Elles avaient été inventées par Harrisson
Les femmes élégantes portèrent toujours à la ceinture, avec Féventail, une montre d'or émaillé. A partir de 1780, les hommes en eurent deux, dont les cordons, garnis de breloques, servaient à cacher les deux fentes de la culotte à pont. Les horloges, pendules, cartels furent ornés, par Boulle et ses émules, de garnitures élégantes. Les horloges, rares au xvii* si ècle dans les campagnes S y devinrent communes au xviii«.
La tapisserie. — Encore au xvii* siècle, tout comme aux siècles précédents, lés tapisseries sont immenses, recouvrent presque entièrement les murs, forment des œurtineSy ou espèces de tentes qui cachent les lits. Puis elles se restreignent aux dimensions des grands tableaux et ont une bordure tissée imitant le cadre de ceux-ci. Au xviii* siècle, encore plus réduites, elles sont des tableaux de tapisserie avec des cadres de bois. Elles n^ont plus les couleurs sombres des toiles de Le Brun, mais les tons clairs de Watteau ou de Boucher, dont elles reproduisent les sujets. Bientôt la tapisserie n*est plus employée qu'à couvrir le parquet, à former des écrans, à garnir les chaises et les fauteuils, les popfs et les canapés.
L'éclairag^e privé et publie. — Le peuple ne connaissait que la chandelle ou la lampe ancienne, qui a pour mèche une pincée d*étoupes. Dans les classes aisées, on brûlait de la bougie. Bientôt la lampe se perfectionna. D'abord on avait employé des mèches tissées ; puis argant, de Genève, en 1782, avait donné aux mèches la forme cylindrique , les avait fixées sur un appareil qui permettait de les monter et de les baisser, ûuinquet, en 1787, avait imaginé le verre de lampe, qui rend la combustion de la mèche plus active et plus régulière : de là, le quingiiet.
Les mêmes procédés étaient appliqués à l'éclairage pu blic. En 1667, le lieutenant de police la retnie * inaugura
1. Mme de Sévigné raconte plaisamment la stupear des paysans d'an canton reculé à la vue de cet objet nouveau pour eux ; ils voulaient briser l'horloge, assurant que c'était la gabelle; le curé du village la sauva en affirmant que, bien au contraire, c'était le jubilé.
8. On plaçait une lanterne à chaque bout de la me et une au milieu. Cela sembla si admirable qu'on frappa une médaille qui représentait un« déesse tenant une lanterne avec cette inscription : Urbis seeitritas et nitor (sécurité et splendeur de la ville).
SÏS4 CIVILISATION FRANÇAISE
le système des chandelles enfermées dans des lanternes. En 1769, SABTiNS, un de ses successeurs, avait substitué à la bougie ou à la chandelle une lampe avec un réflecteur. La lanterne devint alors le réverbère. Suspendu au milieu de la rue à une vingtaine de pieds au-dessus du sol, il descendait ou remontait au moyen d'une poulie ^
Sartine avait porté le nombre des réverbères dans Paris à 3500 '. Les salles de théâtre, les palais et les salons des rois ne connaissaient pas d'autre moyen d'éclairage que les chandelles, les bougies ou les lampes.
On était déjà sur la voie d'un système qui répondit aux exigences des générations nouvelles. Dès 1786, Philippe LEBON distille le bois et en tire un gaz combustible, mais qui donnait encore une flamme obscure et une odeur très désagréable.
Les véhienles. — Au temps de Henri lY, sur le pavé boueux et inégal de ses rues étroites et tortueuses, Paris voyait rouler peu de voitures. Le bon roi parcourait sa capitale à cheval, abrité contre la pluie ou la boue par une longue cape. U n'était pas rare de voir un second cavalier, parfois une dame, en croupe derrière le premier. Les carrosses avaient succédé aux chars (espèces de tapissières) de l'ancien temps ; mais les hommes les laissaient aux femmes, et Henri ni fut noté comme efféminé pour s'en être servi. Ces carrosses étaient de lourdes et solides carcasses, très haut perchées sur d'énormes roues, mal suspendues, fermées par des panneaux de drap ou de velours, avec de larges marchepieds à étages, semblcibles à des escahers, et sur lesquels on pouvait s'asseoir. C'est dans un de ces carrosses que Henri IV fut assassiné. Bassompierre, le premier, s'avisa de fermer son carrosse avec des portières garnies de glaces, au lieu de rideaux. Ces véhicules prirent des dimensions de plus en plus fortes, se surchargèrent d'ornements d'or se relevant en bosse. Bien qu'ils se fussent multipliés sous Louis XIU, ils n'étaient guère qu'à l'usage du roi et des grands sei-
1. « Mettre à la lanterne »« an tempe de la Révolation, c'était pendre an homme à la place du réverbère.
8. Il 7 en eut 5500 sous Napoléon en 1800, et 6300 soae la Restauration, en 1821, avant l'adoption de l'éclairage au ^az.
gnenrs. Rien de ma^gnîiîque eomme le carrosse royal ou seigneurial, avec ses beaux 'CheYaux , l'imposant cocher sur le siège très haut, la demi^douzaine de laquais sur le marchepied de derrière, les chasseurs galopant aux portières, tous richement galonnés et chamarrés.
Vers le temps de la Fronde, les fiacres furent inveifitês, soit par un nommé fiacre, soit par Nicolas sauvage, qui avait son bureau à Thôtel Saint-Fiacre. On les louait à la journée ou à la course.
