‹ Histoire de la civilisation françaiseChapitre 99 sur 135 · Voir le tome I*' de cet oavrage, page · texte numérisé non relu

Voir le tome I*' de cet oavrage, page

I/ES MOBDRS 571

ration de la Révolution a été singalièremeni exagéré par certains écrivains^^^^

l.es dnelS) rëëcriiiie>-- Les édiis de Richelieu sur les duels et la juridiction du tribunal des maréchaux, destiné à accommoder les affaires d'hormeur, restèrent en vigueur pendant tout Fancien régime. Perte des offices, confiscation des biens, emrprisonnement, bannissement, même la mort, telles étaient les pénalités qui frappaient les combattants et leurs témoins. Le roturier qui provoquait un gentilhomme, se battait avec lui ou faisait se battre à sa place un autre gentilhomme, dervait être pendu. Louis ICV, à son sacre, avait fait sermenft de n*accorâer aucune grâce & ceux qui se rendraient coupables du crime de duel. Par la déclaration de 1725, il renouvela presque toutes les anciennes pénalités. En 1769, un conseiller au Parlement de Grenoble fut condamné à être roué vif : il est vrai qu*il avait frappé son ennemi à terre et avait aggravé le crkne de duel par un véritable assassinat.

Pourtant, au xviii« siècle, on se battait encore beaucoup. Seulement, la plus grande loyauté, une courtoisie exquise présidaient aux affaires d*hown^ïr *. Le guet-apens, les surprises, tolérés autrefois, sont désormais flétris.

A la fin du iviii® siècle, la tnanie des duels tendit à disparaître. Ce n'était plus un déshonneur que de refuser de se battre pour une cause trop futile. Mercier, dans son « Tableau de Paris », fait honneur à la « douce et paisible lu* raière de la philosophie » d'un résultat que n'avaient pu obtenir les terribles édits de Kichelieu. Cependant il craint que la « férocité des siècles précédents » ne reparaisse sous une autre forme. On se bat moins à l'épée; mais on se met à se battre au pistolet : arme déshonorante, assure Mercier, c< arme favorite des Nivet et des Cartouche, qui n'admet que le sang-froid de l'assassin et la cruelle intrépidité d'une main meurtrière ».

1. Le duc de Bourbon et le oomte d'Artois eurent une rencontre : il n'est sorte de politesses qu'ils ne se soient faites avant et après 1-engageinent. Quand les témoins déclarèrent rhonneur satisfait : « Ce n'est pas à moi d'avoir un avis, dit le comte d'Artois; c'est à M. le duo de Bourbon de dire oe qu'il veut; je suis ici pour recevoir ses ordres. — Monsieur, répliqua le duo en baissant la pointe de son épée, je suis pénétré de reconnaissanof de vos bontés, et je n'oublierai jamais l'honneur que vous m'avez fait. •

572 CIVILISATION FAANÇAISB

L*escrime à Tépée était devenue un art et une science. Les Français, qui avaient été d*abord les élèves des Italiens, furent au xvii* siècle les maîtres de l'Europe. L'école française se distinguait déjà par la beauté académique des attitudes, la souplesse des tours de poignet, la promptitude des dégagements et des parades. Dès le début du xviii* siècle, elle commence à ne plus admettre, comme elle le faisait au xvi« siècle * et comme le faisaient encore les Italiens, qu'on pût saisir de la main gauche l'épée de l'adversaire afin de le désarmer. On n'arme plus la main gauche de la dague, de la rondachc ou du manteau opposé en guise de rondache.

Les privilèges des maîtres en fait d'armes * avaient été confirmés par Louis XTV, puis par Louis XV, scellés du même sceau que les édits contre les duels. La philosophie de Mercier s'en indignait. « L'art de tuer son homme proprement, s'écrie-t-il, est érigé en maîtrise, en communauté, que dis-je, en académie; Fart d'allonger une botte se trouve consacré par un souverain! » Quelques maîtres français s'illustrèrent alors dans la pratique ou dans la théorie, besnabo publia, en 1653, un traité où, pour la première fois, il est question du fleuret, H enseigne, comme on le fait aujourd'hui, à se mettre en garde, à effacer la poitrine, à arrondir le bras gauche, à rompre et avancer. Il interdit de tenir l'épée à deux mains, procédé qu'il flétrit du nom de botte de paysan, — Philibert de la touche pubhe, en 1670, « Les vrais principes de l'espée seule », met ses élèves en défiance contre c< les charlatans d'escrime » et les

1. Par exemple, dans l'ouTrage de Saint-Didier, gentilhomme provençal, le premier traité sur Tescrime qui ait paru chez nous (en 1573).

