, tel qu'il y a des siècles.

l.'horlogerie. — Au xvn* siècle, GAULÉE et HUYGHENS firent ajouter aux horloges, comme régulateur, le pendule, Huyghens introduisit dans les montres le ressort spiraL la hibb et CAMUS donnèrent la théorie des engrenages. Les Anglais Barlow et Square inventèrent la montre à répétition (1670). Leur compatriote Graham imagina le pendule compensateur à mercure, que Harrisson remplaça par le pendule compensateur à grille (1726). C'est aux Anglais Graham et Clément, aux Français Pierre Leroy et Abraham Bréguet qu'on doit les nouveaux systèmes d'échappement, lépine inventa les montres à cylindre qui portent son nom. a. bréguet inventa les montres à secondes et, le premier, employa le rubis dans les parties frottantes du mécanisme, julien lerot (1686-1759), de Tours, publia sa « Nouvelle manière de construire les grosses horloges », fabriqua des horloges avec cadran universel et boussole, à l'aide desquelles on pouvait prendre le méridien, et fonda la supériorité de l'horlogerie française sur celle des Anglais. Son fils, pierre lebot (1717- 1785), établit des montres marines > et publia aussi d'importants travaux sur son art. lepaute (1709-1789), de Montmédy, s'illustra par la précision, les perfectionnements qu'il apporta dans la fabrication, construisit avec son neveu la magnifique horloge de la ville de Paris et publia son célèbre « Traité de l'horlogerie » (1755). Tous trois reçurent l'hospitalité du roi dans ses galeries du Louvre, berthoud, de Neufchâtel, qui vint, en 1745, s'établir à Paris, construisit des horloges marines. Le célère Beaumarchais fît la première montre à remontoir,

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