Le grand pascal poussa plus loin cette idée démocratique : il imagina des véhicules qui suivaient 'dans Paris un p£a>cours déterminé, avec faculté pour chacun d*y monter ou d'en descendre à volonté, moyennant une faible somme : c'est l'origine de nos omnibus. On les appelait alors des carrosses à cinq sous. Un duc de Roannez, ami de Pascal, obtint, en 4661, le monopole de cette entreprise. Après quelque temps de vogue, elle tomba.
En 1637, un nommé sons- carrière, qui était allé en Angleterre pour y faire fortune, en revint avec une espèce de véhicules connue autrefois chez nous, mais perfectionnée par les Anglais : c'étaient les chaises à porteurs. Les unes étaient mises par des entrepreneurs à la disposition du public; les Autres, appartenant aux nobles et aux riches, étaient parfois ornées de fines peintures.
Une variété de la chaise à porteurs, c'était la vinaigrette, montée sur deux roues : un homme la tirait par devant; une femme ou un enfant la poussait par derrière.
La calèche, grande voiture découverte, date de 4660 : Louis XIV excellait à conduire une calèche à quatre chevaux. Plus tard le cabriolet en dériva. A la veille de la Révolution, les Anglais nous donnèrent d'autres modèles de voitures, comme le whiskey, équipage à deux chevaux.
Pour le voyage, on construisit, au xvui® siècle, des carrosses simples, vastes, assez solides pour résister aux plus mauvaises routes, pourvus de toutes sortes de commodités, même d'un siège percé : c'est la berline.
Les voyageurs moins fortunés montaient dans les voitures publiques, affermées à une compagnie et cheminant lourdement et lentement sur les routes, que leur poids défonçait : il leur fallait quatorze jours pour aller de Paris
à Bordeaux. Turgot cassa le bail avec la compagnie : il organisa ses turgotines en monopole de TËtat : elles ne mettaient plus que cinq jours et demi à faire le même voyage. Puis, quand le service fut confié à la compagnie privilégiée des Messageries royales, les voitures publiques s'intitulèrent fièrement les diligences, c'est-à-dire les « rapides ». Grâce aux chevaux de relai, elles pouvaient faire jusqu'à vingt lieues par jour. Elles eurent trois compartiments, appelés berlines, sans compter les places du haut. Mais imagine- t-on que la voiture de Paris à Lyon ne partait que cinq fois par semaine ; celles de Paris à Lille, Yalenciennes, Orléans, trois fois; celles de Paris à Bordeaux, Rennes, Metz, deux fois seulement?
Sur les fleuves et rivières, on avait organisé un bon service de coches d'eau.
m. L'hygiène et l'alimentation.
Les parfums, la propreté» Thy^ène. — On se parfumait terriblement sous Louis XIQ : ambre, pistache, benjoin étaient prodigués sur les"gants, sur les barbes, sur la peau 1. Les « Lois de la galanterie française», ouvrage publié en 1644, font une obligation aux élégants de se laver une fois par jour le visage et les mains et d'aller « quelquefois chez les baigneurs ». Louis XIV n'aimait pas les parfums : pour lui faire sa cour, on n'en porta plus ; on renonça même aux fleurs : certaines dames affectèrent de se pâmer à la vue d'une rose. Le grand roi né se lava guère plus que ses contemporains : tout au plus le bout du nez et les mains, une fois ou deux par jour. Il prenait des bains quand le médecin le lui ordonnait. Ce siècle eut horreur de l'eau froide. C'est aux Anglais surtout, vers le milieu du xviiie siècle, que nous sommes redevables d'avoir introduit la mode d'ablutions plus complètes. Versailles était magnifique, mais sentait mauvais ; comme on avait négligé de le doter d'égouts, chaque courtisan ou dame avait ses commodités dans Son appartement, lequel ne se composait
1. Bftssoinpierre étonna les courtisans du jeune roi parce que, comme let compagnons du Béarnais, il avait encore des poux.
l'hygiène et l'alimentation 557
souvent que d'une pièce. La chaise percée, la garde-robe jouent un grand rôle dans les mémoires du temps : c'était là qu'on recevait volontiers les amis, les solliciteurs, les fournisseurs ; c'est là que le futur cardinal Aibéroni gagna les bonnes grâces du maréchal de Vendôme.
Vers 1766, sous l'influence des idées de Rousseau et du retour à la nature, le docteur tbonchin engagea les élégants et les élégantes à faire des promenades à pied : cela s'appelait tronchiner ; on eut des chaussures et des toilettes tout exprès pour ces promenades hygiéniques.
L'art culinaire. — Les Français, au temps de Henri lY, mangeaient gros et buvaient sec, mais ils n'étaient point raffinés. C'est en Italie que semble être né l'art culinaire, appelé en France à de si magnifiques développements. Il devint bientôt un des liens de la société, un des agents de séduction, un auxiliaire de la politique et de la diplomatie, n eut ses docteurs et même ses martyrs. Le maître d'hôtel VATEL se perce de son épée parce que la marée est arrivée en retard (1671). Au xVui« siècle, les cuisiniers des maisons d'Orléans, de Conti, de Soubise, ceux des prélats, des abbés à riches abbayes, des financiers, rivalisent à qui dressera les menus les mieux ordonnés, combinera les ragoûts les plus ingénieux, immortalisera le nom de son patron en le donnant à quelque potage ^, à quelque bisque ou à quelque sauce nouvelle '. Dès 1650, le « Confiturier français » obtient une vogue prodigieuse et de nombreuses éditions. Nicolas de bonnepons, valet de chambre du roi, publie, en 1655, non une vulgaire Cuisinière bourgeoise, mais « les Délices de la campagne, où est enseigné à préparer pour l'usage de la vie tout ce qui croît en terre et sous les eaux ». L'année précédente, il avait donné le
1. Il est à noter qa'aa xvii* siàcle, même chez le roi et les grands seigneurs, on mangeait le potage à la soupière, comme les soldats, naguère encore, mangeaient à la gamelle.