Vinrent ensuite le livre de Thoimot Arbeau (1596) ; celui du seigneur de ViLLAMONT (1610), qui est une traduction de deux traités italiens; celui de Girard Thibaust d'Anvers (1628).

8. Dès Charles IX, les maîtres d'armes avaient formé à Paris une corporation sous le titre à* Académie dCarmes ou MaUret en fait d'armet de t Académie du roi. — Les académies de Strasbourg et de Toulouse furent également célèbres au xvii* siècle. La Révolution devait les supprimer tout comme l'Académie française. Rousseau, maître d'armes des enfants de Louis X VI, mourut sur l'échafaud en 1794. — Louis XIV avait eu pour professeur d'escrime le chevalier de Saint-Amgi, un Français. Le Bourgeois gentilhomme de Molière n'a rien de plus pressé, puur afûrmer sa gentilhommerie, qiM de prendre des leçons d'armes.

« bottes secrètes », qui ne sont que des coups fautifs, incorrects, et qui exposent beaucoup le combattant. On peut citer aussi les traités de le perche du coudrat (1676), wer-

lfESS0NDEL7AllC0lJRT(1680), LABAT (1696), GIRARD (1736), DANET

(1766), qui mirent en honneur la plupart des gardes, contres y dégagements^ parades^ coupés, doublés, tours d'épée, qu'on pratique encore aujourd'hui. L' « Encyclopédie » ne dédaigne pas de consacrer un article à Tescrime. ul boessière, qui fut le maître du fameux chevalier de Saint-Georges et d'un fils aussi illustre que lui, substitue, dans les salles" d'armes, le masque en fil de fer au masque en fer-blanc : ce qui donna plus de sécurité aux tireurs et plus de vivacité aux mouvements. L'art de l'escrime fut une des formes de la grâce française au xviii^ siècle.

L'éqidta^A]i^^--FLUmEL, écuyer de Louis XIII, a fondé les premiers^SanegesTlîppelés alors académies, et publié notre premier traité français ^ sur la matière, intitulé « le Manège royal » (1623). Le P. Gabriel pabricy fit entrer l'érudition dans cette science nouvelle par ses « Recherches sur l'équitation chez les anciens » (1764). La guériniëre, sous Louis XIV, D'ABZAC, sous Louis XV, s'illustrèrent par leurs publications spéciales. En 1764, le duc de Ghoiseul créa, pour les troupes à cheval, les quatre écoles de Metz, Douai, Besançon et Angers. Elles furent supprimées en 1767 et remplacées, en 1771, par une école centrale d'équitation : la célèbre école de Saumur. Le marquis de NEWGASTLE, dont les écrits (1658 et 1667) furent traduits chez nous, avait fondé, en Angleterre, l'enseignement de l'équitation pour les femmes : ses principes s'introduisirent bientôt en France. On cite, parmi les amazones hardies et gracieuses du règne de Louis XFV, la princesse de Gonti, la duchesse d'Orléans, la princesse de Soubise.

Les conrses de cheTanx. — A la fin du xviiP siècle, on emprunta aux Anglais, sous prétexte de perfectionner l'espèce chevaline, les courses de chevaux. Sous Louis XVI, le duc d'Orléans et le comte d'Artois rivalisaient à qui

1. Ici encore, les Italiens nous avaient précédés: en 1539, le comte Fin- CHi, de Ferrare, avait publié nn traité, fondé une école. Il perfecUonna 1« mors et employa la musique pour dresser les chevaux.

attrait des jockeys de meilleure mine. Ces courses étaient an but de promenade pour la «our et la bonne société. On commença à parier smr les coursiers et les jockeys. La fiiveur de Lauzun auprès de la reine Marie-Antoinette eut pour origine ses succès de sport.

