STABILITÉ DE LA SUCCESSION MONARCHIQUE
de sa dignité de commandant en chef des légions d'orient riilustre Jean Courcouas, malgré les services qu'il avait rendus au pays pendant vingt-cinq ans , et il le remplaça par un homme médiocre. Il fut évident que sa position devenait menaçante pour l'héritier légitime. Alors les généraux de l'empire, Phocas, Tornice, Arghiros, Pétinos, crurent devoir limiter cette ambition grandissante. Ils forcèrent Lécapène et ses fils à céder le pouvoir impérial à son véritable possesseur. Un siècle après, le mari de l'impératrice Zoé, Michel V, tenta de se substituer à elle : il l'envoya dans l'île des Princes, et donna l'ordre qu'elle fût rasée et faite religieuse ; alors les dèmes de Constantinople firent entendre ces cris : « Nous ne voulons pas de cet empereur, nous voulons notre mère Zoé , l'héritière de nos souverains. » Michel V résista d'abord ; il fut enfin forcé de se retirer au couvent de Studius et d'abandonner le pouvoir à ce faible rejeton de la race macédonienne. Un peu plus tard, le troisième mari de Zoé, Constantin Monomaque, entretint des relations tellement scandaleuses avec la sœur du général Scléros, qu'on l'accusa dans le peuple de vouloir se débarrasser de sa femme et faire monter sa maîtresse sur le trône. Un jour, Constantin se rend à une fête religieuse ; à sa vue la foule s'écrie : « Nous ne voulons pas de Sdéréna pour impératrice, nous ne permettrons pas qu'on mette à mort nos mères les impéraratrices Zoé «t Théodora. » C'est ainsi que, l'hérédité s'associant à l'élection, oa parvint à maintenir sur le trône la famille de Basile pendant deux cents ans. Elle
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dut ce bonheur surtout au dévouement des dèmes de Constantinople. Arrêtée par cet obstacle, Tambition des grandes familles militaires se contentait des faveurs par lesquelles on récompensait leurs services ; elles se pressaient autour du trône qu'elles ne pouvaient s'approprier, et formaient cette brillante aristocratie des Phocas, des Courcouas, des Scléros, des Maniaces, de Kécaymèncs, des Paléologues, des Vranas, qui fut pendant deux siècles entiers le soutien et la gloire de Thellénisme au moyen âge.
L'exploit le plus signalé de cette période fut la reprise de plusieurs contrées enlevées à l'empire par les Slaves et les Bulgares au nord, par les mahométans au midi. C'était une question capitale pour les destinées de la race grecque. Les Slaves et les Bulgares, qui s'étaient emparés des provinces situées au nord des Balkans et du Scardus, avaient déjà commencé à envoyer des colonies en Thrace, en Macédoine, en Epire et plus au sud encore. Dès 6o9, on voit des tribus slaves établies aux environs de Thessalonique ; un peu plus tard on les trouve en Thessalie près du golfe de Volo et en Epire près de Vonitza. Cette émigration était facilitée par la dépopulation que nous avons constatée plus haut et qui s'était produite dans les trois siècles qui précédèrent l'ère chrétienne et dans les trois qui la suivirent.
Le mal augmenta encore au quatrième, au cinquième et au sixième siècle de notre ère. Vers la fin du quatrième siècle, les. Goths, sous Alaric, envahirent la Macédoine et la Thessalie, détruisant tout sur leur passage. De la Thessalie ils s'étendirent sur les
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contrées situées au sud des Thermopylcs, en Attique,en Locride, en Phocidc, en Béotie et jusque dans le Péloponèse oriental. Les hommes étaient massacrés, les femmes et les enfants enlevés en masse. La catastrophe fut telle que, cinquante ans après, Zosime affirme qu'on en voyait encore les traces. Au cinquième siècle les invasions désastreuses des Huns ne se bornèrent pas à ravager les campagnes ; soixante-dix villes, grandes ou petites, furent, à ce qu'on affirme, détruites par ces barbares. Ils ne descendirent pas au-dessous de la Macédoine, mais ils ravagèrent de nouveau cette province, ainsi que la Thrace. Enfin il y eut accumulation de malheurs au sixième siècle : des tremblements de terre épouvantables, une famine et une peste affreuse s'ajoutèrent aux premières irruptions des Slaves. Tout en faisant la part de l'exagération évidente dans laquelle sont tombés les historiens de ce temps, et notamment Procope, chaque fois qu'ils parlent de la perte d'hommes survenue alors en Macédoine, dans riUyrie hellénique, en Epire, en Thessalie et dans les provinces de la Grèce proprement dite, il r^ste toujours acquis que la population fut affreusement décimée. Aussi les envahisseurs du septième siècle trouvèrent-ils souvent des contrées désertes, oii ils s'établirent sans rencontrer de résistance. D'un autre côté, la Crète, conquise en 823 par les Arabes et restée pendant un siècle et demi sous leur domination, vit plusieurs de ses habitants embrasser le mahométisme ; une altération se produisit dans le caractère de la population indigène. Il en fut de même
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en Chypre, dans les provinces méridionales de TAsie Mineure et dans la Syrie septentrionale, conquise par les Arabes au septième et au huitième siècle. Le danger fut donc grand.de tous côtés: il fallut, pour le conjurer, une action prompte et efficace du pouvoir central. Si lœuvre a été accomplie sous la dynastie macédonienne, on avait fait déjà bien des efforts auparavant
pour atteindre ce but.
Les luttes militaires des Grecs au moyen âge pour sauver les foyers de l'hellénisme antique, commencèrent au septième siècle même. Les Slaves de la Thrace et de la Macédoine furent d'abord attaqués sous Constant, sous Constantin Pogonat, sous Justinien II, qui, ayant fait de soixante à soixante-dix mille prisonniers aux environs de Thessalonique, en établit une moitié dans les montagnes et les défilés du Strymon et le reste en Asie. Parmi ces derniers, vingt mille passèrent bientôt aux Arabes ; les autres furent détruits, dans la crainte qu'ils n'imitassent cet exemple. Malgré tous ces désastres, les Slaves de la Macédoine ne cessèrent de se révolter au siècle suivant et de piller les indigènes : ils agissaient maintenant de concert avec les Bulgares. Constantin V les vainquit, en réduisit beaucoup en esclavage et força les autres à se soumettre. Les Sacoulates ou Sagoudates et d'autres se soulevèrent encore sous Michelin. Mais, réprimés de nouveau, ils envoyèrent à Constantinople des agents pour implorer leur pardon. L'empereur les reçut dans la salle appelée Chrysotricline, assis sur son trône, revêtu de sa longue robe