2. Ce ne sont pas seulement les cuisiniers qui font assaut d'ingéniosité, mais les plus grands seigneurs, car le marquis de Béchameil, au xvii* siècle, doit son illustration à un plat de morue à la crème, et le duc d'Orléans fonde le pftté de lapereau et le pain à la d'Orléans. Le souvenir des exploits du duo de Richelieu à Porl-Mahon se perpétue dans la sauce mahonnaise, ou mayonnaiie. A Mme de Pompadour noas devons le filet de volaille à la Belle vu'ï, à d'autres dames illustres les cailles à la Mirepoiz, les pou- «ts à la Vilieroy.
« Jardinier français ». ÀTeclaHégence commenoe l'ère des petits sotipers, c'est-à-dire des petits plats, des plats exquis pour une société peu nombreuse de mangeurs d'élite. MENON, en 1768, donne les « Soupers de la Cour, ou Fart de travailler toutes sortes d'aliments ».
A rAmérique, à l'Inde, on emprunte des assaisonnements inconnus jusqu'alors. Les pâtes d'Italie, le foie gras, les jambons, les andouiUettes, les huîtres, les truffes, les morilles, inaugurent leur vogue. Les glaces et sorbets datent de 1660. Les jardiniers des châteaux royaux s'épuisent à produire des espèces inédites de fruits : Là aimrnNiE trouve la poire royale. Des pâtissiers allemands ou si»sses nous apportent les desserts givrés et à cristaux. Les grands Tins de France et les fromages célèbres commencent à prendre rang. Alors aussi se répandent les réputations gastronomiques de certaines villes ou provinces de France *. Dans toutes les cours d'Europe, à côté du philosophe, de la modiste, du coiffeur français, paraît le cuisinier français '. Désormais nous tenons TEurope entière par la bouche; et, de fait, la cuisine et le service de table en France ont une supériorité incontestable au point de vue de l'élégance et •de la recherche.
Au xvii« siècle, la cour dinait à onze heures du matin; on soupœit vers cinq heures : on comblait l'intervalle avec des collations, et le roi se ffiisait servir son en-cas pour la nuit. Vers la fin du xvm<> siècle, on dina de deux à cinq .heures; les soupers se prolongèrent assez tard dans la nuit pour réduire le déjeuner du matin à une simple collation.
1. Les fromages de Brie, Roquefort, Neufcbàtel, du Mont-Dore ûommenoent leur carrière. Le Périgord devient fameux par ses truffes et ses poulardes, la Provence par son huile d'olive, son thon mariné, ses anchois; Bayonne, par ses jambons; Strasbourg, Chartres, Périgueux, par leurs pâtés de foie d'oie ; Amiens, par ses pâtés de canard ; Pithiviers, par ses p&tés de mauviettes; Tours, par ses rillettes et ses pruneaux; Nérac, par ses terrines; Lyon, par ses saucissons et ses marrons; Besançon, par ses langues fourrées ; Troyes, par ses hures et ses langues ; Alençon, par ses oies grasses ; Angoulème, par ses galantines et ses p&tés; Ch&Ions, par ses andouUlettes ; Rouen, par sa gelée de pomme ; Reims, par ses biscuits et ses pains d'épice; Dijon, par sa moutarde, son raisiné, ses pains d'épice; Verdun, par ses dragées et ses liqueurs, etc.
8. Frédéric II, roi de Prusse, adresse une épitre en vers à son maitr« d'hôtel, le Français Noôl.
l'hygiène et l'alimentation 859
Ije eabae» le ,emié, — Sous Louis XUI, on se mit à
pétuneTj c'est-à-dire à fffmer. En 1688 eurent lieu les p/remières distributions gratuites de tabac aux solflats; la f^rme y voyait un aTantage : celui d'en vulgariser l'usage dans les classes populaires.
La pipe, autorisée dans les cabarets et les corps de garde, était proscrite de la bonne société : celle de Jean Bart fit scandale à Versailles; mais la duchesse de Bourgogne, par espièglerie, alla un jour, avec ses filles d'honneur, fumer dans la pipe des Suisses de la garde. Le tabac à priser, malgré la guerre que lui fit Louis XIV, trouva partout bon accueil. On commença dès lors à s'en barbouiller le nez, à. en poudrer les jabots de dentelle. On suivait à la trace le duc d'Harcourt dans les galeries de Versailles. Avec la tabatière ^ qui fut en or, enrichie de pierreries, ornée de miniatures, chaque priseur eut sa râpe à tabac. Les femmes elles-mêmes s'en mêlèrent. La réputation du fameux débit de la Civette date de 1750.
La café fut apporté à Paris, en 1657, par le voyageur THÉVENOT, et nos colonies des îles africaines et des Antilles, dès la fin du xvii* siècle, en fournirent les consommateurs. L'ambassadeur de Turquie, Soliman-Aga, le mit à la mode chez nous en 1669. Les médecins le dénoncèrent comme nuisible à la santé ; Mme de Sévigné lui prédit, comme à Racine, une vogue de peu de durée. Le café régna cependant au xviii« siècle, et l'un des plus grands hommes du temps, Voltaire, fut un grand preneur de café. Il resterait à déterminer les modifications qu'a pu apporter dans le tempérament des Français l'usage presque simultané de deux substances également inconnues à l'antiquité et au moyen âge, et qui agissent d'une manière opposée sur le système nerveux : un stupéfiant, le tabac, et un stimulant, le café.