A^oaclftsemeiit des «mmvs. *— Les mœurs de la noblesse » au début du xvn* siècle, étaient «ncore rudes et sauvages. Le grand Gondé, nous Tayons vu, fut aussi cruel au peuple des campagnes françaises pendant la Fronde que plus tard aux Hollandais. Scm Ws ne connaissait ni loi, ni rd. Il avait eum d'un pare appartenant à un secrétaire de Louis XIV appelé Rose : pour l'en dégoûter, il fit lâcher dans le parc trois ou quatre «cents renards qui dévorèrent tout le gibier. D'autres gentilshommes ne lui cédaient en rien. B>e Gharnaoé, qui avait été page dru roi, convoitait la propriété d'un pauvre tadletir, qui refusait de la vendre. Il le manda à la cour, sous prétexte de lui donner du travail, et, eto son absence, démolit sa maison, déplanta son jardin, fit rebâtir l'une et replanter l'autre sur un autre emplacement. Le tailleur demanda inutilement justice aux tribunaux et au roi, -qtii ne fit que rire de Paventure. C'est Gharnacé qui, s'exerçant au tir, abattit un couvreur qui réparait la toiture de sdn ohàteau. En 4681, il fallut menacer de mort tes seigneurs du. littoral qui allumaient des feux 'Sur les rochers pour provoquer des naufrages. La duchesse de Beiuillon, la comtesse de Soissons, le duc de Luxembourg étaient compromis dans rAiîaire des poisons (1676). Nous connaissons l'Auvergne des Grands Jours, Un M. de GourceUes, en 1699, voladt à Saint-Germain les vases sacrés de la chapelle du roi. Un Montgommery, vers 1706, recelait chez lui les chevaux «t les objets dérobés par les Bohémiens. Encore sous la Régence, un duc de la Force est condamné à mort pour avoir assassiné un courtier afin de lui prendre ses actions.

Au xvine siècle, le type du gentilhomme tyran de ses iujetSf YolevLX de grand chemin, receleur, naufrageur, tricheur au jeu, duelliste indélicat ou bretteur insolent, devient beaucoup plus rare. L'aristocratie a été assouplie par un siècle et demi de pouvoir régulier, de justice inflexible. Les rudes natures qui rappellent les mœurs barbares d'au-

LES MOBURS S75

trefois ne se rencontreat plus que dans, les cantons sans communications et dans les campagnes, perdues, parmi des paysans aussi farouches, aussi ignorants de la loi que leurs maîtres ^ La noblesse a jeté sa gourme, s*est assagie, policée, en fréquentant la cour du roi ou celle d«s gourerneurs de proyince, en se pliant à Tobéissance dans les régiments, en fréquentant les écoles et les universités. Même le petit seigneur de village tient k honneur d'avoir une éducation littéraire, s'intéresse au progrès des sciences, étudie les philosophes et les économistes, il est entraîné dans le mouvement du siècle ; or, le siècle est tout imprégné d'humanité, monvston, en 1760, fonde les prix de vertu. L'abbé de saint-pibbbs (1648-1745) a mis à la mode 1» mot bienfaisance; les philosophes on»! prodigué celui de pkilanihropie. Tout le monde veut être un « homme sen-' sible », être bon pour les paysans, pour les fedbles, pour les pauvres, pour les indéfendus. L'admiration et l'amour pour la Nature, découvris par Rousseau, font monter à tous les yeux de « douces larmes ». On se sent le frère de ses semblables. On s'indigne de l'injustice : quand Latude sort de prison, Mme de Luxembourg, Mme de Boufflers, Mme de Staël veulent dîner avec Mme Legros, une épicière, qui a obtenu sa mise en liberté. Les grands seigneurs renoncent au port de l'épée et s'habillent comme les bourgeois. La guerre d'Amérique mit en vogue les idées de liberté, d'égalité, de eivisme, même parmi les gentilshommes et les gens d'église. Tous se faisaient honneur du titre de dtoyenis. On lançait à, Brest un vais-' seau de guerre appelé le Citoyen. La Fayette et quantité de gentilshommes avaient porté le secours de leur épée aux bourgeois américains en révolte contre l'aristocratie et lie roi d'Angleterre. En 1782, sept €uis avant la Révolution, le comte Camille d'Abon plante sur ses terres, à Franoon* ville, le premier arbafe de la liberté.

Non seulement la noblesse française était célèbre par sa bonne éducation, mais le peuple de France était renommé, au xvmo siècle, dans toute l'Europe par sa bonne humieur,

1. C'est parmi oenz-ci que George Sand a pris les personnages de son roman de Mauprat.

sa doucear et sa courtoisie. L'Anglais Sterne, dans son M Voyage sentimental en France », ne se lasse pas d'admirer la bonne grâce des Parisiens, leur complaisance à renseigner l'étranger, même le savoir-vivre des mendiants. « Juste ciel! s'écrie-t-il, par quelle sagesse as-tu donc ordonné que la pauvreté et la politesse, partout ailleurs irréconciliables, se trouveraient réunies dans ce pays? »

