‹ Histoire de la civilisation hellénique [microform]Chapitre 9 sur 179 · SPARTE. RÉVEIL DES INDIGÈNES · texte numérisé non relu

SPARTE. RÉVEIL DES INDIGÈNES

corynéphores de Sicyone. Le petit nombre de ceux qui avaient acquis une certaine aisance étaient privés de tout droit politique ; tels étaient les périœques de Sparte, les petits propriétaires, les marchands, les industriels des autres villes. Un fait nouveau aggrava encore cette situation. Dans la Grèce homérique, rien ne fait entrevoir que la Grèce ne fût pas la patrie commune de tous les Grecs. Dans la Grèce morcelée, un principe contraire et absolu avait prévalu : l'Hellène n'était plus citoyen que de l'État auquel il appartenait.

Ce ne fut pas assez. Après que la Grèce eut perdu son unité nationale, après qu elle eut été divisée pendant deux siècles en plusieurs petits États, sans lien politique d'aucune sorte et se faisant mutuellement la guerre; après qu'elle eut vu disparaître son ancienne puissance et les progrès accomplis jusqu'alors dans l'ordre social et intellectuel, une ville dorienne, Sparte, parvint enfin, à la suite de longues luttes, à asseoir, vers le milieu du sixième siècle, sa domination directe sur les deux cinquièmes du Péloponnèse et à exercer une espèce de suprématie sur presque toutes les cités doriennes de cette péninsule. Néanmoins, quatre cents ans après la conquête, elle n'avait pas encore réussi à dominer dans tout le Péloponnèse, et moins encore au delà de l'isthme de Corinthe. Ni les Éoliens, ces anciens alliés des Doriens, ni les Argiens, doriens euxmêmes, ni les Béotiens et les Thessaliens, qui avaient précédé l'invasion dorienne, ne reconnaissaient la souveraineté de Sparte. D'autres peuples, les Achéens, les

Acarnaniens, les Athéniens, n*a\aient jamais été subjugués par les Spartiates. Les Athéniens surtout commençaient à grandir et à prospérer, justement à Tépoque 011 Lacédémone était parvenue au comble de sa puissance. De là une nouvelle cause de dissension : le réveil des indigènes. Quoique abandonnés par les hommes de leur race émigrés en Orient, ils avaient sur plusieurs points lutté, dès le premier jour, contre les envahisseurs. Forcés enfin de subir pendant longtemps le joug des conquérants et de vivre avec eux, ils s'enrichirent par le travail et l'industrie; puis ils levèrent de nouveau la tête et s'efforcèrent de restreindre dans chaque ville les privilèges de leurs oppresseurs. La plupart succombèrent ou furent forcés de s'expatrier. Mais une antique cité avait pu résister de tout temps à l'invasion. Sagement gouvernée, elle va maintenant apparaître comme héritière légitime de l'hellénisme, altéré durant quatre siècles ; elle va se poser en rivale des conquérants et surtout des peuples doriens.

L'Attique participa fort peu au premier mouvement colonial, et resta étrangère au second. Hérodote nous apprend que les fondateurs des colonies ioniennes n'étaient pas des Ioniens sans mélange. Peu nombreux étaient ceux qui partirent du Prytanée pour les rivages de l'Asie. Avant les guerres médiques, les Athéniens n'envoyèrent aucune colonie hors de la Grèce proprement dite. Ce n'est que vers le milieu du cinquième siècle qu'ils colonisèrent Thurium* dans la basse Italie. La veille de la bataille de Salamine, quand Thémistocle

Page 1