La bière était peu connue à Paris; la consommation en était restreinte aux pays du nord et aux pays rhénans. Le peuple parisien ne buvait que le vin de l'Ile-de-France.
A l'ancien caôare*, qu'avaient connu Racine et Molière, succéda, comme lieu de réunion, le café, plus luxueux, avec ses tables de marbre et ses glaces. Dès 1714, les gens de lettres fréquentent le café Poincelet, à l'enseigne du
Parnasse. Les plus célèbres, au xviu« siècle, furent le Pro^ cope et la Régence y chère aux joueurs d'échecs. — Dès 1765, le sieur Boulanger inaugure les restaurants. U avait adopté une devise latine qui signifiait :. a Venez à moi, vous qui souffrez de Testomac, et je vous restaurerai. »
lY. Les mœurs.
Les {eux et amasemeots ^. — La cour s*amusa beaucoup sous Louis XIY. Les carrousels avaient remplacé les anciens tournois; celui de 1662, qui a donné son nom à la place du Carrousel, est resté célèbre; le roi, les princes du sang, en habit soi-disant antique, en maillots, en casques surmontés d'immenses panaches, dirigeaient les quadnlles de cavaliers, qui représentaient les Romains, les Perses, les Turcs, les Indiens. On donnait aussi des baUets^ où les danseurs figuraient en costume aussi bizarre : le roi et la reine y prenaient une part active ; dans le ballet d' « Hercule amoureux », le roi représenta le Soleil entouré des douze Heures du jour; dans le ballet des « Saisons », il dansa même un rôle de femme, celui de Cérès, et, dans les « Noces du village », celui d'une jeune paysanne *.
Au xviii^ siècle, la comédie de société fut si fort à la mode que Monteynard, ministre de la guerre, dut interdire aux officiers ce divertissement. On a joué de tout temps la comédie ou la tragédie dans les collèges, surtout dans les collèges de jésuites, et c'étaient les professeurs qui écrivaient ces pièces assez médiocres.
On a toujours fêté le carnaval : Tusage était alors que les masques, sans être invités, entrassent dans toutes les maisons où Ton dansait ^. Au xviii» siècle, les bals de l'Opéra
1. Les anciens bouffons de cour ont à peu près disparu : cependant, la gprande Mademoiselle eut auprès d'elle, uq peu en cette qualité, le jeune Lulli, et Mme de Pompadour eut son nègre Zamora. On retrouvait les bouffons surtout à la cour de Russie.
2. Louis XIV renonça à ses succès vers 1669 : il avait alors trente et un ans, prenait de l'embonpoint, et, ne pouvant plus montrer la même agilité, craignait de compromettre sa réputation d'artiste. A son exemple, les grandi seigneurs s'abstinrent et finirent par laisser la place aux danseurs de profession.
3. Louis XIV se présenta un jour incognito et masqué avec trois carrosses
tirent fureur : le duc d'Orléans s*y rendit un soir avec un courtisan qui lui donnait des coups de pied dans le dos « pour mieux le déguiser ». La reine Marie- Antoinette fit scandale en s*y rendant en ûacre.
On dansait beaucoup. Louis XIY, en sa jeunesse, excellait dans les danses nobles, lentes et graves : la pavane^ où les princes et les dames figuraient en grand costume et les magistrats avec leur simarre; la sarabande ^ originaire d'Espagne, où elle était une danse religieuse, en usage aux processions ; la gavote^ qui date du xvi« siècle et dura jusqu'à la Révolution ; surtout le menuet, qui était la danse par excellence. « Que de choses dans un menuet! » disait le célèbre maître de danse karcel. Telles étaient les danses graves en usage dans les bals de la cour. La cana-riCf la passecaille, qui s'exécute & un seul personnage, la cfiaeone, étaient des danses graves de théâtre. Parmi les danses du genre gai étaient compris le passepied, le rigaïuionf la gigue (qui n'a rien de commun avec celle des Anglais), la forlane, la bourrée, la musette, le tambourin. Vers le milieu du xviii* siècle apparut la contredanse, origine de notre quadrille. Despréaux, mari de la célèbre danseuse la Guimard, jaloux de la gloire poétique de son homonyme Boileau Despréaux, a écrit « l'Art de la demse » ^.
On sait que la polka, la vabe, originaires de Pologne, d'Allemagne, ne se sont introduites chez nous qu'au XIX* siècle; elles ont achevé de détrôner les danses d'ancien régime, dont on ne trouve des traces que dans les villages de certaines provinces du Centre.
Les nobles jouaient toujours à la balle, à la paume, au yolant, même au colin-maillard. Le ministre Ghamillart s'illustra d'abord au billard. Les courtisans aimaient les
de muqaat elvez un président; lee Salues de oelui-oi ayant refusé Ten* trée, le rôi ordonna d'entasser des fagots pour mettre le fea à la porte. Le maître de la maison, se doutant que des gens anssi hardis devaient être gens d'importance, ordonna d'onvrir. Bien loi en prit, car Lonvois, qni était de la partie, le prit à part, te démasqua et lui dit « qa'il était le moindre de la compagnie ».
1. n 7 imite de très près VAH poétique, comme en témoignent les ▼ers suivants :
Qardez bien qu'one jambe, à courir trop hâtée, Ne soit d'une antre jambe en son chemin heurtée.
jeux de hasard, surtout les cartes : bassettef lansquenet» pharaon, brelan, piquet. On jouait gros jeu : Mme de Montespan perdit en une nuit neuf millions. Lés courtisans, au XVII* siècle, trichaient volontiers : cela s'appelait u piper », ou, suivant l'expression de Meizarin, a corriger le hasard ».•
Tels amusements faisaient tout à coup fureur, puis dis^ paraissaient : vers 1747, tout le monde eut un pantÎB ée carton. Une vogue plus justement méritée fut un moment celle des automates de l'habile mécanicien vaïïcanson (1709* 1782). Il avait fabriqué un joueur de flûte, un joueur de tambourin et de galoubet, surtout des canards qui barbo* taient, agitaient les ailes, mangeaient et digéraient.