Paris soas ranclen ré|;ime. -* Au commencement du XVII* siècle, Paris avait environ 500 000 habitants. La ville proprement dite ne dépassait pas les anciens remparts d^Étienne Marcel et de Charles Y. Des ordonnances renouvelées du xvi« siècle, encore sous Mazarin, défendaient de bâtir hors des portes. Les faubourgs Saint-Antoine, du Temple, Saint-Martin, Saint-Denis, Montmartre, Saint- Honoré, sur la rive droite, Saint- Victor, Saint-Marceau, Saint-Jacques^ sur la rive gauche, étaient vraiment des faubourgs, entièrement séparés de la ville. Les rues actuelles du faubourg Montmartre ou de la Ghaussée-d'Antin se développaient au milieu de terrains vagues, de chan-^ tiers, de pâturages, de maisons de campagne, de maisons religieuses. La ferme ou grange qui a donné son nom à la rue Grange-Batelière * était le centre d'une grande exploitation agricole. Près de la prison de Saint-Lazare, il y avait un clos immense planté d'arbres. Il y avait des marais, ou potagers, des champs et des cultures en plein Paris, et les noms de quartiers et de rues en témoignent encore aujourd'hui. Sur la butte Saint-Roch s'élevaient des moulins à vent '. La Ghapelle, Montmartre, le Roule, Montrouge étaient des villages, des bourgs, tout à fait distincts de Paris. Les Ghamps-Élysées et la place actuelle de la Goncorde étaient des champs en culture.

Sous Louis Xin, une nouvelle enceinte, avec fossés, bas* tiens, courtines, fut commencée de la porte Saint-Denis à la porte de la Gonférence (actuellement place de la Goncorde) . Les quartiers du Marais, de l'Ile Saint-Louis, de la

1. On plutôt BataUlièret car ton nom vient de oe qae c'était là qab la Jnstioe de l'évèque, propriétaire dn lieu, autorisait an moyen âge les combats judiciaires.

2. Vers 1667, on commençait à aplanir cette batte, et dix ans après il 7 «yait des rues sur son emplacement.

butte Saint-Roch, de Saint-Germain, sur remplacement de l'ancien Pré aux Clercs, furent bâtis. Marie de Médecis avait fait planter, en 1616, le Cours la Reine. Cinq ponts nouveaux, les quais Malaquais, de Gesvres, d'Anjou, de Bourbon, de Béthune, d'Orléans, furent établis.

Pour avoir une idée de l'ancien Paris, il faut supprimer par la pensée les grandes voies qui y ont été tracées de notre temps, la rue de Rivoli, les boulevards, les avenues, qui ont bouleversé les anciens quartiers. Il faut faire revivre les vieilles rues, boueuses, resserrées, mal pavées, mai odorantes; les hautes et étroites maisons avec leur charpente apparente, leurs balcons et galeries de bois en saillie, leurs pignons sur la rue, comme des maisons d'Alsace, leurs greniers munis de poulies, leurs caves qui s'ouvraient, comme autant de pièges, sous les pieds du passant et simplement recouvertes d'une trappe. Il faut relever tous ces murs et ces courtines, débris des enceintes de Philippe-Auguste et de Charles V * , des enceintes du Temple ' et de l'abbaye Saint-Germain ' ; toutes ces églises ogivales disparues, comme celle de Saint-Jean ^, derrière l'Hôtel de Ville, comme celles de Saint-Honoré, de Saint-Pierreaux-Bœufs *, de Sainte-Croix de la Bretonnerie, de Saint- André des Arcs ^. toutes ces tours crénelées, comme celle de Nesle ''^ celle du Temple *. Il faut rétablir les ponts surchargés de masures, comme le pont au Change, le pont aux Meuniers, le pont Notre-Dame, n faut se rappeler que la plupart des quais actueb n'existaient pas et étaient suppléés

1. En 1094 seolement, pour faire place à la grande galerie destinée à félier les Toileries an Lonvre, on démolit celle des courtines de Charles V qni longeait la Seine. Quant à l'enceinte de Philippe-Auguste, on en voit encore des fragments derrière le lycée Henri IV, et aussi rue de Ouénégaud et passage du Commerce.

2. L*enceinte da Temple n*a été détruite qu*en 1667 par le grand prieur de France, Jaeqaes de Sonyré.

8. L'enceinte de Saint-Germain n*a été abattue qa*au xvii* siècle : en 1699, on perce les mes Abbatiale et Cardinale.

Page 1