‹ Histoire de la civilisation hellénique [microform]Chapitre 99 sur 179 · STABILITÉ DE LA SUCCESSION MONARCHIQUE · texte numérisé non relu

STABILITÉ DE LA SUCCESSION MONARCHIQUE

mâle poésie qui est le plus sûr indice des sentiments rfiationaux. Elles prouvent aussi que la lutte soutenue aujourd'hui en Europe par les Grecs contre le mahométisme a ses racines dans celles du dixième siècle en Asie Mineure; enfin que la révolution morale, attestée par les œuvres des classes supérieures, pénétrait jusqu'aux couches les plus profondes de la nation. En parlant de cette renaissance, je ne veux pas dire qu'il n'y eut plus de préjugés ni de faiblesses. Par un hasard singulier, au lendemain même de la suppression officielle de la Réforme, le trône fut occupé par Michel III, fils de Théophile et de Théodora : il fait contraste avec les physionomies loyales et nobles des empereurs précédents. Ses vices ont été peut-être exagérés par les chroniqueurs de la dynastie macédonienne ; mais sa vie n'a certainement pas été un tissu de belles actions. Les empereurs de cette dynastie eux-mêmes, pour nous borner aux représentants suprêmes de la société, firent parfois preuve d'une grande faiblesse. Toutefois on ne peut nier que, si Thellénisme au moyen âge conserva encore des traces de sa précédente défaillance, son génie et son intelligence s'affermirent depuis lors d'une manière étonnante. C'est ce que prouve le mouvement intellectuel du temps, et surtout la force politique, la grandeur où nous le voyons arriver à cette époque.

Les fréquents changements d'empereur et les révolutions violentes qui les accompagnaient avaient souvent compromis Texistence même de l'empire aux siècles précédents. Sous la dynastie macédonienne, le maintien

GRANDEUR DE L*nELLÉNISME AU MOYEN AGE.

de Tautorité suprême dans une même famille, son transfert pacifique et héréditaire furent assurés d'unai façon qui peut sembler singulière, mais qui donna à rÉtat une stabilité effective. Toutes les fois que les successeurs légitimes, mineurs ou incapables, ne suffisaient pas à leur tache, des hommes plus ou moins éminents, distingués surtout pour leurs exploits militaires, devaient exercer le pouvoir suprême, placés à côté du souverain et portant le même titre que lui. Ainsi l'amiral Romain Lécapène régna conjointement avec Constantin Porphyrogénète. Les généraux Nicéphore, Phocas et Jean Zimiscès furent revêtus successivement de la dignité impériale à l'époque de la minorité des deux petits-fils de Porphyrogénète. D'autres personnages moins célèbres furent également élevés à l'empire vers les derniers temps de la dynastie macédonienne. Ce mécanisme n'était pas sans inconvénients; l'ambition de l'associé pouvait préparer plutôt que prévenir la chute de la dynastie. Tout dépendait de l'opinion publique : elle fut assez vigilante et assez forte pour ne jamais permettre le renversement de l'ordre de succession. Citons un exemple. Romain Lécapène avait eu la prévoyance de marier sa fille Hélène avec Constantin Porphyrogénète ; il en profita pour prolonger sa tutelle bien au delà de la majorité de son gendre. Non content de cet avantage, il associa au trône ses trois fils; il humilia l'empereur légitime en le faisant descendre au troisième rang dans les acclamations publiques ; il s'empara du trône patriarcal en V installant son fils cadet Théophylacte ; il révoqua

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