Les théâtres. — Les anciennes représentations des Mystères achevaient de mourir au xvii« siècle. Les Gonfirères de la Passion restaient cependant en possession de leur privi^ lège, mais ils le louaient aux comédiens de rh6tel de> Bourgogne. Us essayaient vainement de le faire respecter de» comédiens de Yhôteî d'argent, qui fondèrent plus tard le théâtre du Marais, transporté ensuite rue Mazarine et rue Guénégaud ; des « comédiens de campagne », troupes ambu* lantes, qui venaient donner des représentations hi Paris, lors de la foire Samt-Qermain ou de la foire Saint-Laurent; des comédiens iêaliens, que Mazarin, en 1645, installa au PetitrBourbon ; des Enfants de famille, qui, en 1643, fondèrent Vlllustne théâtre, dont Molière fut un acteur, et qui, en 1660, s'installa au Palais-Royal; des comédiens de Mademoiselley installés, en 1661, rue des Quatre-Yents; des comédiens espagnols de la reine (1660-1672); des comédiens du Dau^ phin, qui jouèrent à la foire Saint*Germain, etc. La Cxxifrérie de la Passion fut enfin supprimée par arrêt de 1670, et l'ancienne troupe de l'hôtel de Bourgogne, fondtie avec la troupe de la rue Guénégaud et devenue, en 1689, la Ct>médie-Française ou les Comédiens du Roi, fut installée dans la rue qui s'appelle aujourd'hui rue de TAncienne- Gomédie. Nous avons parlé plus haut des théâtres dâ mu* sîque *.
1. Le 16 ayril 1641, un édit de Loais XIII, inspiré sans doute par le ffuccès du drame chrétien de Polyeucte, avait relevé la conditiom des comédiens : « Nous voulons que leur exercice, qui peut innooemm«it divertir
Les théâtres du xvii« siècle donnaient leurs représentations de deux heures à cinq heures, à cause de Finsécurité. des ruesr le soir. Ils oi&aient Taspect le plus étrange. Dans les ei^r'actes, on descendait le lustre et Ton mouchait les chandelles» Les décors, les trucs, les changements à. vue étaient déj^àr fort perfectionnés, mais l'illusion et la perspective théâtrales n'étaient guère ménagées. Sur la scène même étaient insr tallés des sièges pour un certain nombre de spectateurs pri^ vilégiés, marquis de cour, gens du bel air, qui cachaient aa public une partie de la scène et ne se gênaient pas pour interpeller les acteurs. Ceux-ci jouaient les tragédies clas* siques en costume de leur époque ou de l'époque précédente : il était ordinaire de voir Agamemiion ou l'empereur Auguste en maillot du temps de Henri III ; en pourpoint et en chapeau» h plume du temps de Louis XIII; en. perruque et en canons du temps de Louis XIY. Les actrices étaient à la mode du, |our : Phèdre ou Athalie portaient des fbntanges et des paniers. Voltaire fut le premier qui essaya, une réforme : il bannit de la scène les spectateurs privilégiés, obtint de Mlle Clairon, en 1755, quand elle joua «c l'Orphelin de la Chine », qu'elle renonçât au panier. Les héros de l'antiquité apparurent enfin en un costume grécoH:HMOQain,ou soi-disani tel. Voltaire apprit aussi aux acteurs k ne pas déclamer les vers dans une soiPte de mélopée pompeuse et emphatique, mais à se rapprocher du ton naturel de la conversation.
Dans les ballets donnés à l'Opéra, jusqu'en 1681, les danseuses furent masquées : ces danseuses étaient d'aiUeurs de» danseurs, car on n'admettait pas les femmes sur la scène . Dans le ballet d' « Alceste » , les rôles de bergères étaient dansés par les sieurs Bonnard et Noblet; dans u Atys >slea rôles de nymphes par Pécourt et BoutteviUe. En 16^1, dans le ballet du « Triomphe de l'amour », exécuté â Saint-Germain, comme les dam«s. de la cour y prirent part, Lulli profita dp l'occasion pour leur adjoindre des danseuses de profession, et ainsi la réforme fut accomplie ^.
nos peuples de diverses occapatioDs mauvaisest ne puisse leur être imputa à blAme, ni préjadicier & leur réputation dans le commerce public. »
1. Au xvui* siècle» les plus célèbres danseuses de l'Opéra fUrent Mlle SalIé, qui, la première, se débarrassa des paniers, et Mlle Camargo. Plusieurs de ees danseuses firent de brillantes fortunes, car Mlle Grognet épousa It
A la même époque, chanteurs et chanteuses étaient également masqués : on confiait à des hommes les rôles qu'on tFouvait désagréables pour des femmes, tels que ceux de Furies, de Parques, de Nourrices; on choisissait même de préférence ceux qui avaient des voix de basse-taille.
