‹ Histoire de la civilisation hellénique [microform]Chapitre 10 sur 179 · ATHÈNES · texte numérisé non relu

ATHÈNES

menaça les autres Hellènes de l'émigration des Athéniens en Italie, s'ils ne se décidaient à combattre dans ces parages, il ne fit mention d'aucune colonie athénienne établie dans ce pays, il ne parla que de la fertile contrée arrosée par le Siris dont un oracle leur avait promis un jour la possession. Ainsi, pendant les siècles si agités qui suivirent la conquête dorienne, les Athéniens n'émigrèrent pas au loin : plus politiques que les autres peuples de leur race, ils allèrent s'établir dans l'île voisine d'Eubée, dont les habitants se rendaient en foule à l'étranger. Érétrie, Chalcis, Histiée, Cérinthe, Stira passèrent toujours pour avoir été fondées par les Athéniens. Vers la fin même du sixième siècle, à une époque plus connue, quatre mille colons athéniens furent envoyés dans le pays des Chalcidiens. Le vide laissé par l'émigration fut comblé, ici comme dans le reste de la Grèce, par des esclaves ; de sorte que l'Attique, sans avoir jamais été subjuguée par les Doriens, subit les conséquences du nouvel ordre de choses qu'ils avaient créé. C'est sous cette influence aussi qu'elle abolit son ancienne royauté pour adopter, avec toutes les villes grecques d'alors, une forme de gouvernement oligarchique. Mais, complètement étranger à l'esprit dorien,le génie de cette race, longtemps comprimé et engourdi, se réveilla enfin et entreprit de briser les entraves mises à son développement politique. Aussi commença-t-il, longtemps avant les guerres médiques, à exciter la jalousie et l'inquiétude de Sparte. Puis, quand la Grèce fut menacée par l'empire de Darius et de Xerxès, Athènes se

mit aussitôt au premier rang, elle montra un sentiment de l'unité hellénique qui n'a jamais été le propre de la race dorienne, et surpassa de beaucoup Sparte au point de vue moral et militaire. C'est elle qui accourut au secours des Grecs d'Asie révoltés contre Darius, tandis que Sparte ne s'inquiétait pas de Jeur sort ; et quand cette ville, sous de frivoles prétextes, retardait l'envoi de ses soldats, Athènes lutta seule à Marathon pour la cause de l'hellénisme. C'est elle encore qui, à Salamine, opposa le plus de vaisseaux à l'ennemi ; avec un esprit d'abnégation admirable elle céda à Sparte, qui n'avait fourni que seize trirèmes, le commandement de l'armée navale. L'indifférence que Lacédémone montra alors, comme toujours, pour le sort des autres Grecs, força les Athéniens d'abandonner deux fois leurs temples, leurs foyers et leurs champs à la discrétion de Tennemi. Mardonius leur proposait une alliance avantageuse ; ils lui répondirent qu'ils cesseraient de combattre pour la liberté de la Grèce lorsque le soleil changerait son cours. Le danger extérieur une fois passé, ces deux mondes, de caractères, de traditions et de sentiments si opposés, et dont les démêlés dataient de loin, se heurtèrent en devenant puissants. On ne saurait, à proprement parler, qualifier cette querelle de guerre civile. Thucydide ne dit-il pas que les Lacédémoniens traitaient les Athéniens d'étrangers {allophijles), que les peuples de race dorienne étaient toujours ennemis des Ioniens, et ces derniers des Doriens; que dans le Péloponnèse une minorité belliqueuse, ayant usurpé le pouvoir par la force,

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