Au temps de Golbert, ritalien Biocci, plus connu sous le nom français de brioché, faisait fureur avec ses marionnettes. Polichinelle et Arlequin; c'est Tancétre de notre Guignol. TABARm, valet du charlatan Mondor, avait ses tréteaux sur le Pont-Neuf, plus tard sur la place Dauphine, et jouait des farces grossières devant un public tout populaire, auquel se mêlaient parfois dames et gentilshommes. Au pied de la statue de Henri lY, le savotard chantait ses chansons burlesques, appelées alors des ponts-neufs. Au xviii« siècle, ce furent lb gros, thohas et carm£line qui, tout en arrachant les dents, débitaient leurs facéties. A la foire Saint-Laurent, à la foire Saint-Germain, paradaient des comédiens ambulants, des saltimbanques, des montreurs d'animaux : en 1749, on y exhiba un rhinocéros. Au xvni^ siècle, le célèbre nigolbt, « de plus en plus fort », y faisait fureur avec ses cabotins. G*est lui qui fonda, en 1764, le théâtre de la Gaîté.
Les fêtes populaires. — Les Parisiens aimaient à se divertir. A la Saint-Simon et à la Saint-Jude, on faisait des farces aux naïfs : on les envoyait au Temple chercher des nèfles, et ils y recevaient des nazardes. A la Conception, les nouveaux apprentis étaient tenus à baiser renseigne de la Truie gui file. Le l^** mai, les clercs de la Basoche plantaient solennellement un mai, après avoir fait des visites en corps à tous les magistrats pour les inviter à la cérémonie; en juin ou en octobre, ils passaient une montre ou revue, où ils étaient près de dix mille. Les officiers du Ghâtelet, les officiers minisLériels eurent aussi leur montre. A la Saint-Jean,
marquis d*ArgenBt Mlle Leduo devint comteise de Glennont, Mlle Orandpré marquise de Senneville ; Mlle Ghouohon fot épousée par le président de Ménières. Les danseurs de l'Opéra forent anasi des personnages : oomme Dupré, qu*on appelait le grand Dupré, Malter, surnommé Voiseau, un antre Malter, surnommé le diable, et Vestris, qui s'intitulait modestement le dieu de la danse, ou plutôt, comme il était Florentin, le diou de la danse. Il disait voloDliers : « Il n'y a que trois grands hommes en Europe : le roi de Prusse, Voltaire et moi. »
LES MOBURS $65
on allumait un énorme bûcher en place de Grève, on y jetait quelques douzaines de chats et on tirait des pétard^ et des fusées.
Chaque province avait ses divertissements nationaux : dans le nord, c'étaient les kermesses et les duc(xsses, les processions d'arbalétriers et d'archers; en Provence, à Avignon, les exhibitions des tarasques et autres monstres, les processions de pénitents, de pèlerins, de gens costumés en anges ou en diables, avec force coups de fusil. Le Dauphiné avait ses vogues, la Bretagne ses pardons, le Nivernais ses apports, le Berry ses assemblées, la Provence ses romerages, le Poitou ses ballades ou gros fromages, A Nanterre, à Dourdan, à Salency S on couronnait des rosières. Dans toutes les villes, on adorait les repas de corporations, appelés charités. Dans tous les villages, malgré les prohibitions et inhibitions répétées de l'Église et des Parlements ^, on célébrait par des danses et des salves de mousqueterie les fêtes patronales. Les fêtes chômées étaient encore trop nombreuses ^. Au reste tout était prétexte à fêtes : la fenaison, la moisson, le battage, les vendanges, la récolte des châtaignes dans le Centre, la cueillette des olives en Provence. On remarquait déjà, au xvme siècle, le contraste entre la gaieté du peuple français et la mélancolie des Anglais, entre le dimanche de France et le triste dimanche puritain d'où Ire-Manche.
De nombreux arrêts des Parlements interdisent de donner le charivari aux veufs et aux veuves qui se remarient. D'autres défendent de tenir boutiques, de danser, de tirer des coups de feu dans les cimetières ^.
1. De 1767 à 1774, les gens de Salenoy plaident devant toutes les juridictions contre lenr seigneur, le sieur Dante, qui refusai l de payer l'anneau d'argent, le ruban bleu, la couronne de fleurs ; qui prétendait poser lui-même cette couronne sur la tète de la rosière, ce qui n'appartenait qu'au curé officiant; qui se croyait le droit de déléguer une autre personne à sa place pour conduire la rosière quand il ne la conduisait pas lui-même, etc.
8. Défenses par les Grands-Jours de Glermont, en 1665 ; par le Parlement de Besançon, en 1674 ; par le lieutenant de police à Paris, en 1778, etc.
3. L'archevêque de Paris, en 177S, en supprime douze dans son diocèse, panni lesquelles celle des Saints-Innocents, si chère à Louis XI et à tout le moyen &ge : ce jour-là on allait fouetter dans leur lit les paresseux.
4. A propos des cimetières, rappelons la campagne dirigée par Voltaire, au nom de l'hygiène publique, pour faire interdire les inhumations à l'intérieur et autour des églises des villet.
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L'assistance pabHque. — A THôtel-Dieu d'autres hôpitaux et hospices s'étaient ajoutés. En 1656, Louis XIV avait fondé YHôpital général ou la Salpétrière pour recueillir les infirmes et les vagabonds; la population s^en augmenta rapidement : de 5000 à 10 000 en sept ans. Le régime intérieur y était rude, et rudes aussi les aumôniers, empruntés aux Lazaristes. Le directeur maintenait la discipline avec le carcan, le poteau, les prisons souterraines, le fbuet. Même régime àBicétre. C'est Necker qui fit la réforme des hôpitaux, sous Louis XVL A Bicétre, il avait trouvé neuf vieillards couchés dans le même Ht, entre des draps corrompus. Alors se fondèrent les hospices Beaujon, Necker, Cochin, Saint-Merry, la Rochefoucauld ; Flnstitut de» jeunes aveugles, créé eo 1774 par Valentîn haut; celui des sourds-muets, créé en 1755 par l'abbé de l'épée, qui entreprit le c Dictionnaire général des signes ». pinel commençait sa campagne pour améliorer et humaniser le traitement des aliénés.
Les superstittons. — La sorcellerie, désormais dédaignée par les tribunaux et méprisée par les classes éclairées, ne fit plus de dupes que dans les campagnes, où on la retrouve, aujourd'hui encore, pratiquée en certains cantons. Les devins * n'étaient pas tous morts, puisque Mlle Lenormand , chiromancienne et^ tireuse de cartes , devait acquérir une certaine célébrité à l'époque de la Révolution et de l'Empire. Des prêtres sacrilèges, qui disaient encore la messe noirey s'arrogeaient, encore au xvii« siècle, le pouvoir de faire apparaître le démon et faisaient avaler à des dupes certains papiers où étaient écrits, avec du sang, les noms des diables. L'affaire des poisons, en 1676, montra beaucoup de sorcellerie mêlée à des actes plus criminels. L'ordonnance de 168â dut sévir contre certaines catégories dangereuses de sorcier^ et de devins. L'astrologie conservait aussi des adeptes ; on tira l'horoscope de Louis XJ^Q, et c'est parce qu'il était né sous le signe de la Balance qu'iî fut surnommé le Juste. Louis XIY fut le dernier roi de France dont on ait tiré l'horoscope à sa naissance. On crut à l'astrologie pendant tout son règne : lui-même admettait
1. Gustave III, de Suède, se feisait prédire ravenîr par la devineresse Arfwedson, au moyen du marc de café.
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que se^ grandes actions eussent été annoncées parles asttes ou prédites dans des prophéties. En 1664, une comète effraya encore les populations, surtout dans le Languedoc. En 4641 avait été enfermée à Vinoennes une baronne de Beausoleil, qui employait la baguette diviwvtoiire pour la découverte des mines. En 1692, un paysan dauphinois, Jacques Aymar, usait de ce moyen pour découvrir la piste âes voleurs et des assassins, et les juges Au roi eurent fecoùts à sa science pour arrêter un criminel. Jusqu'à la Révolution, nombre de personnes se disaient en possession de découvrir les sources avec cette baguette, et un autre Dauphinois, Bleton, en 178S, fit des expériences âevant les tantes du roi.
Les vieilles superstitions se défendaient; de nouvelles superstitions prenaient Toffensive. Les prétendus miracles accomplis, en 1727, sur la lcrmi)e du diacre P&ris, janséliiste, trouvèrent des croyants. Il se forma des sectes de conTalsionnaires : celle de frère âUSUstin, qui se disait Yagneau sans tache; celle du sieur viicuàNir, qui se donnait pour le prophète Élie; celle des multipliants ^qm se livraient à la débauche dans leurs réunions; celle des discernants, sorte de voyants qui prononçaient des paroles incohérentes; celle des figuristes, qui reproduisaient au naturel les scènes de la Passion et les* martyres des saints. Le prêtre Laborque enseigna Tart d'avoir des convulsions à volonté et fut mis à la Bastille. Des femmes, que martyi'lsaâent les secouristes^ manifestèrent ces phénoinènes de catalepsie, de rigidité cadavérique, d'insensil)ilité à la doaleixr, qm avaient été une des étrangetés de l'ancienne sorcellerie et qu'on étudie aujourd'hui à la Salpôtrière. Il y eut à Paris jusqu'à 6000 convulsionnaires : des capitalistes fournissaient l'argent pour les entreprises d'exhibitions. Cette ndraculomanie dura jusque vers 1762. Puis le mysticisme, par une singulière réaction contre le scepticisme de Voltaire et de l'Encyclopédie, affecta d'autres formes.
Un soi-disant comte de saint-gebmain, qui assurait posséder un élixir pour prolonger la vie et avoir connu des personnes mortes depuis très longtemps, vint en France vers 1740 : il fut même présenté à Louis XY et à la marquise de Pompadour.
En 1785 parut à Paris cabuostro ou Joseph Balsamo, un Sicilien. Assisté de sa femme, la belle Lorenza Feliciani, il s'intitula le grand Cophte^ prétendit avoir vécu dans les siècles passés, se vanta de prédire l'avenir à l'aide d'une carafe, d'évoquer les morts, de faire de l'or.
Llllamiiilsiiie. — SWEDENBORG, un Suédois (1688-1772), se donna comme investi par Dieu d'une mission sacrée, honoré de ses révélations directes au point d'écrire sous sa dictée, doué du pouvoir d'entrer en relations avec les anges et les esprits ^ Il fut le chef de toute une secte de visionnaires, et, sous le nom de Nowelle-Jérusalem, essaya de fonder une religion. Une église swedenborgienne vint s'établir à Avignon. Il se forma de nombreuses sectes dHUuminés et de mystiques. Les uns, comme les Rose- Croix ', voulurent pénétrer les mystères de la nature à l'aide de la lumière intérieure^ recommencèrent à chercher la pierre philosophale et retombèrent dans les folies de la magie et de l'alchimie. Les autres, appelés martinistes^ avec SAiNT-ifARTDff (1745-1803) et le Portugais hartinez pasauAUS, tentèrent d'expliquer la nature par l'homme et de tout ramener au spiritualisme pur, mais donnèrent dans les rites cabalistiques. D'autres enfin, surtout en Allemagne, avec WEiSHAUPT, professeur à l'Université d'Ingolstadt (Bavière), se formèrent en sociétés secréteSy se rendirent redoutables aux souverains, furent dissous en 1785 : ils n'eurent en France que peu d'adeptes.
I/e magnétisme anlmaL — MESMER, médecin allemand, écrivit sur l'influence des astres, assimila ce qu'il appelait le fluide humain au fluide de l'aimant, enseigna la doctrine du magnétisme animal, prétendit guérir les maladies à l'dde de regards, d'attouchements et de passes, surtout à l'aide de son baquet magnétique '. Il eut un grand
1. On voit que c'est l'origine da spiritismet qui a aujourd'hui tant d'adeptes, et auquel on peut rattacher lee prétendues expériences sur les tablei tournantes et la croyance aux esprits frappeurs.
2. Ils assuraient remonter à Rosenkreulz, baron allemand du xv* siècle, mort plus que centenaire, qui aurait rapporté d'Orient une foule de secrets menreilleux.
3. Mesmer faisait asseoir les patients, hommes et femmes, les pieds dans un baquet, parfois rempli d'eau, de limaille de fer et de verre pilé, parfois à seo et rempli de bouteilles vides. Des baguettes de fer ou de verre en
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empire sur les organisations nerveuses et les imaginations malades. En 1785, le marquis de putségur, qui, après avoir opéré sur les soldats de son régiment, s'était mis à magnétiser ses paysans, découvrit qu*on pouvait, à Taide de passes, produire le somnambulisme artificiel ou sommeil magnétique. En 1787, le docteur petbtin, de Lyon, provoqua des catalepsies artificielles. Au reste, le magnétisme animal, après une longue éclipse pendant la Révolution et l'Empire, ne devait recommencer à faire parler de lui que sous la Restauration.
La phrénologie et la physlof^nomonie. — 6ÂLL (1758- 1828), médecin badois, mêla de l'observation scientifique à de pures fantdsies : d'une part, il fit des recherches sérieuses sur. la crâniologie et le système nerveux; de l'autre, il essaya de créer une science très douteuse, IsLphrénologiey localisant les facultés de l'àme dans les diverses parties du cerveau et prétendant deviner les aptitudes et les sentiments d'un homme par l'inspection des bosses de son crâne, lavateb (1741-1799), médecin suisse, crut aux illuminés, aux sorciers, aux thaumaturges et s'imagina aussi fonder une science, la physiognomoniey qui aurait permis de lire sur le visage d'un homme ses instincts, ses aptitudes, même son passé et son avenir i.
La franc-maçonneFie. — On a voulu attribuer à la francmaçonnerie une très noble et très ancienne origine : elle procéderait des architectes et maçons du Temple de Salomon, puis des Templiers, leurs soi-disant successeurs '.
sortaient, touchant les initiés à la poitrine, à l'estomao on an visage. Uns longue corde sortant du baquet les enveloppait de ses plis et établissait entre eux la communication magnétique. Avec des passes, Mesmer aidait à la production du fluide. Au bout de quelque temps, les patients, surtout les femmes, tombaient dans des extases ou des convulsions. Les convulsionnaires étaient emportés dans la salle de» crises, soigneusement mate* lassée et capitonnée, où ils pouvaient se livrer sans danger aux plus frénétiques ébats.
1. 11 fut tué, en 1799, par un soldat suisse, lors de la reprise de Zurich par les Français sur les Russes.
2. De là le nom de temple donné aux lieux de réunion et les légendes relatives à Hiram et à ses assassins, qui figurent dans certains rites maçonniques ; de là ce titre de chevaliers de Palestine, du Temple ou du Saint- Bépulcre en usage dans certaines loges; de là le glaive chevaleresque qui i>rille dans les cérémonies.
D*autres lui attribuent une origine plus populaire : elle serait sortie de ces corporations de maçons du moyen âge ^, qui déjà s'organisaient en loges pour bâtir les cathédrales. Au xvii« siècle, les corporations d'architectes et de meiîtres maçons anglais s'agrégèrent, comme fait encore aujourd'hui la corporation des tailleurs à Londres, des personnes étrangères à leur profession et d'un rang éleTé : elles les initièrent aux formules et rites secrets de leur compagnonnage. Puis les loges finirent par se composer presque uniquement d'hommes qui n'avaient jamais manié la truelle. En 1728, l'Anglais ramsat, par exemple, y enrégimenta les nobles et bourgeois dévoués aux Stuarts, c'està-dire aux principes de la monarchie de droit divin, et en état de conspiration contre le gouvernement établi. Plus tard, l'attrait du mystère qu'offraient ces associations réputées secrètes, le désir de propager certaines idées, de concourir à un but de bienfaisance universelle ou de protection mutuelle, attirèrent dans les loges des hommes de toutes classes. Alors la franc-maçonnerie ^anglaise, avec ses grades et ses insignes qui rappellent bien l'origine que nous lui assignons, avec ses a^prentUy compagnons et mai^ très, avec le tablier , la truelle y Véqtierre, le marteau et le levier, se répandit sur le continent européen, et de là dans le monde entier. En Franoe, la première loge fut établie à Dunkerque, en i72i, par des Anglais, et notre premier grand maître fiit un Anglais, lord darWent-watehs. La première loge de Paris date de 1725. En 1740, il y en avait 200 en France, dont 22 à Paris. Elles se multiplièrent, se partagèrent entre des rites différents, appelés anglais, écossais, français, et parfois, sous l'influence des illuminés allemands, se teintèrent de mysticisme. Gagliostro fonda à Paris une loge où les femmes étaient admises. Les hommes de conditions et d'opinions les plus diverses, de Louis XVI à Danton, de Babeuf à Napoléon, sans compter les rois Frédéric II de Prusse et Gustave m de Suède, y furent affiliés : à part les idées libérales et humanitaires, la franc-maçonnerie ne présentait donc pas alors un corps de doctrines, et il est probable que son rôle dans la prépa-